par Toto2 » mar. 14 nov. 2023, 20:34
Gaudens a écrit : ↑jeu. 17 nov. 2022, 18:41
Ce que vous nous avez raconté, Anachorète, fait froid dans le dos. Quel manque de charité, de pitié la plus élémentaire chez ces passagers du train...
Je comprends que l'Eglise ait interdit très longtemps les obsèques chrétiennes aux suicidés pour des raisons prophylactiques, il fallait empêcher l'épidémie de suicides. Mais interdisait-elle pour autant de prier pour eux privativement, voire de dire des messes à leur intention? Je ne sais, mais je crois fermement que ce sont eux qui ont le plus besoin de nos prières parmi les défunts tant leur entrée dans la vie éternelle aura été anormale, brutale, violente, colorée de culpabilité.
Non seulement je ne connais aucun texte qui interdisait que l'on priât pour les suicidés, mais en plus un texte très ancien (un cartulaire de l'époque carolingienne) autorise prières et aumônes tout en interdisant cérémonies et messes.
On constate une certaine évolution dans l'interdiction : si celle-ci comprenait l'interdiction des messes et accompagnement par le chant des Psaumes du défunt suicidé (voir concile de Braga de 561, ou concile d'Auxerre en 578, ou Nicolas Ier en 860, ou cartulaires carolingiens), le Code de droit canon de 1917 introduit une certaine nuance :
Can. 1240
§ 1 Sont privés de la sépulture ecclésiastique, à moins qu’ils n’aient donné quelque signe de pénitence avant leur mort:
[...]
3° Ceux qui se sont donnés la mort délibérément;
4° Ceux qui meurent en duel, ou d’une blessure qu’ils y ont reçue;
[...]
§ 2 Si dans les cas énoncés plus haut un doute surgit, on doit consulter l’Ordinaire lorsque le temps le permet; si le doute subsiste, le corps peut recevoir la sépulture ecclésiastique, mais de telle sorte que tout scandale soit écarté.
Can. 1241
A celui qui a été privé de la sépulture ecclésiastique doivent être refusés aussi la messe des obsèques, même anniversaire, et tous les autres offices funèbres publics.
Can. 1242
Si c’est possible sans grave inconvénient, le corps de l’excommunié ‘à éviter’ qui, malgré la décision des canons, a reçu la sépulture dans un lieu sacré, doit être exhumé, en observant la prescription du Can. 1214 § 1 et placé dans le lieu profane dont parle le Can. 1212.
Le terme de "publics" pourrait-il laisser sous-entendre qu'il était possible de faire célébrer une messe sine populo pour un suicidé ? J'en doute fort, dans la mesure où les messes sans peuple étaient très mal vues à cette époque (cf. Charles de Foucauld), le canon 813 en atteste.
Par ailleurs, le code de 1983 prescrit que l'accès à la messe est libre et gratuit. Si le terme de "libre" ne figure pas dans le code de 1983 au canon équivalent, je ne connais néanmoins aucune disposition religieuse qui limiterait l'accès à la messe.
Pour autant, à titre exceptionnel, la solution de messe de funérailles privée pourrait être un bon moyen de répondre à deux impératifs :
-prier pour le suicidé, qui en a besoin
-éviter toute cause de scandale en faisant comme si le suicide était un acte banal.
Bien sûr, le suicidé pouvait être dans un cas où sa liberté était extrêmement limitée, voire nulle (cas d'un fou, par exemple) ; mais à titre objectif, il s'est quand même suicidé.
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Ce que vous nous avez raconté, Anachorète, fait froid dans le dos. Quel manque de charité, de pitié la plus élémentaire chez ces passagers du train...
Je comprends que l'Eglise ait interdit très longtemps les obsèques chrétiennes aux suicidés pour des raisons prophylactiques, il fallait empêcher l'épidémie de suicides. Mais interdisait-elle pour autant de prier pour eux privativement, voire de dire des messes à leur intention? Je ne sais, mais je crois fermement que ce sont eux qui ont le plus besoin de nos prières parmi les défunts tant leur entrée dans la vie éternelle aura été anormale, brutale, violente, colorée de culpabilité.
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Non seulement je ne connais aucun texte qui interdisait que l'on priât pour les suicidés, mais en plus un texte très ancien (un cartulaire de l'époque carolingienne) autorise prières et aumônes tout en interdisant cérémonies et messes.
On constate une certaine évolution dans l'interdiction : si celle-ci comprenait l'interdiction des messes et accompagnement par le chant des Psaumes du défunt suicidé (voir concile de Braga de 561, ou concile d'Auxerre en 578, ou Nicolas Ier en 860, ou cartulaires carolingiens), le Code de droit canon de 1917 introduit une certaine nuance :
[quote]Can. 1240
§ 1 Sont privés de la sépulture ecclésiastique, à moins qu’ils n’aient donné quelque signe de pénitence avant leur mort:
[...]
3° Ceux qui se sont donnés la mort délibérément;
4° Ceux qui meurent en duel, ou d’une blessure qu’ils y ont reçue;
[...]
§ 2 Si dans les cas énoncés plus haut un doute surgit, on doit consulter l’Ordinaire lorsque le temps le permet; si le doute subsiste, le corps peut recevoir la sépulture ecclésiastique, mais de telle sorte que tout scandale soit écarté.
Can. 1241
A celui qui a été privé de la sépulture ecclésiastique doivent être refusés aussi la messe des obsèques, même anniversaire, et tous les autres offices funèbres [b]publics[/b].
Can. 1242
Si c’est possible sans grave inconvénient, le corps de l’excommunié ‘à éviter’ qui, malgré la décision des canons, a reçu la sépulture dans un lieu sacré, doit être exhumé, en observant la prescription du Can. 1214 § 1 et placé dans le lieu profane dont parle le Can. 1212.[/quote]
Le terme de "publics" pourrait-il laisser sous-entendre qu'il était possible de faire célébrer une messe sine populo pour un suicidé ? J'en doute fort, dans la mesure où les messes sans peuple étaient très mal vues à cette époque (cf. Charles de Foucauld), le canon 813 en atteste.
Par ailleurs, le code de 1983 prescrit que l'accès à la messe est libre et gratuit. Si le terme de "libre" ne figure pas dans le code de 1983 au canon équivalent, je ne connais néanmoins aucune disposition religieuse qui limiterait l'accès à la messe.
Pour autant, à titre exceptionnel, la solution de messe de funérailles privée pourrait être un bon moyen de répondre à deux impératifs :
-prier pour le suicidé, qui en a besoin
-éviter toute cause de scandale en faisant comme si le suicide était un acte banal.
Bien sûr, le suicidé pouvait être dans un cas où sa liberté était extrêmement limitée, voire nulle (cas d'un fou, par exemple) ; mais à titre objectif, il s'est quand même suicidé.