Bonjour à tous,
letghost a écrit :Donc pour ne pas m'éloigner du sujet, et en particulier ou je voulais en venir avec cette question, c'était le fait que nous musulman ne tolérant pas la construction d'Église simplement parce qu'elle professe une doctrine que nous jugeons fausse
[...]
Voila, j'espère que vous comprenez enfin pourquoi le principe dit de réciprocité ne peut s'appliquer
C'est pourtant sur la même base a priori (doctrine jugée fausse) que les catholiques n'exercent aucune forme de contrainte visant à empêcher les musulmans de professer leur doctrine. A propos de quoi MB vous dira :
MB a écrit :pourquoi n'en fait-on pas de même chez les musulmans ? Est-ce que c'est si dur que ça ?
Et à quoi je me permets de répondre, même si ce n'est pas à moi que la question est posée :
oui c'est dur, et c'est grâce à Dieu que nous, nous y arrivons. C'est par sa grâce divine et la confiance absolue dans la vérité révélée par Jésus Christ que nous pouvons entendre sans crainte, sans perdre ni la foi ni l'espérance, que soient dites des choses fausses sur notre Seigneur Jésus Christ et sur Dieu. Je pense que la capacité au dialogue et à la tolérance nait d'une foi forte, tandis que l'intolérance témoigne principalement d'un manque de confiance dans ce en quoi l'on croit.
Sed-Lex a écrit :Bonjour Pneumatis, je ne saisis pas bien de quelle vexation vous pouvez parler, d'autant que je n'étais pas en train de m'adresser à des musulmans.
Je le sais bien, et je n'ai vu aucune mauvaise intention de votre part. Ce que je voulais dire, c'est que suite à votre propos il peut être compréhensible qu'un musulman se vexe. A quelqu'un qui se vexe, si notre soucis est véritablement de lui faire connaitre la Vérité par la Charité, alors il convient d'abord, je crois, d'apaiser la vexation pour mieux la dépasser. Question de dialogue, d'amitié et aussi, il faut le dire, de diplomatie (sinon même de pédagogie).
Sed-Lex a écrit :Et je crois plutôt qu'indiquer à un ami qu'il fait fausse route c'est lui rendre service, et cela passe par lui indiquer que lui et moi nous n'adorons pas le même Dieu.
Cela peut, mais tout dépend évidemment de comment cela est dit : quand vous dites quelque chose à quelqu'un et qu'il est important pour vous qu'il en tienne compte, vous faites en général l'effort de trouver les mots justes pour que le message soit reçu. Ce que je reproche souvent à ceux-là dont l'attitude est de dire qu'il n'y a pas de plus grande charité que de dire la vérité (ce qui est vrai) c'est de n'avoir souvent de soucis que pour le fait de dire les choses et aucun pour le fait qu'elles soient entendues. C'est une façon de se désengager totalement :
moi j'ai fait mon boulot, j'ai dit la vérité, maintenant si l'autre ne veut pas entendre c'est son problème, il se démerde ! Là ce n'est plus du tout de la charité, c'est juste se donner bonne conscience (et parfois au passage se défouler un peu). C'est analogue à faire un gros chèque une fois par an à l'Eglise, et passer devant les pauvres sans les regarder ni bien sur leur tendre la main.
Sed-Lex a écrit :Comme l'a rappelé MB notre Trinité et notre Dieu de miséricorde et de pardon n'a rien à voir avec celui de l'islam (et cela dit avec tout le respect pour les musulmans).
Si il a quelque chose à voir : comme les chrétiens, les musulmans (je cite à nouveau
Nostra Aetate)
adorent le Dieu Un, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de ta terre (5), qui a parlé aux hommes. L'adoration des musulmans n'a donc pas RIEN à voir avec celle des chrétiens.
Sed-Lex a écrit :Je ne vois rien de plus relativiste
C'est que vous n'avez pas bien compris ma phrase. MB a bien compris ce que je voulais dire : nous avons tous le même Dieu au sens où nous avons tous le même soleil. Seulement nous croyons que les musulmans disent des choses fausses de ce soleil et eux disent de même à propos de nous.
