par coeurderoy » lun. 13 juil. 2009, 7:30
Bonjour, Pneumatis et Emanuel,
je connais les représentations révolutionnaires (violemment anti-cléricales) où effectivement chapes, chasubles, mitres, reliques furent volontairement profanées et portées en "procession" à dos de mulet. M'étant intéressé de près au vandalisme des années 1792 et suivantes, on retrouve cette constante par ex. : nombres d'édifices sacrés (choeurs de cathédrales, de grands monastères) furent convertis en écuries, voire haras (Cluny), relais de poste (St Julien de Tours). Pour être clair (et connaissant la délicatesse des septembriseurs), on a pris un malin plaisir à souiller, au sens "propre"- mot très malvenu - les espaces liturgiques (sanctuaires, autels) en y stationnant des animaux qui évidemment y répandaient leur urine et excréments. Les exemples sont innombrables : le fumier des écuries semblait aux hommes de la Terreur l'encens le plus digne et le plus agréable à ce Dieu auquel ils croyaient encore dans leur volonté de l'offenser !
Ce qui est drôle c'est qu'ils oubliaient que Saint-Bernard, dans un sermon sur Noël, part de l'image de la crèche et du fumier des animaux pour nous montrer l'image de nos âmes, souvent sombres et malodorantes, dans lesquelles un Dieu daigne pourtant descendre.
Concernant le sain anticléricalisme auquel Emanuel fait allusion, je suis plutôt d'accord avec lui : Fête des Fous, remise à l'heure des pendules, en rappelant au clergé qu'il est du même limon que nous.
A Reims, le Jugement Dernier voit défiler, dans la chaîne des damnés, un moine, un roi, un évêque : pas mal de ces représentations jugées irrévérencieuses furent bûchées par les pieux (!!!) chanoines des Lumières.
Une oeuvre telle le Roman de Fauvel (XIVème) ne se prive pas de brocarder le clergé (et les autres grands, contemporains du Grand Schisme). Mais cette tradition des Goliards, qu'on retrouve chez Villon ne s'en prend pas au sacré ni au dogme évidemment.
L'esprit des fabliaux (très vert et obscène il faut l'avouer) est sain en ceci qu'il regarde le péché en face, s'en prend aux papelards (dévots hypocrites), moines concubinaires, abbés galants, etc, mais c'est les brocarder pour les rappeler à l'ordre et rire à leurs dépens.
Ce type d'attitude est (à mon goût) trop peu répandu de nos jours où le "béni-oui-oui" consensuel et l'onctuosité ecclésiastique ( passent pour des marques de sainteté, encore que bien des membres du clergé sachent rire des travers de "l'institution"...
(j'essaierai de retrouver ce que Huysmans a pu écrire à ce sujet...)
Cordialement !
Bonjour, Pneumatis et Emanuel,
je connais les représentations révolutionnaires (violemment anti-cléricales) où effectivement chapes, chasubles, mitres, reliques furent volontairement profanées et portées en "procession" à dos de mulet. M'étant intéressé de près au vandalisme des années 1792 et suivantes, on retrouve cette constante par ex. : nombres d'édifices sacrés (choeurs de cathédrales, de grands monastères) furent convertis en écuries, voire haras (Cluny), relais de poste (St Julien de Tours). Pour être clair (et connaissant la délicatesse des septembriseurs), on a pris un malin plaisir à souiller, au sens "propre"- mot très malvenu - les espaces liturgiques (sanctuaires, autels) en y stationnant des animaux qui évidemment y répandaient leur urine et excréments. Les exemples sont innombrables : le fumier des écuries semblait aux hommes de la Terreur l'encens le plus digne et le plus agréable à ce Dieu auquel ils croyaient encore dans leur volonté de l'offenser !
Ce qui est drôle c'est qu'ils oubliaient que Saint-Bernard, dans un sermon sur Noël, part de l'image de la crèche et du fumier des animaux pour nous montrer l'image de nos âmes, souvent sombres et malodorantes, dans lesquelles un Dieu daigne pourtant descendre.
Concernant le sain anticléricalisme auquel Emanuel fait allusion, je suis plutôt d'accord avec lui : Fête des Fous, remise à l'heure des pendules, en rappelant au clergé qu'il est du même limon que nous.
A Reims, le Jugement Dernier voit défiler, dans la chaîne des damnés, un moine, un roi, un évêque : pas mal de ces représentations jugées irrévérencieuses furent bûchées par les pieux (!!!) chanoines des Lumières.
Une oeuvre telle le Roman de Fauvel (XIVème) ne se prive pas de brocarder le clergé (et les autres grands, contemporains du Grand Schisme). Mais cette tradition des Goliards, qu'on retrouve chez Villon ne s'en prend pas au sacré ni au dogme évidemment.
L'esprit des fabliaux (très vert et obscène il faut l'avouer) est sain en ceci qu'il regarde le péché en face, s'en prend aux papelards (dévots hypocrites), moines concubinaires, abbés galants, etc, mais c'est les brocarder pour les rappeler à l'ordre et rire à leurs dépens.
Ce type d'attitude est (à mon goût) trop peu répandu de nos jours où le "béni-oui-oui" consensuel et l'onctuosité ecclésiastique ( passent pour des marques de sainteté, encore que bien des membres du clergé sachent rire des travers de "l'institution"...
(j'essaierai de retrouver ce que Huysmans a pu écrire à ce sujet...)
Cordialement !