Bonsoir Bisdent,
Il est inutile de me faire le procès que vous faites car il s'agit d'un malentendu : je n'incite pas à séparer ou à rattacher quoi que ce soit. Je prends simplement acte du fait que l'on parle de cette question en ce moment et que de tels sondages existent, et j'ai voulu voir ce que ça donne avec un échantillon catholique (très majoritairement, je suppose) de sondés. Je vous ferai remarquer que je n'ai pas encore donné mon propre avis. Je note aussi que ce n'est pas simplement une lubie française ou étrangère, mais que c'est un risque réel, et que les Flamands pourraient bien se séparer en dépit du portait que vous faites des patriotiques Wallons, et que je sais être vrai.
Bisdent a écrit :
1. La Wallonie n'est pas une région homogène et unilingue. Elle est certes composée essentiellement de francophones, mais c'est également en Wallonie que se trouve la communauté germanophone. Pour les Français ou ceux qui ne connaissent pas bien leur découpage institutionnel belge, la communauté germanophone est composée de gens dont l'allemand est la langue maternelle. Ce n'est pas une minorité protégée. C'est une communauté à part entière dans le système politique belge avec son propre gouvernement, sa propre capitale (Eupen) et sa culture germanique. La seule langue officielle ayant cours dans cette communauté est l'allemand. Comme pour les autres communauté, le gouvernement de la Communauté germanophone gère toutes les compétences relatives aux personnes (l'enseignement, la culture,...), les compétences relatives au territoire sont gérées par la Région wallonne et certaines compétences résiduelles pour la Communauté germanophone sont également gérées par la Province de Liège (seule province wallonne officiellement bilingue français-allemand donc). Tout comme la plupart des francophones de Belgique ont la nausée à l'idée d'un rattachement à la France, l'idée d'un rattachement des germanophones de Belgique à l'Allemagne leur est tout-à-fait inconcevable. Alors, les rattacher à la France, je ne vous dis pas...
3. Prôner un rattachement de la Wallonie à la France, c'est croire que la langue fait l'identité. Or, c'est particulièrement faux pour des langues comme le français ou l'anglais. Si l'identité des Wallons doit passer par une langue, c'est à travers la myriade de langues que le français a contribué à faire disparaître durant ces soixante dernières années : c'est le cas du gaumais, du luxembourgeois (dialecte par ailleurs germanique, et pourtant on le parle dans la région d'Arlon, qui ne fait pas partie de la Communauté germanophone), du wallon avec ses variantes de Charleroi, Namur ou Liège. En Wallonie, comme dans bien d'autres endroits, le français n'est pas la langue dont on se revendique d'un point de vue identitaire, c'est la langue qui a tué celle de nos ancêtres. Vous parlez d'un incitant.
La question linguistique n'entre pas vraiment en jeu à mes yeux, puisque la France non plus n'est pas homogène linguistiquement, et s'il fallait faire coïncider les frontières étatiques avec les frontières linguistiques, en particulier entre les langues romanes et les langues germaniques, alors la France n'avait aucune raison de se battre pour l'Alsace-Moselle, et il faudrait céder à la Flandre l'arrondissement de Dunkerque.
Mais un état moderne, pour se construire a besoin d'une (ou de plusieurs, dans le cas d'une confédération) langue(s) officielle(s) sue et parlée par tous ses habitants en plus de leurs éventuels langues ou dialectes maternels. Dans le cas du français, c'est une langue formée par combinaison des différents parlers d'oïl, dont une partie sont effectivement en Belgique, vous citez le wallon, le lorrain gaumais, on pourrait ajouter le picard. Mais en France les autres se nomment gallo, normand, poitevin, berrichon, bourguignon, champenois, lorrain, etc. Et la France abrite par ailleurs deux autres langues romanes (l'occitan, l'arpitan et le corse), chacune avec ses dialectes parfois nombreux, une langue celtique (le breton) et une langue non-indoeuropéenne (le basque).
Donc non, je ne crois pas que la langue, au sens de langue maternelle, fasse l'identité à elle seule. Je crois par contre qu'une langue nationale qui dépasse les parlers locaux est nécessaire. Même s'il faudrait à mon avis protéger les langues régionales en France bien plus qu'on ne le fait aujourd'hui, peut-être à l'image de la Communauté Germanophone de Belgique, justement. (A propos de cette dernière, vous avez oublié de mentionner que ce territoire est un gain de la Belgique sur l'Allemagne en 1919, que tout ce petit monde ne représente quand même que 75000 habitants au plus et qu'a Eupen il y a malgré tout des facilités pour les francophones, minoritairement présent dans toute la région et même côté allemand depuis longtemps).
