Bonjour,
Pas eu le temps de participer à ce fil de discussion passionné. Je vous invite à lire un énième texte de la commission pontificale pour la pastorale du migrant et du réfugié, de avril 2000 :
Les migrations, une chance pour vivre la catholicité
VexillumRegis a écrit :Pour stopper l'invasion migratoire, j'ai plus efficace : rétablir les frontières, renforcer les contrôles et renvoyer systématiquement les sans-papiers (il faudra dissoudre les associations de défense des sans-papiers qui, sous couvert de bons sentiments, trahissent l'intérêt général des Français).
Je réponds juste à ça, parce que ça m'avait fait bondir sur le moment... je note donc, cher VR, que vous souhaitez voir dissoute l'Eglise de France, qui est dans notre pays au premier rang des associations de défense des sans-papiers ? Je vous invite à lire, dans le texte que je viens d'indiquer, ce passage en particulier qui explique la mission de l'Eglise à leur égard :
3.4 Une expérience significative : l'accueil des « sans papiers » dans les églises
Cet accueil se formule parfois symboliquement. L'occupation de lieux d'Église par des « sans papiers » a été, pour nous, un révélateur. Le plus souvent il s'agissait d'étrangers non chrétiens et parfois musulmans. Or c'est vers les Eglises qu'ils se sont tournés en ultime recours. Déjà cette attitude nous a interrogé. Quand le dialogue s'est engagé, ils ont dit des phrases qui nous renvoyaient notre propre image. A Angoulême, la veille de la Pentecôte, des « sans papiers » s’installent devant la Cathédrale. À la question de l’évêque, Mgr Dagens, ils répondent : « Ici, c’est un lieu sacré, un lieu de prière où il y a des oreilles capables de nous écouter. » et Mgr Dagens de commenter : « C’est une réponse extraordinaire… elle nous donne la clé de notre position : même si l’Église ne peut résoudre tous les problèmes, elle doit prendre les personnes en considération. Elle est au service de toute personne humaine. C’est le cœur du message chrétien. »
Ainsi, les « sans papiers », nous révèlent à nous-mêmes ce que nous sommes et que, dans le déroulement même de la vie et de l'action, nous ne sommes pas toujours en mesure de discerner. En quelque sorte, ils nous qualifient à partir de l'image que nous donnons, souvent inconsciemment
A Antioche, au chapitre 11 verset 26 des Actes des Apôtres, n’est-il pas dit que ce sont les païens qui ont donné aux disciples le nom de chrétiens ? Dans leur immersion dans le contexte juif, ils ne passaient jusque là que comme une secte juive dissidente. Au contact des païens, débarrassés d'idées préconçues sur le judaïsme, ils apparaissent plus pour ce qu'ils sont : les disciples du Christ.
Et si les « sans papiers », par leur acte même et leurs paroles, nous donnaient un nom qui caractérise ce que nous sommes comme Église aujourd’hui dans notre société ? C'est toujours l'autre qui nous donne un nom et, en quelque sorte, n’est-ce pas l'autre, étranger d'ethnie, de culture et de religion, qui nous fait exister comme communautés chrétiennes, «signe et moyen de l'union à Dieu et de l'unité du genre humain» par le regard neuf qu’il pose sur nous et le témoignage que nous portons ? Il nous révèle de quel esprit, de quel « nom », nous sommes !
