Engagement politique (en France)

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Re: Engagement politique (en France)

par Pneumatis » jeu. 14 oct. 2010, 17:41

Bonjour à tous,

Le sujet remonte suite à quelques débats sur divers blogs, dont une réflexion que je résume dans un billet ici : http://pneumatis.over-blog.com/article- ... 85100.html

Re: Engagement politique (en France)

par Pneumatis » mar. 26 janv. 2010, 14:35

Bonjour,

Juste pour info, le dernier communiqué officiel que j'évoquais hier : http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 94&t=11709

Re: Engagement politique (en France)

par Laurent L. » lun. 25 janv. 2010, 22:49

Merci Pneumatis pour votre réponse et le lien sur le forum de Solidarité. A ce que je vois, Christophe en est l'administrateur ; le monde de l'internet chrétien est petit :-D .

Re: Engagement politique (en France)

par Pneumatis » lun. 25 janv. 2010, 15:07

Bonjour Sofia et Laurent,
Laurent L. a écrit :J'ai mis une vidéo de KTO sur le forum (dans la mauvaise section d'ailleurs :oops: ) qui traitait du libéralisme ; un invité (peut-être le connaissez-vous ?), l'historien des idées et essayiste François Huguenin, se plaignait d'une dichotomie détestable, selon lui typiquement française, entre des "cathos de droite", attachés à la doctrine de l'Église et opposés à l'avortement mais plus frileux quand il s'agit d'être solidaires des démunis, et des "cathos de gauche", très investis dans l'aide aux personnes dans le besoin mais ayant une fâcheuse propension au relativisme moral et doctrinal (description à nuancer : j'ai en tête une certaine ministre "catholique" ;))

Plus généralement, cela donne l'impression que orthodoxie et orthopraxie sont peu conciliables, voire s'opposent...
Oui, je connais un peu le travail de François Huguenin, qui devient un incontournable dans l'analyse politique chrétienne aujourd'hui... enfin ! Il en fallait. Si vous voulez, son livre "Résister au libéralisme" a été commenté et synthétisé par Patrice de Plunkett sur son blog.

Le clivage que vous décrivez est EXACTEMENT, très précisément même (histoire de bien insister) ce dont Solidarité veut sortir la politique. C'est essentiellement ce qui va nous distinguer d'autres partis chrétiens, comme le PCD ou le MPF, qui ont accepté ce clivage et s'y sont installé (à tel point qu'ils y sont officiellement rattachés), peut-être parfois malgré eux. Nous ne prétendons pas être certains de faire mieux, mais nous allons essayer autant que possible puisque nous en faisons le coeur de notre stratégie politique. Le seul clivage, donc, que nous acceptons, est celui qui oppose les pro-vie et les pro-mort (entendez par pro-vie quelque chose de bien plus large et global que la défense de la vie des enfants à naitre, même si c'est un chantier de premier ordre).

Nous affichons aussi clairement la couleur chrétien, puisque Solidarité a pour vocation de faire exister un vote chrétien, ce qui revient à faire exister un programme politique inspiré de la doctrine sociale de l'Eglise. L'aspect non-confessionnel, dont nous avons d'ailleurs discuté sur le forum de Solidarité, m'apparait à moi-même aujourd'hui plus clairement en faveur d'un programme résolument chrétien, mais ouvert à toutes les personnes de bonne volonté... qui accepteront donc de se joindre à nous dans la mesure où elles seront conscientes qu'elles défendent des valeurs chrétiennes. C'est ce que nous évoquons (plus clairement... pour moi en tout cas) dans notre prochaine communication officielle, qui titre : un Parti pour faire exister un vote Chrétien et poursuit en parlant d'un projet politique inspiré de l'évangile.

