Dieu est Père, et nous sommes ses enfants. Je suis moi-même père donc je me permets cette analogie. J'ai un garçon qui a 5 ans et demi. Cela fait également 5 ans et demi qu'il nous accompagne à la messe et d'ici quelques mois il sera normalement intégré au service liturgique comme servant d'autel. Depuis quelques temps, maintenant qu'il est plus grand, nous lui apprenons à respecter pas à pas les gestes de la liturgie. Et nous posons également des interdits, comme l'interdiction d'aller cavaler dans le choeur pour jouer après la messe, par exemple !
Bien sur nous essayons de lui expliquer au mieux, de lui transmettre le sens du sacré, mais à son âge, il est évident qu'il ne comprends pas tout. Et il obéit donc à ce que nous lui disons de faire (pas toujours cela dit) ou à ce que nous interdisons, non par pur amour, dans un esprit de vérité, et tout le tralala, mais simplement parce qu'il craint un chatiment. En l'occurence, le mien, en premier lieu. J'ajoute que lorsqu'il se tient bien et obéit bien, il n'en est pas peu fier et se plait à le crier sur tous les toits. Parfois il fait quand même des bétises, sans toutefois forcément trahir de ce que je lui ai appris directement : il arrive très bien à contourner ou exploiter des "vides juridiques" dans les règles que je lui ai donné.
Bon, vous commencez certainement à voir le rapprochement : en l'état, mon fils est un pharisien hypocrite au regard de ma loi. Il la respecte, du mieux qu'il peut, ça le rend fier comme un paon, et pour le reste il essaie surtout de faire ce qu'il a envie quand il a envie, en essayant de ne pas s'attirer mes foudres.
Imaginez maintenant mon fils adulte quelques années plus tard, largement en âge de comprendre les choses et de se prendre en main tout seul. Si au lieu d'accéder à l'intelligence de ce que je lui aurai appris dans son enfance, il continue d'agir toujours sur le même mode, et qu'à 30 ans il continue de venir me voir pour me dire : t'as vu papa, j'ai bien obéi, qu'il s'en vante à tout va, etc... Imaginez qu'adulte, il aille à la messe tout seul, qu'il soit dans les derniers à sortir à la fin parce que papa lui a appris à laisser passer les dames d'abord et les personnes âgées, et que soudain, le prêtre fasse une crise cardiaque dans le choeur. Imaginez que mon fils le regarde mourir sans lever le petit doigt parce que à 5 ans, papa a dit qu'il ne fallait pas aller dans le choeur... Mon fils sera resté un pharisien, un pharisien hypocrite qui n'aura décidément rien compris de ce que je lui aurais enseigné (si ça devait arriver, croyez-moi que je me remettrai sérieusement en question, ceci dit).
En l'occurence, de la même manière que j'interdis à mon fils d'aller dans le choeur, non pas PARCE QUE c'est sacré et qu'il risque la damnation, mais pour lui faire prendre conscience de la réalité de la présence de Dieu et du mystère qui se joue en ce lieu, Dieu a enseigné à son peuple Israël un tas d'interdits pour former leur intelligence. En particulier les interdits sur la nourriture, qui, me semble-t-il, ont précisément vocation à enseigner quelque chose sur la pureté (métaphysique), et par là sur le sacré. Il n'a pas enseigné cela pour que les juifs "s'amusent" à se condamner les uns les autres et à faire des concours de celui qui était le plus pur. Il ne leur a pas enseigné cela uniquement pour le plaisir de leur infliger des châtiments si ils ne respectaient pas ces interdits.
Normalement, et a priori, avec l'accomplissement de la Loi en Jésus Christ, nous sommes devenus des adultes. Des adultes dans la foi. A nous de comprendre que les préceptes, et ça vaut aussi pour les dogmes de l'Eglise Catholique, ne sont pas des occasions de jugement, de condamnation et de châtiment, ni plus que des motifs de gloire personnelle et humaine pour qui les respecte. Ils sont des enseignements, des outils de discernement, des repères pour nous assurer que nous agissons bien dans la Foi et dans l'Amour... en adultes.
Bref, fin de l'exemple.



