par coeurderoy » jeu. 17 sept. 2009, 18:39
"Il serait avantageux de faire le compte de ce que notre vieille Europe doit à ses moines bénédictins, en commençant par les biens matériels, qui sont nombreux et variés. Montalembert, dans Les Moines d'Occident cite l'art d'acclimater les fruits délicats et de rendre les graines productives, d'élever les abeilles et de fabriquer la bière avec le houblon, la découverte de la fécondation artificielle du poisson et la création des fromageries du Parmesan. On leur reconnait le mérite d'avoir semé de vignobles les collines de Bourgogne et la vallée du Rhin ; nos paysans et nos éleveurs leur doivent plus d'une recette. Une abbaye médiévale est une puissance économique, un foyer de bienfaisance, un organisme social. La libéralité des cloîtres était proverbiale. Cluny entretenait annuellement dix-sept mille pauvres.
Aux bienfaits matériels, l'Histoire ajoute les biens plus élevés de l'enseignement, de la justice et de la paix. On sait cela pour l'avoir appris aux alentours de la sixième, mais on l'aura sans doute oublié puisqu'on s'interroge toujours sur l'utilité des moines, comme si le travail n'occupait pas dans leur vie autant de place que dans la nôtre, comme si le travail manuel lui-même, réputé servile par toute l'Antiquité, avait reçu ses lettres de noblesse de Karl Marx et non de l'établi de saint Joseph, du métier de saint Paul, et de la règle de saint Benoît.
On sait aussi qu'ils nous ont transmis fidèlement les lumières grecques et latines, qui ont traversé le Moyen-Age sans parvenir, paraît-il, à éclairer une seule intelligence, et ils ne se doutaient guère que nous leur garderions plus de reconnaissance pour nous avoir conservé les platitudes d'Ovide que pour nous avoir enseigné le Christianisme - dont nous sommes les enfants. Les enfants sont ingrats."
André Frossard : Le Sel de la Terre. Les grands ordres religieux, Arthème Fayard 1954, pp 48-49
Et n'oublions pas les progrès décisifs faits par l'architecture à partir de 1100 sur les grands chantiers monastiques (apparition de déambulatoires à chapelles rayonnantes canalisant le flot des pèlerins, voûtes d'ogives du chantier de Saint-Denis , etc ): voir le très bon livre de Michel Bouttier : Monastères, des pierres pour la prière, Rempart, Patrimoine vivant 2005. Une étude qui associe l'histoire de l'Eglise et de la liturgie à l'évolution des formes architecturales.
"Il serait avantageux de faire le compte de ce que notre vieille Europe doit à ses moines bénédictins, en commençant par les biens matériels, qui sont nombreux et variés. Montalembert, dans [i]Les Moines d'Occident[/i] cite l'art d'acclimater les fruits délicats et de rendre les graines productives, d'élever les abeilles et de fabriquer la bière avec le houblon, la découverte de la fécondation artificielle du poisson et la création des fromageries du Parmesan. On leur reconnait le mérite d'avoir semé de vignobles les collines de Bourgogne et la vallée du Rhin ; nos paysans et nos éleveurs leur doivent plus d'une recette. Une abbaye médiévale est une puissance économique, un foyer de bienfaisance, un organisme social. La libéralité des cloîtres était proverbiale. Cluny entretenait annuellement dix-sept mille pauvres.
Aux bienfaits matériels, l'Histoire ajoute les biens plus élevés de l'enseignement, de la justice et de la paix. On sait cela pour l'avoir appris aux alentours de la sixième, mais on l'aura sans doute oublié puisqu'on s'interroge toujours sur l'utilité des moines, comme si le travail n'occupait pas dans leur vie autant de place que dans la nôtre, comme si le travail manuel lui-même, réputé servile par toute l'Antiquité, avait reçu ses lettres de noblesse de Karl Marx et non de l'établi de saint Joseph, du métier de saint Paul, et de la règle de saint Benoît.
On sait aussi qu'ils nous ont transmis fidèlement les lumières grecques et latines, qui ont traversé le Moyen-Age sans parvenir, paraît-il, à éclairer une seule intelligence, et ils ne se doutaient guère que nous leur garderions plus de reconnaissance pour nous avoir conservé les platitudes d'Ovide que pour nous avoir enseigné le Christianisme - dont nous sommes les enfants. Les enfants sont ingrats."
André Frossard : Le Sel de la Terre. Les grands ordres religieux, Arthème Fayard 1954, pp 48-49
Et n'oublions pas les progrès décisifs faits par l'architecture à partir de 1100 sur les grands chantiers monastiques (apparition de déambulatoires à chapelles rayonnantes canalisant le flot des pèlerins, voûtes d'ogives du chantier de Saint-Denis , etc ): voir le très bon livre de Michel Bouttier : Monastères, des pierres pour la prière, Rempart, Patrimoine vivant 2005. Une étude qui associe l'histoire de l'Eglise et de la liturgie à l'évolution des formes architecturales.