par Perlum Pimpum » jeu. 11 sept. 2025, 12:46
Bonjour,
Ainsi donc, la Création est à ce jour inachevée. Dieu n'a pas créé un monde parfait, mais un monde inachevé. En effet, Dieu n'a pas voulu tout faire tout seul, mais il voulait confier à l'homme le soin d'achever son oeuvre. Car le dessein de Dieu, l'objectif auquel était et demeure subordonnée toute l'oeuvre créatrice, c'est la création d'un être à son image, à l'image de Dieu, et donc créateur lui aussi. L'homme ne serait qu'imparfaitement image de Dieu s'il n'était pas appelé à co-créer, s'il n'était pas appelé à achever, à participer à l'achèvement de la création.
La difficulté vient du verbe créer : qu'entend-on par ce mot ?
I - Création stricto sensu : Dieu seul peut créer.
Pour Thomas, la création stricto sensu est la création ex nihilo. Et de ce point de vue, Dieu seul peut créer.
Si donc l'on suit la définition donnée par saint Thomas d'Aquin, l'affirmation d'Olivier doit être rejetée.
- « Comme on l’a dit plus haut, il ne faut pas considérer seulement l’émanation d’un être particulier à partir d’un agent particulier, mais aussi l’émanation de tout l’être à partir de la cause universelle, qui est Dieu ; et c’est cette émanation-là que nous désignons par le mot de création. Or, ce qui procède d’autre chose par mode d’émanation particulière n’est pas présupposé à cette émanation ; par exemple, là où un homme est engendré, il n’y avait pas d’homme auparavant, mais l’homme vient de ce qui n’est pas homme, et le blanc de ce qui n’est pas blanc. Ainsi, lorsque l’on considère l’émanation de tout l’être universel à partir du premier principe, il est impossible qu’un être soit présupposé à cette émanation. Or, “ rien ” signifie “ aucun être ”. Donc, ainsi que la génération d’un homme a pour point de départ ce non-être particulier qu’est le non-homme, de même la création, qui est une émanation de tout l’être, vient de ce non-être qui est le néant. » ST, I, 45, 1, co.
Thomas avait d'abord dit, en pleine conformité à l’Écriture, que tout ce qui est n'est que parce que créé par Dieu : « Respondeo dicendum quod necesse est dicere
omne quod quocumque modo est, a Deo esse. » Il est nécessaire de dire que tout ce qui est, de quelque manière qu'il soit, est par Dieu.
- « Tout être, de quelque manière qu’il soit, est nécessairement par Dieu. Car si un être se trouve dans un autre par participation, il est nécessaire qu’il y soit causé par ce à quoi cela revient par essence... Or, on a montré précédemment, en traitant de la simplicité divine, que Dieu est l’être même subsistant par soi. Et l’on a montré ensuite que l’être subsistant ne peut être qu’unique... Il reste donc que tous les êtres autres que Dieu ne sont pas leur être, mais participent de l’être. Il est donc nécessaire que tous les êtres qui se diversifient selon qu’ils participent diversement de l’être, si bien qu’ils ont plus ou moins de perfection, soient causés par un unique être premier, qui est absolument parfait. » ST, I, 44, 1, co.
« Lorsque l’on dit que la première des choses créées est l’être, ce mot ne concerne pas le sujet créé mais la raison propre sous laquelle la création atteint son objet. Car un être est dit créé non du fait qu’il est tel être, mais du fait qu’il est un être, puisque la création est l’émanation de tout l’être à partir de l’être universel, comme on l’a dit. » ST, I, 44, 4, ad.1.
Conclusion :
- « Il apparaît assez au premier regard, d’après ce qui précède, que créer ne peut être l’action propre que de Dieu seul. Il faut en effet ramener les effets les plus universels aux causes les plus universelles et les plus primordiales. Or, parmi tous les effets, le plus universel est l’être lui-même. Aussi faut-il qu’il soit l’effet propre de la cause première et absolument universelle, qui est Dieu. C’est pourquoi on dit aussi dans le Livre des Causes, que ni une intelligence, ni une âme, malgré sa noblesse, ne donne l’être, sinon en tant qu’elle opère par l’opération divine. Produire l’être absolument, et non en tant qu’il est celui-ci ou qu’il est tel, cela relève de la raison même de création. Aussi est-il manifeste que la création est l’action propre de Dieu lui-même.