Si vous ne l'avez pas déjà fait, je vous invite à parcourir notre site et éventuellement venir poser vos questions sur notre forum : http://www.solidarite-france.fr/forum/
Sofia a écrit :Je n'ai pas compris. Quelles applications concrètes recouvre cette phrase ?
Concrètes, aucune à mon avis. C'est à réfléchir. Cela va dans le sens de ce qu'évoque Benoit XVI dans Caritas in Veritate, qui peut se comprendre par exemple comme un impôt obligatoire, mais sur l'affectation duquel les contribuables pourraient avoir leur mot à dire, par exemple. C'est du même ordre que de pouvoir verser de l'argent à des associations caritatives, et déduire ce don solidaire des impôts à verser à l'état, par exemple. Il y a certainement d'autres choses à réfléchir dans ce sens.
Sofia a écrit :- "C’est la foi chrétienne qui a vaincu le communisme parce que ses mensonges se sont brisés sur une simple parole : j’appartiens au Christ." (page 3)
Cette allusion évoque le fait que nous n'avons pas toujours conscience de l'ensemble des doctrines que nous cautionnons et de leurs implications. Nombreux sont les catholiques de très bonne foi, qui ont soutenu le communisme ou ont été tenté de le faire, dans la mesure où il prétendait répondre à cette option préférentielle pour les pauvres si chère à la DSE. Mais le vrai discernement est venu alors de quelque chose qui dépasse notre capacité limitée au discernement, il est venu en rappelant que la fin de toute action sociale c'est l'espérance du royaume du Christ. Quelle que soit alléchante les propositions du communisme, sa prétention à vouloir instaurer une sorte de "royaume de Dieu sur terre" était en soit un critère suffisant de discernement pour s'y opposer. Voilà ce que veut dire cette phrase, si toutefois je ne trahis pas son auteur.
Sofia a écrit :- "Ainsi, on ne peut acheter ou vendre sans être marqué du signe de la Bête, c’est déjà une réalité que combattent nombre d’associations et que nous devrons aussi combattre." (page 6)
Je ne sais pas quoi ajouter au texte qui me semble clair. Ca implique une réflexion sur le commerce équitable et sur la haute responsabilité morale que nous avons en tant que consommateur (cf. Caritas in Veritate).
Caritas in Veritate a écrit :37. La doctrine sociale de l’Église a toujours soutenu que la justice se rapporte à toutes les phases de l’activité économique, parce qu’elle concerne toujours l’homme et ses exigences. La découverte des ressources, les financements, la production, la consommation et toutes les autres phases du cycle économique ont inéluctablement des implications morales. Ainsi toute décision économique a-t-elle une conséquence de caractère moral. Les sciences sociales et les tendances de l’économie contemporaine le confirment également. Peut-être fut-il un temps pensable de confier en premier lieu à l’économie la tâche de produire des richesses, remettant ensuite à la politique la tâche de les distribuer. Tout ceci se révèle aujourd’hui plus difficile, puisque les activités économiques ne sont pas confinées à l’intérieur des limites territoriales, alors que l’autorité des gouvernements continue à être essentiellement locale. C’est pourquoi les règles de la justice doivent être respectées dès la mise en route du processus économique, et non avant, après ou parallèlement. Il est nécessaire aussi que, sur le marché, soient ouverts des espaces aux activités économiques réalisées par des sujets qui choisissent librement de conformer leur propre agir à des principes différents de ceux du seul profit, sans pour cela renoncer à produire de la valeur économique. Les nombreux types d’économie qui tirent leur origine d’initiatives religieuses et laïques démontrent que cela est concrètement possible.
Sofia a écrit :- "L’homme politique qui agit selon le principe de miséricorde doit toujours plus apprendre à se considérer comme au service des autres." (page 12)
Le principe de miséricorde (que personnellement j'aurai plus appelé "compassion" dans ce contexte) ici implique que l'action sociale a pour moteur premier la défense des personnes les plus vulnérables. A voir dans le texte, là aussi, qui me semble assez clair. Ne sachant pas exactement ce qui vous fait tiquer, j'avoue vous répondre sans trop savoir ce que je dois préciser.
Sofia a écrit :J'ai toujours du mal quand Solidarité parle de "la Civilisation de l’Amour et de la Vie".
Laurent L. a écrit :Oui, mais à vrai dire tous les partis ont des projets utopiques et utilisent ce genre d'expressions à l'emporte-pièce. Et il y a pas mal d'expressions convenues dans ce texte.
Et pourtant ici c'est tout sauf à l'emporte-pièce, quand on s'attache au fait que les terme d'Amour et de Vie que nous employons le sont dans une acception chrétienne des mots.

Parler de faire la promotion de l'amour quand on milite pour la gaypride, ça n'a vraisemblablement pas le même sens que dans le sens chrétien : dans le sens chrétien, l'Amour ne fait pas référence à une notion très relative de satisfaction altruiste des aspirations individuelles, mais se rattache à la Volonté du Bien (ici du Bien Commun), articulant ainsi la pleine dignité de l'homme libre à la réalisation de la Vérité transcendante, révélée par Dieu.

Parler de défendre la vie quand on veut mener une politique fondamentalement hédoniste, et donc sous-entendre "profiter de la vie", c'est même tout le contraire de ce que nous proposons puisque cela pourrait se traduire par "défendre MA vie" et non pas "défendre LA vie" (sous-entendu celle qui est la plus menacée). Bref, je suis d'accord que ce sont des concepts qui ont été beaucoup trop récupérés. En nous les réappropriant à la manière dont la foi chrétiene les enseigne, nous pouvons espérer les rendre ainsi, dans le discours politique, à leur signification véritable.

Re: Engagement politique (en France)

par Laurent L. » lun. 25 janv. 2010, 1:01

Bonjour Sofia :)
vous ne deviez pas être très réveillé quand vous avez parcouru le vademecum du militant ;-)
Disons que je l'ai parcouru très vite et en état d'insomnie :-D :oops:
Merci de votre réponse.
J'ai toujours du mal quand Solidarité parle de "la Civilisation de l’Amour et de la Vie".
Dans Doctor Who, il y a un épisode joliment intitulé Utopia. Ça se finit mal.
Oui, mais à vrai dire tous les partis ont des projets utopiques et utilisent ce genre d'expressions à l'emporte-pièce. Et il y a pas mal d'expressions convenues dans ce texte.

