Raistlin a écrit :Les informations de l'âme passent pas le corps. Le corps est endommagé ? Les informations ne passent plus.
Reprenez l'analogie de l'ingénieur et de l'ordinateur : un ingénieur travaille sur son ordinateur. L'ordinateur tombe en panne et l'ingénieur ne peut plus travailler. Est-ce que cela signifie que l'ingénieur a disparu ?
Le problème c'est que cela implique :
(1) ou bien que nous ne sommes que notre corps, et que l'âme c'est, d'une certaine manière, quelqu'un d'autre...
(2) ou bien que les personnes privés d'émotion, ou dont la personnalité ou l'intellect est altéré d'une manière ou d'une autre, d'une certaine manière "font semblant" ou "mentent"...
Car :
(1) si ces troubles touchent, comme il semble bien, le vécu phénoménologique de ces personnes, leur intériorité, alors si l'âme est quant à elle intacte, cela implique que l'âme se distingue du vécu phénoménologique, de l'intériorité. Or ce vécu phénoménologique, cette intériorité, il semble bien que c'est nous-même, au sens le plus fort, car si ce vécu phénoménologique, cette intériorité, n'est pas préservé par la mort, on ne dira pas qu'on a survécu (la survie d'un élément non-conscient de nous-même, on peut difficilement dire que c'est une survie de nous-même au sens habituel du terme). Ou alors, il faut convenir que tout le monde croit en la vie après la mort : en effet, même le matérialiste le plus acharné admet que qqch de nous survit après la mort : les atomes constituant notre corps.
(2) si, en revanche, on accepte l'idée qui semble intuitivement plausible que si l'âme est une partie de nous-même, alors elle est constitutive au sens fort de l'intériorité, du vécu phénoménologique, alors il s'ensuit que ces personnes, en un certain sens au moins, "font semblant" ou "mentent". En disant que l'âme est constitutive
au sens fort de l'intériorité, du vécu phénoménologique, je veux dire que la disparition du corps n'affecte pas fondamentalement cette intériorité, ce vécu phénoménologique, qui continue d'exister à travers l'âme seule. L'âme pourrait n'être constitutive de l'intériorité, du vécu phénoménologique qu'au
sens faible : elle serait nécessaire à son existence, mais non suffisante, en sorte qu'on se retrouverait dans le cas (1) : en fonction de la dégradation du cerveau, l'intériorité se dégraderait ; le cerveau détruit, l'intériorité disparaîtrait, en sorte que l'âme qui survivrait à la mort du corps serait inconsciente, sans intériorité, ou alors elle serait quelqu'un d'autre. Dans le cas où l'âme est constitutive au sens fort de l'intériorité,
alors il semble quasi-obligatoire de supposer que la dégradation du cerveau n'altère en rien l'intériorité, puisque la destruction du cerveau (qui est donc une dégradation radicale) ne l'altère pas. Par conséquent, une personne présentant, suite à une lésion cérébrale, un trouble grave et important de la personnalité, aurait en fait son intériorité intacte. Elle donnerait l'impression, du point de vue de son comportement verbal et non-verbal, d'une altération de la personnalité, mais cela ne concernerait que l'aspect extérieur des choses. Intérieurement, cette personne serait tout à fait normale, elle mentirait donc ou ferait semblant. Ou alors, il faudrait imaginer qu'elle se dirait à elle-même, dans les tréfonds de son intériorité : "mais zut alors, je ne maîtrise plus rien, ce corps n'en fait qu'à sa tête, je ne voulais pas tuer cette personne !" ou "mais si que j'éprouve encore de l'amour pour ma femme, pourquoi est-ce que je viens de lui dire que je ne ressentais plus rien ? pourquoi est-ce que mes jambes se meuvent pour me faire m'éloigner d'elle au lieu de la rejoindre au lit ?". Car après tout, c'est le genre de discours que tiendrait un informaticien devant son ordinateur qui dysfonctionnerait : "mais bon sang, pourquoi est-ce qu'il a lancé un formatage du disque C ?". Je ne pense pas qu'il dirait : "en fait, je voulais effectivement que ce disque soit effacé, là, maintenant, avec tous mes travaux depuis 10 ans dont je n'ai fait aucune copie de sauvegarde".
Bien cordialement.