par papillon » sam. 08 août 2009, 0:42
Bonjour. J'ai hésité avant d'écrire ce qui suit parce que c'est d'une tristesse....mais il y a un enseignement à en tirer.
Il y a quelques mois, tout près de chez moi, un homme, séparé de sa femme depuis quelques semaines et qui avait ce soir-là la garde de ses enfants les a tués tous les deux à l'arme blanche, après quoi il a tenté de se suicider. Animé d'une rage démentielle mais froide, car tout indique qu'il avait prémédité son geste, il s'est acharné sur ses petits, vraisemblablement dans le but d'infliger la plus grande souffrance à leur mère. L'autopsie a révélé une douzaine de coups de couteau sur chacun d'eux. Un dépravé, un monstre cet homme? Non, pas du tout. Il avait voué sa vie à sauver celle des autres. Il était médecin spécialiste à l'hôpital de la ville voisine . Un cardiologue respecté et aimé de tous, au professionnalisme exemplaire. Brillant et dévoué, il avait mis sur pied divers programmes pour l'amélioration des soins de santé dans son établissement. Une photo de lui nous montre un homme de 36 ans, beau, à l'allure décontractée et sympathique, au regard franc. Il sourit aimablement à la caméra avec un charme indéniable, l'air heureux, un stéthoscope autour du cou. Portrait d'une réussite professionnelle et personnelle, et d'un bonheur perdu. Sa femme était médecin urgentologue dans le même hôpital. Les victimes de cette folie, un petit garçon de 5 ans et sa petite soeur de 3 ans, deux chérubins, beaux comme leur père.
Personne n'a pu dissuader la mère d'aller voir ses enfants à la morgue. Le choc a été tel qu'on a dû l'hospitaliser. La population a été profondément choquée et ébranlée par ce drame. On sentait comme une détresse générale dans l'air, du ressentiment, de la colère et surtout de l'angoisse. Si cela peut arriver, tout peut arriver. Et s'est produit quelque chose que personne n'avait vu venir. La maman a désamorcé elle-même cette spirale de haine et de peur. Elle a publié une lettre d'adieu bouleversante à ses enfants, dans laquelle elle leur parle avec une infinie tendresse. Aux funérailles, elle leur a demandé d'aider leur père, égaré dans les ténèbres. Et elle nous a demandé à tous, en mémoire de ses enfants, de tourner le dos au ressentiment et d'avoir un geste de bonté, d'amour et de compassion pour un voisin, un parent, un inconnu, un confrère de travail, de "donner au suivant". L'effet a été immédiat, l'air est redevenu respirable. Si cela peut arriver, tout peut arriver.
Si une mère effondrée de douleur peut demander à ses enfants morts de veiller sur leur assassin, si elle peut encore nous parler d'amour, comment justifier que nous en trouvions si peu à donner dans notre vie de tous les jours? L'excuse que nous ne sommes pas des saints ne tient pas. Cette femme n'est pas une sainte, pas plus que son mari n'est un monstre. Je crois que nous portons tous amour et haine et que c'est simplement de notre responsabilité de faire ce choix, à chaque instant de notre vie, comme cette mère l'a fait au moment le plus sombre de la sienne. Je crois aussi qu'on sousestime beaucoup la puissance de l'amour.
Le père infanticide passera en procès très bientôt. Ça ne réjouit personne. Je pense souvent à cet homme et à l'enfer que sera sa vie et j'en éprouve une grande peine. Croyez-vous que ses enfants peuvent l'aider? Moi, je ne sais pas, mais je le souhaite de tout mon coeur.
Papillon
[size=85]Bonjour. J'ai hésité avant d'écrire ce qui suit parce que c'est d'une tristesse....mais il y a un enseignement à en tirer.
Il y a quelques mois, tout près de chez moi, un homme, séparé de sa femme depuis quelques semaines et qui avait ce soir-là la garde de ses enfants les a tués tous les deux à l'arme blanche, après quoi il a tenté de se suicider. Animé d'une rage démentielle mais froide, car tout indique qu'il avait prémédité son geste, il s'est acharné sur ses petits, vraisemblablement dans le but d'infliger la plus grande souffrance à leur mère. L'autopsie a révélé une douzaine de coups de couteau sur chacun d'eux. Un dépravé, un monstre cet homme? Non, pas du tout. Il avait voué sa vie à sauver celle des autres. Il était médecin spécialiste à l'hôpital de la ville voisine . Un cardiologue respecté et aimé de tous, au professionnalisme exemplaire. Brillant et dévoué, il avait mis sur pied divers programmes pour l'amélioration des soins de santé dans son établissement. Une photo de lui nous montre un homme de 36 ans, beau, à l'allure décontractée et sympathique, au regard franc. Il sourit aimablement à la caméra avec un charme indéniable, l'air heureux, un stéthoscope autour du cou. Portrait d'une réussite professionnelle et personnelle, et d'un bonheur perdu. Sa femme était médecin urgentologue dans le même hôpital. Les victimes de cette folie, un petit garçon de 5 ans et sa petite soeur de 3 ans, deux chérubins, beaux comme leur père.
Personne n'a pu dissuader la mère d'aller voir ses enfants à la morgue. Le choc a été tel qu'on a dû l'hospitaliser. La population a été profondément choquée et ébranlée par ce drame. On sentait comme une détresse générale dans l'air, du ressentiment, de la colère et surtout de l'angoisse. Si cela peut arriver, tout peut arriver. Et s'est produit quelque chose que personne n'avait vu venir. La maman a désamorcé elle-même cette spirale de haine et de peur. Elle a publié une lettre d'adieu bouleversante à ses enfants, dans laquelle elle leur parle avec une infinie tendresse. Aux funérailles, elle leur a demandé d'aider leur père, égaré dans les ténèbres. Et elle nous a demandé à tous, en mémoire de ses enfants, de tourner le dos au ressentiment et d'avoir un geste de bonté, d'amour et de compassion pour un voisin, un parent, un inconnu, un confrère de travail, de "donner au suivant". L'effet a été immédiat, l'air est redevenu respirable. Si cela peut arriver, tout peut arriver.
Si une mère effondrée de douleur peut demander à ses enfants morts de veiller sur leur assassin, si elle peut encore nous parler d'amour, comment justifier que nous en trouvions si peu à donner dans notre vie de tous les jours? L'excuse que nous ne sommes pas des saints ne tient pas. Cette femme n'est pas une sainte, pas plus que son mari n'est un monstre. Je crois que nous portons tous amour et haine et que c'est simplement de notre responsabilité de faire ce choix, à chaque instant de notre vie, comme cette mère l'a fait au moment le plus sombre de la sienne. Je crois aussi qu'on sousestime beaucoup la puissance de l'amour.
Le père infanticide passera en procès très bientôt. Ça ne réjouit personne. Je pense souvent à cet homme et à l'enfer que sera sa vie et j'en éprouve une grande peine. Croyez-vous que ses enfants peuvent l'aider? Moi, je ne sais pas, mais je le souhaite de tout mon coeur.
Papillon [/size]