L'Ode papale à la bonne économie

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Cinci
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L'Ode papale à la bonne économie

Message non lu par Cinci »

Pour faire le survol ici d'un article lu par moi récemment. C'est une critique de la dernière lettre encyclique du pape Benoit XVI et qui avancerait un concept de développement humain intégral. Je n'ai pas mis l'article dans son intégralité, juste suffisamment pour se faire une idée par contre des points saillants.

Voici :

Pourtant saint patron des banquiers et des comptables, l'apôtre Matthieu fustigeait l'argent : aucun homme ne peut servir deux maîtres. Car toujours il haïra l'un et aimera l'autre. On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon (Matt 6,24). Deux mille ans plus tard, assis sur le trône de Pierre, Benoit XVI célèbre le ralliement de l'Église catholique à l'économie de marché.

  • Par Serge Latouche
« ... aux yeux de certains religieux (Alex Zanotelli, Achille Rossi, Luigi Ciotti, Raimon Panikkar, sans oublier les sulfureux théologiens de la libération), ou à ceux d'Ivan Illich ou de Jacques Ellul, la société de croissance apparaît condamnable pour sa perversité intrinsèque, et non en raison d'éventuelles déviations. Cependant, la doctrine vaticanesque n'emprunte pas cette voie. Ni le capitalisme, ni le profit, ni la mondialisation, ni l'exploitation de la nature, ni les exportations de capitaux, ni la finance, ni bien sûr la croissance et le développement n'y sont condamnés en eux-mêmes : leurs débordements seuls sont coupables.

Ce qui frappe, c'est la prédominance de la doxa économique sur la doxa évangélique. L'économie, invention moderne par excellence, est posée comme une essence qu'on ne peut questionner. «La sphère économique n'est pas ethiquement neutre, ni par nature inhumaine et antisociale » (p.57) De là, il découle qu'elle peut être bonne, de même que tout ce qu'elle implique. Ainsi la marchandisation du travail n'est ni dénoncée ni condamnée. [...] L'encyclique témoigne d'un développementisme stupéfiant. Le mot développement y apparaît 258 fois en 127 petites pages, soit deux fois par pages en moyenne. [...] Cet enthousiasme n'a pas échappé aux partisans du pape, qui en tirent argument en sa faveur. «Le développement humain intégral est le concept fondamental de toute l'encyclique, utilisé au moins vingt-deux fois pour élargir le concept traditionnel de dignité humaine», souligne l'universitaire britannique Margaret Archer, membre de l'Académie pontificale des sciences sociales.

LA DÉLOCALISATION HEUREUSE

On assiste même à la fétichisation-sacralisation de cette notion [...] Le développement des peuples est considéré comme une vocation. «L'évangile, est il dit, constitue un élément fondamental du développement parce qu'il révèle l'homme à lui-même». Avec bien sûr la caution de Paul VI, dont on rappelle l'encyclique Populorum progressio de 1967 : « Les peuples de la faim interpellent aujourd'hui de manière dramatique les peuples de l'opulence » (p.24), clin d'oeil du pape à la fameuse formule de son prédécesseur : «Le développement est le nouveau nom de la paix » [...] cependant, le développement n'est pas le nouveau nom de la paix, mais bien celui de la guerre : guerre pour le pétrole ou pour les ressources naturelles en voie de disparition. Dès l'origine, la croissance et le développement ont été des entreprises agressives : guerre contre la nature, guerre à l'économie de subsistance et à ce que Ivan Illich appelle ''le vernaculaire''. Bien avant que le Président Eisenhower ne dénonce le complexe militaro-industriel, l'industrie de la guerre se reconvertissait en industrie du développement forcé, et réciproquement : les tracteurs remplaçaient les chars, les pesticides les gaz de combat, et les engrais chimique les explosifs. Au contraire, la voie de la décroissance remettrait la paix et la justice au centre de la société. Mais elle implique une dé-croyance : abolir la foi dans l'économie, renoncer au rituel de la consommation et au culte de l'argent. Non pour retomber dans l'illusion d'une société d'où le mal aurait été définitivement éradiqué, mais pour bricoler une société en tension, qui affronte ses imperfections et ses contradictions tout en se donnant un horizon de bien commun, plutôt qu'en encourageant le déchaînement de l'avidité.

