Marcel Lefebvre est né à Tourcoing en novembre 1905. Jean-François Guérin est né à Loches en juillet 1929. A première vue, il n'y a guère de rapports entre ces deux figures qu'un quart de siècle sépare.
Pourtant, à y regarder de plus près, on voit que les deux hommes ont certains points communs: ils ont été prêtre; ils ont été incompris et certainement poussés à se révolter; ils ont été rejetés par leurs pairs; ils ont dû partir - "fuir" serait plus exact -; ils ont eu à souffrir à cause de leur amour pour l'Eglise; ils ont assisté, le coeur brisé, à la dévastation de la liturgie et de la catéchèse au moment du Concile...
Là s'arrêtent les ressemblances.
Car le premier a commis un acte schismatique, le second non. A un moment de sa vie, Mgr Lefebvre a cru qu'il pourrait rendre service à l'Eglise en se plaçant hors d'elle; à un moment de sa vie, le Père Guérin a compris que, comme il aimait à le répéter, "aucune de nos attaches les plus chères à Dieu, au Christ, à l'Eucharistie, à l'Évangile, à Marie, à la Tradition, ne peut justifier une mise volontaire en dehors de l'Eglise." C'est l'expression "en dehors" qui fait toute la différence entre les deux hommes.
Mgr Lefebvre et le Père Guérin étaient tous les deux attachés à la "Tradition". A la différence près que pour le premier l'idée de "Tradition" s'est transformée en argument pour refuser les enseignements des papes tandis que pour le second, cette même idée est devenue la raison même de demeurer indeffectiblement uni au Successeur de Pierre et de ne jamais en critiquer les enseignements. Enorme différence entre ces deux figures! Et l'on se plaît à rêver: ah, si Mgr Lefebvre avait eu les intuitions de l'Abbé Guérin, que de blessures auraient pu être évitées! Que de fruits aurait produit son action!
Il n'en a pas été ainsi...
Ordonné prêtre pour le diocèse de Tours le jour de la fête des Apôtres Pierre et Paul de l'année 1955, l'Abbé Guérin exerce son ministère d'abord comme vicaire à la cathédrale de Tours, puis comme aumônier des lycées de l'enseignement public de cette même ville. Mais très vite, après le Concile, son goût pour la liturgie ajouté à son tempérament volontaire et à son sens de l'Eglise le conduisent à être soupçonné par sa hiérarchie d'être un irréductible "traditionaliste": il n'était pas bon à cette époque-là d'aimer l'Eglise et de respecter sa liturgie!
Dans le même temps, mais ailleurs, Mgr Lefebvre a lui aussi des "ennuis". Mais sa façon d'analyser la crise que traverse l'Eglise ne correspond pas à la façon d'analyser de l'Abbé Guérin. Il est vrai que, comme cela a été dit plus haut, un demi-siècle sépare les deux hommes: ni leur parcours, ni leur héritage culturel, ni leur formation universitaire ne sont identiques. Ceci explique peut-être cela, du moins en partie.
Désireux de fonder une maison de formation pour des jeunes soucieux d'appliquer véritablement Vatican II, l'Abbé Guérin, abandonné des évêques de France et critiqué par eux est contraint à un véritable exil. On immagine la souffrance de ce prêtre qui ne demandait qu'une chose: mettre fidèlement en oeuvre les enseignements de l'Eglise! C'est le Cardinal Giuseppe Siri, Archevêque de Gênes, prélat considéré comme "conservateur", d'un an le cadet de Mgr Lefebvre - ce qu'il faut souligner - qui accueille l'Abbé Guérin dans son diocèse et lui propose de s'installer dans les bâtiments d'un ancien couvent, à Voltri, pour réaliser son projet de maison de formation pour des futurs prêtres fidèles aiu Concile. Nous sommes en 1976, année de naissance de la Communauté Saint-Martin.
Six années plus tôt, Mgr Lefebvre a fondé à Ecône, en Suisse, à la demande de plusieurs séminaristes français qui sont, eux, opposés au Concile, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X.
A Gênes-Voltri, le Cardinal Siri devient le meilleur soutien de l'Abbé Guérin: il le nomme Chanoine honoraire d'abord de la basilique de l'Immaculée Conception, puis de la cathédrale Saint-Laurent de Gênes.
A Ecône, Mgr Lefebvre reçoit de Rome un courrier lui enjoignant de reconnaître le missel romain de Paul VI; en 1974 le Prélat, ouvertement opposé à Vatican II, publie un manifeste dans lequel il déclare refuser "de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s'est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues. ()"
A Voltri, cinq ans après cette sévère prise de position de Mgr Lefebvre contre lee enseignements magistériels, Mgr Guérin a la joie de voir de voir la Communauté Saint-Martin être érigée en pieuse Union diocésaine de Gênes. En 1986, Mgr Joseph Madec, alors Evêque de Fréjus-Toulon, confie la paroisse de Saint-Raphaël à des prêtres de la Communauté Saint-Martin: pour Mgr Guérin et les jeunes prêtres qu'il a formés, c'est enfin le retour en France... et la reconnaissance du bien-fondé de son oeuvre par un Evêque dont il faut saluer ici le courage d'avoir fait appel à ceux qui avaient été exclus du paysage sacerdotal français.
Le 30 juin 1988, à Ecône, Mgr Lefebvre sacre quatre évêques sans autorisation du Souverain Pontife: c'est l'excommunication et le schisme. Cette même année douloureuse pour l'Eglise, le courageux Mgr Joseph Madec confie une nouvelle paroisse à la Communauté Saint-Martin: celle de Fayence.
En 2000, la Communauté fondée par l'Abbé Guérin devient Association publique cléricale de droit pontifical.
Mgr Lefebvre meurt le 25 mars 1991, laissant derrière lui une Fraternité sacerdotale dont l'avenir au sein de l'Eglise suscite encore de nombreuses interrogations.
Mgr Guérin meurt le 21 mai 2005, donnant à l'Eglise une Communauté de prêtres dont la fidélité aux enseignements magistériels ne saurait être mise en doute.
Curieux destins que ceux de ces deux prêtres qui auront, l'un comme l'autre, connu les turbulences de la période conciliaire et post-conciliaire et qui auront eu à souffrir, à cette époque, de la fermeture d'esprit de l'épiscopat français.
Qui peut dire ce qui s'est passé dans le coeur de ces deux prêtres? Qui peut dire pourquoi des souffrances et des incompréhensions identiques ont pu conduire à des choix si radicalement opposés: l'abandon dans l'enseignement de l'Eglise chez Mgr Guérin, le doute permanent vis-à-vis de ce même enseignement chez Mgr Lefebvre? Au-delà de ces questions, ne devons-nous pas nous interroger sur ce qui doit impérativement fonder notre propre confiance en l'Eglise du Seigneur?
Deux destins de prêtres (vu sur Pro Liturgia)
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- AdoramusTe
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Deux destins de prêtres (vu sur Pro Liturgia)
Cf http://pagesperso-orange.fr/proliturgia ... ations.htm
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Re: Deux destins de prêtres (vu sur Pro Liturgia)
Je réponds : l'obéissance.AdoramusTe a écrit : Au-delà de ces questions, ne devons-nous pas nous interroger sur ce qui doit impérativement fonder notre propre confiance en l'Eglise du Seigneur?
«Cela ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ mais bien pour les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’ëtre associés au mystère pascal ». ( Gaudium et Spes, le Concile Vatican II )
Re: Deux destins de prêtres (vu sur Pro Liturgia)
Je vous approuve entièrement Etienne!
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