Vous avez quelque peu caricaturé mes propos... Mais comme visiblement vous cherchez un compagnon de comptoir pour vous tenir la bouteille, je vais essayer de mettre un peu de modération dans le débat. Le discours consistant à soupçonner systématiquement le riche n'est pas plus scandaleux que celui qui soupçonne systématiquement le pauvre ou le fonctionnaire. La stigmatisation sociale, quelle qu'elle soit, n'est jamais qu'un réflexe archaïque dont la seule logique est de défendre son propre territoire et de traiter tout étranger en ennemi. Et d'ailleurs, il y aura toujours des gens aisés et des gens modestes. Le tout est de savoir si l'on vit dans un système juste, équilibré, modéré, où chacun est libre. Il fut un temps où le capitalisme était à peu près supportable pour les classes "inférieures". Mais vous savez bien que depuis les années 1980, la balance s'est mise à pencher de plus en plus. Les salaires ont été désindexés des prix, pour commencer, entraînant une perte de pouvoir d'achat. Dans le même temps, les investisseurs, aidés par l'Etat (!), ont spéculé sur l'immobilier, de sorte à faire flamber les prix et les loyers. La baisse des taux d'intérêt a encouragé l'emballement du phénomène, sans compter tous les dispositifs exonérant d'impôts tout investissement locatif, ce qui consiste grosso modo a prendre dans la poche des contribuables pour aider les bailleurs professionnels à s'enrichir davantage (véritable vol organisé). Pendant ce temps, les intermédiaires ont profité de la disparition des petits commerces pour agrandir leurs marges, que ce soit au détriment des consommateurs ou des producteurs. Ce rétrécissement général du pouvoir d'achat n'a fait que pousser l'ensemble de la population à se tourner vers le crédit, voire le micro crédit, de telle sorte que nous sommes endettés plus que jamais. Quant aux professions libérales, j'imagine que pour conserver leur train de vie, ont continué d'indexer leurs prestations sur l'évolution des prix. Mais comme ce n'est pas le cas des salaires, cela ne fait qu'aggraver la paupérisation générale. Je ne suis pas en train de vous dire que le boulanger est un voleur. Mais disons que dans cette lutte pour son confort personnel, le "client" salarié et le commerçant ne disposent pas d'armes égales. Le commerçant peut augmenter ses tarifs, il a cette liberté. Où est la liberté du consommateur ? Nulle part. Il subit, et c'est tout. Soit il consomme moins, soit il s'endette encore plus. Voilà pourquoi je pense qu'on est revenu à un système de caste qui ne dit pas son nom :
- les maîtres, les seigneurs : banques, investisseurs, grands dirigeants d'entreprises, actionnaires, qui accumulent leur emprise sur la société, concentrant toutes les richesses, exerçant leur domination grâce au crédit et au dumping social.
- les clercs : politiciens, journalistes, et autres experts officiels, de plus en plus intéressés financièrement au système.
- les clients : cadres supérieurs, et professions libérales, qui parviennent pour l'instant à maintenir leur rang, et n'ont donc pas vraiment intérêt à se rebeller.
- les esclaves : masse salariale, dont la soumission est assurée par l'endettement, le chômage, les délocalisations, la concurrence avec la main d'oeuvre immigrée, etc.
- les intouchables, parias : les exclus, qui sont définitivement sortis du système de l'emploi, et vivotent d'aides misérables.
Boutin : Charité bien ordonnée ....
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- philémon.siclone
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Re: Boutin : Charité bien ordonnée ....
Anima nostra sicut passer erepta est de laqueo venantium
Laqueus contritus est, et nos liberati sumus
Notre âme s'est échappée comme un passerau du filet de l'oiseleur,
Le filet s'est rompu, et nous avons été délivrés.
Ps. 123
Laqueus contritus est, et nos liberati sumus
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Le filet s'est rompu, et nous avons été délivrés.
Ps. 123
Re: Boutin : Charité bien ordonnée ....
