Bonjour Cinci,
Je ne vais pas répondre à tous les points que vous évoquez dans vos 2 derniers messages, mais je vais en prendre quelques-uns.
1- Modèle de Ferguson
Vous évoquez 2 fois ces prévisions de Ferguson, « élément déclencheur pour cette alerte mondiale sans précédent ». Le rapport de Ferguson date du 16 mars 2020, à une époque où on ne savait encore pas grand-chose sur la pandémie. Il évoque la possibilité d’avoir 510 000 morts au Royaume-Uni en l’absence de mesures pour freiner l’épidémie. Résultat, il y a eu aujourd’hui 158 000 morts avec toutes les mesures prises, confinement, distanciation sociale et vaccination, ensemble de mesures que vous qualifiez de médecine de cheval, et de mode d’administration brutal et frustre. Donc sans ce mode d’administration il n’est effectivement pas impossible que ce chiffre de 510 000 morts aurait pu être atteint. En tout cas, même si Ferguson s’est trompé, ce que nous ne saurons jamais, je préfère cette prévision à celle de Raoult qui prédisait qu’il n’y aurait même pas 500 morts en France. Si jamais Ferguson s’est trompé, il ne s’est pas plus trompé que d’un facteur 2. Raoult, lui s’est sûrement trompé, et d’un facteur supérieur à 200. Grâce au rapport Ferguson, Boris Johnson a quand même, un peu tard, décider de confiner, et heureusement.
2- L’industrie pharmaceutique et la science en général
Tout d’abord, vous utilisez un vocabulaire orienté en parlant de Big Pharma et de scientistes.
Oui, grâce à l’industrie pharmaceutique et la science, des centaines de millions de morts ont été évités depuis une centaine d’années, grâce aux découvertes en médecine et pharmacie. Des maladies ont été complètement éradiquées. La grippe espagnole qui a fait tant de morts par manque de médicaments et par un silence assourdissant des médias et des gouvernements, ferait sans doute aujourd’hui 20 à 50 fois moins de morts.
Vous fustigez le catastrophisme en considérant que la politique mondiale actuelle utilise ce mode de communication. C’est un procès d’intention, mais il est encore trop tôt pour le démontrer ou démontrer le contraire. Ce qui est sûr, c’est que quand vous affirmez que « Nos grand pontes de l’OMS ne cesseraient plus de nous sortir chaque trois trimestres des anticipations de cent millions de morts en extra à prévoir pour l’an prochain ou peut-être d’ici cinq ans », vous faites un procès d’intention. N’utilisez-vous pas là, sans aucun fondement, sans aucune preuve, le mécanisme du catastrophisme ?
Pour éviter ces affirmations tendancieuses, il est bon de revenir aux chiffres.
3- Les chiffres du covid-19
On peut discuter sans fin de la véracité des chiffres. Vous dites que les chiffres de la Santé publique devraient être revus à la baisse. Quelles sont vos sources pour dire cela ?
Comme je l’ai dit dans un message précédent, les chiffres français me paraissent globalement fiables. Ils sont cohérents avec les chiffres de surmortalité. Au niveau mondial, il est quasiment certain que les chiffres sont globalement largement sous-évalués. L’OMS parle d’un facteur de 1 à 2 ou 1 à 3. Les chiffres de la Russie et de l’Inde le sont sûrement (d’un facteur 2 pour la Russie et d’un facteur 6 pour l’Inde).
Vous parlez de la comorbidité. Oui, l’âge moyen des morts du covid étant de 82 ans, ces personnes étaient le plus souvent atteints d’autres maladies. Mais on peut vivre avec de diabète, une obésité ou d’autres maladies pendant plus de 10 ans, et même avec une vie tout à fait normale (sauf le fait de prendre régulièrement des médicaments et d’avoir des rendez-vous de médecins). Le chiffre de 94% que vous citez s’applique à des personnes ayant une comorbidité, pas une comorbidité grave.
On pourrait aussi parler des séquelles des malades du covid, celles qui sont avérées (j’ai 2 amis proches qui vivent maintenant avec un réservoir à oxygène à côté d’eux), et celles qui sont latentes, même en cas de covid léger. Voir
https://www.nouvelle-aquitaine.ars.sant ... -aquitaine
A propos de chiffres, d’où viennent les 400 jours de confinement et les 30 000 morts ?
