kisito a écrit :Dieu est Amour et Il est aussi Juste. On aime trop prendre cette exemple de l'enfant prodigue, mais on oublie toute la démarche que l'enfant prodigue a fait afin de "mériter" la miséricorde de son père. L'enfant prodigue c'est engagé à réparer le mal fait à son Père en devenant son esclave. C'est après tout cela que le Père a manifester sa miséricorde.
Non, ce n'est pas ce qui est écrit.
Le fils cadet s'est dit qu'il allait revenir chez son père et demander à être son serviteur (et ce non pas pour réparer, mais pour avoir à manger : sa contrition réelle est très, très discutable - mais il accepte au moins la responsabilité de ses choix, et c'est déjà beaucoup), mais à son retour
il n'a rien demandé de tel.
Il n'a eu que le temps de reconnaître son péché et ne plus mériter d'être appelé fils, avant d'être interrompu par le père, et il ne dit rien de plus. Peut-être parce qu'il a compris que son père le pardonnait et que ça n'avait aucun sens de demander à être serviteur alors que son père le rétablissait dans sa dignité de fils et d'héritier. Peut-être parce qu'il s'est dit que, puisque son père était aussi bienveillant, il n'était pas de son intérêt de dire ce qu'il avait prévu de dire.
Mais quelle que soit la raison, quand on regarde ce qui est écrit, on voit bien qu'
il n'a pas dit à son père tout ce qu'il avait prévu de dire, et que son père l'a pardonné
d'abord.
Du reste, une fois rétabli dans sa dignité de fils et héritier, quel sens cela aurait-il de demander à être serviteur ? Ce serait dire au père qu'il refuse sa bonté...
Est-ce que cela implique que nous n'avons rien à faire pour réparer les conséquences de nos péchés ? Non, rien dans cette parabole ne permet de le dire, et de fait l'Eglise enseigne que nos péchés ont des conséquences, que le pardon efface la faute, mais pas ses conséquences. D'où la pénitence, et après notre mort, le Purgatoire.
Mais
le pardon n'est pas conditionné par la réparation préalable du péché. Quelle miséricorde serait-ce là, si Dieu ne pardonnait qu'après que l'homme ait réparé le tort qu'il a fait ? Paye d'abord pour la casse, et après, on verra si je te pardonne ? Quel pardon serait-ce la ?
Ce que nous apprend la parabole du père et ses deux fils, c'est que le pardon vient d'abord, et que sa seule condition est de revenir vers le Père (et ce non pas parce que le pardon de Dieu serait limité, mais parce que c'est inhérent au fonctionnement même du pardon : pour se sentir pardonné, il faut avoir conscience d'avoir besoin de l'être).
Une fois pardonné, on fait la fête, et après la fête, il est tout à fait probable qu'on discute un peu (même si la parabole ne nous dit rien du tout). Mais il ne faut pas inverser l'ordre des choses.
---
Pour en revenir au sujet, rien ne nous arrive sans que Dieu ne l'autorise. C'est souvent difficile à comprendre pour nous, mais c'est ainsi. On peut considérer cela comme une manifestation de la justice de Dieu, mais je ne pense pas que ce soit parce que cette justice nous donnerait des "sanctions à payer" en conséquence de notre péché. Cette vision des choses me fait plutôt penser à la notion de karma des hindous et des bouddhistes...
C'était aussi la façon dont Israël comprenait son histoire jusqu'à l'exil, jusqu'au Deutéro-Isaïe : quand Israël est fidèle au Seigneur, il est récompensé, et quand il est infidèle, il est puni... C'est la logique de la carotte et du bâton, et parce que l'homme fonctionne souvent ainsi, il s'est imaginé que Dieu ferait de même... Mais alors comment comprendre qu'Israël subisse des épreuves en raison même de sa fidélité ?
