marie du hellfest a écrit :philémon.siclone a écrit :Tant que l'on se représente un Dieu tatillon et rouspéteur, qui commencerait à râler en fronçant le sourcil au moindre acte jugé incorrect, et disant : "tss tss, pas bien...", tiquant, puis trépignant de rage, pour enfin fulminer complètement en lançant des éclairs de tout côté, je crois qu'on est très loin de ce que la religion enseigne vraiment. Pas seulement la religion catholique, d'ailleurs. A mon avis, si l'on approfondissait vraiment l'Islam ou le bouddhisme, on n'y rencontrerait jamais non plus une représentation de Dieu aussi simpliste.
Je ne me le représentait pas tout-à-fait comme ceci, mais il y a quand même quelque chose qui me gêne. Le fait d'un Dieu tout-puissant qui nous créée libre pour que nous puissions librement le choisir, soit. Mais que celui qui décide de ne pas le choisir aille directement en enfer, je trouve ça très moyen. Il n'y a même pas d'état intermédiaire, puisqu'il me semble (arrêtez-moi si je me trompe), que le passage au purgatoire n'est jamais éternel, et qu'on finit forcément au paradis ou en enfer. Donc un homosexuel qui aura passé sa vie à être bon et généreux et qui ne se repentit pas de son homosexualité ira en enfer, au même titre qu'un meurtrier en série, violeur, esclavagiste ou autre joyeuseté qui ne se repentit pas non plus.
C'est comme s'il y avait un ego qui veut absolument qu'on finisse par le reconnaître, même si on a pas fait de mal pendant notre vie. Je trouve ça typique d'un être humain mais indigne d'un dieu, surtout quand il se prétend bon et miséricordieux.
Encore une fois, la vision que vous représentez d'un mouvement froid et mécanique qui mènerait automatiquement certains au paradis et d'autres aux enfers parce qu'ils ont fait ceci, ou qu'ils n'ont pas fait cela, est extrêmement caricaturale et éloignée de ce que l'Eglise enseigne. Chacun pressent au fond de lui si les choix généraux de son existence sont bons ou mauvais, et s'ils l'entraînent dans une voie de repli autodestructeur, ou au contraire dans une voie de liberté, de lumière et de vérité. Le Christ promet la "liberté" à ses disciples. Vous devriez lire, ne serait-ce qu'un seul évangile, afin de vous rendre compte par vous-même que Dieu n'est pas un tyran qui passe son temps à épier nos écarts pour mieux nous accuser ensuite. D'ailleurs, c'est au contraire le Diable qui a la réputation d'être l'accusateur de nos âmes. Il y a donc de votre part un petit malentendu...
Alors bien sûr, l'argument majeur, c'est que l'homosexuel n'a pas choisi de l'être. Et on ne peut pas nier que sa situation soit particulièrement éprouvante, puisqu'il est aisé pour un hétérosexuel marié de se laisser aller à des plaisirs charnels sans encourir de graves péchés, tandis qu'un homosexuel n'a pas cette possibilité. Il y aurait donc deux poids deux mesures ? Mais le fait est que, en effet, nous ne sommes pas tous également tentés et éprouvés dans la vie. Certains ont des vies confortables et n'ont pas beaucoup de difficultés à vivre "saintement", selon les critères visibles et immédiatement vérifiables. Pour d'autres, la vie est une véritable épreuve, une "torture", même (dit saint Augustin). Mais croyez-vous que Dieu ignore ces difficultés ? C'est pour ça que l'Eglise accorde très largement son pardon, à la demande expresse du Christ. Et ce n'est pas la résistance au péché qui sauve, mais la confiance en Dieu, et le désir sincère de se rapprocher de lui. C'est là que tout se joue.
Mais je sais ce qui vous pose problème : au nom de quoi un homosexuel, qui n'a pas choisi de l'être, devrait-il se repentir et se sentir coupable plus qu'un autre ? Certes, nous sommes mis, les uns et les autres, dans des situations différentes et inégales, que nous n'avons pas choisies. Et Dieu le sait. Le chrétien est donc invité, non pas à se sentir perpétuellement coupable de ses pulsions naturelles auxquelles il ne peut rien, mais surtout à jeter un regard lucide et objectif sur ce qu'est sa vie, sans se laisser enfermer dans l'arrogance de l'orgueil, et à se fier dans l'amour de Dieu qui ne nous juge pas, et connaît nos faiblesses. L'erreur serait de s'identifier à ses problèmes (à son homosexualité, par exemple), en croyant que l'on est cela, au fond de soi-même, et de se mettre à défendre avec orgueil ce que l'on croit être intimement, dans une démarche purement identitaire. D'ailleurs, je remarque que les luttes communautaires qui se multiplient depuis quelques temps, sont purement identitaires à la base. Et c'est alors plus le MOI que l'on défend qu'autre chose.
philémon.siclone a écrit :L'important n'est pas le jugement négatif à porter contre des actes ou des pensées de "péché", mais plutôt ce que chacun fait de sa vie.
