Je crois surtout que vous êtes la victime d'un petit fond d'anti-cléricalisme

(je rigole bien sûr)
Le mot "intellectuel" n'est pas juste en effet. J'essayais d'approcher un certain attrait de la modernité pour les choses "intérieures", pour les "vérités intérieures", pour son "moi" en fait, et un certain mépris de la matière lié au fait que la matière contraint nécessairement le "moi" (ma nature sexuée gêne l'illusion d'une "construction du sexe" par exemple).
C'est ce qui me fait croire que pour nous autre modernes l'esthétique monastique reste "acceptable" et "sympathique" : elle parle directement à l'esprit et au coeur, elle ne gêne pas trop le corps et n'apparaît donc pas comme une intrusion de l'invisible dans le visible.
L'esthétique "romaine" (j'aime assez le qualificatif, merci !) est une sorte d'illustration de l'invisible, une manière de célébrer et de représenter l'invisible. D'une certaine manière cette esthétique "romaine" dit : "voici la Vérité", là ou l'esthétique "monastique" nous place dans les conditions d'un cheminement vers cette même Vérité.
Nous avons aujourd'hui une appréhension face à la reconnaissance du surnaturel dans le naturel, de l'invisible dans le visible. Dieu est une affaire du coeur, du monde intérieur, est "mon" affaire. Nous n'osons plus lire la présence de Dieu dans ce paysage ou cette petite fleur, ou cet événement en apparence anecdotique. Dès lors, "représenter" l'invisible c'est donner une plastique à la foi, et cela nous gêne.
Et pourtant nous avons besoin de faire exprimer par le corps des choses qui nous semblent importantes. Mais comme nous ne donnons de l'importance qu'à notre "moi", toute forme d'esthétique "riche" qui nous serait imposée de l'extérieur (uniforme, liturgie etc.) apparaît comme une atteinte à notre liberté. Dès lors nous n'acceptons plus que l'extériorisation de notre individualité.
Le vêtement monastique, et son esthétique, dans sa sobriété, agit comme un "miroir de l'âme", et en cela il ne porte pas atteinte au désir "d'affranchissement" du "moi".
L'esthétique romaine dans sa richesse "s'impose" à nous, soit on la rejette, soit on s'y ... soumet ! Et c'est justement le problème. Nous sommes devenus rétifs à toute sorte de soumission, y compris à Dieu ! (voyez la disparition de la communion à genoux sur la langue !).
Et c'est je pense ce que vous ressentez lorsque vous dites que le col romain et la soutane renvoie pour vous immédiatement à la "rigidité". L'opposition entre cette rigidité et une certaine vision de la mystique est me semble-t-il typique.
La mystique c'est la rencontre personnelle avec Dieu. Or aujourd'hui c'est aussi devenue une sorte de "sentiment du Moi" : "mon moi personnel qui rencontre personnellement Dieu dans une liberté totale, affranchie de tous dogmes et de toutes pratique données". Pour beaucoup de moderne le chapelet ou la récitation de l'Office ne peut pas être une voie mystique.
Or c'est précisément l'inverse qui est vrai : la rencontre avec Dieu est d'autant plus véritable qu'elle consiste en abandon de sa volonté pour faire que celle de Dieu la remplace ("Seigneur que ta volonté soit ma volonté" disait Eckhart). Mais où agit la volonté de Dieu dans ce monde ? Dans l'Eglise !
La manière la plus "sécurisée" de faire la volonté de Dieu, c'est de se soumettre à son Eglise et donc de prier dans et avec l'Eglise (messe, chapelet, Office).
Toute mystique véritable est soumission à Dieu et donc à son Eglise (voyez tous les grand saints dit "mystiques". Il est tout à fait frappant, par exemple, que Thérèse d'Avila présente dans sa vieillesse, les extases "mystiques" comme un moment qu'il faut dépasser pour aller vers une oraison plus simple, plus sobre et qui oriente immédiatement la volonté vers l'action pour le Christ et son Eglise).
Dès lors l'esthétique "romaine", dans son épaisseur, dans sa manière de s'imposer, dans sa manière d'inviter à la soumission, est profondément mystique.
Ce qui ne signifie pas que l'esthétique "monastique" ne le soit pas, bien sûr. Mais la vie d'un moine n'est pas celle d'un laïc, et ce dont il dispose pour accepter cette soumission au Christ et à l'Eglise (son Corps), le laïc n'en dispose pas : la prière perpétuelle de l'Eglise en communauté.
Car enfin, il n'est rien de plus "romain" qu'une vie de moine. Sa journée est remplie de la prière de l'Eglise, une prière totalement "imposée". La "soutane" du moine c'est son antiphonaire. Dès lors pas besoin d'une esthétique "riche", pas besoin de lui rappeler la présence de l'Eglise chaque dimanche. Il est dedans toutes les heures de sa vie.
Alors oui, comme vous j'aime beaucoup l'esthétique "monastique". Mais plus j'y pense, plus je me dis qu'il s'agit peut-être là d'un moyen commode et artificiel de "libérer" mon moi de sa soumission nécessaire à son Créateur.