La figure du Serviteur souffrant nous révèle que ce n'est pas ainsi que Dieu agit, et que les souffrances que nous connaissons ne sont pas forcément punition de nos péchés.
Isaïe 43, 24b-25 :
[Israël, ] Tu n'as fait que m'accabler de tes péchés, de me fatiguer de tes fautes.
C'est moi, c'est moi qui efface tes forfaits à cause de moi, et de tes péchés je ne me souviens plus.
Ou encore, Isaïe 44, 21-22 :
Souviens-toi de cela, Jacob, Israël ! car tu es mon serviteur. Je t'ai façonné : tu es mon serviteur, Israël, tu ne seras pas oublié de moi. J'ai effacé tes forfaits comme un nuage et tes péchés comme une nuée. Reviens vers moi, car je t'ai racheté.
Par la parabole du père et de ses deux fils, Jésus ne fait rien d'autre qu'expliquer ces chapitres d'Isaïe que décidément nous avons du mal à accepter, parce que nous avons du mal à croire à ce pardon gratuit de Dieu...
Rien que cette dernière phrase, c'est très fort : reviens vers moi, car je t'ai racheté. Le rachat est même avant le retour. Nous pouvons revenir en toute confiance, en sachant que notre péché est déjà pardonné et que nous n'avons plus qu'à rentrer à la maison.
Si nous avons des épreuves, comme Job, ce peut être pour grandir dans la foi, montrer que l'on reste ferme malgré l'épreuve.
Mais avec le Serviteur souffrant, et donc avec Jésus, nous comprenons aussi que nous pouvons subir des souffrances en expiation pour le péché d'autrui, et que le sens de cette souffrance est alors de nous faire entrer plus intimement en communion avec Jésus. Comment faire l'expérience avec Lui de la couronne d'épine si l'on n'a soi-même jamais été objet de raillerie ? Comment avec Lui porter notre croix si jamais nous n'avons à porter le fardeau du péché d'autrui ?
[quote="kisito"]Dieu est Amour et Il est aussi Juste. On aime trop prendre cette exemple de l'enfant prodigue, mais on oublie toute la démarche que l'enfant prodigue a fait afin de "mériter" la miséricorde de son père.[b] L'enfant prodigue c'est engagé à réparer le mal fait à son Père en devenant son esclave[/b]. C'est après tout cela que le Père a manifester sa miséricorde.[/quote]
Non, ce n'est pas ce qui est écrit.
Le fils cadet s'est dit qu'il allait revenir chez son père et demander à être son serviteur (et ce non pas pour réparer, mais pour avoir à manger : sa contrition réelle est très, très discutable - mais il accepte au moins la responsabilité de ses choix, et c'est déjà beaucoup), mais à son retour [b]il n'a rien demandé de tel[/b].
Il n'a eu que le temps de reconnaître son péché et ne plus mériter d'être appelé fils, avant d'être interrompu par le père, et il ne dit rien de plus. Peut-être parce qu'il a compris que son père le pardonnait et que ça n'avait aucun sens de demander à être serviteur alors que son père le rétablissait dans sa dignité de fils et d'héritier. Peut-être parce qu'il s'est dit que, puisque son père était aussi bienveillant, il n'était pas de son intérêt de dire ce qu'il avait prévu de dire.
Mais quelle que soit la raison, quand on regarde ce qui est écrit, on voit bien qu'[b]il n'a pas dit à son père tout ce qu'il avait prévu de dire[/b], et que son père l'a pardonné [b]d'abord[/b].
Du reste, une fois rétabli dans sa dignité de fils et héritier, quel sens cela aurait-il de demander à être serviteur ? Ce serait dire au père qu'il refuse sa bonté...
Est-ce que cela implique que nous n'avons rien à faire pour réparer les conséquences de nos péchés ? Non, rien dans cette parabole ne permet de le dire, et de fait l'Eglise enseigne que nos péchés ont des conséquences, que le pardon efface la faute, mais pas ses conséquences. D'où la pénitence, et après notre mort, le Purgatoire.
