Bonsoir La Chartreuse,
Bon, après lecture des derniers échanges, vraiment je suis dans l'incompréhension totale de votre lecture comparative des textes. Quand même, comment glissez-vous de propos qui parlent d'
éléments saints dans les religions à une interprétation sur
des religions qui sauvent ou qui possèdent l'exclusivité de ces éléments saints ??? C'est complètement détourner le propos de base.
La doctrine de l'Eglise que vous évoquez
Extra Ecclesiam nulla salus (Hors de l'Eglise point de salut) est souvent mal comprise. Elle est aussi ancienne que les débuts de notre Eglise et nous vient de Saint Cyprien que vous citez d'ailleurs. Faisons du français tout simple (note : je ne suis pas latiniste, mais mon raisonnement n'est pas tributaire de la langue utilisée)... les propositions contradictoires à cette doctrine pourraient être :
- Hors de l'Eglise on peut accéder au salut
- Hors de l'Eglise on peut accéder à la Vérité pleine et entière
- Hors de l'Eglise on peut avoir part à la Vie éternelle
Contredisant ainsi l'idée que le Christ est LE Chemin (du salut) LA Vérité et LA Vie, ou du moins que son Eglise (son corps) est l'unique lieu pour l'y retrouver en tant que tel. Notez qu'on pourra aussi évoquer une série de propositions contradictoires qui peuvent être du type : Dans l'Eglise nul ne peut être sauvé. Mais qui nous intéressent moins je pense, ici.
Où donc avez-vous lu dans les propos de Jean-Paul II quelque chose qui s'apparente de prêt ou de loin à l'une de ces propositions ?
Pour la question du salut qu'évoque Jean-Paul II, voici ce qu'à la suite de Lumen Gentium (Concile Vatican II) et des incompréhensions qu'a suscité la formule "
substistit in", enseigne la déclaration Dominus Iesus (2000), de la congrégation pour la doctrine de la foi, rédigée par Joseph Ratzinger (aujourd'hui Benoit XVI) et le cardinal Tarcisio Bertone, et validée par le Saint Père Jean-Paul II en 2000. Espérant que cela éclairera votre compréhension de ce qu'on appelle
Eglise, et donc hors de quoi il n'est plus question de salut.
Joseph Ratzinger a écrit :Les fidèles sont tenus de professer qu'il existe une continuité historique — fondée sur la succession apostolique — entre l'Église instituée par le Christ et l'Église catholique: « C'est là l'unique Église du Christ [...] que notre sauveur, après sa résurrection, remit à Pierre pour qu'il en soit le pasteur (cf. Jn 21,17), qu'il lui confia, à lui et aux autres apôtres, pour la répandre et la diriger (cf. Mt 28,18ss.), et dont il a fait pour toujours la “colonne et le fondement de la vérité” (1 Tm 3,15). Cette Église comme société constituée et organisée en ce monde, c'est dans l'Église catholique qu'elle se trouve [subsistit in], gouvernée par le successeur de Pierre et les Évêques qui sont en communion avec lui ». Par l'expression subsistit in, le Concile Vatican II a voulu proclamer deux affirmations doctrinales : d'une part, que malgré les divisions entre chrétiens, l'Église du Christ continue à exister en plénitude dans la seule Église catholique; d'autre part, « que des éléments nombreux de sanctification et de vérité subsistent hors de ses structures », c'est-à-dire dans les Églises et Communautés ecclésiales qui ne sont pas encore en pleine communion avec l'Église catholique. Mais il faut affirmer de ces dernières que leur « force dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l'Église catholique ».
17. Il existe donc une unique Église du Christ, qui subsiste dans l'Église catholique, gouvernée par le successeur de Pierre et les Évêques en communion avec lui. Les Églises qui, quoique sans communion parfaite avec l'Église catholique, lui restent cependant unies par des liens très étroits comme la succession apostolique et l'Eucharistie valide, sont de véritables Églises particulières. Par conséquent, l'Église du Christ est présente et agissante dans ces Églises, malgré l'absence de la pleine communion avec l'Église catholique, provoquée par leur non-acceptation de la doctrine catholique du Primat, que l'Évêque de Rome, d'une façon objective, possède et exerce sur toute l'Église conformément à la volonté divine.