Sed-Lex a écrit :J'entends bien le souci politique d'œcuménisme qui est derrière tout cela, mais ne pouvons-nous pas dialoguer en comprenant les différences de l'autre, plutôt qu'en faisant semblant d'être "tout pareil" ?
C'est bien ce qu'il s'agit de faire, en partant méthodologiquement de nos points d'achoppement pour aller ensuite vers un dialogue amical et fraternel confrontant nos divergences. Il ne s'agit pas de faire semblant d'être tout pareil, mais il s'agit de ne pas non plus tomber dans l'autre extrême.
Je vais juste faire une petite métaphore. Mon père s'appelle Jean. Imaginons que mon frère, que je sais bien être mon frère, fils du même Jean, me dise que son père (donc le mien) s'appelle Jacques et me le décrive d'une manière totalement incongrue. Il parait évident, présenté comme cela, que je ne vais pas renvoyer mon frère en lui disant :
mon pauvre ami, nous n'avons vraiment pas le même père (ce qui revient de facto à lui dire qu'il n'est pas mon frère - d'où l'atteinte à la charité que j'évoquais). Je pourrai me dire qu'il est dans l'erreur et l'y laisser, en me sentant incapable de mieux faire de toute façon. C'est le cas pour la plupart d'entre nous : nous ne sommes pas spécialement compétent, soit que nous ne connaissons pas suffisamment l'autre, soit que nous ne sommes pas suffisamment formé au dialogue, etc...
Ou sinon, je peux retrousser mes manches et aller tenter d'expliquer à mon frère qu'il se trompe sur son père, que son père s'appelle Jean, qu'il a telle ou telle caractéristique et que nous nous sommes frères. A cette occasion, je pourrai lui rappeler que nous avons le même nez et les mêmes yeux, et que si il regarde bien il verra que c'est bien du nommé Jean qu'il les tient, plutôt que d'un dénommé Jacques qu'il n'a jamais vu. Ceci fait dans une grande charité, en lui ouvrant les bras, avec enthousiasme et aussi une grande patience (apprendre qu'on s'est trompé toute sa vie sur son père n'est pas facile à digérer, il faut le comprendre, mettez-vous à sa place). Tout de manière à ce que l'idée de voir en vous un authentique frère soit une occasion favorable de se tourner vers son vrai père.
Au contraire, jeter à la figure de votre frère qu'il est vraiment à côté de la plaque de croire ce qu'il croit risque de vous rendre antipathique à ses yeux. Il adviendra alors qu'en plus de la difficulté de reconnaitre qu'il est dans l'erreur, il faudrait qu'il accepte l'idée d'avoir un frère antipathique. La difficulté redouble grandement pour votre frère de reconnaitre alors en ce que vous dite la vérité. Il lui sera nettement plus facile de croire que ce type aux abords pas très sympa, que vous êtes, lui raconte des bobards.
Franck a écrit :L'objet de ce sous-forum n'est pas la théologie, toutefois force est de constater que si le Concile a retenu l'expression "un même Dieu" et non "le même Dieu unique", c'est bien parce que la question est plus subtile qu'il n'y paraît.
Certes c'est subtil et j'ai peut-être mal formulé ma phrase, mais justement ma phrase n'avait rien de théologique. Sur le plan strictement théologique je n'aurai pas pu dire cela. Sur le plan de la pastorale, en revanche il me semble que je peux tout à fait me le permettre, puisqu'il fallait la comprendre comme MB l'a comprise : nous avons le même Dieu, comme nous avons le même soleil. Et ça tombe bien, puisque comme vous le faites remarquer, l'objet de ce sous-forum n'est pas la théologie.
Franck a écrit :Je remarque également que le texte cité contient un bémol de taille : "pour autant qu'il dépend d'eux". Même avec la meilleure volonté du monde, il faut en effet être au moins deux pour instaurer la paix et je doute de la possibilité de dialoguer avec des groupes qui prennent pour un manque de respect la simple affirmation de convictions contraires.
