par Serge BS » mar. 25 sept. 2007, 17:30
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La prise de conscience de la fragilité de l'environnement pris dans sa globalité est désormais une évidence partagée par tous. Toute véritable action en matière d'environnement ne peut donc être que globale et se doit de concerner tous les acteurs de la vie économique et sociale, acteurs qui sont tous, chacun à sa manière, des acteurs de l'environnement tel qu'il est défini, c'est-à-dire comme l'ensemble des facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, esthétiques et autres, constituant le cadre dans lequel un organisme exerce ses activités. Une politique de l'environnement réaliste doit donc concerner tous les citoyens, qu'ils agissent en tant que travailleurs, consommateurs, électeurs, etc.... Il n'est pas nécessaire de se lancer dans de nouvelles politiques ambitieuses, les solutions sont souvent simples et peu coûteuses, même si des efforts sont nécessaires, et même s'il est nécessaire de maintenir des sanctions à l'égard de ceux qui se refusent à respecter leur environnement, c'est-à-dire leur prochain au sens chrétien du terme, leurs voisins, et ... eux-mêmes; celui qui pollue l'air plus que nécessaire doit bien comprendre qu'il est aussi un consommateur de cet air et donc sa propre victime.... Faire passer ce message est fondamental. Bien faire en matière d'environnement ne coûte pas toujours cher, mais il faut faire preuve d'imagination.....
L'économie de marché et l'environnement peuvent êtrecompatibles, mais cela nécessite un renforcement du rôle de l'État comme arbitre de la vie sociale; comme un arbitre de football peut donner un carton jaune ou expulser un joueur, l'État doit pouvoir de manière indépendante et souveraine, sous contrôle de la Justice qui est l'une des composantes de son pouvoir, avertir et sanctionner -parfois très durement- ceux qui ne jouent pas le jeu de l'environnement. Il s'agit en fait d'être des et non pas des comme le sont malheureusement certains mouvements qui, nés d'une bonne volonté et d'un réel besoin, ne sont plus que des machines électorales pour lesquelles l'environnement n'est qu'un alibi. L'environnement est donc un élément fondamental tant de la politique que de l'économie, et il ne doit en aucun cas être un otage, une excuse ou un prétexte à des volontés politiques. N'oublions jamais que l'homme a toujours su s'adapter rapidement à son environnement et à ses modifications ; mais n'oublions pas non plus que cette rapidité même de l'homme à l'adaptation et de perception peut le conduire à sa perte, tout comme elle peut se révéler trop lente face aux dégâts causés à la planète, puisque nous ne vivons pour l'instant que les conséquences des pollutions du milieu du ... XIXème siècle (ce qui laisse augurer de l'avenir si rien n'est fait !) ! Une véritable politique de l'environnement ne doit donc pas se faire contre l'homme, mais elle ne peut pas non plus se faire contre la nature ! L'environnement n'est ni Vert, ni de Gauche, ni de Droite, ni du Centre ... Il appartient à tous. Il est neutre politiquement. Il est au dessus des Partis et des mouvances politiques..... Il est neutre économiquement. Il est au dessus des Écoles et du marché....