En revanche, les Communautés ecclésiales qui n'ont pas conservé l'épiscopat valide et la substance authentique et intégrale du mystère eucharistique, ne sont pas des Églises au sens propre; toutefois, les baptisés de ces Communautés sont incorporés au Christ par le baptême et se trouvent donc dans une certaine communion bien qu'imparfaite avec l'Église. Le baptême en effet tend en soi à l'acquisition de la plénitude de la vie du Christ, par la totale profession de foi, l'Eucharistie et la pleine communion dans l'Église.
J'ajoute que l'expression "Hors de l'Eglise point de salut", telle que formulée par Saint Cyprien, s'adresse avant toute chose aux schismatiques, non pas aux personnes des autres religions. Je crois que Saint Thomas d'Aquin l'avait lui-même précisé, mais il faudrait que je trouve la référence, pour être plus précis.
Pour continuer dans vos citations, après, en parlant des religions orientales, Jean-Paul II évoque le contenu philosophique de ces spiritualités qui portent l'esprit de l'homme à une plus grande liberté, voire une liberté parfaite (pas au sens de libération du péché, mais d'état de liberté par rapport aux passions humaines), laquelle est la condition première de réception et d'accueil de la foi. Il n'est en effet pas rare de voir des expériences d'hommes ayant tant avancé sur les chemins des traditions orientales que leur esprit fut alors dans les meilleures dispositions possible pour connaitre et accueillir la foi en Jésus Christ. Tout comme ce peut être le cas par l'exercice de vertus accessibles à la raison naturelle.
En parlant ensuite des éléments de vérité contenus dans les autres religions monothéistes, j'avoue ne pas comprendre votre "mise en gras" et la contradiction que vous voyez avec la foi. Ou si je le comprends bien, je suis confus de sa naïveté. Pardonnez-moi mais il faudrait être bien ignorant pour ne pas reconnaitre que d'autres philosophies, religions, spiritualités, peuvent professer des éléments de Vérité. Pour le judaïsme, par exemple, nous avons en commun avec eux une bonne partie des Saintes Ecritures, il faut donc soit qu'ils aient pour eux cette part de la Vérité révélée, soit que cette part des Saintes Ecritures soit fausse. Pour l'Islam, c'est une religion qui se base en partie sur le christianisme, comme d'autres sectes chrétiennes. Qu'il y ait une énorme déviance de la foi catholique, nul ne le nie, mais vous ne pouvez pas dire qu'une religion qui prêche l'Amour de Dieu et de son prochain, par exemple, soit une religion qui n'a aucune part de Vérité. En outre, nul part il n'a été dit, je crois, que ces parcelles de vérité soient la propriété exclusive de ces religions.
Reconnaitre une expression de Vérité dans les autres religions, le considérer comme ce que c'est, à savoir une part de sainteté qui mérite donc le plus profond respect, cela ne veut pas dire que cette vérité n'est pas déjà dans l'Eglise, mais elle peut se reconnaitre partiellement aussi dans d'autres religions, et faire que ce soit ainsi pour nous une occasion d'espérance pour le salut des ces âmes, par leur plus grande proximité avec la foi du fait de ces vérités déjà connues dans leurs religions.
Vous citez ensuite, pour dénoncer la question des martyrs des autres confessions religieuses, Saint Cyprien et Pélage II. Ces textes dénoncent non pas l'hérésie dans laquelle seraient des personnes, comme aujourd'hui, de communautés chrétiennes n'étant pas en pleine communion avec l'Eglise, ou encore d'autres religions, mais s'adressent directement à des chrétiens schismatiques, qui ont rejeté comme vous l'autorité du pape et à l'occasion en ont éventuellement mis un autre à sa place. Pour eux, ils auront beau souffrir le martyr, dit le saint, cela ne pourra compenser leur rejet de l'Eglise.