Or non seulement le pape ne choisit pas cette voie, mais une petite phrase semble bien viser les objecteurs de conscience : «L'idée d'un monde sans développement exprime un manque de foi en l'homme et en Dieu» (p.20) Tous les poncifs du développement sont assumés : « Le développement a été et continue d'être un facteur positif qui a sorti de la misère des milliards de personnes, et qui, finalement, a donné à beaucoup de pays la possibilité de devenir des acteurs efficaces de la politique internationale» (p.30). Une affirmation superficielle probablement empruntée à son expert, l'économiste Stephano Zamagni. Celui-ci, dans un entretien à la revue Un mondo possibile, déclare : «Même en tenant compte de la croissance de la population, on peut dire que le pourcentage des pauvres absolus est passé de 62% en 1978 à 29% en 1998». On ne sait trop où il a trouvé ces chiffres. [...] En toute charité chrétienne, il aurait été plus intéressant de retenir qu'en septembre 2008, le directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation , M. Jacques Diouf, annonçait que le nombre d'affamés chroniques était passé de 848 millions pour la période 2003-2005 à 923 millions à la fin de 2007. [...]

Pour Benoit XVI, la mondialisation est une bonne chose, de même que le libre-échange. On est proche des positions de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), de la Banque mondiale et du fond monétaire international, dont l'ancien directeur , M. Michel Camdessus, fut conseiller de Jean Paul II. Dans un livre intitulé Notre foi dans le siècle, cosigné avec Michel Albert et Jean Boissonnat, M. Camdessus voyait dans la globalisation « ... l'avénement d'un monde unifié et plus fraternel ». Nos experts chrétiens osaient même affirmer : «La mondialisation est une forme laïcisée de christianisation du monde». La globalisation serait «le principal moteur pour sortir du sous-développement (p.50). Aussi n'y a-t-il pas de raison de nier qu'un certain capital peut faire du bien , s'il est investit à l'extérieur plutôt que dans l'économie nationale (p.64)» La délocalisation heureuse ! [...] »

- Serge Latouche, «Décryptage de l'encyclique ''Caritas in Veritate''», Le monde diplomatique, août 2010
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Biblio :

Benedeto XVI, Caritas in Veritate, Libreria Editrice Vaticana, Rome, 2009
Michel Albert, Jean Boissonnat et Michel Camdessus, Notre foi dans le siècle, Arléa, Paris, 2002
MB
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Re: L'Ode papale à la bonne économie

Message non lu par MB »

Avé

Les chiffres sur la pauvreté proviennent, je crois, de la CNUCED (une institution des Nations Unies, traditionnellement très à gauche, mais qui a reconnu, il y a 5 ans, que le nombre de pauvres n'avait jamais autant baissé).

Quant à la critique de la mondialisation, faudrait savoir : le christianisme a vocation à être mondialisé ; et quand vous allez déjeuner dans un restau indien, vous mondialisez. Mondialiser, c'est aller là où l'on veut, et recevoir qui l'on veut, ce que l'on veut, dans le monde entier. Quand, Paisien, je reçois un Beauceron, je mondialise à l'échelle de l'Ile-de-France. Si je reçois un Japonais, il n'y a qu'une différence de degré ; de nature, c'est toujours la même chose.

Et pour le développement, sa critique, etc., faudrait savoir : comment financer les programmes sociaux, la Sécu, les écoles, les hôpitaux ? On y arrive sans croissance, peut-être ?

De façon plus générale, le développement est une bonne chose, car il résulte de la capacité créatrice de l'homme : par son travail, par sa réflexion, il a créé quelque chose qui n'existait pas auparavant. Tout cela mis ensemble, et à grande échelle, c'est le développement. Cela n'empêche pas des ratés, et parfois des gros, mais c'est le prix à payer pour la liberté, et celle-ci offre les moyens de les corriger.

