En parcourant les écrits de Simone Weil

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boisvert
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Répugnance de la chair devant le bien

Message non lu par boisvert »

J'ai très envie de partager quelques "perles", du moins perles à mon goût, que j'ai découverte dans le petit ouvrage intitulé "La pesanteur et la grâce", de Simone Weil (Collection Agora, Edition Pocket N° 99). Je n'ai pas l'autorité pour dire que ces courtes réflexions ont valeur de vérité absolue, mais ce que je peux dire, c'est qu'en les découvrant, j'ai avancé d'un grand pas dans ma vie intérieure, et si ces mots ont pu m'aider à avancer d'un pas, eh bien, ils méritent que l'on s'y attarde:

- "Tout ce qui est sans valeur fuit la lumière. Ici-bas, on peut se cacher sous la chair. A la mort, on ne peut plus. On est livré nu à la lumière. C'est là, selon les cas, enfer, purgatoire ou paradis."

-"La chair n'est pas ce qui nous éloigne de Dieu, elle est le voile que nous mettons devant nous pour faire écran à Dieu"

- "Ce qui fait qu'on recule devant les efforts qui rapprocheraient du bien, c'est la répugnance de la chair, mais non pas la répugnance de la chair devant l'effort, mais la répugnance de la chair devant le bien."

... le présupposé est, bien sûr que "la chair" n'est pas le corps physique mais tous les penchants liés à notre nature.
etienne lorant
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SWeil, étapes d'une rencontre avec le Christ

Message non lu par etienne lorant »

Sans qu'elle ait pu s'en rendre compte (c'est du moins mon opinion), dès le départ de sa quête de vérité, Simone Weil a bénéficié d'une grâce, celle qu'elle a formulée en écrivant: "Après des mois de ténèbres intérieures, j'ai eu soudain et pour toujours la certitude que n'importe quel être humain, même si ses facultés intellectuelles sont presque nulles, pénètre dans ce royaume réservé au génie,si seulement il désire la vérité et fait perpétuellement un effort pour l'atteindre." Dès ce moment, douée de la détermination qui lui était propre, elle était sur le chemin de la Rencontre.

Dans ces notes personnelles, on trouve cependant trois étapes quelle relève: la première la conduit à considérer le christianisme comme "une religion d'esclaves", mais dans laquelle elle se reconnaît tout à fait:

"C'était au bord de la mer. Les femmes des pêcheurs faisaient le tour des barques, portant des cierges, et chantaient des cantiques certainement très anciens, d'une tristesse déchirante. Là, j'ai eu soudain la certitude que le christianisme est la religion des esclaves, que des esclaves ne peuvent pas ne pas y adhérer, et moi comme eux, parmi tous les autres."

La seconde étape passe par Assise. On en trouve une trace de quelques lignes dans ses "Cahiers spirituels": en 1937, j'ai passé à Assise deux jours merveilleux. Là, étant seule dans la petite chapelle romane du XIIème siècle de Santa Maria degli Angeli, incomparable de merveille de pureté, où saint François a prié bien souvent quelque chose de plus fort que moi m'a obligée, pour la première fois de ma vie, à me mettre à genoux
Je me demande bien sûr quel est ce "quelque chose" qui a pu, d'un instant à l'autre, lui faire plier le genou...

Dans le sens où elle emploie ce mot, je me dis qu'il s'agit d'une sorte de sentiment d'une présence, ou de l'amour divin, tout proche... mais aurait-elle pu, à cette époque, se fier à un sentiment ? L'homme qui supplie est un homme à genoux. Celui qui supplie, se plie, courbe le corps et offre sa nuque. Ceux qui s'en étonnent et s'en indignent y voient la preuve que la religion est une affaire de soumission. Or, Simone Weil fut disciple du philosophe Alain, qui disait: "La vie est un travail qu'il faut faire debout", et il ajoutait: "Assis, couché, à genoux, rien de cela n'est bon". De toute manière, c'est certainement en rapport avec ce premier enseignement que Simone a tranché dans son geste d'agenouillement. Elle écrira plus tard, après sa conversion: "A genoux, la tête inclinée, dans la position la plus commode, pour le vainqueur, de trancher le cou" - comme j'apprécie ce langage sans apitoiement, sans concession !