Vous comprenez bien qu'on ne peut pas mettre sur le même plan un chrétien qui un jour est en pleine communion avec l'Eglise puis qui décide de faire "bande à part" et créé un schisme, et le chrétien qui n'a toujours connu que sa communauté ecclésiale hérétique, dans laquelle il a grandi, et dont l'appartenance à celle-ci, loin d'être la conséquence de sa désobéissance à l'Eglise, devient au contraire une occasion pour lui de se rapprocher de l'Eglise pour, on l'espère, un jour y demeurer. Les croyants des autres religions ou des autres confessions chrétiennes ne sont pas des schismatiques en tant que tel. Ceux qui ont créé ces églises dissidentes l'étaient, pour peu qu'un jour ils furent pleinement catholiques. Un protestant aujourd'hui, surtout si il oeuvre au rapprochement d'avec l'Eglise est tout le contraire d'un schismatique. C'est une âme proche de l'Eglise par la foi et le baptême, qui se rapproche encore plus de l'Eglise quand il est dans une sincère recherche de la vérité ou une démarche d'unité avec l'Eglise, et qui se dirige donc vers son salut. Il est dans l'hérésie et ne peut être déclaré saint, mais pour autant peut avoir rendu un grand témoignage à la Vérité. C'est le sens du mot martyr !
Après c'est très intéressant que vous citiez ces textes, parce qu'ici ceux qui contestent l'autorité des ministres de la Sainte Eglise catholique, c'est vous, les sédévacantistes. Le jugement très sévère de Saint Cyprien et de Pélage II devrait donc vous alerter en premier chef, sur le danger pour votre âme de prendre à la hâte cette position contestataire qui est la votre. Hors de l'Eglise, point de salut. En rejetant l'autorité du pape, vous vous placez exactement dans la même position que les ennemis de l'Eglise que Saint Cyprien dénonce, comme vous l'a très justement fait remarquer Ti'Hamo.
Voilà, devant ce manque évident de discernement ou de compréhension des propos des Saints Pères, sincèrement, vous ne croyez pas qu'il serait plus juste, par principe de prudence et de tempérance, de différer votre jugement sur eux en attendant de recevoir peut-être un enseignement plus approfondi sur ces questions doctrinales ? Car vous rendez-vous compte de l'écart monumental qu'il y a entre la légèreté de votre analyse et la gravité de votre jugement ? Par pitié, j'en appelle à votre prudence et à votre humilité. Avant de juger, d'un jugement si grave et si lourd de conséquences, prenez le temps et les moyens de ce jugement. Je ne connais pas le latin, je ne connais pas la moitié des textes du magistère, comment me permettrais-je un tel jugement, quand bien même j'aurais des soupçons ou des incompréhensions face à ce que dirait le Saint Père. Vous êtes là, avec votre lecture mot-à-mot et coupée du sens, bourrée d'a priori sur les auteurs de ces mots, à juger notre Saint Père !!! Prudence ! Par pitié, prudence ! Cherchez la Vérité encore et toujours, ne vous arrêtez pas. Le jugement posé, la condamnation que vous prononcez sonne la fin de votre recherche, et votre propre condamnation si vous vous trompez. Cela fait de vous des schismatiques ! C'est terrible. Au contraire dans une recherche constante et sincère de la vérité, en Eglise, le Seigneur ne pourra vous reprocher votre fidélité au Saint Père, c'est évident, quand bien même il serait finalement apostat. Il vous faut prendre le temps et l'effort de faire cette recherche en profondeur AVANT de porter un jugement et une condamnation. Ce n'est visiblement pas le cas, voilà pourquoi je me permets de vous donner ce conseil fraternel.
Bonne soirée, et j'espère sincèrement que vous saurez méditer sur la gravité de cette situation dans laquelle vous vous mettez (ou risquez de vous mettre, si vous préférez) et dans laquelle en plus vous risquez d'entrainer bien des fidèles, ainsi que le soulignait très justement Pélage II que vous avez cité. Que le Seigneur ait pitié de votre âme, comme on dit (ma prière est des plus sincères, je vous prie de le croire).