Amicalement
MB

PS. Je n'aime pas ce genre d'arguments, mais là il est nécessaire. Attention à la référence, le Monde diplomatique. Ce journal est très hostile au christianisme ; dans une bonne logique archéo-marxiste, qui y transparaît encore parfois, il l'assimile au grand capital, etc. Et lorsque les journalistes de cette feuille ont de la sympathie pour l'Église, c'est uniquement quand on parle de théologie de la libération ! Alors bon...
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Re: L'Ode papale à la bonne économie

Message non lu par Cinci »

Bonjour,

Oui, merci pour le commentaire. Je n'ai pas encore pris connaissance de l'encyclique en question, alors je ne peux pas trop juger de la critique en tant que telle. Pour m'aider à voir plus clair un peu sur cette affaire de «développement intégral», je me suis sorti un bouquin écrit par un docteur en économie et chrétien, catholique. Je lis cela tranquillement. C'est vrai que le Le Monde Diplomatique est un journal à situer surtout dans le camp des adversaires de l'Église. C'est bien ça la plupart du temps. Mais je trouve intéressant de voir la critique adverse pour diverses raisons (sans compter que certains détails peuvent parfois être vrai aussi, du côté de la critique). D'une manière ou d'une autre, il force à connaître plus la position réelle de l'Église. Il ne serait pas inintéressant de savoir davantage comment se positionne le Vatican au juste, mais rapport au vent dominant actuel partagé par tant de gens d'affaires.
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Christophe
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Re: L'Ode papale à la bonne économie

Message non lu par Christophe »

Cinci a écrit :Pour m'aider à voir plus clair un peu sur cette affaire de «développement intégral», je me suis sorti un bouquin écrit par un docteur en économie et chrétien, catholique. Je lis cela tranquillement.
Lequel, par curiosité ? :)
« N'ayez pas peur ! » (365 occurrences dans les Écritures)
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Re: L'Ode papale à la bonne économie

Message non lu par Cinci »

Dominez la terre, pour une économie au service de la personne ! C'est le titre. Écrit par un ''crac'' de l'économie : docteur d'État ès-science économique, diplômé de l'institut d'Études politiques d'Aix, maître de conférence à l'université d'Aix-Marseille III. Il enseigne la politique économique aux étudiants de Science-Po. C'est un monsieur du nom de Jean-Yves Naudet.

Sur la jacquette du livre :

«L'économie suscite les passions. De ceux qui la méprisent à ceux qui en ont peur, de ceux qui l'ignorent à ceux qui en font le tout de la vie sociale, les attitudes diffèrent mais se rejoignent souvent dans un même malentendu. On ne voit dans l'économie qu'un champ de bataille d'intérêts matériels.

L'auteur, parce qu'il est économiste et parce qu'il est chrétien, n'admet pas ce schéma réducteur. L'économie, explique-t-il, n'est pas séparable des personnes de chair et de sang, des communautés qu'elles forment, de leur complémentarité. L'économie est faite pour servir le développement de la personne dans toutes ses dimensions, y compris culturelle et spirituelle. Encore faut-il en comprendre les mécanismes, et les orienter dans le sens du service de tous. Ce livre nous offre dans un langage accessible à tous, à la fois une méditation sur les finalités de l'économie et un abrégé pédagogique sur son fonctionnement. Nourri de l'enseignement social de l'Église, il dépasse pourtant de loin le seul public chrétien, car il se propose, avec la force que donne la foi, d'ouvrir quelques voies vers un monde plus respectueux de l'homme.»

:)
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Re: L'Ode papale à la bonne économie

Message non lu par Christophe »

Naudet est président de la très libérale « Association des Économistes catholiques » mais il fait finalement partie de la branche « soft » de cette école libérale-catholique (comparé à certains de ses collègues de l'association). Je l'ai entendu il y a quelques années lors d'une conférence organisée la fondation de service politique à l'occasion de la sortie du Compendium. L'idée de Naudet, c'était que l'Église ne condamne pas le libéralisme mais seulement ses effets négatifs… Cependant, comme je n'ai pas lu le livre cité, je m'abstiendrai de critiquer : sans doute contient-il de nombreuses choses de valeur.
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Re: L'Ode papale à la bonne économie

Message non lu par Cinci »