Finalement, au cours d'une crise de migraine plus violente que les autres, un jour à Solesmes, Simone s'applique, avec une extrême attention, à réciter le poème "Love" de Georges Hébert, avec le souci de ne pas répandre sa douleur autour d'elle. C'est à ce moment qu'intervint la conversion:

"En 1938, j'ai passé dix jours à Solesmes, du dimanche des Rameaux au mardi de Pâques, en suivant tous les offices. J'avais des maux de tête intenses. J'y ai découvert le poème dont je vous ai lu une traduction maladroite, intitulé Amour. Souvent, au point culminant des crises violentes de maux de tête, je me suis exercée à le réciter en y appliquant toute mon attention et en adhérant de toute mon âme à la tendresse qu'il enferme. Je croyais le réciter seulement comme un beau poème, mais à mon insu, cette récitation avait la vertu d'une prière. C'est au cours d'une de ces récitations que le Christ lui-même est descendu et m'a prise"

Après avoir rencontré le Christ, elle lui appliquera aussitôt au Christ la Vérité qu'elle avait désirée dès le commencement, en expliquant : "Le Christ aime qu'on lui préfère la vérité, car, avant d'être le Christ, il est la vérité. Si l'on se détourne de lui pour aller vers la vérité, on ne fera pas un long chemin sans tomber dans ses bras".

CQFD - Etienne
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Message non lu par etienne lorant »

Dans "Attente de Dieu", Simone Weil répond à une question que je me suis souvent posée, après avoir vu disparaître un certain nombre d'amitiés auprès desquelles j'avais pourtant investi beaucoup et que j'avais vraiment servies de mon mieux... cette réponse me soulage et m'apprend à devenir un "serviteur inutile":

"Même chez celui qui a été sorti du malheur, s'il a été mordu jusqu'au fond de l'âme, il subsiste quelque chose qui le pousse à s'y précipiter de nouveau, comme si le malheur était installé en lui à la manière d'un parasite et le dirigeait à ses propres fins. Parfois cette impulsion l'emporte sur tous les mouvements de l'âme vers le bonheur. Si le malheur a pris fin par l'effet d'un bienfait, elle peut s'accompagner de haine contre le bienfaiteur; telle est la cause de certaines ingratitudes sauvages apparemment inexplicables Il est parfois difficile de délivrer un malheureux de son malheur présent, mais il est difficile de le libérer de son malheur passé. Dieu seul le peut".
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Message non lu par etienne lorant »

PRESENCE DE DIEU

"Il faut sentir la réalité et la présence de Dieu à travers toutes les choses extérieures sans exception aussi clairement que la main sent la consistance du papier à travers le porte-plume et la plume".

"Dieu récompense l'âme qui pense à lui avec attention et amour, et il la récompense en exerçant sur elle une contrainte rigoureusement proportionnelle à cette attention et à cet amour. Il faut s'abandonner à cette poussée, courir jusqu'au point précis où elle mène, et ne pas faire un seul pas de plus. En même temps, il faut continuer à penser à Dieu avec toujours plus d'amour et d'attention, et obtenir par ce moyen d'être toujours poussé davantage, d'être l'objet d'une contrainte qui s'empare d'une partie perpétuellement croissante de l'âme. Quand la contrainte s'est emparée de toute l'âme, on est en état de perfection".

(Extrait de "Attente de Dieu")
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Message non lu par etienne lorant »

SUR LA MISÉRICORDE DIVINE

"La miséricorde de Dieu est manifeste dans le malheur comme dans la joie - plus encore dans le malheur, parce que sous cette forme elle n'a aucun analogue humain. (...) C'est dans le malheur lui-même que resplendit la miséricorde de Dieu. Tout au fond, au cendtre de son amertume inconsolable. Si l'on tombe en persévérant dans l'amour jusqu'au point où l'âme ne peut plus retenir le cri: "Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné", si on demeure en ce point sans cesser d'aimer, on finit par toucher quelque chose qui n'est plus le malheur, qui n'est pas la joie, qui est l'essence centrale, essentielle, pure, non sensible, commune à la joie et à la souffrance, et qui est l'amour même de Dieu"
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
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Re: En parcourant les écrits de Simone Weil

