par VexillumRegis » sam. 07 mai 2005, 12:21
Extrait d'un texte de Jacques Maritain paru dans la NRF de juillet 1937 (en pleine guerre d'Espagne, donc) :
[align=justify]"C'est un sacrilège horrible de massacrer des prêtres - fussent-ils fascistes, ce sont des ministres du Christ - en haine de la religion ; et c'est un autre sacrilège, horrible aussi, de massacrer des pauvres - fussent-ils marxistes, c'est le peuple du Christ - au nom de la religion. C'est un sacrilège patent de brûler les églises et les images saintes, parfois dans une aveugle fureur, parfois, comme à Barcelone, avec une froide méthode anarchiste et dans un esprit de système enragé ; et c'est un autre sacrilège - à forme religieuse - d'affubler des soldats musulmans d'images du Sacré-Coeur pour qu'ils tuent saintement des fils de chrétiens, et de prétendre enrôler Dieu dans les passions d'une lutte où l'adversaire est regardé comme indigne de tout respect et de toute pitié. C'est un sacrilège de profaner les lieux saints et le Saint-Sacrement, de pourchasser tout ce qui est consacré à Dieu, de déshonorer et torturer des religieuses, d'exhumer des cadavres pour les livrer à la dérision, comme on l'a vu dans les jours de ténèbres qui ont immédiatement suivi le déclenchement de la guerre ; et c'est un sacrilège de fusiller, comme à Badajoz, des centaines d'homme en fêtant l'Assomption, ou d'anéantir sous des bombes d'avions, comme à Guernica, une ville entière avec ses églises et ses tabernacles, en fauchant à la mitrailleuse les pauvres gens qui fuyaient (...)"
A côté de cette culpabilité partagée, le second argument de l'auteur est plus décisif, qui, par-delà l'Espagne, considérait la notion de "guerre sainte" comme un anachronisme :
"A l'égard des formes de civilisation elles-mêmes sacrales, comme la civilisation des anciens Hébreux, ou la civilisation islamique, ou la civilisation chrétienne du Moyen-Age, la notion de guerre sainte, si difficilement explicable qu'elle soit, pouvait encore avoir un sens. [...] Mais à l'égard des formes de civilisation comme les nôtres, où le temporel est différencié du spirituel et, désormais bien autonome, n'a plus de rôle instrumental à l'égard du sacré, dans ces civilisations de type profane, la notion de guerre sainte perd toute signification. Juste ou injuste, une guerre reste dès lors nécessairement quelque chose de profane et de séculier, non de sacré ; non seulement quelque chose de profane, mais quelque chose d'ouvert au monde des ténèbres et du péché. Et si des valeurs sacrées s'y trouvent engagée, elles ne rendent pas saint ni sacré ce complexe profane ; c'est elles qui sont sécularisées par lui, entraînées dans ses finalités temporelles. La guerre n'en devient pas sainte : elle risque de faire blasphémer ce qui est saint. [...] Qu'on invoque donc, si on la croit juste, la justice de la guerre qu'on fait, qu'on n'invoque pas sa sainteté ! Qu'on tue, si on croit devoir tuer, au nom de l'ordre social ou de la nation ; c'est déjà assez horrible ; qu'on ne tue pas au nom du Christ-Roi, qui n'est pas un chef de guerre, qui est mort pour tous les hommes, et dont le royaume n'est pas de ce monde."[/align]
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Extrait d'un texte de Jacques Maritain paru dans la [i]NRF[/i] de juillet 1937 (en pleine guerre d'Espagne, donc) :
[align=justify]"[i]C'est un sacrilège horrible de massacrer des prêtres - fussent-ils fascistes, ce sont des ministres du Christ - en haine de la religion ; et c'est un autre sacrilège, horrible aussi, de massacrer des pauvres - fussent-ils marxistes, c'est le peuple du Christ - au nom de la religion. C'est un sacrilège patent de brûler les églises et les images saintes, parfois dans une aveugle fureur, parfois, comme à Barcelone, avec une froide méthode anarchiste et dans un esprit de système enragé ; et c'est un autre sacrilège - à forme religieuse - d'affubler des soldats musulmans d'images du Sacré-Coeur pour qu'ils tuent saintement des fils de chrétiens, et de prétendre enrôler Dieu dans les passions d'une lutte où l'adversaire est regardé comme indigne de tout respect et de toute pitié. C'est un sacrilège de profaner les lieux saints et le Saint-Sacrement, de pourchasser tout ce qui est consacré à Dieu, de déshonorer et torturer des religieuses, d'exhumer des cadavres pour les livrer à la dérision, comme on l'a vu dans les jours de ténèbres qui ont immédiatement suivi le déclenchement de la guerre ; et c'est un sacrilège de fusiller, comme à Badajoz, des centaines d'homme en fêtant l'Assomption, ou d'anéantir sous des bombes d'avions, comme à Guernica, une ville entière avec ses églises et ses tabernacles, en fauchant à la mitrailleuse les pauvres gens qui fuyaient [/i](...)"
A côté de cette culpabilité partagée, le second argument de l'auteur est plus décisif, qui, par-delà l'Espagne, considérait la notion de "guerre sainte" comme un anachronisme :
"[i]A l'égard des formes de civilisation elles-mêmes sacrales, comme la civilisation des anciens Hébreux, ou la civilisation islamique, ou la civilisation chrétienne du Moyen-Age, la notion de guerre sainte, si difficilement explicable qu'elle soit, pouvait encore avoir un sens[/i]. [...] [i]Mais à l'égard des formes de civilisation comme les nôtres, où le temporel est différencié du spirituel et, désormais bien autonome, n'a plus de rôle instrumental à l'égard du sacré, dans ces civilisations de type profane, la notion de guerre sainte perd toute signification. Juste ou injuste, une guerre reste dès lors nécessairement quelque chose de profane et de séculier, non de sacré ; non seulement quelque chose de profane, mais quelque chose d'ouvert au monde des ténèbres et du péché. Et si des valeurs sacrées s'y trouvent engagée, elles ne rendent pas saint ni sacré ce complexe profane ; c'est elles qui sont sécularisées par lui, entraînées dans ses finalités temporelles. La guerre n'en devient pas sainte : elle risque de faire blasphémer ce qui est saint[/i]. [...] [i]Qu'on invoque donc, si on la croit juste, la justice de la guerre qu'on fait, qu'on n'invoque pas sa sainteté ! Qu'on tue, si on croit devoir tuer, au nom de l'ordre social ou de la nation ; c'est déjà assez horrible ; qu'on ne tue pas au nom du Christ-Roi, qui n'est pas un chef de guerre, qui est mort pour tous les hommes, et dont le royaume n'est pas de ce monde[/i]."[/align]
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