Il ne faut enfin pas oublier que toute proclamation d'une société sans déchets, sans risques, sans nuisances n'est que mensonge, ne relève que de la démagogie et de la méconnaissance élémentaire de la nature elle-même. Le monde n'est pas bon et idyllique par nature; la nature n'est pas un Éden que l'homme chercherait à détruire : elle est cruelle en tous ses éléments qu'ils soient biologiques, climatiques ou géologiques. L'homme n'est pas là pour la dominer comme il le croit au sens matériellement humain, mais bien au sens divin ! il la subit comme tout être vivant... Il peut chercher à la domestiquer, il doit la respecter, mais il ne la maîtrisera jamais car elle est d'une essence autre dont il n'est qu'un produit et qu'un élément, et ce même s'il est le sommet de la Création. L'activité humaine peut détruire la nature et menacer la propre survie de l'espèce humaine, mais la nature elle-même génère des actions qui la conduisent elle-même à sa transformation. L'homme doit surtout veiller à ne pas modifier de manière trop sensible cette autorégulation de la nature, c'est-à-dire qu'il doit être respectueux de l'environnement. les interactions entre l'homme, ses activités, la nature, l'environnement et la santé sont réelles; c'est là le sens de la volonté d'assurer un développement durable, c'est-à-dire de mettre en place de nouvelles façons de penser les actes de production et de consommation, en aucun cas de remettre en cause le progrès. Progrès et nature ne sont pas a priori antinomiques et exclusifs l'un de l'autre; progrès et nature sont complémentaires... La nature elle-même progresse, a progressé et progressera sans l'intervention de l'homme. Renoncer au progrès et au bien-être au motif d'un pseudo-état de nature intemporel et figé n'est qu'une aberration, qu'une dérive d'idée sans aucune conscience des réalités, non seulement de l'homme et de la société, mais aussi de la nature elle-même. Pervertir le rôle de l'homme dans la nature est donc contre-nature, contre Dieu lui-même qui a confié la Terre à l'homme; réfléchir sur les rapports de l'activité humaine à l'environnement est par contre nature, donc relevant du divin. Le rôle d'une politique globale et raisonnée de l'environnement est donc d'assurer l'harmonie entre le progrès humain et la nature, en aucun cas de les opposer, l'homme étant un élément de la nature dont il dépend, ... ce qu'il ne doit jamais oublier !
Les cinq principes prioritaires découlant du Sommet de Rio constituent les cinq clés de toute politique humaine et raisonnée de l'environnement, et ce sont eux qui doivent piloter toute politique globale de l'environnement. La prise en compte du caractère d'intérêt général de la protection de l'environnement et de l'usage raisonné et raisonnable des ressources naturelles, l'application réaliste du principe pollueur-payeur, le droit du public à l'information, le droit d'agir en justice, le principe de précaution -et son corollaire qu'est le principe de prévention- sont autant d'impératifs qui s'imposent, non seulement aux hommes politiques mais à la société humaine dans sa globalité et dans sa diversité. Les grands principes de l'environnement sont tous des principes chrétiens; ceci est particulièrement évident lorsque l'on médite le commandement d'Amour du prochain que nous a donné le Christ, mais transparaît aussi au fil desProverbes, et notamment du premier recueil salomonien [Pr 10-21; 22, 1-16], ou encore dans le Deutéronome.
Ces principes s'imposent donc à tous les chrétiens qui ont donc pour devoir sacré de participer par leurs paroles, par leurs actions et dans leur vie à la préservation de la nature et de l'environnement, fruits de la création. En veut-on quelques exemples ?
- précaution: cf. Ep 5, 15 …
- précaution et avantages/charges : Lc 14, 28 …
- responsabilité : Dt 20,19 …
- responsabilité et pollueur-payeur : Jr 2, 23…
- correction par priorité à la source : Mt 7, 3 & 5…
- développement soutenable : Mt 16, 26 ; Jc 2, 14-16…, mais aussi : Jean-Paul II, Sollicitudo Rei Socialis, Éd. Mediaspaul, Paris, 1988, n. 34, pp. 67-68 ; Christifideles Laici, Éd. Mediaspaul, Paris, 1988, n. 43, page 131…
Ces paroles -et bien d'autres encore, notamment celles tirées des Encycliques publiées depuis Jean XXIII- sont à méditer et imposent au chrétien, dans le sens du message de 1971 de Paul VI et des écrits de Jean-Paul II, à repenser leur vie à l'aune de la nature, donc de Dieu, la nature étant la Création elle-même, la Création étant la première manifestation du dessein de Dieu sur le monde et sur l'homme (Catéchisme de l'Église Catholique, Centurion/Cerf/Fleurus-Mame, Paris, 1998, éd. définitive, page 762).
