par etienne lorant » mer. 08 mai 2013, 10:10
Toutes les cinq secondes, un enfant meurt de faim, alors que l’agriculture pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains, selon l’ONU.
Ancien rapporteur spécial des Nations unies pour le Droit à l’alimentation, le Suisse Jean Ziegler n’en finit pas de dénoncer "l’hypocrisie" générale.
Vous parlez de “Massacre de la faim”, de “Destruction massive”, on a dépassé le stade de l’urgence ?
Oui, et les chiffres publiés par la FAO (Food and Agriculture Organisation des Nations Unies, NdlR) sont éloquents : Toutes les cinq secondes, un enfant de moins de 10 ans meurt de faim, 57 000 personnes par jour, 900 millions de personnes qui sont sous-alimentées en permanence alors que selon ce même rapport, l’agriculture d’aujourd’hui pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains. Conclusion : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il n’y a pas de manque objectif de nourriture, un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné.
Comment expliquer cette situation ?
Il y a plusieurs mécanismes meurtriers, mais avant tout la spéculation boursière sur les aliments de base. Avec la crise, les spéculateurs ont perdu 85 000 milliards de dollars. Ils se sont tournés avec des outils tout à fait légaux vers les Bourses des matières premières où ils ont réalisé des profits astronomiques. Conséquence : les prix ont explosé. En deux ans, le prix du maïs a grimpé de 63 % et celui de la tonne de riz philippin est passé de 110 dollars à 1 200 dollars.
Peut-on dire qu’on est pris dans un système qui entretient la faim et dont personne ne peut reprendre le contrôle ?
Tout à fait. En 2012, les dix plus grandes sociétés transcontinentales privées d’alimentation ont contrôlé 85 % des aliments négociés dans le monde. Or, elles ne répondent qu’à un seul principe : la maximisation du profit. Cela n’a rien d’étonnant systémiquement parlant, elles ne sont pas là pour maintenir les enfants en vie. Mais le problème survient lorsqu’elles échappent à tout contrôle et qu’elles développent, comme aujourd’hui, un pouvoir comme jamais un roi, un empereur ou un pape n’en ont eu dans l’histoire de l’humanité ! Aucun Etat, ni même l’Onu n’ont de prise sur elles. Plus elles sont riches, plus elles sont puissantes.
Qui doit en assumer la responsabilité ?
Le FMI, la Banque mondiale et l’OMC sont de pures organisations mercenaires au service des oligarchies financières dominantes. Elles entretiennent la dette extérieure des pays pauvres pour maintenir ces pays à genoux et permettre aux multinationales de piller leurs ressources. C’est pareil pour l’Union européenne dont l’hypocrisie est abyssale. Aujourd’hui, on peut acheter des fruits et des légumes européens à la moitié du prix des produits locaux sur les marchés africains.
Et la coopération au développement dans tout ça ?
Il faut distinguer deux choses : l’aide humanitaire d’urgence, distribuée en cas de famine, de guerre, ou de catastrophe naturelle et qui permet de sauver des vies dans une situation d’urgence instantanée. Et de l’autre côté, la coopération au développement, infiniment critiquable parce qu’elle déresponsabilise les Etats dans lesquels elle intervient. Au lieu de ruiner les Etats et de s’y substituer, il vaudrait mieux leur donner les moyens de construire des Etats souverains et indépendants, à même de lutter contre ces multinationales.
A cela, on vous répondra que beaucoup de ces Etats sont corrompus.
La corruption est détestable. Elle existe, mais elle ne tombe pas du ciel et les multinationales ont tout intérêt à ce qu’une bande de corrompus occupe les palais pour mieux piller leurs pays. L’Onu aussi semble totalement impuissante. La paralysie de l’Onu est une tragédie. C’est moralement triste et politiquement dangereux. Le secrétaire général est inexistant, ce n’est pas un acteur politique. Pourquoi ? Parce que l’Onu n’est jamais que le regroupement de 194 Etats et ne peut agir qu’à travers eux. Quand ils perdent leur souveraineté face aux multinationales, qui décident qui va manger et qui aura faim, l’Onu dépérit.