C'est juste, mais nous ne pouvons être parti pris et arbitre à la fois. Notre boulot est donc de nous rendre disponible au dialogue et à la paix, ne serait-ce que pour mieux inviter notre interlocuteur à faire de même.
Franck a écrit :L'islam, à la différence du christianisme, ne reconnaît pas l'individu et toute discussion devient dès lors impossible. Comment leur expliquer notre conception de la "justice sociale, des valeurs morales, de la paix et de la liberté" sans faire intervenir cette notion ?
Par exemple comme ceci :
Chrétiens et Musulmans : ensemble pour vaincre la pauvreté, message du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux pour la fin du Ramadan 2009 à nos amis musulmans. Je cite un passage :
Comme croyants, désirer la concertation pour chercher ensemble des solutions justes et durables au fléau de la pauvreté signifie aussi réfléchir sur les graves problèmes de notre temps et, quand cela est possible, vivre un engagement commun pour en venir à bout. En cela, il incombe que la référence aux aspects de la pauvreté liés à la mondialisation de nos sociétés revête un sens spirituel et moral, car nous partageons la vocation à construire une seule famille humaine dans laquelle tous – individus, peuples et nations – règlent leurs comportements sur les principes de fraternité et de responsabilité.
Ou encore comme ceci :
Chrétiens et Musulmans : Ensemble pour la dignité de la famille, message du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux pour la fin du Ramadan 2008 à nos amis musulmans. Je cite un passage :
Combien sont-ils ceux qui portent, parfois durant toute la vie, le poids des blessures d’une situation familiale difficile ou dramatique ? Combien sont-ils ceux et celles qui sombrent dans l’abîme de la drogue ou de la violence, cherchant à combler, en vain, une enfance meurtrie ? Chrétiens et musulmans, nous pouvons et nous devons œuvrer conjointement à la sauvegarde de la dignité de la famille, aujourd’hui et demain.
5. Dans ce domaine, nous avons eu maintes fois l’occasion de collaborer, tant au niveau local qu’international, d’autant plus aisément que chrétiens et musulmans ont une haute estime pour la famille. La famille, lieu où l’amour et la vie, le respect de l’autre et l’hospitalité se rencontrent et se transmettent, est vraiment la « cellule fondamentale de la société ».
Voilà, c'est ce que j'appelle partir des points d'achoppement, et qui conduit à deux conséquences directes (pour autant qu'il dépend ensuite de notre interlocuteur et de sa bonne volonté) :
- mieux servir la justice sociale, dans ce cas précis
- élever notre interlocuteur un peu plus vers la vérité en mettant en valeur des principes que nous partageons avec lui et qui sont particulièrement susceptible de le faire avancer dans la vérité.
Franck a écrit :Je ferai enfin remarquer que si le texte du Concile souligne que les relations antérieures entre chrétiens et musulmans appartiennent à des temps révolus -ce que récusent d'ailleurs les musulmans, l'époque du Concile l'est tout autant. La décolonisation s'est achevée, l'Empire soviétique s'est effondré, le panarabisme est mort, sans même parler des deux guerres d'Afghanistan, de l'aggravation du conflit israélo-palestinien, de la guerre en Irak, des conflits balkaniques, de la révolution iranienne, etc. Ce sont autant d'évènements majeurs qui ont bouleversé le monde islamique et ses relations avec l'Occident au cours des dernières décennies. Tout diagnostic remontant au milieu des années 60 est de fait périmé.
Je ne pourrai qu'être d'accord si l'orientation donnée par
Nostra Aetate n'était pas toujours celle suivie encore aujourd'hui par le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. Ce qui doit vous conduire forcément à vous interroger sur ce qui aurait fondamentalement changé entre les années 60 et aujourd'hui, au travers des événements que vous citez... et qui justifierait qu'on modifie les termes de ce texte. La foi des musulmans décrite dans le premier paragraphe, dans ses point communs et ses différences avec la foi chrétienne, a-t-elle changé ? Les dissensions et inimitiés des 40 dernières années sont-elles à ce point différentes des dissensions et inimitiés que les chrétiens et les musulmans on connu pendant les siècles précédents, tels qu'évoqué au deuxième paragraphe, que l'exhortation à les dépasser et à la compréhension mutuelle ne puisse plus tenir ?
