par Christian » mar. 28 nov. 2006, 13:15
J’ai déjà abordé la question ici, mais il me faudrait plus de temps pour retrouver le fil que pour rééditer mon propos.
Je rejoins donc MB lorsqu’il écrit que, chez Rousseau, la volonté générale, c'est celle que l'on a lorsqu'elle correspond à l'intérêt général. C'est la volonté que nous aurons tous si nous abandonnons nos simples buts particuliers.
Je serais d’accord avec cette phrase, chers MB et SBS,

si elle faisait sens. Or au niveau de ce que Popper et Hayek appellent la ‘grande société’, celle à laquelle nous nous référons comme citoyens, comme Français ou Européens, celle qui intéresse ici Rousseau,
il ne peut pas exister d’intérêt général. Rousseau confond deux types de groupes humains,
la société et
l’organisation. Il en était vaguement conscient. Il croyait résoudre le problème en imaginant sa démocratie seulement au sein de petites communautés, telles les cités grecques. Mais même à ce niveau, ça ne fonctionne pas.
Pourquoi ? Parce qu’une organisation poursuit effectivement un ‘intérêt général’, celui de ses membres. Cet intérêt général
préexiste à l’adhésion des membres, il est la raison
pour laquelle les membres adhèrent et signent réellement, avec leur nom et de leur plume, un
contrat social. Une troupe de théâtre, une entreprise commerciale, une compagnie de sapeurs-pompiers, une association sportive, une église même, sont constituées
autour d’un tel but, unique, identifié et accepté par tous, et l’atteinte de cet objectif est la motivation pour chacun des membres de se soumettre à la discipline exigée : les acteurs doivent apprendre leur rôle, le matériel anti-incendie doit être entretenu, etc. En même temps, la plus ou moins grande efficacité dans la réalisation du but est un critère objectif pour juger de la qualité des dirigeants. Peu importe également leur mode de désignation, élection, cooptation, concours, transmission héréditaire, du moment qu’il facilite l’obtention du but commun. L’étendue de leur pouvoir est limitée par l’étroitesse de leur mission. Le patron ou l’entraîneur ne peut exiger que ce qui sert l’entreprise ou l’équipe, et dans la limite du contrat qui a été accepté au moment de l’adhésion.
Mais quel est le but de la ‘grande société’ ? Quel est le but de la France ? Etre une grande puissance ? Devenir le pays le plus riche d’Europe ? Montrer l’exemple de la justice sociale ? Protéger l’environnement ? Redevenir la fille aînée de l’Eglise ? Les Français ne se sont pas agrégés autour d’un projet préexistant comme les supporters d’un club de foot, et, chaque élection le montre, il n’existe aucun projet susceptible d’incarner l’
intérêt général. Donc aucun moyen de juger si le gouvernement fait bien son travail (il le fait pour ceux qu’il privilégie). Il est absurde de croire qu’entre des millions de gens réunis par le hasard de la naissance, il puisse exister un objectif commun.
(En fait, aux moments de crises paroxystiques, catastrophes naturelles, guerres, une unité peut se dégager pour se sauver individuellement en sauvant la communauté. Sartre repérait un sentiment semblable dans ce qu’il appelle ‘le groupe en fusion’, au moment de manifestations, par exemple, ce que j’appellerai le sentiment d’être un grand troupeau invincible parce qu’uni. Les politiciens adorent jouer de ces instincts primitifs, où l’individualité se fond dans la masse.)
S’il n’existe pas d’intérêt général, en revanche on peut parler de
bien commun. J’en donne une définition plus restrictive que la DSE.
Le seul bien commun de l’humanité, c’est le Droit (entendu comme le droit de propriété de chaque être humain sur son corps et ses biens, d’où la majuscule). En Chine comme en Afrique comme
cheu nous, personne ne veut être tué, violé, volé, réduit en esclavage, trompé. Et
tout le monde peut l’exiger de chacun, car il est dans la capacité de chaque être humain (hormis extrêmes pathologies), de ne pas tuer, voler, violer, tromper autrui. Cette exigence que nous pouvons avoir envers autrui est donc bien
universalisable, elle est transculturelle, elle ne dépend pas du niveau de développement social et économique d’une population (contrairement aux onusiens
droidloms), et puisque nous l’exigeons tous et pouvons l’obtenir, elle est effectivement notre
bien commun.
Le problème de Rousseau est résolu. Nous pouvons tous signer un
Contrat social, une constitution, qui prévoit que personne n’a le droit de tuer, violer, voler, etc.,
y compris ces personnes qui constituent l’Etat, et nous pouvons leur déléguer cette unique fonction de veiller au respect du Droit.
Ce projet existe. C’est le projet libéral.
C’était mon quart d’heure de propagande. ;-)
Cordialement
Christian
L’expérience nous enseigne qu’aucun gouvernement ne menace plus nos libertés
que celui qui se targue d’agir pour notre bien.