C'est ce que j'aurais tendance à penser, mais ce n'est visiblement pas le point de vue de la religion, d'après les avis d'autres catholiques. Ou alors j'ai mal compris, ce qui n'est pas impossible non plus.
Comme je vous l'expliquais, le but d'une vie chrétienne est d'orienter sa vie vers Dieu. Les actes qui consistent à l'orienter vers les exigences passionnées du corps ne font évidemment que s'opposer à cette voie. C'est en cela que les chrétiens sont mis en garde contre un certain nombre de dérives. Je ne dis pas que ces actes ne sont pas condamnables en tant que péchés. Mais l'erreur consisterait à se focaliser uniquement sur cet aspect négatif, en perdant de vue que le but de la vie chrétienne n'est pas de résister à telle ou telle malice, mais de mettre surtout au coeur de sa vie la confiance en Dieu, et l'amour du prochain. C'est très différent...
philémon.siclone a écrit :Ce que l'on croit être bon, ce que l'on perçoit par nos propres moyens, n'est-ce pas finalement très relatif ?
Si, je suis d'accord avec vous, mais je n'ai toujours pas de solution. Je peux passer mon temps à étudier toutes les religions, et étudier tous les philosophies, et plonger en moi (ou dehors, ce que vous voulez) pour réfléchir à tout ça (en admettant que j'aurai un élément neuf à y ajouter après des millénaires de dogmes et de philosophes). Et quand j'aurai fait tout ça, vous pouvez me dire comment je saurai si ma vérité est
la Vérité ? Je serai peut-être persuadée de l'avoir. Ca ne voudra pas dire pour autant que je l'aurai.
Je relativise les choses pas dans le sens que toutes se valent (ce qui hérisse le poil de certaines personnes ici), mais dans le sens ou je n'ai strictement aucun moyen de discerner la Vérité dans ce que je vois, et à ce titre je ne peux pas juger et imposer des opinions, et comme j'ai également de gros doutes sur le fait que les autres détiennent la Vérité, je n'admets pas non plus qu'on m'en impose.
Soyons très clairs : si vous n'êtes pas chrétienne, vous avez évidemment le droit de penser que toutes les écoles philosophiques et religieuses se valent. Il ne reste plus qu'à vous souhaiter bonnes courses au supermarché des religions !
Mais la démarche du chrétien est très différente... Personnellement, j'ai été baptisé adulte, sans n'avoir jamais été attiré ni par l'Islam ni par le protestantisme et le boudhisme. J'ai été surtout attiré par le Christ, en tant que personne. Il s'agit d'une adhésion à quelqu'un, à cause de l'exemple qu'il a donné lui-même. Si le Christ ne vous attire pas, demandez-vous pourquoi. Si vous trouvez que tout se vaut, demandez-vous pourquoi. Et si vous ne choisissez jamais, demandez-vous aussi pourquoi ! En répondant à cette question, je crois que vous trouverez toutes les réponses dont vous avez besoin...
Vous connaissez l'histoire de la femme indécise et de la pomme ? Une femme de 40 ans va voir son curé et lui demande pourquoi elle n'a toujours pas trouvé de mari. Le curé lui propose alors un exercice : faire le tour du verger, sans jamais revenir en arrière, et ramener la plus belle pomme qu'elle aura trouvé sur son passage. Au bout d'un moment, elle revient les mains vides. Et le curé lui lance : "maintenant vous savez !"
philémon.siclone a écrit :Vous avez dit que finalement, le seul truc qui compte pour un croyant, c'est de gagner son salut. Et que finalement, c'est une motivation assez bornée. C'est une vision un peu réductrice, là encore.
C'est vrai que c'est réducteur, et je m'en excuse. C'était plus un constat que toutes les religions proposent un "service salut" avec leur "pack Vérité". Je me demandais juste s'il avait existé des religions proposant une vision de la Vérité différente, mais sans proposer un salut quelconque à leurs croyants (j'allais dire "membres" ...). Si ça a été le cas, elles n'ont visiblement pas eu beaucoup de succès. Disons que c'est un élément supplémentaire qui ne m'encourage pas à y croire.
J'aime bien votre vision des religions comme des enseignes commerciales proposant des offres alléchantes (pourquoi pas soldées, avec des promos "bonus", primes à la casse, deux pour le prix d'un, etc.) afin d'attirer le client. Personnellement, je ne peux pas parler pour les autres religions que je connais mal. Je sais seulement que le Christ ne vient pas à nous comme un concurrent d'autres gourous et sectes cherchant à attirer du monde dans le seul but de remplir son supermarché avec le plus de clients possibles. Il vient surtout pour se donner aux hommes, et c'est là l'essentiel de la force et du contenu de son message. Je ne puis rien dire de plus... Après les gens sont libres, ils en veulent, ils n'en veulent pas, ils font comme il leur plaît...
philémon.siclone a écrit :Mais du moment qu'ils ne croient pas, quelle importance ? Pourquoi cela devrait-il les déranger ? Cela ne les concerne plus, non ? Alors où est le problème ?
Et si ça leur pose quand même un problème, c'est peut-être qu'il y a un truc qui cloche quelque part...