Mais il arrive qu’un être participe de l’action propre d’un autre, non par son pouvoir, mais par manière d’instrument, en tant qu’il agit par le pouvoir de cet autre ; ainsi l’air est capable, par le pouvoir du feu, de chauffer et de brûler. Ceci a conduit certains penseurs à estimer que, bien que la création soit l’effet propre de la cause universelle, certaines causes inférieures, en tant qu’elles agissent par la vertu de la cause première, peuvent créer. Et c’est ainsi qu’Avicenne a prétendu que la première substance séparée, créée par Dieu, en crée une autre après elle, puis la substance de l’orbe du ciel, avec son âme ; et que la substance de l’orbe du ciel crée ensuite la matière des corps inférieurs. De la même manière, le Maître des Sentences assure que Dieu peut communiquer à la créature la puissance de créer, de telle sorte qu’elle crée par délégation, non de sa propre autorité. Mais cela est impossible. Car une cause seconde instrumentale ne participe de l’action de la cause supérieure que dans la mesure où, par un effet qui lui est propre, elle agit par manière de disposition pour produire l’effet de l’agent principal. Donc, si elle ne faisait rien selon ce qui lui est propre, il serait inutile de l’employer, et il n’y aurait pas besoin de choisir des instruments déterminés pour produire des actions déterminées. Ainsi nous voyons qu’une hache, en coupant le bois, fait ce qu’elle tient de sa forme propre, et produit la forme d’un banc, qui est l’effet propre de l’agent principal. Or, ce qui est l’effet propre de Dieu qui crée, c’est ce qui est présupposé à tous les autres effets, à savoir l’être pris absolument. Aussi aucun autre être ne peut-il rien opérer par manière de disposition et d’instrument en vue de cet effet, puisque la création ne se fait à partir de rien de présupposé qui pourrait être disposé par l’action de l’agent instrumental. Ainsi donc il est impossible qu’il convienne à aucune créature de créer, ni par sa vertu propre, ni par sa vertu instrumentale, ni à titre ministériel. » ST, I, 45, 5, co.
II - Création lato sensu : la créature peut-elle co-créer ?
Ce dernier texte est admirable par tout ce que Thomas y affirme.
1. Dieu seul peut créer, car stricto sensu créer est causer l'être : non pas telle ou telle modalité de l'être, par exemple le fait que la bâtisse que vous érigez soit une ferme, mais le fait qu'elle soit un être (variante : qu'elle soit de l'être). Or, puisque l'être se prédique de tout ce qui est, donc aussi de la bâtisse, déjà ceci que même cette modalité de l'être doit être causée par Dieu, puisqu'elle est de l'être. Nous touchons là à la causalité universelle de Dieu sur l'être : « Produire l’être absolument, et non en tant qu’il est celui-ci ou qu’il est tel, cela relève de la raison même de création. Aussi est-il manifeste que la création est l’action propre de Dieu lui-même. »
2. Vient ensuite une considération sur la coopération de la créature à l'action de Dieu en toute action de la créature. Cette co-opération n'est pas, stricto sensu, une co-création, car créer, stricto sensu, c'est créer ex nihilo : « puisque la création ne se fait à partir de rien de présupposé qui pourrait être disposé par l’action de l’agent instrumental ; ainsi donc il est impossible qu’il convienne à aucune créature de créer, ni par sa vertu propre, ni par sa vertu instrumentale, ni à titre ministériel. »
3. Nonobstant, la créature, par son agir, coopère à l'action de Dieu donneur d'être : aucune créature « ne donne l’être, sinon en tant qu’elle opère par l’opération divine. » Et Thomas de préciser qu'il ne s'agit pas alors, pour la cause seconde, de donner l'être pris absolument, mais selon qu'il est tel ou tel, car « produire l’être absolument, et non en tant qu’il est celui-ci ou qu’il est tel, cela relève de la raison même de création ». Autrement dit, « une cause seconde instrumentale ne participe de l’action de la cause supérieure que dans la mesure où, par un effet qui lui est propre, elle agit par manière de disposition pour produire l’effet de l’agent principal ». L'effet principal, c'est l'être comme être, dont Dieu seul est cause. L'effet propre, c'est que l'être soit tel type d'être, ce qui relève de la causalité créée pour autant que l'effet ne soit pas produit ex nihilo.
