Définir le droit ?
Une proposition générale pour commencer : le droit est une relation ! Le droit comme relation ? La relation entre le droit et la force impose de recourir à d'autres acteurs que les acteurs classiques que sont les États ou les organisations. Prenons l'exemple du Kosovo. Il n'y a pas eu d'autorisation initiale par l'ONU, mais seulement intervention ultérieure de l'ONU mise devant le fait accompli, celle-ci ayant été précédée par l'information et par les Etats-Unis, avec leurs alliés cependant. Il est aussi relation entre des États, entre un État et des individus, entre des individus... Sans cette idée de relation, le droit n'existe pas !
La nature du droit
Il faut donc s’interroger sur le droit, tout comme s’interroger sur l’économie impose par exemple aussi de s’interroger sur la définition du droit, ce dernier étant souvent la conséquence de l’économie en ce sens qu’il organise les relations au sein d’une société. Le droit est une discipline intellectuelle. Le droit est a priori, en théorie, une science, une science sociale. Le droit est un ensemble de connaissances formant un système faisant appel au raisonnement, à l’observation certes, mais aussi à l’intuition. Le droit se veut une science utile, ou pour le moins devrait l’être. le droit est une science liée au concept même de communication, à celui de société. L’objet de la science juridique est de formuler, d’énoncer des règles de conduite applicables aux individus, mais aussi aux groupes (Cadoux (Ch.), Droit constitutionnel et institutions politiques. Théorie générale des institutions politiques, Cujas, Paris, 1973, tome I, pp. 16-20) ; la science juridique n’est donc pas forcément le droit, ce qui permet d’affirmer que le droit dans sa globalité n’est pas une science, seule sa norme étant scientifique, … et encore…
En effet, des règles de conduite certes, mais dans une société donnée, à une époque donnée. Il est donc par exemple encore plus délicat de vouloir définir le droit lorsque l’on évoque le droit international, la vocation de ce dernier étant de policer les relations entre des sociétés diverses, des sociétés plurielles. Le but du droit est de maintenir l’ordre social tout en orientant son développement et celui de l’ordre social en fonction des évolutions et des besoins de la société qu’il organise. Parler de droit international est donc un défi - une utopie ? -, les sources de la morale et du politique étant variables selon les États, les sociétés et les organisations objets du droit international.
Le droit est double ; il est à la fois positif et naturel, et il est évident que plus que tous autres les droits régissant les relations internationales, l’environnement ou l’accès à l’alimentation devraient relever du droit naturel, même si ils tendent à être formalisés par le biais du droit positif. Le droit naturel est cependant difficile à définir, sa perception étant elle aussi variable selon les sociétés. On peut cependant entendre par droit naturel un ensemble de règles, en théorie immuables, qui devraient s’appliquer à tous les individus de toutes les sociétés, car tirant leurs sources non pas des sociétés mais de la nature humaine elle-même. Et là, les doctrines religieuses viennent au secours de l’homme en ce sens que l’on retrouve dans toutes les religions un certain nombre d’interdits ou de commandements communs qui seraient ainsi le fond du droit naturel. Le droit naturel serait donc une sorte de morale universelle s’imposant à tous en raison de la solidarité humaine elle-même, de la qualité d’homme elle-même.
On rappellera que Platon (-430/-350), fondateur de l’Académie, et Aristote (-384/-322), fondateur du Lycée, peuvent être considérés comme les fondateurs du droit naturel. Les ouvrages fondateurs de cette pensée peuvent aussi être considérés comme étant pour Platon La République, Les Lois et le dialogue du Gorgias, et pour Aristote La Morale et Du Politique. Néanmoins, Platon et Aristote s’opposent puisqu’à l’idéalisme de Platon répond le naturalisme d’Aristote, ce dernier étant de plus considéré jusqu’au XVIIème siècle et Descartes comme l’autorité suprême de la pensée profane, comme " Le Philosophe " par excellence. Il faut donc éviter l’erreur contemporaine assez commune qui tend à identifier la pensée de ces deux philosophes.