Franck a écrit :Voici l'église paroissiale de mes aïeux [...] je ne souhaite pas qu'il arrive la même chose aux églises de France.
Alors peut-être est-il bon de ne pas persister dans des rapports avec l'Islam qui sont précisément ceux de nos aïeux, non ?
MB a écrit :@ Pneumatis.
J'apprécie votre réponse, mais si je trouve là aussi que vous vous focalisez sur les différences doctrinales dans un fil de discussion où s'est manifesté un frère musulman. Cf. ma métaphore des frangins et de leur père.
Sinon je voudrai profiter de cette occasion de vous répondre pour adresser aussi ma réponse à Omicron. Croyez-bien que je suis d'accord avec vous 100% sur le plan doctrinal. Je partage toutes les convictions que vous avez évoqué ici. Mais précisément, et comme le disait très bien Franck, nous ne sommes pas là dans un débat théologique. Soit il est social, soit il est pastoral, mais en aucun cas théologique. Et le problème nait de quand on mélange les genres. Venir lancer à la figure de quelqu'un des arguments d'ordre théologique alors qu'on est dans une problématique d'ordre pastorale entraine une confusion des genres et des raccourcis inopportuns. Il faut des dizaines d'années à l'Eglise pour, partant d'une étude doctrinale, et de la condamnation d'une hérésie par exemple, aboutir à des mesures pastorales à propos des personnes concernées par l'hérésie en question. Quand ce n'est pas carrément des siècles. Dire d'un seul trait "
vous adorez un faux Dieu (débat théologique) ->
on ne veut pas de ça chez nous (débat pastoral ou éventuellement social)", est un raccourci qui opère un glissement des genres que l'Eglise ne s'est jamais autorisé. Ca s'appelle la vertu de tempérance, je crois.
Si j'insiste tant sur la difficulté du dialogue interreligieux et sur ces petits points de détails, c'est que le grand enjeu de tout cela, pour reprendre
Nostra Aetate,
c'est la paix ! On ne joue pas à tchater de tout et n'importe quoi pour passer le temps. Nous sommes prudents et tempérés (du moins nous essayons) quand entre catholiques nous débattons de théologie, car l'enjeu est la Vérité. Et lorsque nous ne nous sentons pas compétents nous nous abstenons pour ne pas porter ombrage à la vérité. Nous devons, cette fois pour la paix, avoir exactement la même exigence dans le dialogue interreligieux. Sauf que dans le dialogue interreligieux, la compétence concernée n'est pas la théologie. C'est la capacité au dialogue, justement.
Voilà, sinon avant d'écrire, je suis allé lire l'article cité par Pati, et ça m'a vraiment bouleversé. Je ressens beaucoup de colère et je vous promets que c'est très difficile pour moi de venir dire ici qu'il faut rester accueillant et fraternel, patient et modéré, etc... Je m'excuse d'avance si certains catholiques se sentent choqués par mes propos. Comme l'a souligné Mgr Santier (cf. texte en lien dans mon précédent message), la difficulté dans le dialogue interreligieux est double, car ce n'est pas toujours facile de comprendre la nécessité de ce dialogue pour les catholiques eux-même. Pour ma part je me force, et je crois certainement grâce à Dieu, à ne pas faire d'amalgames. Je retiens ce passage, dans le texte sur Mgr Santier s'adressant aux membres du SRI, que j'ai cité plus haut :
Mgr Santier a rappelé la différence entre « musulman » et « islamiste » et l'enseignement du concile Vatican II: « Au nom de l'Evangile, vous contribuez à ce que les regards de peur posés sur les musulmans qui sont confondus avec les islamistes, par méconnaissance, se changent en regards d'estime, comme l'exprime la déclaration conciliaire Nostra Aetate, sur les relations avec les religions non-chrétiennes ».