Le problème c'est que l'Eglise a encore du pouvoir, en France moins qu'ailleurs certes, mais un pouvoir moral tout de même. Je sais que ça va faire bien rire certaines personnes ici qui se plaignent régulièrement des attaques (médiatiques) faites contre l'Eglise, mais j'insiste. Ca fait des siècles qu'elle est implantée en France (entre autres) et qu'elle a été la seule à avoir autorité sur les affaires morales et spirituelles pour la grande majorité de la population.
A mon avis, vous êtes à la limite du délire paranoïaque concernant le poids de l'Eglise en France, qui est quasiment nul, comme chacun peut le constater. L'Islam a un poids beaucoup plus fort et plus lourd. Et cela fait partie de la vie démocratique, après tout. Les associations Loi 1901 ont bien le droit d'exister et de dire ce qu'elles pensent. Pourquoi l'Eglise devrait-elle s'abstenir de délivrer son témoignage ? Et le fait est qu'elle est plutôt très discrète en bien des domaines (avortement, par exemple), et peu souvent écoutée lorsqu'elle dit quelque chose. Par contre, on s'indigne facilement contre elle, vous ne pouvez pas le nier. L'Islam est beaucoup mieux toléré, et je ne pense pas qu'il soit beaucoup plus "cool" en matière d'homosexualité par ex. On préfère s'en prendre à l'Eglise sur ce thème, pour la simple raison que l'Eglise ne se défend pas, et passe son temps à tendre la joue pour qu'on la frappe. Reconnaissez que l'Islam n'agit pas de même, raison pour laquelle on le laisse tranquille. Plus facile de taper sur ceux qui se laissent taper.
L'Eglise ne se définit pas elle-même comme un groupe de pression, ce qu'elle est pourtant, même si ce n'est pas que ça.
Elle considère son action non comme une ingérence dans les affaires d'un état (ce que c'est pourtant), mais comme un service au bien commun, bien commun dont sa définition est bien-sûr la seule valable à ses yeux.
Voilà pourquoi l'opinion de l'église concerne et dérange les homosexuels. Si l'église laissait les gouvernements légiférer librement dessus, les homosexuels se soucieraient beaucoup moins de son avis.
Vous confondez deux choses :
1. Dire que l'acte homosexuel est un péché.
2. Accepter que les homosexuels se marient et adoptent des enfants.
Le 1er point est du ressort des religions, et s'adressent à ceux qui croient (ce qui n'empêche pas le respect et la tolérance envers les homosexuels, évidemment !). Ceux qui n'y croient pas n'ont pas spécialement à s'en soucier puisque justement ils ne croient pas : la question ne les concerne donc pas.
Le 2e point est du ressort des citoyens et de l'opinion publique, puisque cela touche à l'organisation de la Cité. Tout le monde a donc le droit de dire son opinion. Pourquoi les catholiques devraient-ils se taire plus que les autres ? Le problème du mariage homosexuel, et de l'adoption d'enfants, n'a pas un lien direct avec le fait que l'homosexualité serait un péché ! On parle, ici, de la vie en société. Cela n'a donc rien à voir. D'ailleurs, on peut très bien être athée, et être en même temps opposé au mariage homosexuel, et encore plus à leur adoption d'enfants. Là pour le coup, c'est surtout la raison qui intervient.
Je me permets d'ajouter qu'il y a quand même dans votre démarche une volonté d'interdire le libre débat, vous ne croyez pas ? Pas très démocratique, comme attitude...
Et puis les gouvernements sont libres de leurs choix, et souverains, que je sache, surtout qu'ils sont l'expression, en principe, de ce qui sort des urnes (en """""""""principe""""""""""). Bien sûr, ils sont souvent soumis à des lobbies
divers. Je veux dire par là que l'Eglise n'est pas la seule à chercher à influer sur les décisions politiques. Il y a toutes sortes de lobbies... Des lobbies financiers, pétroliers, pharmaceutiques, anglo-américanophiles, féministes, écolos. Et vous savez quoi ? Il y a aussi des lobbies homosexuels ! Alors, ça va, quoi... Les catholiques ont bien le droit de la ramener de temps en temps, au même titre que les autres qui ne s'en privent pas, très loin de là !
De plus je ne comprends pas pourquoi l'Eglise, sur ce sujet, tiens à s'appuyer autant sur la raison pour démontrer le caractère condamnable de l'homosexualité. Si ses écrits font office de vérité, pourquoi s'embarrasser de raison ? Et pourquoi ne l'utilise-t-elle pas pour d'autres sujets comme l'immaculée conception ou la résurrection du Christ ?
La doctrine chrétienne s'appuie en premier lieu sur la Foi. Mais elle se nourrit également de la raison. C'est un débat vieux comme le monde, et ce n'est pas en quelques lignes que je vais vous résumer ce qu'ont écrit les théologiens depuis 2000 ans ! Je vous signale simplement l'encyclique de Jean-Paul II sur ce thème, qui s'appelle précisément :
Fides et ratio (Foi et raison).... La littérature sur ce thème ne manque pas !