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PLENITUDE DE L'AMOUR DU PROCHAIN

"Dans la première légende du Graal, il est dit que le Graal, pierre miraculeuse qui par la vertu de l'hostie consacrée rassasie toute faim, appartient à quiconque dira le premier au gardien de la pierre, roi aux trois quarts paralysé par la plus douloureuse blessure: "Quel est ton tourment ?"
La plénitude de l'amour du prochain, c'est simplement d'être capable de lui demander: "Quel est ton tourment ?" C'est savoir que le malheureux existe, non pas comme un exemplaire de la catégorie sociale étiquetée "malheureux", mais en tant qu'homme, exactement semblable à nous, qui a un jour été frappé et marqué d'une marque inimitable par le malheur. Pour cela, il est indispensable de savoir poser sur lui un certain regard.
Ce regard est d'abord un regard attentif, où l'âme se vide de tout contenu propre pour recevoir en elle-même l'être qu'elle regarde, tel qu'il est, dans toute sa vérité. Seul en est capable celui qui est capable d'attention."
Dernière modification par etienne lorant le ven. 05 juin 2009, 14:38, modifié 1 fois.
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Re: En parcourant les écrits de Simone Weil

Message non lu par etienne lorant »

AVEUGLEMENT DE LA JUSTICE HUMAINE

"Rien n'est plus affreux que le spectacle si fréquent d'un accusé, n'ayant dans la situation où il se trouve aucune ressource au monde sinon sa parole, mais incapable de manier la parole à cause de son origine sociale et de son manque de culture, abattu par la culpabilité, le malheur et la peur, balbutiant devant des juges qui n'écoutent pas et qui l'interrompent en faisant ostentation d'un langage raffiné."
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Re: En parcourant les écrits de Simone Weil

Message non lu par etienne lorant »

Charles a écrit :Donc l'amour est une gnose... et une possession plutôt qu'un échange... joli !
Il faut bien se souvenir que Simone Weil était philosophe avant sa conversion. Philosophe, juive, athée, communiste. Mais je ne suis pas certain, malgré tout que le terme de "gnose" soit adapté. Quant à la possession, où la trouvez-vous ? Dans le passage que vous avez mis en caractère gras ? Je dois dire que je ne comprends pas bien: une âme qui se "vide de tout contenu propre" ne fait-elle pas plutôt l'inverse ?
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Re: En parcourant les écrits de Simone Weil

Message non lu par jeanbaptiste »

"C'est savoir que" -> gnose

Non, je ne pense pas non plus que le terme de gnose soit adapté. Il ne l'est pas du tout. Quand elle parle de "savoir" elle ne parle pas de la connaissance d'un système, mais de la connaissance de l'âme, du coeur et de l'esprit ensemble : connaitre Dieu, savoir que Jésus est mort et ressuscité, tout cela est fondamental pour tout chrétien, pour autant cela ne fait pas du christianisme une gnose.

"l'âme se vide de tout contenu propre" -> amour = possession et non échange

Non il ne s'agit pas de posséder, bien au contraire. Ce dont parle Simone Weil est un "sentiment" (le terme n'est pas juste mais je vais vite) que l'on retrouve chez un grand nombre de mystiques :

"Seigneur fait que ta volonté soit ma volonté !" (Eckhart)

« Ce n'est plus moi qui vit, c'est le Christ qui vit en moi ! » (Saint Paul)

etc.
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Au commencement est l'attention (S. Weil)

Message non lu par boisvert »

Pour chercher Dieu, pour Le trouver, pour devenir son intime, son familier, l'attention seule suffit, mais il faut une attention qui soit assez continue et persévérante. Or, cette qualité d'attention est de l'ordre de l'esprit vide, de l'attente, de la disponibilité, d'un accueil de la vérité (non d'une démarche volontaire). Cette attention doit se dépouiller de toutes les images reçues de Dieu, il faut se tenir prêt à recevoir Dieu "dans sa vérité nue". C'est ainsi que l'on se fait proche, par cette "attente-attention" de Dieu, du malheur. Car le malheur est l'appréhension souffrante d'un monde sans Dieu, un monde livré totalement, au hasard, aux seuls mécanismes des forces présentes dans le monde.
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Re: Au commencement est l'attention (S. Weil)