En conclusion de cette partie : il nous faut veiller à bien articuler ces divers éléments. Dans la rencontre des migrants dans un quartier difficile, on n'est pas sacrement à soi tout seul. C’est le lien avec la communauté chrétienne qui donne poids au témoignage personnel de chaque baptisé. C'est dans la mesure où les communautés chrétiennes seront travaillées par l'Esprit et par le témoignage des personnes qui prennent plus de risques dans ce défi qu'elles deviendront elles-mêmes et en tant que telles sacrements pour la société où elles vivent et dont elles sont
Et contrairement à ce qu'on pourrait rétorquer sur les tendances "marxisantes" de notre Eglise de France (oui, moi non plus je ne vois pas vraiment le rapport, mais c'est un argument que j'ai pourtant largement entendu pour commenter la position de l'Eglise de France sur l'immigration), cette pastorale de l'Eglise à l'égard des migrants, sans distinction d'origine ou de religion, est une volonté claire et affirmée de la papauté. La pensée de Jean-Paul II, et après lui Benoit XVI, sont tout à fait consultable et actualisable chaque année dans les lettres qu'ils adressent à cette commission. Ce texte en cite une en particulier, de Jean-Paul II :
Jean-Paul II a écrit :« La catholicité ne se manifeste pas seulement dans la communion fraternelle des baptisés, mais s'exprime également dans l'hospitalité assurée à l'étranger, quelle que soit son appartenance religieuse, en rejetant toute forme d'exclusion ou de discrimination raciale, en reconnaissant la dignité personnelle de chacun et par conséquent en s'engageant à promouvoir ses droits inaliénables. »
Bref, pas besoin d'invoquer les racismes et fascismes, qui sont des idéologies non chrétiennes et qui, j'en suis sur, ne concernent pas les participants de ce forum. Je comprends par ailleurs très bien qu'on soit habité par certaines craintes à l'égard des flux migratoires et du choc des civilisations qu'ils supposent, mais comme chrétiens nous devons être habités par la foi et l'espérance, et ne pas croire qu'en agissant dans la vérité et la charité (donc notamment en écoutant cette petite voix : "
j'étais un étranger et vous m'avez accueilli") l'Eglise disparaitra. C'est même tout le contraire ! C'est ainsi qu'elle est au service du royaume du Christ. C'est une logique mystérieuse, mais c'est un acte de foi que d'avoir confiance en cette logique.
Condamner a priori cette espérance, en la qualifiant d'angélisme et en l'amalgamant avec un aveuglement de béni-oui-oui, c'est aussi réducteur que de taxer de fascistes ceux qui ont des réserves sur l'immigration. Pour ne parler que de mon opinion, je ne suis pas totalement ignorant des problèmes de chomage, de communautarisme, etc... qui sont évoqués sur ce fil. Mais je crois aussi qu'en faire des problèmes intrinsèques à l'immigration est une sérieuse méprise logique. Si des immigrés s'intègrent mal, alors il faut oeuvrer pour qu'ils s'intègrent mieux. Le fait qu'ils coutent cher est aussi un argument absurde. La sécurité sociale coute extrêmement cher, ce n'est pas pour autant qu'on devrait arrêter de soigner les malades, en particulier si il n'ont pas d'argent. La question est de savoir ce que nous voulons et de mettre les moyens en oeuvre pour y parvenir. Oui il y a des problèmes de communautarisme, oui il y a des problèmes dans la transmission des valeurs, mais non ce n'est pas en coupant les flux migratoires qu'on résoudra le problème. Oui il y a des déracinés, mais ce n'est pas en les renvoyant chez eux sans autre forme de traitement qu'on les empêchera de revenir. Oui il y a des problèmes de sous-qualification, mais alors il faut dispenser de la formation et faire monter les personnes en compétences. Pourquoi ? Parce que le sort de ces étrangers arrivant à notre porte nous occupe autant que ceux-là des plus petits en lesquels le Christ se reconnaissait.
Il faut réfléchir à comment faire grandir les gens, et grandir nous-même dans la vérité, plutôt que de chercher à tenir éloignés de nous ceux qui menacent notre petit équilibre. A mettre tous ces problèmes sur le dos de l'immigration, on fera juste comme l'autruche, on mettra la tête dans un trou en attendant que le problème se présente sous une autre forme : et on aura alors des communautarismes culturelles "pur souches", des conflits identitaires par la mondialisation de la culture, de l'art en particulier, des inégalités par classes sociales pourtant "pur souches"... Mettre tous ces problèmes sur le dos de l'immigration, comme si cela lui était intrinsèque c'est trouver un bouc émissaire et se défausser sur lui de notre responsabilité : sortir de nous-même, accueillir l'autre et sa différence comme une richesse humaine, et avoir confiance.