D'abord, une ou deux choses à écarter : je ne vous accuse de rien, et certainement pas de vous donner en spectacle.
Ensuite, je n'accepte pas votre accusation de racisme (je reviens dessus plus loin). Je pourrais d'ailleurs vous accuser à votre tour de sortir une sorte de vulgate rousseauiste (l'homme est naturellement doux... ça n'est pas très loin du bon J-J).
Enfin, il n'est pas question de remettre en cause ce que vous avez vu et entendu au sujet du monde des cités et de l'immigration en général.
Revenons sur les "ressorts de l'âme humaine", que vous dites universels par nature. Je crois, tout comme vous, en l'universalité du bien, du christianisme et de ce qu'il prône. Je crois qu'il est nécessaire de vouloir les répandre partout dans le monde. Sont-elles naturelles ? Si vous entendez par mot "naturel" que ces valeurs sont constatables chez tout être humain, ne serait-ce que sous forme embryonnaire, là je vous dis non, parce qu'il y a tout simplement des cas où ça ne marche pas (chez les Romains, ça ne marche pas, et quand ça marche, la dimension du "bien" n'a pas de valeur cardinale). Si en revanche, par le terme de "nature" vous parlez de vraie nature de l'homme, là nous sommes d'accord. Tout homme est capable d'accepter et de comprendre le Christ ; ce dernier le rend à sa véritable nature, mais cette nature-ci ne se définit que par rapport au contenu de la Révélation (= nous sommes enfants de Dieu). Mais pour parvenir à cette véritable nature, il faut le vouloir, or précisément il y a des sociétés, aujourd'hui comme hier, qui ne sont pas prêtes à le vouloir spontanément (parlez du message chrétien au Romain moyen de l'époque d'Auguste, vous le ferez rigoler) ; ce qui ne veut pas dire qu'il faille les laisser dans leur état ; c'est nous qui devons, par la persuasion, les amener à le vouloir.
Si vous refusez par principe de lire des bouquins de sciences sociales, c'est dommage pour vous. Je le dis sans me vanter, car moi-même, j'ai encore de gros manques. En tout cas, je peux vous dire ceci... il y en a qui tentent de décrire les sociétés étudiées en les comprenant de l'intérieur ; c'est ce qu'on attend d'un bon ethnologue. Il peut s'agir de tous types de sociétés, de Nambikwara comme de malades psychiatriques, de Nuer comme de populations déshéritées d'un bidonville francilien - ou tout simplement des jeunes filles des Bals de débutantes. Peu importe la société, ce qui compte, c'est de voir comment des hommes, en cohabitant, inventent les solutions qui leur permettent de se confronter et d'être ensemble. C'est de voir comment ça marche. Il est donc nécessaire, pour bien faire son travail, d'avoir un minimum de sympathie envers les gens qu'on étudie ; et quand un ethnologue étudie une société aux ressorts moraux radicalement différents des nôtres, cela ne signifie pas qu'il les approuve, cela signifie tout simplement qu'il essaie de voir comment, à partir de ces critères, une société donnée peut fonctionner, se perpétuer, et se donner du sens.
Dire que des gens sont différents, ce n'est pas les approuver ; c'est constater qu'ils sont différents, et que la constitution humaine, la nature humaine si vous voulez, contient cette différence et ce qui la construit, dans ses virtualités. Après, on peut être tout à fait opposé à ces valeurs. On peut aussi essayer de convaincre les gens de les abandonner si elles sont mauvaises ; mais cette démarche, à laquelle je souscris à fond, suppose une possibilité de compréhension mutuelle, donc l'absence de ce racisme que vous me reprochez à tort. Bien sûr on pourra reprocher à un ethnologue de ne pas prêcher la bonne parole chez, mettons, les exciseurs : mais ce n'est pas son travail d'ethnologue, c'est son devoir d'être humain. Cette discussion a déjà eu lieu dans un autre fil, je crois.
Si donc vous me dites que vous refusez de lire cette littérature, en arguant que "ils me semblent viciés à la base d'une idée fausse : les hommes sont foncièrement différents les uns des autres", vous faites la même erreur que ceux qui refusent de lire de la socio parce qu'ils croient que cette science se réduit à Bourdieu. Tout simplement, vous avouez une insuffisance intellectuelle, et c'est dommage, car bien des discussions que nous avons ici supposent une connaissance minimale des concepts issus de ces sciences - qu'il nous arrive très souvent d'utiliser sans le savoir.
Ce qui est excitant dans une science humaine et sociale, c'est justement de montrer ce qu'il y a de différent chez les autres, et comment cette différence n'en réussit pas moins à organiser tout un monde. Autrement, quel intérêt, sinon celui de se regarder narcissiquement en l'autre comme dans un miroir ?
Mais chacun ses soucis - moi, j'ai de graves lacunes en théologie...
Allez, à bientôt
MB