Re: Engagement politique (en France)

par Sofia » dim. 24 janv. 2010, 22:29

Laurent L. a écrit :Était aussi présente Christine Boutin, présidente du parti chrétien-démocrate. Quels seraient vos arguments incitant à voter pour votre parti plutôt que pour le sien ? :)
Bonjour Laurent,
vous ne deviez pas être très réveillé quand vous avez parcouru le vademecum du militant ;-)
Cette question est abordée aux pages 6 et 7 : http://www.solidarite-france.fr/spip/IM ... LITANT.pdf
[+] Texte masqué
Question 6 : Pourquoi vous ne rejoignez pas le Parti Chrétien-Démocrate (PCD) ?
Malgré son attitude très ambigüe, visant à faire croire qu’il s’agit d’un parti chrétien indépendant, la position et la stratégie du PCD sont très claires. Membre fondateur de l’UMP, il s’agit d’une composante de la majorité présidentielle et donc une UMP version chrétienne. Vous ne votez jamais pour le PCD, mais pour l’UMP, ce qui conduit à une forme de compromission morale que nous refusons. Faire voter UMP au nom de la présence, ici et là, d’un chrétien sincère en position éligible (ou pas) peut être perçu comme une forme d’escroquerie. Le PCD suit une ligne politique qui n’est pas la nôtre. Ce parti estime que la seule façon d’exister consiste à accumuler les élus. Seulement pour cela il est obligé de taire tout ce qui pourrait gêner ses alliés, et donc ne peut exprimer de véritable projet chrétien. Il veut travailler l’UMP de l’intérieur pour obtenir une improbable conversion. C’est un but louable et nous le soutenons dans cette approche, à condition qu’il en reconnaisse les limites. Nous pensons que la stratégie de pénétration du PCD ne peut avoir de sens sans un mouvement indépendant et libre qui rende visible le vote chrétien et permette donc aux gens « de l’intérieur » de faire avancer nos idées communes. Nous sommes donc dans une stratégie de complémentarité, avec eux et avec tous les chrétiens politiques sincères, et nous souhaitons une collaboration active pour un but commun. Elle n’existe pas encore aujourd’hui. Nous avons aussi quelques divergences de fond. Le PCD s’inscrit dans la logique du clivage droite/gauche et pour cela lisse tout discours qui pourrait ne pas entrer dans ce clivage. Il entre dans cette logique que nous refusons : l’hypothétique christianisation de la culture de mort. Peut-il exister une culture de mort à visage humain ? Nous en doutons. Le PCD ne peut qu’espérer retarder quelques avancées de la culture de mort, ce qui n’est pas si mal, mais à condition de suivre une ligne claire. Quand on voit le député PCD Jean-Frédéric Poisson voter le travail du dimanche, on peut douter de cette ligne claire. Le PCD n’étant pas un vrai parti politique, puisque on peut adhérer à ce mouvement et à l’UMP, il est aussi possible d’y adhérer et de nous rejoindre. Dans le cadre d’une stratégie de complémentarité pleine de sens nous appelons les membres du PCD à adhérer aussi à SOLIDARITE.
J'ai toujours du mal quand Solidarité parle de "la Civilisation de l’Amour et de la Vie".
Dans Doctor Who, il y a un épisode joliment intitulé Utopia. Ça se finit mal.
Le principe de responsabilité ne peut être un alibi pour démonter la solidarité nationale : il doit surtout servir à la rendre plus personnelle en appliquant partiellement le principe de subsidiarité à l’aide sociale. (page 11)
Je n'ai pas compris. Quelles applications concrètes recouvre cette phrase ?

J'ai un peu tiqué sur :
- "C’est la foi chrétienne qui a vaincu le communisme parce que ses mensonges se sont brisés sur une simple parole : j’appartiens au Christ." (page 3)
- "Ainsi, on ne peut acheter ou vendre sans être marqué du signe de la Bête, c’est déjà une réalité que combattent nombre d’associations et que nous devrons aussi combattre." (page 6)
- "L’homme politique qui agit selon le principe de miséricorde doit toujours plus apprendre à se considérer comme au service des autres." (page 12) :roule:

Bien à vous,

Re: Engagement politique (en France)

par Laurent L. » dim. 24 janv. 2010, 5:36

Bonjour Pneumatis!
J'ai parcouru votre "vademecum du militant" ; c'est très intéressant! Cerise sur le gâteau, l'image du Christ-Roi à la fin :wow: Vous avez mis le paquet :D .

J'ai mis une vidéo de KTO sur le forum (dans la mauvaise section d'ailleurs :oops: ) qui traitait du libéralisme ; un invité (peut-être le connaissez-vous ?), l'historien des idées et essayiste François Huguenin, se plaignait d'une dichotomie détestable, selon lui typiquement française, entre des "cathos de droite", attachés à la doctrine de l'Église et opposés à l'avortement mais plus frileux quand il s'agit d'être solidaires des démunis, et des "cathos de gauche", très investis dans l'aide aux personnes dans le besoin mais ayant une fâcheuse propension au relativisme moral et doctrinal (description à nuancer : j'ai en tête une certaine ministre "catholique" ;))

Plus généralement, cela donne l'impression que orthodoxie et orthopraxie sont peu conciliables, voire s'opposent...

