par pierresuzanne » mer. 20 janv. 2016, 19:50
Je vous laisse un témoignage daté de l'an 112.
Pline le Jeune raconte la façon dont il a persécuté des chrétiens, et il raconte pas là même la vie de ces communautés.
En 112, Pline le Jeune (61-115) est gouverneur impérial de la province du Pont-Bythinie, dans l'actuelle Turquie.
Il écrit à l'empereur Trajan pour recevoir ses conseils sur la façon de traiter les chrétiens.
Il répugne à exécuter des gens uniquement sur dénonciation : « Ceux qui ont avoué [être chrétiens], je les ai interrogés une seconde fois, et une troisième fois et je les ai menacés du supplice. Quand ils ont persisté, je les y ai envoyés. Car de quelque nature que fût ce qu'ils confessaient, j'ai cru que l'on ne pouvait manquer de punir en eux leur désobéissance et leur invincible opiniâtreté. ».
Finalement, bien peu vont au supplice « [certains], déférés suite à une dénonciation, ont d'abord reconnu qu'ils étaient chrétiens, et aussitôt après, ils ont nié, déclarant que véritablement ils l'avaient été, mais qu'ils avaient cessé de l'être ».
Pline donne à l'occasion de ses interrogatoires qui conduisent à l'apostasie, une description de la liturgie chrétienne qui est d'autant plus intéressante qu'il n'est pas chrétien : « Tous ces gens là ont adoré votre image et les statues des dieux. Tous ont chargé le Christ de malédictions. Ils assuraient que toute leur erreur ou leur faute avait été rassemblées dans ces points : qu'à un jour marqué, ils s'assemblaient avant le lever du soleil, et chantaient tour à tour des vers à la louange de Christ, comme s'il avait été un dieu, qu'ils s'engageaient par serment, non à quelques crimes, mais à ne commettre ni vol, ni adultère, à ne point manquer à leur promesse, à ne point nier un dépôt, qu'après cela ils avaient l’habitude de se séparer puis de se rassembler pour manger en commun des mets innocents. ».
On peut remarquer à ce passage que les chrétiens croyaient évidement déjà en la divinité de Jésus. Je précise cela, car actuellement il est devenu de bon ton de prétendre que la divinité de Jésus n'a été admise qu'au concile de Nicée. C'est évidement totalement faux. Les chrétiens ont cru en la divinité de Jésus, ils ont su qu'il était Dieu, dès la résurrection de Jésus.
La liturgie chrétienne était déjà en deux temps comme de nos jours, avec une première partie d'hymnes et un rappel des prescriptions divines, suivie d'une seconde partie, l'eucharistie, le repas sacré. Le contraste est frappant avec les cultes païens : bacchanales orgiaques, saturnales débridées, transes initiatiques des cultes à mystères, ou même simplement sacrifices d'animaux. La liturgie chrétienne brille par sa sobriété, comme en témoigneront les fresques des catacombes romaines, là où vont se réfugier ceux qui persisteront dans leur foi chrétienne pendant les deux siècles suivants. On ne peut s'étonner que le christianisme ait autant attiré.
Mais on ne peut pas davantage être surpris que la cruauté romaine en ait freiné l'expansion : « « J'ai jugé nécessaire d'appliquer la torture à deux filles esclaves, qu'ils disaient responsable de leur culte, mais je n'ai trouvé qu’une superstition déraisonnable » (Lettres 96, livre X, Pline le jeune à Trajan).
Si Pline fait preuve de mansuétude, c'est uniquement parce que les chrétiens sont devenus trop nombreux pour que l'on puisse raisonnablement tous les exécuter : « L'affaire m'a paru mériter que je prenne ton avis, surtout à cause du nombre des accusés. Il y a une foule de personnes de tous âges, de toutes conditions, des deux sexes aussi, qui sont ou seront mises en péril. Ce mal pernicieux n'a pas seulement infecté les villes, il a gagné les villages et les campagnes. Je crois pourtant que l'on peut y remédier et qu'il peut être arrêté. Ce qui est certain, c'est que les temples qui étaient presque déserts sont fréquentés, et que les sacrifices, longtemps négligés, recommencent. On vend partout des victimes (animaux à sacrifier) qui auparavant ne trouvaient plus d'acheteurs. De là, on peut juger de quelle quantité de gens ont peut ramener de leur égarement, si on fait grâce au repentir. »... (Lettres 96, livre X, Pline le jeune à Trajan, traduction de Sacy, Nisard, 1850).
La réponse de l'empereur Trajan servira de base législative aux persécutions romaines pour les siècles suivants : « Mon cher Pline, tu as suivi la conduite que tu devais dans l'examen des causes de ceux qui t'avaient été dénoncés comme chrétiens. Car on ne peut instituer une règle générale qui ait, pour ainsi dire, une forme fixe. Il n'y a pas à les poursuivre d'office. S'ils sont dénoncés et convaincus, il faut les condamner, mais avec la restriction suivante : celui qui aura nié être chrétien et en aura, par les faits eux-mêmes, donné la preuve manifeste, je veux dire en sacrifiant à nos dieux, même s'il a été suspect en ce qui concerne le passé, obtiendra le pardon comme prix de son repentir. Quant aux dénonciations anonymes, elles ne doivent jouer aucun rôle dans quelque accusation que se
soit ; c'est un procédé d'un détestable exemple et qui n'est plus de notre temps. » (Trajan, Lettres à Pline, 10, 97 ; 1-2).
Les dénonciations ne sont donc plus suffisantes pour exécuter un chrétien, encore faut-il qu'il ait confirmé sa foi et refusé de sacrifier aux dieux. Cela restera en vigueur dans l'empire romain qui ne verra plus les exécutions arbitraires du premier siècle.