Mais[b] le pardon n'est pas conditionné par la réparation préalable du péché[/b]. Quelle miséricorde serait-ce là, si Dieu ne pardonnait qu'après que l'homme ait réparé le tort qu'il a fait ? Paye d'abord pour la casse, et après, on verra si je te pardonne ? Quel pardon serait-ce la ?
Ce que nous apprend la parabole du père et ses deux fils, c'est que le pardon vient d'abord, et que sa seule condition est de revenir vers le Père (et ce non pas parce que le pardon de Dieu serait limité, mais parce que c'est inhérent au fonctionnement même du pardon : pour se sentir pardonné, il faut avoir conscience d'avoir besoin de l'être).
Une fois pardonné, on fait la fête, et après la fête, il est tout à fait probable qu'on discute un peu (même si la parabole ne nous dit rien du tout). Mais il ne faut pas inverser l'ordre des choses.
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Pour en revenir au sujet, rien ne nous arrive sans que Dieu ne l'autorise. C'est souvent difficile à comprendre pour nous, mais c'est ainsi. On peut considérer cela comme une manifestation de la justice de Dieu, mais je ne pense pas que ce soit parce que cette justice nous donnerait des "sanctions à payer" en conséquence de notre péché. Cette vision des choses me fait plutôt penser à la notion de karma des hindous et des bouddhistes...
C'était aussi la façon dont Israël comprenait son histoire jusqu'à l'exil, jusqu'au Deutéro-Isaïe : quand Israël est fidèle au Seigneur, il est récompensé, et quand il est infidèle, il est puni... C'est la logique de la carotte et du bâton, et parce que l'homme fonctionne souvent ainsi, il s'est imaginé que Dieu ferait de même... Mais alors comment comprendre qu'Israël subisse des épreuves en raison même de sa fidélité ?
La figure du Serviteur souffrant nous révèle que ce n'est pas ainsi que Dieu agit, et que les souffrances que nous connaissons ne sont pas forcément punition de nos péchés.
Isaïe 43, 24b-25 :
[quote][Israël, ] Tu n'as fait que m'accabler de tes péchés, de me fatiguer de tes fautes.
C'est moi, c'est moi qui efface tes forfaits à cause de moi, et de tes péchés je ne me souviens plus.[/quote]
Ou encore, Isaïe 44, 21-22 :
[quote]Souviens-toi de cela, Jacob, Israël ! car tu es mon serviteur. Je t'ai façonné : tu es mon serviteur, Israël, tu ne seras pas oublié de moi. J'ai effacé tes forfaits comme un nuage et tes péchés comme une nuée. Reviens vers moi, car je t'ai racheté.[/quote]
Par la parabole du père et de ses deux fils, Jésus ne fait rien d'autre qu'expliquer ces chapitres d'Isaïe que décidément nous avons du mal à accepter, parce que nous avons du mal à croire à ce pardon gratuit de Dieu...
Rien que cette dernière phrase, c'est très fort : reviens vers moi, car je t'ai racheté. Le rachat est même avant le retour. Nous pouvons revenir en toute confiance, en sachant que notre péché est déjà pardonné et que nous n'avons plus qu'à rentrer à la maison.
Si nous avons des épreuves, comme Job, ce peut être pour grandir dans la foi, montrer que l'on reste ferme malgré l'épreuve.
Mais avec le Serviteur souffrant, et donc avec Jésus, nous comprenons aussi que nous pouvons subir des souffrances en expiation pour le péché d'autrui, et que le sens de cette souffrance est alors de nous faire entrer plus intimement en communion avec Jésus. Comment faire l'expérience avec Lui de la couronne d'épine si l'on n'a soi-même jamais été objet de raillerie ? Comment avec Lui porter notre croix si jamais nous n'avons à porter le fardeau du péché d'autrui ?