... moui. Je lis cela, je ne suis pas convaincu d'avance. Le trouve surtout dans l'ouvrage de Naudet un éloge assez vibrant au néo-libéralisme. Ça m'inquiète. Je crains fort de retrouver cela dans les encycliques pontificales pour dire vrai. À date, je n'ai pas vu un seul mot positif à l'égard du rôle que peut jouer un État dans le domaine de l'économie (ou pour corriger adéquatemment des iniquités, inégalités, injustices, etc). C'est assez grave. Ce que j'ai vu à date pourrait se résumer : le plus moral de tout est le ''laissez faire''. C'est ce qui est le plus efficace, le plus juste, le mieux. En somme, pour que le meilleur de certains se révèle ( des actes libres de charité, la décision autonome de vouloir agir soi-même pour le bien, etc), alors il faut ne pas empêcher naturellement que la loi du marché qui est neutre fasse son oeuvre, même si l'on sait aussi que du péché va s'exprimer dans le domaine des échanges (le commerce, le travail) comme dans tous les autres.

Son ouvrage date du temps de la chute du mur de Berlin. On se rappelle tout le lyrisme qu'il y avait à ce moment-là envers le bon vieux capitalisme et l'économie libérale de marché. Perso, ce n'est pas une dithyrambe que je partage. Il existe bien trop de contre-exemples fructueux au laissez-faire, des tas de succès étatique versus des désastres et tragédies (sociales, morales, économiques) dû à la libre-entreprise.

Je vais continuer ma lecture. Puis je me promet d'examiner aussi les encycliques de Jean-Paul II et Benoit XVI touchant ce pôle des activités humaines. Il y a l'ouvrage de Camdessus de 2002 que je tâcherai de regarder également. Je voudrais bien saisir ce que Benoit XVI entend par «développement intégral» et savoir si ce concept au Vatican influerait ou pas en faveur d'un genre de société plutôt qu'un autre. Je ne le sais pas pour l'instant. Mais je n'écarte pas la possibilité que je dusse me retrouver en guerre contre les évêques de la curie fondamentalement, en cette matière. Je le crains. Je l'appréhende.
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Re: L'Ode papale à la bonne économie

Message non lu par Christophe »

Avant de partir en guerre, Cinci, étudiez la question. Le thème du développement intégral est repris de Populorum progressio de Paul VI dont Caritas in veritate est en quelque sorte l'actualisation et qui est assez critique vis-à-vis du libéralisme économique… Pour Paul VI, selon une formule restée célèbre, le « développement est le nouveau nom pour la Paix »…

Je vous avais prévenu pour Naudet et son parti-pris libéral qui n'est pas nécessairement celui de la DSE… Pour ma part, sur cette question précise et outre l'étude directe des encycliques, j'ai beaucoup apprécié le livre « L'enseignement social de l'Église et l'Économie de marché » de Bernard Laurent (élève d'Émile Poulat, qui signe la préface). Quant à Latouche, gauchiste malthusien et apôtre de la décroissance, vous pouvez sans problème le laisser sur… la touche.

Je vous concède que sur la question économique, la ligne du Magistère n'est pas toujours facile à décrypter et semble souvent avoir été influencée par les circonstances historiques. Cela peut laisser la porte ouverte à plusieurs interprétations (dont celle de Naudet n'est que l'une des possibles), mais sans doute pas à une déclaration de guerre !
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Re: L'Ode papale à la bonne économie

Message non lu par Christophe »