Était aussi présente Christine Boutin, présidente du parti chrétien-démocrate. Quels seraient vos arguments incitant à voter pour votre parti plutôt que pour le sien ? :)

Voici ma première impression : autant le PCD affiche clairement la couleur "chrétien", autant le vademecum de Solidarité est clairement basé sur la doctrine sociale de l'Église. Le programme du PCD est plus flou. D'un autre côté, Christine Boutin est médiatique, alors que votre parti est inconnu. Le revers de la médaille est que le PCD est affilié à l'UMP, si je ne m'abuse, et a donc contribué sous son précédent avatar (FRS) à élire le chanoine-président :/ ...

Merci de m'éclairer :) ; je ne suis majeur que depuis un an et j'ai beaucoup de mal à choisir mon bulletin.

Cordialement,
Laurent.

Re: Engagement politique (en France)

par Xavi » mar. 22 déc. 2009, 18:46

Bonjour Pneumatis,

Je ne me sens pas encore tout à fait compris et je crois qu’il est encore utile de dialoguer un peu.

Il est difficile sur un forum, lorsqu’il n’y a pas d’accord sur tout, d’oublier la bouteille à moitié pleine.

Je vous ai déjà exprimé toute ma compréhension et ma sympathie pour votre action et votre opinion. Jamais vous ne manquez de respect à la liberté des autres dans les dialogues du forum. J’apprécie, au contraire, et j’en ai déjà profité, la qualité de votre écoute et de vos réactions approfondies et attentives aux points de vue différents.

Bravo aussi pour votre engagement politique et je n’ai pas du tout l’intention de chercher ici à réfuter vos opinions développées dans ce fil.

Vous écrivez : « Loin de moi l'intention de condamner qui que ce soit (je ne crois pas l'avoir fait d'ailleurs). Quant à ce qui est de porter atteinte à la liberté des personnes, je reconnais que le ton de mon "exposé" et notamment les titres très radicaux, peuvent en effet avoir cette conséquence. Pourtant, je ne le fais qu'en me soumettant à la règle du débat et de la discussion, et non en imposant mon opinion comme émanant d'une quelconque autorité supérieure à tous les autres participants. Les seules autorités dont je me réclame sont la raison et la foi en l'enseignement de l'Eglise. C'est pourquoi je pars des textes et je propose certains arguments basés dessus. Tout ceci ne reste qu'une interprétation, que chacun peut éventuellement réfuter à loisir. »

C’est tout à fait vrai et, loin de condamner qui que ce soit, vous êtes attentif à répondre à chacun avec une persévérance remarquable. Désolé, si j’ai pu vous faire croire que je mettais cela en doute ce qui n’est pas le cas.

Je ne me plains pas davantage du ton de vos messages, de vos raisonnements ou de quoi que ce soit.

Le désaccord est bien précis et limité.

Vous me demandez : « Ne trouvez-vous pas qu'il y a une certaine incohérence entre le fait de croire d'un côté que votre voix a suffisamment de poids pour peser en faveur de tel "gros parti", mais pas assez pour peser en faveur d'un "petit parti" ? »

Sûrement. Mais, je n’ai jamais allégué le contraire. Je considère seulement qu’il peut y avoir assez pour l’un « comme » pour l’autre, pour peser dans le partage entre les gros partis ou dans le poids d’un petit parti.

Vous ajoutez « Nous parlons de votre voix. Le principe du vote en démocratie, ce n'est pas, je crois, de faire des calculs, mais d'exprimer librement (comme d'ailleurs vous l'avez souligné) votre opinion politique. »

C’est ici que nous ne sommes pas d’accord, que votre avis me semble trop réducteur. Chaque voix peut se déterminer sur des calculs « comme » elle peut « aussi » se déterminer par la volonté de l’expression d’une opinion politique. Dire qu’en démocratie le principe du vote ne permet pas « aussi » de faire des calculs ne pas semble pas justifié. Chacun peut et doit pouvoir déterminer librement son vote selon les circonstances et son appréciation de « tous » les éléments qu’il souhaite considérer, calculs autant que programmes, ou plus l’un que l’autre selon les circonstances que chacun apprécie.

Vous écrivez : « Soyons clair, votre voix ne change pas la donne. Ce qui change la donne c'est ce qui fait nombre. Si tout le monde "calcule" comme vous, alors nous nous enfermons dans une logique d'un choix très limité, qui nous éloigne finalement de la démocratie pour rapprocher un peu plus du totalitarisme. Lorsque l'opinion se réparti très largement sur seulement deux ou trois partis politiques, d'ailleurs très semblables sur bien des points, où est la démocratie ? ».

On ne se comprend pas. Calculer, ce n’est pas nécessairement se limiter aux deux ou trois grands partis. Absolument pas. Je n’ai jamais prétendu qu’il fallait toujours s’intéresser au seuls éligibles et aux seuls calculs éventuels à effectuer de ce point de vue limité.