Il reste le dernier maillon de la chaîne : les consommateurs…
Le consommateur de base qui vit en démocratie a trois responsabilités : une responsabilité de citoyen, exiger de son parlement qu’il interdise la spéculation sur les aliments de base et le développement des agrocarburants; une responsabilité en tant que consommateur de ne jamais acheter d’OGM ou des raisins chiliens en Europe en plein hiver parce que ça n’a aucun sens, et de se tourner vers des produits régionaux; et troisièmement, contribuer à l’aide humanitaire directe. La faim est silencieuse au quotidien, mais les famines sont bien visibles.
- [+] Texte masqué
- http://www.lalibre.be/societe/planete/a ... ssine.html
Note personnelle:
J'ai "flashé" sur cette info surtout à cause de l'étonnante implication de l'auteur, qui a publié beaucoup d'enquêtes dérangeantes et subi des menaces de mort.
Il a publié, entre autres :
"La Suisse serait une formidable plaque tournante du trafic de la drogue. Le système bancaire d’abord, dont les qualités d’accueil de l’argent, d’où qu’il vienne, sont au-dessus de tout soupçon. Il fonctionne comme une gigantesque entreprise de prélavage, blanchiment et recyclage des narcodollars."
Où qu'il aille, dans l'exercice de ses fonctions internationales, Jean Ziegler est frappé par l'hostilité de principe que les peuples du Sud manifestent à l'endroit de ceux du Nord. Jusqu'à rendre parfois impossible l'adoption de certaines mesures d'urgence en faveur des plus démunis. Comment contraindre le nouvel ordre du capitalisme mondialisé à cesser de soumettre le reste du monde à sa domination meurtrière, et conduire l'Occident à assumer ses responsabilités ? Comment faire en sorte qu'au Sud l'horizon de l'État de droit ne soit pas récusé du fait des injustices qui sont commises en son nom ?
Aujourd'hui dans le monde, tous les jours, 100 000 personnes meurent de faim ou de ses suites immédiates, victimes d'un impératif et d'un seul, imposé par les maîtres du monde: le profit sans borne. Au coeur du marché globalisé, banquiers, hauts responsables de sociétés transnationales, opérateurs du commerce mondial accumulent l'argent, détruisent l'Etat, dévastent la nature et les êtres humains. Ce livre révèle leur visage, analyse leur discours, dénonce leurs méthodes, et les mercenaires qui les servent, au sein de l'OMC, de la Banque mondiale et du FMI, et démonte l'idéologie qui les inspire, jetant une lumière crue sur le rôle joué par les oligarchies financières. Face à ces nouveaux maîtres, la résistance s'organise. C'est la nouvelle société civile planétaire dont Jean Ziegler montre ici la richesse, la diversité et la détermination. (Edition 2013)
Sans oublier le premier:
Sans les banquiers suisses, la Deuxième Guerre mondiale aurait été terminée plus tôt et des centaines de milliers d'êtres humains auraient eu la vie sauve. Ils ont fourni des milliards de francs suisses à Hitler, lui permettant d'acheter sur le marché mondial les matières premières stratégiques dont il avait besoin. Les profits astronomiques de la guerre ont ensuite fondé la puissance mondiale de la place financière helvétique. Des rapports de services secrets, surtout américains, récemment déclassifiés, révèlent la complicité active des banquiers suisses (marchands d'art, agents fiduciaires, bijoutiers, avocats d'affaires, etc.) qui ont recelé, " lavé " l'or que les SS avaient volé dans les banques centrales, les entreprises et les demeures privées des pays occupés, ou arraché aux victimes des camps. Dans le même temps, le gouvernement suisse refoulait à ses frontières des dizaines de milliers de réfugiés juifs, les renvoyant parfois directement vers les bourreaux nazis.
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- [+] Texte masqué
- http://www.amazon.fr/Suisse-lor-morts-J ... rid_pt_0_0
Toutes les cinq secondes, un enfant meurt de faim, alors que l’agriculture pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains, selon l’ONU.
Ancien rapporteur spécial des Nations unies pour le Droit à l’alimentation, le Suisse Jean Ziegler n’en finit pas de dénoncer "l’hypocrisie" générale.