Je lis cette critique de Latouche, et je ne vois pas où l'on parle de l'encyclique papale, sauf peut-être une ou deux phrases… la réponse sera donc courte.
Latouche a écrit :Cependant, la doctrine vaticanesque n'emprunte pas cette voie. Ni le capitalisme, ni le profit, ni la mondialisation, ni l'exploitation de la nature, ni les exportations de capitaux, ni la finance, ni bien sûr la croissance et le développement n'y sont condamnés en eux-mêmes : leurs débordements seuls sont coupables.
Effectivement, le Magistère est un peu plus subtil que les partisans de la décroissance. Sur ce terrain là, il faut se méfier des mots trop connotés idéologiquement. Qu'est-ce que le capitalisme ? Qu'est-ce que la mondialisation ?
Latouche a écrit :Ce qui frappe, c'est la prédominance de la doxa économique sur la doxa évangélique. L'économie, invention moderne par excellence, est posée comme une essence qu'on ne peut questionner. «La sphère économique n'est pas ethiquement neutre, ni par nature inhumaine et antisociale » (p.57) De là, il découle qu'elle peut être bonne, de même que tout ce qu'elle implique.
Bien sûr que l'économie est bonne ! L'économie, c'est ce qui permet de créer de la richesse temporelle et de la partager, pour subvenir aux besoins. Lorsque le système économique réussit à accomplir cela, il est bon ; lorsqu'il échoue, il est mauvais. Il n'y a rien dans cette affirmation qui s'oppose à la doxa évangélique, tout au contraire.
Latouche a écrit :Ainsi la marchandisation du travail n'est ni dénoncée ni condamnée.
Mensonge : la marchandisation du travail est explicitement condamnée (comme dans le Magistère antérieur). « La gestion de ce phénomène est complexe, nous le savons tous; il s’avère toutefois que les travailleurs étrangers, malgré les difficultés liées à leur intégration, apportent par leur travail, une contribution appréciable au développement économique du pays qui les accueille, mais aussi à leur pays d’origine par leurs envois d’argent. Il est évident que ces travailleurs ne doivent pas être considérés comme une marchandise ou simplement comme une force de travail. Ils ne doivent donc pas être traités comme n’importe quel autre facteur de production. Tout migrant est une personne humaine qui, en tant que telle, possède des droits fondamentaux inaliénables qui doivent être respectés par tous et en toute circonstance [142]. » (Caritas in veritate, n°62)
Latouche a écrit :L'encyclique témoigne d'un développementisme stupéfiant. Le mot développement y apparaît 258 fois en 127 petites pages, soit deux fois par pages en moyenne. [...] Cet enthousiasme n'a pas échappé aux partisans du pape, qui en tirent argument en sa faveur. «Le développement humain intégral est le concept fondamental de toute l'encyclique, utilisé au moins vingt-deux fois pour élargir le concept traditionnel de dignité humaine», souligne l'universitaire britannique Margaret Archer, membre de l'Académie pontificale des sciences sociales.
Latouche est soit idiot, soit de mauvaise foi. Oui, le développement est sous la plume de Benoît XVI (comme de Paul VI) une valeur positive (ce qui n'est pas le cas dans le mouvement décroissantiste). Mais le mot ne signifie pas la même chose pour les uns et pour les autres, pour le pape et pour les économistes. Il ne faut ici pas le comprendre dans son acceptation purement économiste, mais (comme le précise d'ailleurs la citation) comme un élargissement, à l'échelle communautaire, de concept de dignité humaine.
Latouche a écrit :Or non seulement le pape ne choisit pas cette voie, mais une petite phrase semble bien viser les objecteurs de conscience : «L'idée d'un monde sans développement exprime un manque de foi en l'homme et en Dieu» (p.20)
Effectivement, le Pape vise ici les « objecteurs de croissance » (et non de conscience). C'est sans doute ce qui lui vaut la colère de Latouche : le Pape ne partage pas l'analyse décroissantiste et cela gêne aux entournures. Mais il ne faut pas non plus faire de Benoît XVI un chantre de la croissance à tout prix, ou du développement purement quantitatif.

Cordialement
Christophe
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Re: L'Ode papale à la bonne économie

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Christophe,

Merci pour les commentaires, le temps pris pour commenter un peu. Oui, alors je disais mon sentiment du moment après quelques pages du livre de Naudet, par anticipation, de par une sorte d'inquiètude. Mais je me laisse du temps bien sûr et pour en savoir plus long sur la position globale à Rome. Pour Latouche ? Oui, il peut charrier effectivement dans la critique. Et comme à propos de la marchandisation du travail. Puis il s'agissait bien des objecteurs de croissance dans le texte ( j'écrivais ''de conscience''; mon erreur). Sinon, je suis content quant à cette référence que vous me donnez. Ce pourrait être utile. Ce n'est pas évident d'emblée de bien saisir la représentation des choses du côté du Vatican et puis touchant le fonctionnement de l'économie moderne.
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