Vous avez tout à fait raison d’affirmer que « C'est seulement lorsque chacun peut exprimer véritablement, et librement, sa position politique, … que la démocratie est à l'oeuvre. La participation à la démocratie, suivant cette logique de liberté et d'ouverture réelle aux opinions de chaque citoyen, ne se limite d'ailleurs pas à la participation électorale, mais à la participation d'une manière générale au fonctionnement des institutions. Tout ceci a pour objectif que la démocratie ne soit pas qu'une vague idée qui utilise le mécanisme du choix des citoyens mais après avoir totalement anéanti leurs libertés. Non par la force, mais de manière beaucoup plus perverse. »

Mais, lorsque vous ajoutez « sans calcul de réussite ou d'échec », là je ne peux pas vous suivre. Pourquoi ou au nom de quoi éliminer un critère d’appréciation « parmi d’autres » ? Un critère. Il ne contredit en rien ceux que vous proposez. Il faut tenir compte du tout.

Il est parfois bien plus important (surtout dans une élection à deux tours) de choisir d’exprimer son opinion pour faire nombre plutôt que de se préoccuper de départager les candidats éligibles. Mais, pas nécessairement toujours.

Je trouve cependant très positives tant votre action pour faire prévaloir l’expression d’une opinion catholique et spécialement votre combat pour « libérer la démocratie de la sclérose dans laquelle nous nous l'avons enfermé, de se mobiliser pour offrir de nouvelles alternatives ; des alternatives non plus réglées sur les questions d'influences électorales ou de poids financier, mais sur la justice et la moralité. », que votre conviction que « le vent tourne, pour de nouvelles alternatives. Il est temps de proposer la nouveauté inspirée de l'évangile, il est temps de se mobiliser pour cela et de croire que c'est possible » et que « La participation … ce n'est plus se limiter à faire le choix le moins pire, mais à faire avancer la société par une force positive et constructive à la vie politique. »

Bravo pour vos efforts en ce sens.

J’espère que tout cette réflexion partagée ne vous empêchera pas de vous plonger dans la paix de Noël avec votre épouse et vos deux petits. Encore joyeux Noël à vous quatre !

Re: Engagement politique (en France)

par coeurderoy » mar. 22 déc. 2009, 10:31

Bonjour Pneumatis,
peu de temps (et je n'ai pas lu toutes les interventions) mon absence de réponse n'est donc pas oubli (ni mépris !) Merci pour ce fil documenté et intelligent. A bientôt et une Sainte et Joyeuse Fête de la Nativité à vous et tous les vôtres ! :fleur:
Gilles ;)

Re: Engagement politique (en France)

par Pneumatis » mar. 22 déc. 2009, 0:35

Bonsoir Xavi,

Loin de moi l'intention de condamner qui que ce soit (je ne crois pas l'avoir fait d'ailleurs). Quant à ce qui est de porter atteinte à la liberté des personnes, je reconnais que le ton de mon "exposé" et notamment les titres très radicaux, peuvent en effet avoir cette conséquence. Pourtant, je ne le fais qu'en me soumettant à la règle du débat et de la discussion, et non en imposant mon opinion comme émanant d'une quelconque autorité supérieure à tous les autres participants. Les seules autorités dont je me réclame sont la raison et la foi en l'enseignement de l'Eglise. C'est pourquoi je pars des textes et je propose certains arguments basés dessus. Tout ceci ne reste qu'une interprétation, que chacun peut éventuellement réfuter à loisir. D'ailleurs, je suis très demandeur : comme je l'ai dit, je préférerai n'avoir qu'à voter le jour des élections, plutôt que de répondre au devoir que révèlent ces conclusions de proposer une autre alternative. La politique et moi, vous savez...

Bref, je m'excuse auprès des lecteurs si le ton de mes messages fut trop moralisateur : ce n'était pas l'intention de départ. Je voulais surtout présenter un raisonnement qui s'est présenté à moi, en tant que catholique, au fur et à mesure de mes investigations concernant l'engagement politique au regard de la foi.
Xavi a écrit :Dans un tel cas, il ne me semble pas illicite de favoriser par son vote le moindre mal en votant pour le candidat qui a une chance d'être élu et dont le programme est sensiblement moins mauvais que celui des deux autres éligibles plutôt que de soutenir un candidat ayant de bonnes intentions mais qui n'a pas de chance réelle d'être élu.
Admettons une seconde... (quoique je pense que cela fait prendre certaines libertés avec l'ordre moral). Dans mon précédent message je vous demandais aussi... pourquoi ? Quel est l'intérêt, rationnellement. Ne trouvez-vous pas qu'il y a une certaine incohérence entre le fait de croire d'un côté que votre voix a suffisamment de poids pour peser en faveur de tel "gros parti", mais pas assez pour peser en faveur d'un "petit parti" ? Nous parlons de votre voix. Le principe du vote en démocratie, ce n'est pas, je crois, de faire des calculs, mais d'exprimer librement (comme d'ailleurs vous l'avez souligné) votre opinion politique.

Soyons clair, votre voix ne change pas la donne. Ce qui change la donne c'est ce qui fait nombre. Si tout le monde "calcule" comme vous, alors nous nous enfermons dans une logique d'un choix très limité, qui nous éloigne finalement de la démocratie pour rapprocher un peu plus du totalitarisme. Lorsque l'opinion se réparti très largement sur seulement deux ou trois partis politiques, d'ailleurs très semblables sur bien des points, où est la démocratie ?