Ah, ça, si le but dès le départ est d'aboutir à tout prix à une représentation de la société comme on les aime, en escaliers, avec des petites caricatures de tiers-états ployant sous le poids de gros et gras bourgeois, oui, on peut dire à peu près ce qu'on veut et appeler à la rescousse tous les poncifs voulus, sans avoir besoin de se justifier ni de citer de faits, ni de se coltiner réellement la vraie connaissance d'autrui de quelque métier soit-il.
Le problème c'est que si on vous surprend à utiliser spontanément et même sans y penser des préjugés que vous n'avez pas même pris la peine de remettre en question, votre bel article pour Marianne se casse la figure, non ?
Ben voilà :
Comme vous le dites si bellement en introduction de votre réponse, les préjugés et a priori sont condamnables (et stupides, ajouté-je), qui qu'ils visent.
Donc, je vous en prie, appliquez vos principes.
(les grands discours c'est bien mignon, mais aller se confronter à la réalité c'est mieux, quand-même)
Le problème c'est que si on vous surprend à utiliser spontanément et même sans y penser des préjugés que vous n'avez pas même pris la peine de remettre en question, votre bel article pour Marianne se casse la figure, non ?
Ben voilà :
...où on retrouve bien en présupposé flagrant l'assimilation "profession libérale = train de vie princier", et qui fait tout pour le conserver, le salaud, sur le dos du brave travailleur qui, lui, au moins, sue sang et eau pour gagner sa croûte (pas comme les professions libérales qui sont comme tout le monde sait reposantes)".Quant aux professions libérales, j'imagine que pour conserver leur train de vie
Comme vous le dites si bellement en introduction de votre réponse, les préjugés et a priori sont condamnables (et stupides, ajouté-je), qui qu'ils visent.
Donc, je vous en prie, appliquez vos principes.
(les grands discours c'est bien mignon, mais aller se confronter à la réalité c'est mieux, quand-même)
“Il serait présomptueux de penser que ce que l'on sait soi-même n'est pas accessible à la majorité des autres hommes.”
[Konrad Lorenz]
“Celui qui connaît vraiment les animaux est par là même capable de comprendre pleinement le caractère unique de l'homme.”
[Konrad Lorenz]
Extrait de L'Agression
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- philémon.siclone
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Re: Boutin : Charité bien ordonnée ....
Cher Ti-hamo, vous interprétez, là encore, en mettant des sous-entendus là où il n'y en a pas.
Je n'ai pas dit que les professions libérales avaient un "train de vie princier", ni qu'elles passaient leur temps à se prélasser. J'ai seulement dit que pour conserver leur train de vie (cela ne suppose pas qu'il soit princier), elles alignent tant que c'est possible leurs tarifs ou leurs prix sur l'évolution générale du coût de la vie. Elles en ont le pouvoir, et je ne le leur reproche pas. Je ne fais que constater que les masses salariales n'ont pas ce pouvoir, et doivent subir une tension grandissante entre la stagnation de leurs revenus et la flambée générale des prix. Il ne me semble pas que les professions libérales subissent cette tension, sauf bien sûr lorsque le salarié ruiné et pressé comme un citron ne sort plus de chez lui pour dépenser l'argent qu'il n'a pas. Ceci dit, l'entente régnant entre les différents concurrents d'une même profession, on ne peut pas dire que la Loi de l'offre et de la demande fonctionne vraiment. C'est surtout la Loi de l'offre qui impose ses vues. La loi de la demande, elle, est bien forcée de suivre. Et au fur et à mesure que la demande tarit, il suffit simplement d'augmenter les prix en visant une tranche plus aisée, et ainsi on rentre dans ses frais. Voilà comment le prix de la baguette explose, alors que les gens sont de plus en plus fauchés. Et n'importe qui peut constater que des artisans qui travaillaient autrefois pour une clientèle populaire, n'accueillent plus maintenant que les classes fortunées. j'en connais qui ne vont plus chez le coiffeur, par exemple, ou qui achètent maintenant leur pain en grande surface. Moi-même qui n'ai pourtant pas un salaire misérable, je n'ai pas les moyens d'aller chez le boucher ou le fromager. Mais il fut un temps pas si lointain où un simple ouvrier pouvait aller chez le boucher.