Pour les habitants du pays d'Arlon de langue francique, je n'ai jamais bien compris pourquoi la Belgique qui s'est pourtant très confédéralisé sur les frontières linguistiques et où l'on se bat pour la moindre commune billingue, ces gens là n'ont pas obtenu le moindre droit. Peut être parce qu'ils n'ont rien demandé. Ou peut-être parce qu'ils sont encore moins nombreux que les germanophones des cantons de l'est, et c'est dire s'ils doivent être peu nombreux ! Et en plus ils sont complètement francisés, comme d'ailleurs aussi ceux du grand-duché...
En revanche, je suis plus sensible au critère géographique. Or il se trouve, vous êtes évidemment au courant, que les frontières naturelles de la France, depuis la Gaule, sont le Rhin, les Alpes et les Pyrénées. Pour ces deux dernières, on y est a peu près arrivé avec l'histoire.
Par contre, ça n'a pas été le cas pour la rive gauche du Rhin, que depuis des siècles nos rois essayent d'atteindre en repoussant la frontière km après km, et que les armées révolutionnaires ont atteint mais n'ont pas pu conserver. La question s'est reposée au moment de 1830-31, et à nouveau après la 1e et la 2e guerre mondiale, pour ce qui est de la Rhénanie allemande (notamment le Palatinat).
Bisdent a écrit :
2. Que faites vous de Bruxelles ? Région à part entière à côté de la Flandre et de la Wallonie, Bruxelles est composée d'une majorité de francophones, majorité estimée entre 80 et 90 % selon les sondages officieux (les sondages de recensement linguistiques sont officiellement interdits à Bruxelles), mais se trouve en territoire historiquement flamand. Bruxelles est la capitale fédérale (+ évidemment siège de la plupart des institutions européennes, de l'OTAN,...) mais aussi la capitale de la Communauté française de Belgique, mais aussi de la Région flamande, mais aussi de la Communauté flamande de Belgique. Alors ceux qui veulent rattacher la Wallonie à la France, seraient-ils prêts à arracher dans la douleur la francophone Bruxelles au territoire flamand ?
Je n'ai pas nommé Bruxelles dans ma question, justement parce qu'on sait bien que personne ne saurait quoi en faire. Pour moi, j'ai tendance à considérer que c'est une ville de Flandre, puisqu'elle l'est historiquement, même si le français est devenu majoritaire par la suite. Mais suivant ce raisonnement, on pourrait dire la même chose de Lille...
Vous nommez les différentes institutions qui y sont présentes mais vous omettez de citer nommément la plus importante : le roi.
Et c'est justement un des arguments que je considère, à titre personnel, comme pouvant peser contre un rattachement sur ma conscience, parce que je suis royaliste. De plus cette monarchie est catholique et, même si aujourd'hui la laïcité est de mise et l'islamisation galopante, comme partout (et peut être plus qu'ailleurs), la religion catholique garde tout de même un degré de visibilité et d'écoute supérieur. Et entre les intérêts territoriaux naturels de la France d'une part et d'autre part la solidarité monarchique et la défense d'un pays (encore un peu) catholique, il ne serait pas aisé de décider.
Bisdent a écrit :
5. La Wallonie n'est pas riche et a besoin d'un tuteur fort me direz-vous ?" Vous n'aurez qu'à moitié raison. L'essor économique de la Wallonie est en évolution constante ces dernières années. Et quand bien même la Wallonie figurerait parmi les pays les plus pauvres d'Europe, les aides qu'elle pourrait recevoir de l'Europe en tant que pays indépendant seraient bien supérieures à celles qu'elle pourrait espérer recevoir de la part de l'état français en tant que région sinistrée.
L'argument économique joue, incontestablement, mais peut être pas dans le sens que vous pensez. Je ne suis pas sûr que la France égoïste représentée par ses dirigeants actuels volerait au secours d'une région sinistrée, étant elle même gravement en crise.
Bisdent a écrit :Le référendum n'existe pas dans le droit belge, il n'a jamais été utilisé et ne le sera jamais.
Une seule fois, la Belgique a soumis au peuple une consultation populaire (qui diffère du référendum en ce sens que l'état qui le commande n'est pas tenu de tenir compte de l'avis exprimé par la population). Elle portait sur le retour d'exil du Roi Léopold III en 1951. Les résultats ont failli faire basculer la Belgique dans la guerre civile (attentats, gendarmerie tirant dans la foule tuant des grévistes,...).
Il n'y aura pas en Wallonie de référendum sur cette question, ne fantasmez pas.
J'ignorais que le référendum n'existait pas, je pensais qu'il n'était simplement pas utilisé parce que les circonstances ne l'ont jamais requis. J'avoue que je ne m'étais pas penché sur la question. Me voilà informé ! (Et je vous rassure, les référendums ne font pas partie de mes fantasmes !

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Au plaisir de vous lire.