C'est seulement lorsque chacun peut exprimer véritablement, et librement, sa position politique, sans calcul de réussite ou d'échec, que la démocratie est à l'oeuvre. La participation à la démocratie, suivant cette logique de liberté et d'ouverture réelle aux opinions de chaque citoyen, ne se limite d'ailleurs pas à la participation électorale, mais à la participation d'une manière générale au fonctionnement des institutions. Tout ceci a pour objectif que la démocratie ne soit pas qu'une vague idée qui utilise le mécanisme du choix des citoyens mais après avoir totalement anéanti leurs libertés. Non par la force, mais de manière beaucoup plus perverse.

Voici ce que dit Jean-Paul II, au sujet de la démocratie dans l'encyclique Centesimus Annus :
Jean-Paul II a écrit :Même dans les pays qui connaissent des formes de gouvernement démocratique, ces droits ne sont pas toujours entièrement respectés. Et l'on ne pense pas seulement au scandale de l'avortement, mais aussi aux divers aspects d'une crise des systèmes démocratiques qui semblent avoir parfois altéré la capacité de prendre des décisions en fonction du bien commun. Les requêtes qui viennent de la société ne sont pas toujours examinées selon les critères de la justice et de la moralité, mais plutôt d'après l'influence électorale ou le poids financier des groupes qui les soutiennent. De telles déviations des moeurs politiques finissent par provoquer la défiance et l'apathie, et par entraîner une baisse de la participation politique et de l'esprit civique de la population, qui se sent atteinte et déçue. Il en résulte une incapacité croissante à situer les intérêts privés dans le cadre d'une conception cohérente du bien commun. Celui-ci, en effet, n'est pas seulement la somme des intérêts particuliers, mais il suppose qu'on les évalue et qu'on les harmonise en fonction d'une hiérarchie des valeurs équilibrée et, en dernière analyse, d'une conception correcte de la dignité et des droits de la personne (98).
En sommes, je me suis permis d'exprimer une position argumentée sur le fait de voter aujourd'hui pour tel et tel parti politique. Mais plus que cela, et vous me permettez de le faire, j'invite ardemment les catholiques à ne pas faire le jeu du système politique en place en le cautionnant plus longtemps. Dans Caritas in Veritate, Benoit XVI nous exhorte à inventer de nouvelles formes de politique. Ca commence par libérer la démocratie de la sclérose dans laquelle nous nous l'avons enfermé, de se mobiliser pour offrir de nouvelles alternatives ; des alternatives non plus réglées sur les questions d'influences électorales ou de poids financier, mais sur la justice et la moralité. Le compendium de la DSE dit ceci :
Compendium de la DSE a écrit :191 La participation [des citoyens à la vie communautaire] peut être obtenue dans toutes les relations possibles entre le citoyen et les institutions: à cette fin, une attention particulière doit être accordée aux contextes historiques et sociaux dans lesquels elle devrait se réaliser. Le dépassement des obstacles culturels, juridiques et sociaux, qui s'interposent souvent comme de véritables barrières dressées contre la participation solidaire des citoyens au sort de leur communauté, requiert une œuvre d'information et d'éducation.409 En ce sens, tous les comportements qui incitent le citoyen à des formes de participation insuffisantes ou incorrectes et à la désaffection répandue pour tout ce qui concerne la sphère de la vie sociale et politique doivent être considérés avec une certaine inquiétude: que l'on pense, par exemple, aux tentatives des citoyens de « négocier » les conditions les plus avantageuses pour eux-mêmes avec les institutions, comme si celles-ci étaient au service des besoins égoïstes, et à la pratique de se limiter à l'expression d'un choix électoral, allant même, dans de nombreux cas, jusqu'à s'en abstenir.
La dernière chose à faire je crois, alors qu'est déjà manifeste cette situation de limitation de la participation à un choix électoral qui n'en est même plus véritablement un, c'est de faire le jeu de ce système encore et encore. Il est temps, le vent tourne, pour de nouvelles alternatives. Il est temps de proposer la nouveauté inspirée de l'évangile, il est temps de se mobiliser pour cela et de croire que c'est possible.
Dans Caritas in Veritate, Benoit XVI a écrit :Aujourd’hui, fort des leçons données par l’actuelle crise économique où les pouvoirs publics de l’État sont directement impliqués dans la correction des erreurs et des dysfonctionnements, une évaluation nouvelle de leur rôle et de leur pouvoir semble plus réaliste; ceux-ci doivent être sagement reconsidérés et repensés pour qu’ils soient en mesure, y compris à travers de nouvelles modalités d’exercice, de faire face aux défis du monde contemporain. A partir d’un rôle mieux ajusté des pouvoirs publics, on peut espérer que se renforceront les nouvelles formes de participation à la politique nationale et internationale qui voient le jour à travers l’action des organisations opérant dans la société civile. En ce sens, il est souhaitable que grandissent de la part des citoyens une attention et une participation plus larges à la res publica.
La participation, selon ce que j'en ai compris, ce n'est plus se limiter à faire le choix le moins pire, mais à faire avancer la société par une force positive et constructive à la vie politique.

