Bonjour,
Christophe a écrit :Il ne faut pas confondre les devoirs de justice et les devoirs de charité. La justice est d'ordre naturel, et la charité d'ordre surnaturel : elle est la perfection de la justice dans l'ordre de la grâce.
J'avoue, je ne comprends pas en quoi cela permet de classer dans la case "justice" l'apport de soin à une personne malade, et dans la case "charité" l'hospitalité à une personne en déplacement. Le droit à la vie (en bonne santé) comme le droit à la mobilité sans entrave sont des droits inaliénables, me semble-t-il, au regard de la DSE (bon, je dis ça, mais je n'ai aps retrouvé confirmation dans les textes de la DSE, faut que je cherche encore). Si on s'en tient à de la stricte logique, tout bon sentiment mis de côté, décider qu'il est moral de garantir le droit à la vie, ou encore de garantir le droit à l'éducation, je ne comprends pas selon quel principe on refuserait à ce même champs de la moral le devoir d'hospitalité envers le migrant ou la personne en déplacement.
Erga migrantes caritas Christi a écrit :39. Les migrations constituent donc un événement qui touche aussi à la dimension religieuse de l’homme; elles offrent aux migrants catholiques l’occasion privilégiée, bien que souvent douloureuse, d’acquérir un sens accru de leur appartenance à l’Église universelle, au-delà de toutes les particularités.
À cette fin, il est important que la communauté ne considère pas que sont devoir envers les migrants puisse se limiter simplement à poser des gestes d’aide fraternelle ou encore de soutenir des lois parcellaires qui favorisent leur digne insertion dans la société et qui respectent l’identité légitime de l’étranger. Les chrétiens doivent se faire les promoteurs d’une véritable culture de l’accueil (cf. EEu 101 et 103), qui sache apprécier les valeurs authentiquement humaines d’autrui, au-delà des nombreuses difficultés que comporte la convivialité avec des personnes différentes de nous (cf. EEu 85, 112 et PaG 65).
40. Les chrétiens réalisent tout cela en pratiquant un accueil véritablement fraternel, répondant à l’invitation de saint Paul : «Accueillez-vous les uns les autres comme le Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu» (Rm 15,7)[46]
[46] Dans le chapitre 15 de la Lettre aux Romains, le devoir d’accueil nous est présenté dans des traits saillants que nous rappelons en le qualifiant. L’hospitalité doit donc être «chrétienne», profonde, et venir du cœur (« Dieu … vous accorde d’avoir les uns pour les autres les mêmes sentiments, à l’exemple du Christ Jésus: v. 5) ; elle doit être généreuse et gratuite, et non intéressée ou possessive (« Le Christ n’a pas recherché ce qui lui plaisait … mais il s’est fait serviteur» : v. 3 et 8), bienfaisante et édifiante («Que chacun d’entre nous plaise à son prochain, pour le bien, en vue d’édifier» : v. 2), attentive aux plus faibles («C’est un devoir pour nous les forts de porter les faiblesses de ceux qui n’ont pas cette force et de ne point rechercher ce qui nous plaît» : v. 1).
Bref, je n'ai pas l'impression qu'on sorte tellement du champs de la morale naturelle, mais peut-être me trompais-je. Il me semble de toute façon qu'en tant que chrétien, l'hospitalité est un devoir moral, point à la ligne... ça ne résout pas toute la question, évidemment.
Christophe a écrit :Comme l'a souligné Franck, un État-nation ne peut pas être le garant du bien commun universel mais seulement du bien commun national particulier.
En lisant le message de Franck, je me suis en effet posé la question de la subsidiarité dans l'accueil des migrants. L'accueil est un devoir moral, une garantie que doit donc être assurée par un système juste. Mais ce système doit-il se situer au niveau de l'Etat. Ce n'est pas certain, en effet. Et j'en arrive même à penser que la dimension migratoire étant trans-nationale, la gestion de ces flux et de leurs conséquences (accueil, intégration, etc...) devrait donc incomber également à une structure législative et exécutive trans-nationale.
Christophe a écrit :Venir ou demeurer clandestinement dans un pays étranger ne peut pas ouvrir des droits supplémentaires (soins médicaux, logement, etc.) par rapport y ceux dont bénéficient les citoyens issus des pays d'émigration qui n'ont pas transgressés nos lois et sont demeurés dans leur propre pays. La transgression d'une loi légitime ne peut pas créer de nouveaux droits.
Il ne s'agit pas de créer de nouveaux droits, mais de reconnaitre ceux des droits qui découlent du respect de la personne humaine. Ils n'ont rien de "nouveaux", chaque personne a certains droits qui lui sont attachés où qu'elle se trouve et quelle que soit sa situation.
Christophe a écrit :Il en est bien évidemment différemment des étrangers en situation régulière que nous avons fait venir… Mais un étranger reste un étranger, et il faut pouvoir envisager son retour dans son pays d'origine à l'issue de son séjour légal. Anticiper ce retour avant même la venue en France est certainement la façon la plus humaine et la plus juste de fonctionner.
100% d'accord. Ca pourrait justement faire partie des attributions d'une structure trans-nationale de gestion des flux migratoires que de prendre acte des situations des migrants et prévoir avec eux, quand ils se font connaitre, les conditions de retour dans leur pays d'origine, si toutefois ce retour est envisageable. Dans le même ordre d'idée, pourrait faire partie des attributions d'une telle structure de dégager des grandes tendances migratoires et de mettre en place des plans d'action, avec la collaboration des nations impliquées (d'origine et d'accueil), pour résorber le phénomène d'aspiration, en particulier par l'aide au développement dans les pays d'origine.