Dans les persécutions ultérieures, les chrétiens seront jugés individuellement avant d'être condamnés.
[color=#BF0000][b]Je vous laisse un témoignage daté de l'an 112.[/b][/color]
[color=#000080][b][i]Pline le Jeune [/i]raconte la façon dont il a persécuté des chrétiens, et il raconte pas là même la vie de ces communautés.[/b][/color]
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Il écrit à l'empereur Trajan pour recevoir ses conseils sur la façon de traiter les chrétiens.
Il répugne à exécuter des gens uniquement sur dénonciation : «[i] Ceux qui ont avoué [être chrétiens], je les ai interrogés une seconde fois, et une troisième fois et je les ai menacés du supplice. Quand ils ont persisté, je les y ai envoyés. Car de quelque nature que fût ce qu'ils confessaient, j'ai cru que l'on ne pouvait manquer de punir en eux leur désobéissance et leur invincible opiniâtreté.[/i] ».
Finalement, bien peu vont au supplice « [i][certains], déférés suite à une dénonciation, ont d'abord reconnu qu'ils étaient chrétiens, et aussitôt après, ils ont nié, déclarant que véritablement ils l'avaient été, mais qu'ils avaient cessé de l'être[/i] ».
Pline donne à l'occasion de ses interrogatoires qui conduisent à l'apostasie, une description de la liturgie chrétienne qui est d'autant plus intéressante qu'il n'est pas chrétien : «[i] Tous ces gens là ont adoré votre image et les statues des dieux. Tous ont chargé le Christ de malédictions. Ils assuraient que toute leur erreur ou leur faute avait été rassemblées dans ces points : qu'à un jour marqué, ils s'assemblaient avant le lever du soleil, et chantaient tour à tour des vers[b] à la louange de Christ, comme s'il avait été un dieu[/b], qu'ils s'engageaient par serment, non à quelques crimes, mais à ne commettre ni vol, ni adultère, à ne point manquer à leur promesse, à ne point nier un dépôt, qu'après cela ils avaient l’habitude de se séparer puis de se rassembler pour manger en commun des mets innocents. [/i]».
[color=#004080][b]On peut remarquer à ce passage que les chrétiens croyaient évidement déjà en la divinité de Jésus. [/b][/color]Je précise cela, car actuellement il est devenu de bon ton de prétendre que la divinité de Jésus n'a été admise qu'au concile de Nicée. C'est évidement totalement faux. Les chrétiens ont cru en la divinité de Jésus, ils ont su qu'il était Dieu, dès la résurrection de Jésus.
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La liturgie chrétienne était déjà en deux temps comme de nos jours, avec une première partie d'hymnes et un rappel des prescriptions divines, suivie d'une seconde partie, l'eucharistie, le repas sacré.[/b][/color] Le contraste est frappant avec les cultes païens : bacchanales orgiaques, saturnales débridées, transes initiatiques des cultes à mystères, ou même simplement sacrifices d'animaux. La liturgie chrétienne brille par sa sobriété, comme en témoigneront les fresques des catacombes romaines, là où vont se réfugier ceux qui persisteront dans leur foi chrétienne pendant les deux siècles suivants. On ne peut s'étonner que le christianisme ait autant attiré.
Mais on ne peut pas davantage être surpris que la cruauté romaine en ait freiné l'expansion : «[i] « J'ai jugé nécessaire d'appliquer la torture à deux filles esclaves, qu'ils disaient responsable de leur culte, mais je n'ai trouvé qu’une superstition déraisonnable [/i]» (Lettres 96, livre X, Pline le jeune à Trajan).
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Si Pline fait preuve de mansuétude, c'est uniquement parce que les chrétiens sont devenus trop nombreux pour que l'on puisse raisonnablement tous les exécuter :[/b][/color] «[i] L'affaire m'a paru mériter que je prenne ton avis, surtout à cause du nombre des accusés. Il y a une foule de personnes de tous âges, de toutes conditions, des deux sexes aussi, qui sont ou seront mises en péril. Ce mal pernicieux n'a pas seulement infecté les villes, il a gagné les villages et les campagnes. Je crois pourtant que l'on peut y remédier et qu'il peut être arrêté. Ce qui est certain, c'est que les temples qui étaient presque déserts sont fréquentés, et que les sacrifices, longtemps négligés, recommencent. On vend partout des victimes (animaux à sacrifier) qui auparavant ne trouvaient plus d'acheteurs. De là, on peut juger de quelle quantité de gens ont peut ramener de leur égarement, si on fait grâce au repentir.[/i] »... (Lettres 96, livre X, Pline le jeune à Trajan, traduction de Sacy, Nisard, 1850).
[color=#BF0000][b]La réponse de l'empereur Trajan servira de base législative aux persécutions romaines pour les siècles suivants :[/b][/color] « [i]Mon cher Pline, tu as suivi la conduite que tu devais dans l'examen des causes de ceux qui t'avaient été dénoncés comme chrétiens. Car on ne peut instituer une règle générale qui ait, pour ainsi dire, une forme fixe. Il n'y a pas à les poursuivre d'office. S'ils sont dénoncés et convaincus, il faut les condamner, mais avec la restriction suivante : celui qui aura nié être chrétien et en aura, par les faits eux-mêmes, donné la preuve manifeste, je veux dire en sacrifiant à nos dieux, même s'il a été suspect en ce qui concerne le passé, obtiendra le pardon comme prix de son repentir. Quant aux dénonciations anonymes, elles ne doivent jouer aucun rôle dans quelque accusation que se
soit ; c'est un procédé d'un détestable exemple et qui n'est plus de notre temps. [/i]» (Trajan, Lettres à Pline, 10, 97 ; 1-2).
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