Message non lu par cracboum »

Trés juste pour la première partie et trés profond pour la seconde.
Toute souffrance trouve son origine dans la séparation d'avec Dieu et les autres.
Ne pas confondre souffrance et douleur et péché=mal.
L'unité de la souffrance et de la béatitude est le secret de Dieu, comme le don de sagesse surpasse celui d'intelligence. P. Varillon
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Re: Au commencement est l'attention (S. Weil)

Message non lu par boisvert »

Lorsque, finalement, se produit la Rencontre (je l'ai vécue moi-même avec une intensité qui m'a fait demander de cesser de vivre...), il n'en reste pas moins que l'on en ressort plus dépouillé encore que l'on s'imaginait pouvoir l'être. En effet, le désir de Dieu est devenu tel qu'il n'est plus possible de vivre autrement qu'en continuant à Le rechercher. C'est essentiellement par la prière que se poursuit cette recherche (à peine a-t-on le souvenir de la Rencontre, que surgit le désir de la vie totalement abandonnée en Lui). Cette prière n'est plus du tout celle des commencements - même si la forme choisie peut être très ancienne. C'est une prière par laquelle l'âme tente et s'efforce, par tous les moyens (y compris les flagellations qu'on vient de reproche au Pape Jean-Paul II) de "rejoindre" Dieu, et de se livrer tout entière à Lui.

Cette prière, c'est la "partie éternelle" de l'âme qui éduque, dresse, soumet "la partie charnelle" pour la réduire à un simplement instrument, dans un parfait abandon. "Nous n'avons que ce que nous devions faire, nous ne sommes que des serviteurs inutiles".
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Re: Au commencement est l'attention (S. Weil)

Message non lu par Griffon »

C'est un plaisir de vous lire, Boisvert.

Enfin ! Je dis "plaisir", mais vous m'aurez compris.

Griffon.
Jésus, j'ai confiance en Toi,
Jésus, je m'abandonne à Toi.
Mon bonheur est de vivre,
O Jésus, pour Te suivre.
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Re: Au commencement est l'attention (S. Weil)

Message non lu par coeurderoy »

J'ai aperçu Un art de l'Attention , du prêtre (orthodoxe) Jean-Yves Leloup dans une bibliothèque : quelqu'un connait-il ce livre ?
"Le coeur qui rayonne vaut mieux que l'esprit qui brille"

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Re: Au commencement est l'attention (S. Weil)

Message non lu par boisvert »

Ainsi existe-t-il une vie spirituelle qui n'apparaît pas à celui qui la vit pourtant. C'est une situation relativement pénible par laquelle le chercheur s'applique des règles strictes afin de soumettre la partie charnelle de son âme. Celle-ci est le plus souvent rebelle: la satisfaction extérieure que l'on avait cru chasser par une stricte chasteté reparaît soudainement dans le tabac; que l'on vienne à bout du tabac, voici la fausse consolation de l'alcool; à peine l'alcool mis de côté, c'est la nourriture qui reprend la place perdue. Ayant constaté ce déplacement du désir, l'homme touché par la grâce a donc tendance - dans son effort de délivrance - à rechercher un mode de vie de plus en plus à l'écart des tentations de la chair.

Un homme ne cherche pas la vie monastique dans le but caché de vivre "à l'abri" du monde, mais tout simplement pour mieux se vaincre lui-même; on ne devient pas moine pour le repos, mais pour le combat. Si quelqu'un a assisté à un office religieux célébré dans un monastère, il comprend peu à peu que sa prière personnelle est très loin en dessous de celle des priant(e)s. Chez certains de ces derniers, il constate que seul le corps est présent, mais vraiment rien d'autre que le corps. C'est que d'un côté l'on vient prier pour obtenir quelque chose, et l'on fournit de grands efforts, tandis que de l'autre côté, l'effort est "négatif": l'effort est de n'en point faire. Les grands priants sont ceux qui, tout tendus qu'ils sont vers l'Objet de leur quête, Le laissent cependant venir à eux...
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