Voilà, bref...

Je dois y aller, et je vous souhaite également, si nous ne nous reparlons pas d'ici là, un très joyeux Noël.

Re: Engagement politique (en France)

par Xavi » lun. 21 déc. 2009, 21:41

Bonsoir Pneumatis,

Je parlais bien sûr des moyens licites.

L'exemple de l'avortement permet, en effet, de se comprendre.

Supposons, par exemple, que les trois candidats qui peuvent espérer être élus proposent trois projets inacceptables mais que deux d'entre eux sont pires que le troisième moins mauvais que les deux autres.

Ou encore, que les trois sont aussi mauvais, mais que deux d'entre eux proposent, en outre, d'autres propositions gravement contraires à nos convictions.

Dans un tel cas, il ne me semble pas illicite de favoriser par son vote le moindre mal en votant pour le candidat qui a une chance d'être élu et dont le programme est sensiblement moins mauvais que celui des deux autres éligibles plutôt que de soutenir un candidat ayant de bonnes intentions mais qui n'a pas de chance réelle d'être élu.

Je me doute bien de votre désaccord et vous avez d'excellentes raisons de penser qu'il est préférable d'exprimer par son vote les bonnes idées, les bons moyens plutôt que de voter "utile" ce qui peut s'apprécier au cas par cas.

Attention de ne pas condamner les électeurs catholiques et porter atteinte à leur liberté parce qu'ils votent sur d'autres bases que les votres.

L'électeur qui se sent atteint dans sa liberté de vote par une critique morale des critères qu'il estime préférable risque de se détourner du parti qui s'exprime ainsi.

Affirmer que les catholiques ne peuvent sans faute voter pour un autre parti que le votre ne me paraît pas justifiable.

Ceci ne retire rien à toute la sympathie que peut susciter votre action politique et votre ferveur.

Il est seulement pénible que, dans tous les partis politiques, le même souci de faire prévaloir son programme, avec la même conviction de sa supériorité, suscite aisément le rejet de tout ce qui vient des autres et pourrait leur attirer des électeurs.

Il me semble qu'une attitude de respect des autres et de la liberté des électeurs est importante.

Par rapport à ces réflexions, je ne peux que constater amicalement notre désaccord auquel je ne peux rien ajouter d'utile.

Il est déja temps, quoi qu'il en soit, de vous souhaiter de tout coeur une joyeuse et sainte fête de Noël.

Re: Engagement politique (en France)

par Pneumatis » dim. 20 déc. 2009, 22:48

Bonsoir,
Xavi a écrit :Toute responsabilité en ce monde doit toujours considérer la fin et les moyens. Dire que la fin n'appartient qu'à Dieu est exact pour les fins dernières mais non dans nos actions terrestres.
Certes, et si j'ai laissé penser le contraire, c'est que je me suis mal exprimé. Ce que je voulais dire, c'est qu'en terme de justice, ce sont les moyens qui justifient la fin, et que si donc nous pensons que par des moyens injustes nous obtiendrons une fin juste, nous sommes dans l'erreur - du moins au regard de la morale chrétienne. Nous pouvons donc évaluer la fin au regard des moyens envisagés, mais en aucun cas nous résoudre à des moyens injustes pour une fin que l'on estimerait meilleure.
Xavi a écrit :La fin ne justifie pas n'importe quel moyen, mais affirmer qu'en politique, il n'est jamais juste de se soucier plus de la fin que des moyens ne me parait pas justifié.
En réalité, le fin ne justifie aucun moyen. Je me permets de citer le C.E.C.
Catéchisme de l'Eglise Catholique a écrit :1759 " On ne peut justifier une action mauvaise faite avec une bonne intention " (S. Thomas d’A., dec. præc. 6). La fin ne justifie pas les moyens.

1760 L’acte moralement bon suppose à la fois la bonté de l’objet, de la fin et des circonstances.

1761 Il y a des comportements concrets qu’il est toujours erroné de choisir parce que leur choix comporte un désordre de la volonté, c’est-à-dire un mal moral. Il n’est pas permis de faire le mal pour qu’il en résulte un bien.
Ainsi par exemple, de la même manière que :
2399 La régulation des naissances représente un des aspects de la paternité et de la maternité responsables. La légitimité des intentions des époux ne justifie pas le recours à des moyens moralement irrecevables (p. ex. la stérilisation directe ou la contraception).
De la même manière on peut dire que la participation à la démocratie en vue du bien commun est un des aspects de la citoyenneté responsable (c'est même un devoir). La légitimité de l'intention de l'électeur ne justifie pour autant pas le recours à un vote moralement irrecevable.