C’est aussi la conjonction de la pensée stoïcienne, en particulier de la pensée stoïcienne tardive latine sous l’influence d’Épictète et de Cicéron, qui allait conduire à une vision nouvelle tant du droit que de la philosophie. Ainsi, après Cicéron - et notamment ses ouvrages De la République, Des Lois et Traité des devoirs -, l’esprit sera désormais placé avant la lettre, l’équité avant les textes, la loi naturelle avant la loi écrite, donnant le jour à un processus favorisant la jurisprudence, celle-ci entraînant la modification de la loi. D’une certaine manière, on peut dire qu’Aristote et Cicéron sont, plus encore que Montesquieu, à l’origine de la vision actuelle de la justice, donnant à cette dernière une primauté certaine sur le législateur, de par sa fonction d’interprétation. Une autre conséquence de cette approche aura été la définition de l’existence d’une loi universelle et naturelle : la raison, celle-ci induisant le principe d’égalité. Combiné avec le principe de charité défini par Saint Paul et par Sénèque, on a donc là une passerelle nouvelle et possible entre la raison et la Foi, donc une conjonction possible entre les deux grandes bases de la civilisation et de la culture occidentales. Cette influence se retrouve par exemple dans l’importance du " Supporte et abstiens-toi " d’Épictète sur toute la pensée catholique post-tridentine, en contradiction totale avec le " Aimes et fais ce qui te plais ! " de Saint Augustin.
D’une manière générale, toute la pensée chrétienne aura été déformée et influencée par la philosophie antique que ce soit par l’impact de Tertullien qui chercha à faire correspondre la vision chrétienne et le classicisme latin ou par celui de Saint Thomas d’Aquin qui, en donnant la primauté à Aristote, introduisit l’humanisme grec dans le christianisme, donc dans la pensée occidentale. La connaissance d’Aristote est donc fondamentale en ce sens que par l’entremise de Tertullien et de Saint Thomas d’Aquin il aura eu une influence décisive sur le christianisme, et qu’au travers de la théorie de la séparation des pouvoirs de Montesquieu, il aura eu une influence sur la société occidentale, y compris laïque.
En ce sens, on peut donc bien dire a posteriori qu’Aristote est le philosophe du droit par excellence, car son influence est toujours fondamentale, plus de vingt-trois siècles après sa mort ! C’est par exemple lui qui sera à l’origine des grandes lignes de tension philosophique et de réflexion jusqu’au XIXème siècle - influençant tout autant la vision quasi-manichéenne marxiste de la lutte des classes que la pensée ultra-libérale - en opposant les faits aux idées, la raison à la tradition, la conscience du droit à la force, donnant ainsi naissance aux couples force/idée, matière/esprit et nations/théocratie, des visions nouvelles de la liberté et du monde ne commençant à apparaître qu’avec le despotisme éclairé.
Les sept principes piliers du droit
Il faut en fait toujours garder à l’esprit les sept grands principes suivants pour bien comprendre le droit, la matière juridique…
Le parallèle entre les problématiques actuelles et les blocages contemporains du droit et de l’économie sont ici évidents, la mécanique et l’absolu de la technique y prenant le pas tant sur l’individu que sur la société, ce qui est doublement négatif. Il faut donc qu’à l’imitation de l’art, et tout particulièrement de la peinture et de la sculpture, voire même de la musique si l’on pense au Traité d’harmonie d’Arnold Schoenberg, droit et économie, retrouvant leur forme naturelle d’arts sociaux, fassent comme il a déjà été écrit leur révolution et passent d’une forme " classico-mécanique " à une forme " abstraite " revenant à la perception, à la confraternité, à la raison, à l’émotion et au subconscient !
Serge BONNEFOI-STEWART
Nota : Ceci n’est que le résumé de la partie introductive à l’un de mes cours. Merci à Christophe d’avoir bien voulu l’insérer.