4. Mais, et c'est là que s'opère la bascule, cet effet propre, en tant qu'il est tel type d'être, est, comme type, de l'être (*), puisque l'être (qui est logiquement un transcendantal) se prédique absolument de tout : de l'étant (ens, esse in actu), de l'exister (esse ut actus), de la puissance passive et ainsi de l'essence (esse ut potentia). En d'autres termes, toute modalité de l'être, qui diversifie l'être en l'analogisant, est déjà de l'être.
- (*) La chose peut s'entendre de deux manières. (1) En le schème aristotélicien l'analogue « être » ne s'attribue intrinsèquement qu'à l'analogué principal, les analogués secondaires n'ayant d'être qu'en leur rapport au principal ; étant discuté de savoir si l'analogué premier de l'analogie prédicamentale est la substance (Aristotélisme) ou l'exister (Thomisme ; étant aussi débattu de savoir si c'est là la position de saint Thomas d'Aquin ou seulement celle de ses disciples). Ici l'être ne s'attribue qu'extrinsèquement aux analogués secondaires. (2) À cette métaphysique s'oppose une autre, dont l'initiateur semble être Avicenne, dont les variantes se retrouvent chez Duns Scot et Francisco Suárez. En ce second schéma, l'analogue « être » s'attribue intrinsèquement à la totalité des analogués, même secondaires, de sorte que doit s'opérer un dédoublement du concept d'être, à la fois univoque (en tant qu'attribué intrinsèquement à tous les analogués) et analogue (en tant que diversifié par ces analogués).
Je me rattache à cette seconde métaphysique, ce qui explique pourquoi, distinguant création stricto sensu (= ex nihilo) et création lato sensu (= création continuée non restreinte à la seule conservation par Dieu de l'être créé), je peux reconnaitre une co-création en toute co-opération de la créature à l'action divine. Dans cette perspective les affirmations d'Olivier peuvent se recevoir, mais il lui faut préalablement exactement préciser le sens qu'ont pour lui les vocables qu'il emploie.
III - Conclusion.
Un peu de scolastique ne fait de mal à personne.
La scolastique est nécessaire à l'intelligence discursive de la foi, à laquelle, in fine, elle se confond.
Bonjour,
[quote]Ainsi donc, la Création est à ce jour inachevée. Dieu n'a pas créé un monde parfait, mais un monde inachevé. En effet, Dieu n'a pas voulu tout faire tout seul, mais il voulait confier à l'homme le soin d'achever son oeuvre. Car le dessein de Dieu, l'objectif auquel était et demeure subordonnée toute l'oeuvre créatrice, c'est la création d'un être à son image, à l'image de Dieu, et donc créateur lui aussi. L'homme ne serait qu'imparfaitement image de Dieu s'il n'était pas appelé à co-créer, s'il n'était pas appelé à achever, à participer à l'achèvement de la création.[/quote]
La difficulté vient du verbe créer : qu'entend-on par ce mot ?
[size=130]I - Création stricto sensu : Dieu seul peut créer.[/size]
Pour Thomas, la création stricto sensu est la création ex nihilo. Et de ce point de vue, Dieu seul peut créer.
Si donc l'on suit la définition donnée par saint Thomas d'Aquin, l'affirmation d'Olivier doit être rejetée.
[list]« Comme on l’a dit plus haut, il ne faut pas considérer seulement l’émanation d’un être particulier à partir d’un agent particulier, mais aussi l’émanation de tout l’être à partir de la cause universelle, qui est Dieu ; et c’est cette émanation-là que nous désignons par le mot de création. Or, ce qui procède d’autre chose par mode d’émanation particulière n’est pas présupposé à cette émanation ; par exemple, là où un homme est engendré, il n’y avait pas d’homme auparavant, mais l’homme vient de ce qui n’est pas homme, et le blanc de ce qui n’est pas blanc. Ainsi, lorsque l’on considère l’émanation de tout l’être universel à partir du premier principe, il est impossible qu’un être soit présupposé à cette émanation. Or, “ rien ” signifie “ aucun être ”. Donc, ainsi que la génération d’un homme a pour point de départ ce non-être particulier qu’est le non-homme, de même la création, qui est une émanation de tout l’être, vient de ce non-être qui est le néant. » ST, I, 45, 1, co. [/list]
Thomas avait d'abord dit, en pleine conformité à l’Écriture, que tout ce qui est n'est que parce que créé par Dieu : « Respondeo dicendum quod necesse est dicere [b]omne quod quocumque modo est, a Deo esse[/b]. » Il est nécessaire de dire que tout ce qui est, de quelque manière qu'il soit, est par Dieu.