Je peux vous citer des exemples. Mon propriétaire m'oblige à faire entretenir à mes frais la chaudière. Je fais donc venir un chauffagiste. Il n'avait pas de matériel et m'a emprunté un aspirateur. Il a donné un petit coup par ci, un petit coup par là, pour la forme. ça n'a duré que 5 minutes. Il est reparti avec mon chèque de 126 euros. Expliquez-moi un peu en quoi la prestation mérite d'être payée autant ! Quelle est ma marge de manoeuvre ? Elle est nulle. J'ai tout juste le droit de subir, d'accepter, de payer, et de fermer ma gueule. Il y a donc bien un abus généralisé de toute une frange de la population qui ne pense qu'à se remplir les poches au détriment d'une autre frange qui n'a que le pouvoir de subir et de se résigner. Et vous trouvez ça juste, vous ?
Et je ne parle pas des bailleurs...
En fait, on vit une époque où chacun exploite au maximum son avantage sur autrui pour en tirer le plus de gains possibles.
Je n'ai pas dit que les professions libérales avaient un "train de vie princier", ni qu'elles passaient leur temps à se prélasser. J'ai seulement dit que pour conserver leur train de vie (cela ne suppose pas qu'il soit princier), elles alignent tant que c'est possible leurs tarifs ou leurs prix sur l'évolution générale du coût de la vie. Elles en ont le pouvoir, et je ne le leur reproche pas. Je ne fais que constater que les masses salariales n'ont pas ce pouvoir, et doivent subir une tension grandissante entre la stagnation de leurs revenus et la flambée générale des prix. Il ne me semble pas que les professions libérales subissent cette tension, sauf bien sûr lorsque le salarié ruiné et pressé comme un citron ne sort plus de chez lui pour dépenser l'argent qu'il n'a pas. Ceci dit, l'entente régnant entre les différents concurrents d'une même profession, on ne peut pas dire que la Loi de l'offre et de la demande fonctionne vraiment. C'est surtout la Loi de l'offre qui impose ses vues. La loi de la demande, elle, est bien forcée de suivre. Et au fur et à mesure que la demande tarit, il suffit simplement d'augmenter les prix en visant une tranche plus aisée, et ainsi on rentre dans ses frais. Voilà comment le prix de la baguette explose, alors que les gens sont de plus en plus fauchés. Et n'importe qui peut constater que des artisans qui travaillaient autrefois pour une clientèle populaire, n'accueillent plus maintenant que les classes fortunées. j'en connais qui ne vont plus chez le coiffeur, par exemple, ou qui achètent maintenant leur pain en grande surface. Moi-même qui n'ai pourtant pas un salaire misérable, je n'ai pas les moyens d'aller chez le boucher ou le fromager. Mais il fut un temps pas si lointain où un simple ouvrier pouvait aller chez le boucher.
Je peux vous citer des exemples. Mon propriétaire m'oblige à faire entretenir à mes frais la chaudière. Je fais donc venir un chauffagiste. Il n'avait pas de matériel et m'a emprunté un aspirateur. Il a donné un petit coup par ci, un petit coup par là, pour la forme. ça n'a duré que 5 minutes. Il est reparti avec mon chèque de 126 euros. Expliquez-moi un peu en quoi la prestation mérite d'être payée autant ! Quelle est ma marge de manoeuvre ? Elle est nulle. J'ai tout juste le droit de subir, d'accepter, de payer, et de fermer ma gueule. Il y a donc bien un abus généralisé de toute une frange de la population qui ne pense qu'à se remplir les poches au détriment d'une autre frange qui n'a que le pouvoir de subir et de se résigner. Et vous trouvez ça juste, vous ?
Et je ne parle pas des bailleurs...
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Anima nostra sicut passer erepta est de laqueo venantium
Laqueus contritus est, et nos liberati sumus
Notre âme s'est échappée comme un passerau du filet de l'oiseleur,
Le filet s'est rompu, et nous avons été délivrés.
Ps. 123
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