[b][i]Vous parlez de “Massacre de la faim”, de “Destruction massive”, on a dépassé le stade de l’urgence ?
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Oui, et les chiffres publiés par la FAO (Food and Agriculture Organisation des Nations Unies, NdlR) sont éloquents : Toutes les cinq secondes, un enfant de moins de 10 ans meurt de faim, 57 000 personnes par jour, 900 millions de personnes qui sont sous-alimentées en permanence alors que selon ce même rapport, l’agriculture d’aujourd’hui pourrait nourrir 12 milliards d’êtres humains. Conclusion : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, il n’y a pas de manque objectif de nourriture, un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné.
[b][i]Comment expliquer cette situation ?
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Il y a plusieurs mécanismes meurtriers, mais avant tout la spéculation boursière sur les aliments de base. Avec la crise, les spéculateurs ont perdu 85 000 milliards de dollars. Ils se sont tournés avec des outils tout à fait légaux vers les Bourses des matières premières où ils ont réalisé des profits astronomiques. Conséquence : les prix ont explosé. En deux ans, le prix du maïs a grimpé de 63 % et celui de la tonne de riz philippin est passé de 110 dollars à 1 200 dollars.
[b][i]Peut-on dire qu’on est pris dans un système qui entretient la faim et dont personne ne peut reprendre le contrôle ?
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Tout à fait. En 2012, les dix plus grandes sociétés transcontinentales privées d’alimentation ont contrôlé 85 % des aliments négociés dans le monde. Or, elles ne répondent qu’à un seul principe : la maximisation du profit. Cela n’a rien d’étonnant systémiquement parlant, elles ne sont pas là pour maintenir les enfants en vie. Mais le problème survient lorsqu’elles échappent à tout contrôle et qu’elles développent, comme aujourd’hui, un pouvoir comme jamais un roi, un empereur ou un pape n’en ont eu dans l’histoire de l’humanité ! Aucun Etat, ni même l’Onu n’ont de prise sur elles. Plus elles sont riches, plus elles sont puissantes.
[b][i]Qui doit en assumer la responsabilité ?
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Le FMI, la Banque mondiale et l’OMC sont de pures organisations mercenaires au service des oligarchies financières dominantes. Elles entretiennent la dette extérieure des pays pauvres pour maintenir ces pays à genoux et permettre aux multinationales de piller leurs ressources. C’est pareil pour l’Union européenne dont l’hypocrisie est abyssale. Aujourd’hui, on peut acheter des fruits et des légumes européens à la moitié du prix des produits locaux sur les marchés africains.
[b][i]Et la coopération au développement dans tout ça ?
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Il faut distinguer deux choses : l’aide humanitaire d’urgence, distribuée en cas de famine, de guerre, ou de catastrophe naturelle et qui permet de sauver des vies dans une situation d’urgence instantanée. Et de l’autre côté, la coopération au développement, infiniment critiquable parce qu’elle déresponsabilise les Etats dans lesquels elle intervient. Au lieu de ruiner les Etats et de s’y substituer, il vaudrait mieux leur donner les moyens de construire des Etats souverains et indépendants, à même de lutter contre ces multinationales.
A cela, on vous répondra que beaucoup de ces Etats sont corrompus.
La corruption est détestable. Elle existe, mais elle ne tombe pas du ciel et les multinationales ont tout intérêt à ce qu’une bande de corrompus occupe les palais pour mieux piller leurs pays. L’Onu aussi semble totalement impuissante. La paralysie de l’Onu est une tragédie. C’est moralement triste et politiquement dangereux. Le secrétaire général est inexistant, ce n’est pas un acteur politique. Pourquoi ? Parce que l’Onu n’est jamais que le regroupement de 194 Etats et ne peut agir qu’à travers eux. Quand ils perdent leur souveraineté face aux multinationales, qui décident qui va manger et qui aura faim, l’Onu dépérit.
Il reste le dernier maillon de la chaîne : les consommateurs…
Le consommateur de base qui vit en démocratie a trois responsabilités : une responsabilité de citoyen, exiger de son parlement qu’il interdise la spéculation sur les aliments de base et le développement des agrocarburants; une responsabilité en tant que consommateur de ne jamais acheter d’OGM ou des raisins chiliens en Europe en plein hiver parce que ça n’a aucun sens, et de se tourner vers des produits régionaux; et troisièmement, contribuer à l’aide humanitaire directe. La faim est silencieuse au quotidien, mais les famines sont bien visibles.