[size=75]J’ai déjà abordé la question ici, mais il me faudrait plus de temps pour retrouver le fil que pour rééditer mon propos.[/size]
[quote]Je rejoins donc MB lorsqu’il écrit que, chez Rousseau, la volonté générale, c'est celle que l'on a lorsqu'elle correspond à l'intérêt général. C'est la volonté que nous aurons tous si nous abandonnons nos simples buts particuliers.[/quote]
Je serais d’accord avec cette phrase, chers MB et SBS, :) si elle faisait sens. Or au niveau de ce que Popper et Hayek appellent la ‘grande société’, celle à laquelle nous nous référons comme citoyens, comme Français ou Européens, celle qui intéresse ici Rousseau, [i]il ne peut pas exister d’intérêt général[/i]. Rousseau confond deux types de groupes humains, [b]la société [/b]et [b]l’organisation[/b]. Il en était vaguement conscient. Il croyait résoudre le problème en imaginant sa démocratie seulement au sein de petites communautés, telles les cités grecques. Mais même à ce niveau, ça ne fonctionne pas.
Pourquoi ? Parce qu’une organisation poursuit effectivement un ‘intérêt général’, celui de ses membres. Cet intérêt général [i]préexiste [/i]à l’adhésion des membres, il est la raison [i]pour laquelle les membres adhèrent [/i]et signent réellement, avec leur nom et de leur plume, un [i]contrat social[/i]. Une troupe de théâtre, une entreprise commerciale, une compagnie de sapeurs-pompiers, une association sportive, une église même, sont constituées [b]autour d’un tel but[/b], unique, identifié et accepté par tous, et l’atteinte de cet objectif est la motivation pour chacun des membres de se soumettre à la discipline exigée : les acteurs doivent apprendre leur rôle, le matériel anti-incendie doit être entretenu, etc. En même temps, la plus ou moins grande efficacité dans la réalisation du but est un critère objectif pour juger de la qualité des dirigeants. Peu importe également leur mode de désignation, élection, cooptation, concours, transmission héréditaire, du moment qu’il facilite l’obtention du but commun. L’étendue de leur pouvoir est limitée par l’étroitesse de leur mission. Le patron ou l’entraîneur ne peut exiger que ce qui sert l’entreprise ou l’équipe, et dans la limite du contrat qui a été accepté au moment de l’adhésion.
Mais quel est le but de la ‘grande société’ ? Quel est le but de la France ? Etre une grande puissance ? Devenir le pays le plus riche d’Europe ? Montrer l’exemple de la justice sociale ? Protéger l’environnement ? Redevenir la fille aînée de l’Eglise ? Les Français ne se sont pas agrégés autour d’un projet préexistant comme les supporters d’un club de foot, et, chaque élection le montre, il n’existe aucun projet susceptible d’incarner l’[i]intérêt général[/i]. Donc aucun moyen de juger si le gouvernement fait bien son travail (il le fait pour ceux qu’il privilégie). Il est absurde de croire qu’entre des millions de gens réunis par le hasard de la naissance, il puisse exister un objectif commun.
(En fait, aux moments de crises paroxystiques, catastrophes naturelles, guerres, une unité peut se dégager pour se sauver individuellement en sauvant la communauté. Sartre repérait un sentiment semblable dans ce qu’il appelle ‘le groupe en fusion’, au moment de manifestations, par exemple, ce que j’appellerai le sentiment d’être un grand troupeau invincible parce qu’uni. Les politiciens adorent jouer de ces instincts primitifs, où l’individualité se fond dans la masse.)
S’il n’existe pas d’intérêt général, en revanche on peut parler de [i][b]bien commun[/b][/i]. J’en donne une définition plus restrictive que la DSE. [b]Le seul bien commun de l’humanité, c’est le Droit [/b](entendu comme le droit de propriété de chaque être humain sur son corps et ses biens, d’où la majuscule). En Chine comme en Afrique comme [i]cheu nous[/i], personne ne veut être tué, violé, volé, réduit en esclavage, trompé. Et [b]tout le monde peut l’exiger de chacun[/b], car il est dans la capacité de chaque être humain (hormis extrêmes pathologies), de ne pas tuer, voler, violer, tromper autrui. Cette exigence que nous pouvons avoir envers autrui est donc bien [b]universalisable[/b], elle est transculturelle, elle ne dépend pas du niveau de développement social et économique d’une population (contrairement aux onusiens [i]droidloms[/i]), et puisque nous l’exigeons tous et pouvons l’obtenir, elle est effectivement notre [i]bien commun[/i].
Le problème de Rousseau est résolu. Nous pouvons tous signer un [i]Contrat social[/i], une constitution, qui prévoit que personne n’a le droit de tuer, violer, voler, etc., [i]y compris ces personnes qui constituent l’Etat[/i], et nous pouvons leur déléguer cette unique fonction de veiller au respect du Droit.
Ce projet existe. C’est le projet libéral.
C’était mon quart d’heure de propagande. ;-)
Cordialement
Christian
[centrer][b][color=brown]L’expérience nous enseigne qu’aucun gouvernement ne menace plus nos libertés
que celui qui se targue d’agir pour notre bien.[/color][/b][/centrer]