[list]« Tout être, de quelque manière qu’il soit, est nécessairement par Dieu. Car si un être se trouve dans un autre par participation, il est nécessaire qu’il y soit causé par ce à quoi cela revient par essence... Or, on a montré précédemment, en traitant de la simplicité divine, que Dieu est l’être même subsistant par soi. Et l’on a montré ensuite que l’être subsistant ne peut être qu’unique... Il reste donc que tous les êtres autres que Dieu ne sont pas leur être, mais participent de l’être. Il est donc nécessaire que tous les êtres qui se diversifient selon qu’ils participent diversement de l’être, si bien qu’ils ont plus ou moins de perfection, soient causés par un unique être premier, qui est absolument parfait. » ST, I, 44, 1, co.
« Lorsque l’on dit que la première des choses créées est l’être, ce mot ne concerne pas le sujet créé mais la raison propre sous laquelle la création atteint son objet. Car un être est dit créé non du fait qu’il est tel être, mais du fait qu’il est un être, puisque la création est l’émanation de tout l’être à partir de l’être universel, comme on l’a dit. » ST, I, 44, 4, ad.1. [/list]
Conclusion :
[list]« Il apparaît assez au premier regard, d’après ce qui précède, que créer ne peut être l’action propre que de Dieu seul. Il faut en effet ramener les effets les plus universels aux causes les plus universelles et les plus primordiales. Or, parmi tous les effets, le plus universel est l’être lui-même. Aussi faut-il qu’il soit l’effet propre de la cause première et absolument universelle, qui est Dieu. C’est pourquoi on dit aussi dans le Livre des Causes, que ni une intelligence, ni une âme, malgré sa noblesse, ne donne l’être, sinon en tant qu’elle opère par l’opération divine. Produire l’être absolument, et non en tant qu’il est celui-ci ou qu’il est tel, cela relève de la raison même de création. Aussi est-il manifeste que la création est l’action propre de Dieu lui-même.
Mais il arrive qu’un être participe de l’action propre d’un autre, non par son pouvoir, mais par manière d’instrument, en tant qu’il agit par le pouvoir de cet autre ; ainsi l’air est capable, par le pouvoir du feu, de chauffer et de brûler. Ceci a conduit certains penseurs à estimer que, bien que la création soit l’effet propre de la cause universelle, certaines causes inférieures, en tant qu’elles agissent par la vertu de la cause première, peuvent créer. Et c’est ainsi qu’Avicenne a prétendu que la première substance séparée, créée par Dieu, en crée une autre après elle, puis la substance de l’orbe du ciel, avec son âme ; et que la substance de l’orbe du ciel crée ensuite la matière des corps inférieurs. De la même manière, le Maître des Sentences assure que Dieu peut communiquer à la créature la puissance de créer, de telle sorte qu’elle crée par délégation, non de sa propre autorité. Mais cela est impossible. Car une cause seconde instrumentale ne participe de l’action de la cause supérieure que dans la mesure où, par un effet qui lui est propre, elle agit par manière de disposition pour produire l’effet de l’agent principal. Donc, si elle ne faisait rien selon ce qui lui est propre, il serait inutile de l’employer, et il n’y aurait pas besoin de choisir des instruments déterminés pour produire des actions déterminées. Ainsi nous voyons qu’une hache, en coupant le bois, fait ce qu’elle tient de sa forme propre, et produit la forme d’un banc, qui est l’effet propre de l’agent principal. Or, ce qui est l’effet propre de Dieu qui crée, c’est ce qui est présupposé à tous les autres effets, à savoir l’être pris absolument. Aussi aucun autre être ne peut-il rien opérer par manière de disposition et d’instrument en vue de cet effet, puisque la création ne se fait à partir de rien de présupposé qui pourrait être disposé par l’action de l’agent instrumental. Ainsi donc il est impossible qu’il convienne à aucune créature de créer, ni par sa vertu propre, ni par sa vertu instrumentale, ni à titre ministériel. » ST, I, 45, 5, co.[/list]
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Ce dernier texte est admirable par tout ce que Thomas y affirme.