[spoiler]http://www.lalibre.be/societe/planete/article/813104/ziegler-un-enfant-qui-meurt-de-faim-est-un-enfant-assassine.html[/spoiler]
Note personnelle:
J'ai "flashé" sur cette info surtout à cause de l'étonnante implication de l'auteur, qui a publié beaucoup d'enquêtes dérangeantes et subi des menaces de mort.
Il a publié, entre autres :
[img]http://ecx.images-amazon.com/images/I/41DPJG4P2TL._SL500_SL160_.jpg[/img]
"La Suisse serait une formidable plaque tournante du trafic de la drogue. Le système bancaire d’abord, dont les qualités d’accueil de l’argent, d’où qu’il vienne, sont au-dessus de tout soupçon. Il fonctionne comme une gigantesque entreprise de prélavage, blanchiment et recyclage des narcodollars."
[img]http://image2.evene.fr/img/livres/g/9782226186935.jpg[/img]
Où qu'il aille, dans l'exercice de ses fonctions internationales, Jean Ziegler est frappé par l'hostilité de principe que les peuples du Sud manifestent à l'endroit de ceux du Nord. Jusqu'à rendre parfois impossible l'adoption de certaines mesures d'urgence en faveur des plus démunis. Comment contraindre le nouvel ordre du capitalisme mondialisé à cesser de soumettre le reste du monde à sa domination meurtrière, et conduire l'Occident à assumer ses responsabilités ? Comment faire en sorte qu'au Sud l'horizon de l'État de droit ne soit pas récusé du fait des injustices qui sont commises en son nom ?
[img]http://ecx.images-amazon.com/images/I/41fz3HnJBwL._.jpg[/img]
Aujourd'hui dans le monde, tous les jours, 100 000 personnes meurent de faim ou de ses suites immédiates, victimes d'un impératif et d'un seul, imposé par les maîtres du monde: le profit sans borne. Au coeur du marché globalisé, banquiers, hauts responsables de sociétés transnationales, opérateurs du commerce mondial accumulent l'argent, détruisent l'Etat, dévastent la nature et les êtres humains. Ce livre révèle leur visage, analyse leur discours, dénonce leurs méthodes, et les mercenaires qui les servent, au sein de l'OMC, de la Banque mondiale et du FMI, et démonte l'idéologie qui les inspire, jetant une lumière crue sur le rôle joué par les oligarchies financières. Face à ces nouveaux maîtres, la résistance s'organise. C'est la nouvelle société civile planétaire dont Jean Ziegler montre ici la richesse, la diversité et la détermination. (Edition 2013)
Sans oublier le premier:
[img]http://ecx.images-amazon.com/images/I/41mBVPeuQuL._.jpg[/img]
Sans les banquiers suisses, la Deuxième Guerre mondiale aurait été terminée plus tôt et des centaines de milliers d'êtres humains auraient eu la vie sauve. Ils ont fourni des milliards de francs suisses à Hitler, lui permettant d'acheter sur le marché mondial les matières premières stratégiques dont il avait besoin. Les profits astronomiques de la guerre ont ensuite fondé la puissance mondiale de la place financière helvétique. Des rapports de services secrets, surtout américains, récemment déclassifiés, révèlent la complicité active des banquiers suisses (marchands d'art, agents fiduciaires, bijoutiers, avocats d'affaires, etc.) qui ont recelé, " lavé " l'or que les SS avaient volé dans les banques centrales, les entreprises et les demeures privées des pays occupés, ou arraché aux victimes des camps. Dans le même temps, le gouvernement suisse refoulait à ses frontières des dizaines de milliers de réfugiés juifs, les renvoyant parfois directement vers les bourreaux nazis.
Voir sur le site de vente Amazon:
[spoiler]http://www.amazon.fr/Suisse-lor-morts-Jean-Ziegler/dp/2757810626/ref=pd_sxp_grid_pt_0_0[/spoiler]