Quel est l’intérêt de comparer le nombre de morts annuel en France (700 000) et le nombre de victimes causés en Irak par les États-Unis ? Ces deux chiffres n’ont absolument rien à voir et cela me parait être un hors sujet.
4- Interprétation des chiffres
Je suis quasiment sûr que les chiffres que je cite ne vous convaincront pas, et vous ne m’avez pas non plus convaincu avec les vôtres (c’est le phénomène de « mondes parallèles » que j’ai évoqué dans un précédent message).
En revanche, j’espère vous convaincre sur la fausseté du raisonnement qui vous conduit notamment à juger que le traitement de cette pandémie est inapproprié.
Parmi tous les raisonnements simples faits pour juger de l’efficacité des mesures prises contre la pandémie, il y en a des mauvais et un qui est bon. Les mauvais raisonnements consistent à évaluer l’efficacité des mesures prises en regardant les chiffres obtenus après la mise en place de ces mesures. Avec ces raisonnements faux, il y en a qui sont encore plus faux que les autres : Ce sont ceux qui considèrent comme « risibles » la mortalité due au covid. Ils sont encore plus faux que ceux qui, considérant la mortalité comme faible, en déduisent que les mesures ont été globalement bonnes. Le seul bon raisonnement consiste à estimer la mortalité évitée par les mesures prises.
Avec votre raisonnement, vous montreriez que les mesures prises par la Chine ont été catastrophiquement risibles, puisqu’ils ont n’ont quasiment aucun mort. A ce compte-là aussi, toutes les mesures prises pour éradiquer certaines maladies sont inacceptables puisqu’il n’y a plus de morts à déplorer.
Vous commettez donc un contresens complet et avez choisi le plus mauvais raisonnement.
Voyons maintenant le bon raisonnement. L’évaluation de l’efficacité des mesures prises ne peut se faire qu’en estimant le gain obtenu par l’effet de ces mesures. Par définition, cette estimation ne peut être qu’indirecte, en comparant les chiffres de différents pays du monde.
Il est difficile d’évaluer l’effet de la distanciation sociale, mais trois mesures fortes ont eu à mon avis des effets importants.
- La fermeture des frontières
Sans doute une mesure très forte, pour les pays qui recevaient beaucoup de visiteurs.
- Le confinement
L’étude des dates de mises en place d’un confinement ont montré par exemple, des évolutions défavorables du nombre de morts dans les pays où le confinement à été mis en place tardivement (Royaume-Uni et Belgique), ou très tardivement (Etats-Unis et Brésil) quand les dirigeants de ces 2 derniers pays qualifiaient le covid de gripette. Quant à la Suède, qui n’a jamais confiné complètement, elle déplore 4 fois plus de morts que ses voisins immédiats (rapport bien plus important que celui prédit par Ferguson).
- La vaccination
Pour évaluer l’effet de la vaccination, il faut évidemment ne regarder que les chiffres postérieurs à leur mise en place.
Regardons l’exemple des pays de l’Europe de l’Est.
Ces pays, heureusement, n’ont quasiment pas été touchés par la première vague. Or, malgré cela, on retrouve aujourd’hui 9 de ces pays parmi les 10 pays du monde qui déplorent le plus de morts par habitants (et 16 pays parmi les 20 pays avec le plus de morts). Ces pays ont un taux de vaccination entre 20% et 72%, avec une moyenne d’environ 50%, soit 25% à 30% de moins que la moyenne des pays les plus touchés. Globalement, ces pays ont en moyenne 2 fois plus de morts par habitant que la France (4000/ 1 million contre 2000/ 1 million).
On peut donc estimer, évidemment estimation très grossière, que l’absence de confinement aurait causé en France 2 fois plus de morts (je suis très en deçà du rapport 4 relatif à la Suède) et une vaccination à seulement 50% également 2 fois plus de morts, soit un total de 4 fois plus de morts car les 2 mesures, prises à des moments très différents, se multiplient.
On aurait donc évité 300 000 morts. Est-ce négligeable ? Certainement pas.
Je pense donc, pour reprendre l’observation de menochios, qu’avant de crier au catastrophisme, il est bon de regarder les chiffres et de ne pas faire d’interprétation erronée.