1. Dieu seul peut créer, car stricto sensu créer est causer l'être : non pas telle ou telle modalité de l'être, par exemple le fait que la bâtisse que vous érigez soit une ferme, mais le fait qu'elle soit un être (variante : qu'elle soit de l'être). Or, puisque l'être se prédique de tout ce qui est, donc aussi de la bâtisse, déjà ceci que même cette modalité de l'être doit être causée par Dieu, puisqu'elle est de l'être. Nous touchons là à la causalité universelle de Dieu sur l'être : « Produire l’être absolument, et non en tant qu’il est celui-ci ou qu’il est tel, cela relève de la raison même de création. Aussi est-il manifeste que la création est l’action propre de Dieu lui-même. »
2. Vient ensuite une considération sur la coopération de la créature à l'action de Dieu en toute action de la créature. Cette co-opération n'est pas, stricto sensu, une co-création, car créer, stricto sensu, c'est créer ex nihilo : « puisque la création ne se fait à partir de rien de présupposé qui pourrait être disposé par l’action de l’agent instrumental ; ainsi donc il est impossible qu’il convienne à aucune créature de créer, ni par sa vertu propre, ni par sa vertu instrumentale, ni à titre ministériel. »
3. Nonobstant, la créature, par son agir, coopère à l'action de Dieu donneur d'être : aucune créature « ne donne l’être, sinon en tant qu’elle opère par l’opération divine. » Et Thomas de préciser qu'il ne s'agit pas alors, pour la cause seconde, de donner l'être pris absolument, mais selon qu'il est tel ou tel, car « produire l’être absolument, et non en tant qu’il est celui-ci ou qu’il est tel, cela relève de la raison même de création ». Autrement dit, « une cause seconde instrumentale ne participe de l’action de la cause supérieure que dans la mesure où, par un effet qui lui est propre, elle agit par manière de disposition pour produire l’effet de l’agent principal ». L'effet principal, c'est l'être comme être, dont Dieu seul est cause. L'effet propre, c'est que l'être soit tel type d'être, ce qui relève de la causalité créée pour autant que l'effet ne soit pas produit ex nihilo.
4. Mais, et c'est là que s'opère la bascule, cet effet propre, en tant qu'il est tel type d'être, est, comme type, de l'être (*), puisque l'être (qui est logiquement un transcendantal) se prédique absolument de tout : de l'étant (ens, esse in actu), de l'exister (esse ut actus), de la puissance passive et ainsi de l'essence (esse ut potentia). En d'autres termes, toute modalité de l'être, qui diversifie l'être en l'analogisant, est déjà de l'être.
[list](*) La chose peut s'entendre de deux manières. (1) En le schème aristotélicien l'analogue « être » ne s'attribue intrinsèquement qu'à l'analogué principal, les analogués secondaires n'ayant d'être qu'en leur rapport au principal ; étant discuté de savoir si l'analogué premier de l'analogie prédicamentale est la substance (Aristotélisme) ou l'exister (Thomisme ; étant aussi débattu de savoir si c'est là la position de saint Thomas d'Aquin ou seulement celle de ses disciples). Ici l'être ne s'attribue qu'extrinsèquement aux analogués secondaires. (2) À cette métaphysique s'oppose une autre, dont l'initiateur semble être Avicenne, dont les variantes se retrouvent chez Duns Scot et Francisco Suárez. En ce second schéma, l'analogue « être » s'attribue intrinsèquement à la totalité des analogués, même secondaires, de sorte que doit s'opérer un dédoublement du concept d'être, à la fois univoque (en tant qu'attribué intrinsèquement à tous les analogués) et analogue (en tant que diversifié par ces analogués).[/list]
Je me rattache à cette seconde métaphysique, ce qui explique pourquoi, distinguant création stricto sensu (= ex nihilo) et création lato sensu (= création continuée non restreinte à la seule conservation par Dieu de l'être créé), je peux reconnaitre une co-création en toute co-opération de la créature à l'action divine. Dans cette perspective les affirmations d'Olivier peuvent se recevoir, mais il lui faut préalablement exactement préciser le sens qu'ont pour lui les vocables qu'il emploie.
[size=130]III - Conclusion. [/size]
[b]Un peu de scolastique ne fait de mal à personne.[/b] :)
La scolastique est nécessaire à l'intelligence discursive de la foi, à laquelle, in fine, elle se confond.