Je crois surtout que vous êtes la victime d'un petit fond d'anti-cléricalisme :D (je rigole bien sûr)
Le mot "intellectuel" n'est pas juste en effet. J'essayais d'approcher un certain attrait de la modernité pour les choses "intérieures", pour les "vérités intérieures", pour son "moi" en fait, et un certain mépris de la matière lié au fait que la matière contraint nécessairement le "moi" (ma nature sexuée gêne l'illusion d'une "construction du sexe" par exemple).
C'est ce qui me fait croire que pour nous autre modernes l'esthétique monastique reste "acceptable" et "sympathique" : elle parle directement à l'esprit et au coeur, elle ne gêne pas trop le corps et n'apparaît donc pas comme une intrusion de l'invisible dans le visible.
L'esthétique "romaine" (j'aime assez le qualificatif, merci !) est une sorte d'illustration de l'invisible, une manière de célébrer et de représenter l'invisible. D'une certaine manière cette esthétique "romaine" dit : "voici la Vérité", là ou l'esthétique "monastique" nous place dans les conditions d'un cheminement vers cette même Vérité.
Nous avons aujourd'hui une appréhension face à la reconnaissance du surnaturel dans le naturel, de l'invisible dans le visible. Dieu est une affaire du coeur, du monde intérieur, est "mon" affaire. Nous n'osons plus lire la présence de Dieu dans ce paysage ou cette petite fleur, ou cet événement en apparence anecdotique. Dès lors, "représenter" l'invisible c'est donner une plastique à la foi, et cela nous gêne.
Et pourtant nous avons besoin de faire exprimer par le corps des choses qui nous semblent importantes. Mais comme nous ne donnons de l'importance qu'à notre "moi", toute forme d'esthétique "riche" qui nous serait imposée de l'extérieur (uniforme, liturgie etc.) apparaît comme une atteinte à notre liberté. Dès lors nous n'acceptons plus que l'extériorisation de notre individualité.
Le vêtement monastique, et son esthétique, dans sa sobriété, agit comme un "miroir de l'âme", et en cela il ne porte pas atteinte au désir "d'affranchissement" du "moi".
L'esthétique romaine dans sa richesse "s'impose" à nous, soit on la rejette, soit on s'y ... soumet ! Et c'est justement le problème. Nous sommes devenus rétifs à toute sorte de soumission, y compris à Dieu ! (voyez la disparition de la communion à genoux sur la langue !).
Et c'est je pense ce que vous ressentez lorsque vous dites que le col romain et la soutane renvoie pour vous immédiatement à la "rigidité". L'opposition entre cette rigidité et une certaine vision de la mystique est me semble-t-il typique.
La mystique c'est la rencontre personnelle avec Dieu. Or aujourd'hui c'est aussi devenue une sorte de "sentiment du Moi" : "mon moi personnel qui rencontre personnellement Dieu dans une liberté totale, affranchie de tous dogmes et de toutes pratique données". Pour beaucoup de moderne le chapelet ou la récitation de l'Office ne peut pas être une voie mystique.
Or c'est précisément l'inverse qui est vrai : la rencontre avec Dieu est d'autant plus véritable qu'elle consiste en abandon de sa volonté pour faire que celle de Dieu la remplace ("Seigneur que ta volonté soit ma volonté" disait Eckhart). Mais où agit la volonté de Dieu dans ce monde ? Dans l'Eglise !
La manière la plus "sécurisée" de faire la volonté de Dieu, c'est de se soumettre à son Eglise et donc de prier dans et avec l'Eglise (messe, chapelet, Office).
Toute mystique véritable est soumission à Dieu et donc à son Eglise (voyez tous les grand saints dit "mystiques". Il est tout à fait frappant, par exemple, que Thérèse d'Avila présente dans sa vieillesse, les extases "mystiques" comme un moment qu'il faut dépasser pour aller vers une oraison plus simple, plus sobre et qui oriente immédiatement la volonté vers l'action pour le Christ et son Eglise).
Dès lors l'esthétique "romaine", dans son épaisseur, dans sa manière de s'imposer, dans sa manière d'inviter à la soumission, est profondément mystique.
Ce qui ne signifie pas que l'esthétique "monastique" ne le soit pas, bien sûr. Mais la vie d'un moine n'est pas celle d'un laïc, et ce dont il dispose pour accepter cette soumission au Christ et à l'Eglise (son Corps), le laïc n'en dispose pas : la prière perpétuelle de l'Eglise en communauté.
Car enfin, il n'est rien de plus "romain" qu'une vie de moine. Sa journée est remplie de la prière de l'Eglise, une prière totalement "imposée". La "soutane" du moine c'est son antiphonaire. Dès lors pas besoin d'une esthétique "riche", pas besoin de lui rappeler la présence de l'Eglise chaque dimanche. Il est dedans toutes les heures de sa vie.
Alors oui, comme vous j'aime beaucoup l'esthétique "monastique". Mais plus j'y pense, plus je me dis qu'il s'agit peut-être là d'un moyen commode et artificiel de "libérer" mon moi de sa soumission nécessaire à son Créateur.