Christophe a écrit :Je pense qu'il est inutile que je précise que le « droit du sol » est une aberration à l'époque des flux migratoires mondialisés…
Mouais... pas sur. En tout cas, dans la mesure où il n'est pas opposé, mais complémentaire, au droit du sang, et correspond à une réalité de vie, de travail et de participation à la vie sociale, comme c'est le cas en France, alors il ne me parait pas aberrant. Après j'avoue ne pas avoir assez réfléchi à la question. Mais n'y a-t-il pas dans le fait de naitre dans un pays particulier le germe d'une certaine relation maternelle entre la nation de naissance et la personne pourtant d'origine étrangère par ses parents.
Christophe a écrit :Mais, en raison de la libre circulation dans l'UE, la politique migratoire est l'une de celle qui nécessite une coordination européenne.
On est d'accord sur ce point.
VexillumRegis a écrit :Je n’accorde aucun crédit à l’Église qui est en France (ou plutôt ce qu’il en reste), et je me moque comme de l’an II de ce qu’elle peut prescrire à ses fidèles dans le domaine politique.
Comme je l'ai dit, cela ne relève pas que de l'Eglise de France, mais de Rome. La commission pontificale pour la pastorale des migrants est... une commission pontificale. Les lettres des papes, chaque année, à cette commission, sont... du pape.
VexillumRegis a écrit :Mais justement, je demande que le problème soit réglé en amont : en évitant que des étrangers et des malades s’introduisent sur notre territoire, on s’évitera la nécessité de leur faire la charité aux dépens de nos concitoyens - qui sont nos « prochains » les plus proches - et de leurs légitimes intérêts.
Je ne parlais pas de migrants malades, mais je faisais le parallèle entre migrants et malades (dit comme ça, ça pourrait me revenir dans les dents, mais c'est juste une métaphore) pour justement montrer qu'on ne résout pas les problèmes de maladie en éjectant les malades. Le système de la quarantaine peut encore exister, mais on voit bien qu'il est un recours extrême pour prévenir les cas de contagion extrême. Cette métaphore vise à montrer que selon le même principe, on ne se débarrasse pas d'éventuels problèmes sociaux-économiques consécutifs aux migrations en se débarrassant des migrants ou en les tenant à l'écart. Comme pour la maladie qu'on prévient en éduquant à une bonne santé, on peut prévenir l'afflux migratoire par l'aide au développement dans les pays à l'origine de cet afflux.
J'ajoute même quelque chose qui semble un grand absent de la discussion. Nous avons une dette envers bien des pays parmi lesquels se trouvent être une grande majorité à l'origine des flux d'immigration à destination de la France. Cette dette commence de pouvoir être évaluée grâce à des indicateurs tels que l'empreinte écologique. Par nos modes de vie, nous continuons de coloniser et voler la terre des pays du sud, en particulier. Pour ceux qui ne sont pas familier j'explique rapidement : il se trouve que si chaque individu dans le monde vivait avec le train de vie d'un français moyen, il faudrait environ 4 planètes comme la notre en matière de ressources et de gestion des déchets. Ce qui fait, mathématiquement, que la répartition des ressources et du patrimoine écologique de la création est très inégalement réparti. Faisant parti des biens universels, nous avons donc une dette plutôt lourde à l'égard des pays les moins consommateurs de ressources ou encore ceux qui souffrent des conséquences directement ou indirectement de nos modes de vie, de nos subventions agricoles à l'exportation, de l'usure qui continue d'être honteusement pratiquée à l'égard de certains pays, de la concurrence découlant simplement d'une avance technologique qu'on ne tient pas plus que ça à partager, ... en un mot de notre impérialisme économique.
Bref, je crois que certains flux migratoires se trouvent être un simple retour de manivelle et devraient un tout petit peu commencer d'être envisagés comme tels. Ca me semble un minimum. Avant de se demander comment on peut faire pour conserver notre petit équilibre, il me semble qu'on devrait commencer par se soucier d'arrêter de déséquilibrer le reste du monde.
VexillumRegis a écrit :Il semblerait que M. Gollnisch se prépare à publier une lettre à l'adresse des évêques de France (cf. ici). Si cette lettre touche à la question de l'immigration (ce qui paraît probable), cela pourrait être fort intéressant...
Il semblerait que sa sainteté Benoit XVI s'apprête à parler publiquement de la question de l'immigration à l'occasion de son voyage prochain à Malte... ça promet d'être intéressant.
touriste a écrit :A Cgs,
Les faits que j'ai relatés à propos des renouvellements de carte d'identité sont absolument véridiques. Ils se sont produits, il y a trois ans dans les Hauts de Seine et le Val d'Oise.
Tout dépend des consignes qui sont données aux fonctionnaires et de comment ils les interprètent.
Je confirme. Mon père est né en France mais de parents juifs polonais, immigrés en France. Il a vécu et travaillé toute sa vie en France, y a fait son service militaire, etc... Il a 65 ans. Et récemment on lui a fait savoir qu'il fallait qu'il "prouve" sa nationalité française pour le renouvellement de sa carte d'identité. C'est la première fois qu'on lui demande ça. Son nom de Sprung, que je porte moi-même, semble avoir accroché quelque peu. Le fait qu'il ait toujours renouvelé sa carté d'identité, au fil des décennies, ne suffisait pas. Nouvelle politique d'identité nationale, nouvelles mesures. A priori on lui a fait savoir que s'il retrouvait un certificat comme quoi il a bien fait son service militaire sous le drapeau français, ça pourrait suffire. Par contre, c'est pas le genre de truc facile à retrouver plus de 40 ans après. En attendant, pas de renouvellement de la carte d'identité.