D'ailleurs, pour appuyer cela, toujours dans la même note doctrinale de 2002, juste avant le passage dont nous avons déjà parlé (sur l'interdiction d'encourager par son vote...), le texte dit ceci pour ceux qui sont engagé directement au niveau du gouvernement :
Dans la droite ligne de l’enseignement constant de l’Église, Jean-Paul II a maintes fois répété que ceux qui sont engagés directement dans les instances législatives ont «une obligation précise de s’opposer» à toute loi qui s’avère un attentat contre la vie humaine. Pour eux, comme pour tout catholique, il est impossible de participer à des campagnes d’opinion en faveur de telles lois, et il n’est permis à personne de les soutenir par son vote. Comme l’a enseigné Jean-Paul II dans l'encyclique Evangelium vitae à propos du cas où il ne serait pas possible d’éviter ou d’abroger totalement une loi permettant l’avortement déjà en vigueur ou mise au vote, cela n’empêche pas qu'«un parlementaire, dont l’opposition personnelle absolue à l’avortement serait manifeste et connue de tous, pourrait licitement apporter son soutien à des propositions destinées à limiter les préjudices d’une telle loi et à en diminuer ainsi les effets négatifs sur le plan de la culture et de la moralité publique».[20].
Donc ici, nous avons un cas type où il est question d'agir "faute de mieux" en participant à une législation pro-avortement, non pour la défendre mais pour tenter au moins d'en diminuer les effets. La condition est celle-ci : "dont l’opposition personnelle absolue à l’avortement serait manifeste et connue de tous". Vous voyez ici tout l'enjeu que je soulignais en matière de témoignage. En faveur de quoi témoignez-vous en votant ? Voilà la question centrale.

En outre, et au-delà de toutes ces considérations morales, je serais assez preneur que vous m'expliquiez quelle stratégie il peut y avoir à faire le jeu des clivages fermées qui limitent la démocratie en restant contamment enfermé dedans.

Re: Engagement politique (en France)

par Fée Violine » dim. 20 déc. 2009, 21:37

Merci Pneumatis pour vos réponses. Je vais lire tout ça en détail.

Re: Engagement politique (en France)

par Xavi » dim. 20 déc. 2009, 20:37

Pneumatis a écrit : en vous souciant plus de la fin que des moyens, vous rendez malgré vous un témoignage à des valeurs contraires à la foi chrétienne. L'espérance chrétienne c'est que la fin n'appartient qu'à Dieu. Il nous a confié la responsabilité des moyens, lesquels nous sont enseignés par son Eglise.
Cher Pneumatis,

Je ne peux pas vous suivre si loin dans vos convictions.

Toute responsabilité en ce monde doit toujours considérer la fin et les moyens. Dire que la fin n'appartient qu'à Dieu est exact pour les fins dernières mais non dans nos actions terrestres.

La fin ne justifie pas n'importe quel moyen, mais affirmer qu'en politique, il n'est jamais juste de se soucier plus de la fin que des moyens ne me parait pas justifié.

Je comprends cependant parfaitement ceux qui estiment que la priorité doit être donnée à l'affirmation directe des choix préférés, mais chacun a et doit garder la liberté d'apprécier, selon l'ensemble des circonstances concrètes, le type de vote ou d'action politique qu'il estime préférable.

Re: Engagement politique (en France)

par Pneumatis » dim. 20 déc. 2009, 18:22

Bonjour Xavi,

Et merci d'enrichir ce débat en apportant cette notion jusqu'ici absente, quoiqu'introduite en partie par Fée Violine : ce qu'on appelle le "vote utile" ou encore le "vote contre".

Je vais vous dire pourquoi je pense que cette notion porte atteinte au principe même de la démocratie, et enparticulier de la responsabilité du chrétien en démocratie. En tant que chrétien, nous sommes appelé à rendre témoignage à la vérité. L'espérance chrétienne nous apprend que la fin ne justifie pas les moyens. Ainsi vous transformez très légèrement le texte de Joseph Ratzinger, en changeant un point fondamental. Il ne dit pas qu'il est de notre responsabilité de tout faire pour éviter la mise en oeuvre d'un programme politique non conforme à la foi (je raccourcis), mais il nous commande de ne pas l'encourager. La différence est subtile, mais elle est là. Nous devons nous occuper de déployer des moyens d'action juste, en vue de permettre à Dieu une fin juste. Quand vous votez, la chose que vous faites, sur le plan du témoignage, sur le plan de l'action directe, c'est d'apporter votre voix au programme pour lequel vous votez. Le fait qu'en faisant cela vous mettez en oeuvre une stratégie particulière de "contre-attaque" est non seulement indirect, dans l'ordre de l'action, mais en plus n'appartient qu'à votre conscience, tandis que votre vote se rend visible pour tous, et alimente ainsi le scandale de valeurs iniques renforcées par votre voix.

Comme je l'ai dit dans un précédent message, personne ne viendra vous demander pourquoi vous avez voté pour untel. Personne ne saura que vous vouliez défendre telle valeur en particulier mais que vous vous opposez à telle autre dans le programme que vous avez soutenu. En d'autre terme, en vous souciant plus de la fin que des moyens, vous rendez malgré vous un témoignage à des valeurs contraires à la foi chrétienne. L'espérance chrétienne c'est que la fin n'appartient qu'à Dieu. Il nous a confié la responsabilité des moyens, lesquels nous sont enseignés par son Eglise.

Ceci n'est qu'un avis dont nous pouvons débattre si vous le voulez... C'est ouvert à la discussion (croyez-bien que je préférerais n'avoir qu'à voter)

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