par coeurderoy » mer. 21 oct. 2009, 16:46
C'est amusant, nous nous faisons souvent une image très convenue des hommes des XII-XIV èmes : admirant les merveilles d'architecture qu'ils nous ont légué, nous oublions que les hommes de ce temps étaient, comme nous, plein de passions, de violence aussi et que les chantiers des cathédrales en virent des vertes et des pas mûres. A Laon, l'évêque, retrouvé caché dans un tonneau lors de la révolte communale, passa de vie à trépas, trucidé par les émeutiers ; à Reims le chantier de la cathédrale fut stoppé plusieurs années lors d'une révolte bourgeoise, et les matériaux récupérés servirent un temps de barricades...
Bernard de Clairvaux invective violemment les prélats et abbés trop riches qui donnent dans la fièvre bâtisseuse, le morbus aedificandi et la fantasmagorie décorative, etc...
Je viens de tomber sur un passage de Richard de Bury, évêque de Durham (1287-1345), auteur du Philobiblion (petit traité savoureux et drôle sur l'amour des livres !) : au chapitre VI "Dans lequel l'auteur loue les anciens religieux mendiants et blâme les modernes" Richard de Bury reproche notamment aux Frères Prêcheurs (Dominicains) le soin qu'ils prennent, tant des aises de leur corps, que de celui de l'allure de leurs couvents (le passage, dans son ensemble est assez partial et féroce...).
"Car loin d'observer la prévoyance du Sauveur, que le Psalmiste prophétisait comme plein de sollicitude envers le pauvre et l'indigent, ils ne s'occupent au contraire qu'à soigner leurs corps débiles, à garnir leurs tables splendides, à se vêtir, malgré la règle, d'habits fins, et à construire des monuments d'une hauteur telle qu'ils semblent être des donjons de châteaux forts, ce qui ne convient nullement à leur humilité exaltée"
Ce petit coup de griffe d'un ancien Bénédictin peut-être jaloux du succès de l'Ordre fondé par saint Dominique, m'a rappelé effectivement cette architecture fortifiée assez hautaine signalée par Semtex : il y avait par exemple à Toulouse une église franciscaine (abattue au XIXème mais connue par photos anciennes) rivalisant de hauteur avec l'église des Dominicains - actuels Jacobins.
Nous oublions souvent que l'impact visuel de tels édifices - pouvoir de l'évêque, richesse de la ville pour une cathédrale, puissance et force de l'Eglise universelle, protection de l'Arche du salut, rôle des Ordres nouveaux protégés par la Papauté, etc, puise sa symbolique monumentale dans les manifestations du pouvoir des puissants de l'époque : donjons, enceintes, etc...
C'est peut-être plus frappant et manifeste dans le Midi toulousain où la lutte dominicaine contre le catharisme s'est affirmée, monumentalement parlant, par des édifices austères, hardis, guerriers : les défenseurs de l'Eglise (souvent issus de grandes familles féodales) trouvaient tout naturel de garnir la maison de Dieu d'archères, de créneaux et de tours de guet...
Richard de de Bury : Philobiblion. L'Amour des livres, L'Aventurine Paris 2001, Parangon éd.
C'est amusant, nous nous faisons souvent une image très convenue des hommes des XII-XIV èmes : admirant les merveilles d'architecture qu'ils nous ont légué, nous oublions que les hommes de ce temps étaient, comme nous, plein de passions, de violence aussi et que les chantiers des cathédrales en virent des vertes et des pas mûres. A Laon, l'évêque, retrouvé caché dans un tonneau lors de la révolte communale, passa de vie à trépas, trucidé par les émeutiers ; à Reims le chantier de la cathédrale fut stoppé plusieurs années lors d'une révolte bourgeoise, et les matériaux récupérés servirent un temps de barricades...
Bernard de Clairvaux invective violemment les prélats et abbés trop riches qui donnent dans la fièvre bâtisseuse, le [i]morbus aedificandi [/i]et la fantasmagorie décorative, etc...
Je viens de tomber sur un passage de Richard de Bury, évêque de Durham (1287-1345), auteur du [i]Philobiblion[/i] (petit traité savoureux et drôle sur l'amour des livres !) : au chapitre VI [i]"Dans lequel l'auteur loue les anciens religieux mendiants et blâme les modernes"[/i] Richard de Bury reproche notamment aux Frères Prêcheurs (Dominicains) le soin qu'ils prennent, tant des aises de leur corps, que de celui de l'allure de leurs couvents (le passage, dans son ensemble est assez partial et féroce...).
[i]"Car loin d'observer la prévoyance du Sauveur, que le Psalmiste prophétisait comme plein de sollicitude envers le pauvre et l'indigent, ils ne s'occupent au contraire qu'à soigner leurs corps débiles, à garnir leurs tables splendides, à se vêtir, malgré la règle, d'habits fins, et [b]à construire des monuments d'une hauteur telle qu'ils semblent être des donjons de châteaux forts[/b], ce qui ne convient nullement à leur humilité exaltée"[/i]
Ce petit coup de griffe d'un ancien Bénédictin peut-être jaloux du succès de l'Ordre fondé par saint Dominique, m'a rappelé effectivement cette architecture fortifiée assez hautaine signalée par Semtex : il y avait par exemple à Toulouse une église franciscaine (abattue au XIXème mais connue par photos anciennes) rivalisant de hauteur avec l'église des Dominicains - actuels Jacobins.
Nous oublions souvent que l'impact visuel de tels édifices - pouvoir de l'évêque, richesse de la ville pour une cathédrale, puissance et force de l'Eglise universelle, protection de l'Arche du salut, rôle des Ordres nouveaux protégés par la Papauté, etc, puise sa symbolique monumentale dans les manifestations du pouvoir des puissants de l'époque : donjons, enceintes, etc...
C'est peut-être plus frappant et manifeste dans le Midi toulousain où la lutte dominicaine contre le catharisme s'est affirmée, monumentalement parlant, par des édifices austères, hardis, guerriers : les défenseurs de l'Eglise (souvent issus de grandes familles féodales) trouvaient tout naturel de garnir la maison de Dieu d'archères, de créneaux et de tours de guet...
Richard de de Bury : [i]Philobiblion. L'Amour des livres[/i], L'Aventurine Paris 2001, Parangon éd.