Nous devons vivre l’environnement comme un service de Gloire rendu à Dieu, comme une résonance du Cantique des créatures et comme une synthèse vivante de la perception de la faiblesse de l'homme face au monde, qui lui a été donné en héritage par Dieu et qu'il donnera lui-même en héritage à ses enfants, et face à Dieu lui-même. Il suffit parfois de rappeler quelques idées simples, de rappeler ce qu'est le rôle de l'homme dans la nature…
Lorsque l'on évoque les grands principes de l'environnement, il faut enfin toujours éviter les fantasmes, toujours garder à l'esprit et surtout comprendre que nul investissement -à la condition qu'il soit réfléchi et fondé sur des principes clairs- n'est fait à fonds perdus, et surtout que l'approche globale et non plus sectorielle s'impose, d'où le rôle fondamental de l'éducation, non seulement celle des enfants, mais aussi celle des peuples et de leurs dirigeants; cette globalité -qui induit la connaissance et le respect mutuel des diverses sociétés humaines- doit tenir compte des diversités culturelles et économiques existantes -d'où la permanence de l'idée de libre choix et la seule réelle vitalité de la préservation de l'environnement dans les seules sociétés démocratiques-, mais sans jamais oublier que la création, l'irrationnel, l'inattendu et la démesure -comme le rappelle souvent Federico Mayor- sont les caractères qui font l'homme, l'homme dont il ne faut jamais oublier la réalité de la fonction et le pourquoi, l'homme n'étant jamais aussi rationnel qu'une loi ou qu'un territoire. Relisons donc la Déclaration de Venise du 7 mars 1986 -publiée sous l'égide de l’UNESCO, et cessons d'opposer tradition et science, développons une véritable recherche transdisciplinaire et recherchons des modes nouveaux d'éducation, non plus rompant avec le passé, mais assurant la passerelle entre ce même passé et les créations du progrès. Dans tous les cas, l'économie, le droit, l'histoire, la philosophie, la culture ne sont que des éléments d'une réponse globale à la problématique des atteintes à l'environnement...
Dans tous les cas, toute approche de l'environnement ne peut se faire que dans une vision sacrée de la Terre, notre soeur et notre mère comme le rappelait et le rappelle aujourd'hui encore Saint François d'Assise..., Saint François d'Assise dont la simplicité de coeur et l'idée du bonheur devraient nous inspirer, tout comme l'idéal d'amour d'une Thérèse de Lisieux -cet amour qui est tout, qui embrase tous les temps et tous les lieux parce qu'il est éternel, cet amour du prochain qui est le seul commandement que nous ait laissé ésus-Christ-, mais aussi son message d'humilité, doit éclairer nos coeurs au moment de prendre des décisions graves, non pas pour le seul présent, mais aussi pour le futur, pour l'avenir de l'oeuvre de Dieu... Tout cela constitue un message d'optimisme, mais pas d'optimisme béat, mais bien plus espérance toujours renouvelée en Dieu.
Bref, cessons de nous lamenter sur le passé, et, comme nous le demande Jean-Paul II, cessons d'avoir peur ! La vie n'est faite que de leçons du passé ! La vie est comme un tapis roulant où défilent des bougies que nous devons allumer... Cherchons surtout à allumer les bougies qui passent devant nous et cessons de ne regarder que les bougies oubliées ou les bougies à venir; à ne regarder que les bougies de l'avenir, on en oublie celle du présent. Cessons donc de nous lamenter et préoccupons nous du temps présent, laissant les bougies oubliées à la Providence de Dieu..., ce qui ne doit cependant pas nous elmpêcher d'agir, bien au contraire ! Pensons donc correction des erreurs du passé... Pensons donc précaution et prévention au présent pour l'avenir, mais ne soyons pas les esclaves du temps passé, sur lequel on ne peut plus revenir... N'ayons plus peur ! Osons ! Osons, car comme le dit Yahvé à Salomon :
"Pour toi, si tu marches devant moi..., dans l'innocence du coeur et la droiture, si tu agis selon tout ce que je te commande et si tu observes mes lois et mes ordonnances, je maintiendrai pour toujours ton trône royal (...); mais si vous m'abandonnez, vous et vos fils, si vous n'observez pas les commandements et les lois que je vous ai proposés, (...), ce Temple que j'ai consacré à mon Nom, je le rejetterai de ma présence... " [1 R 9, 4-7].
Osons, mais en dignes enfants du Seigneur, libres mais surtout responsables !
" 37. A côté du problème de la consommation, la question de l'écologie, qui lui est étroitement connexe, inspire autant d'inquiétude. L'homme, saisi par le désir d'avoir et de jouir plus que par celui d'être et de croître, consomme d'une manière excessive et désordonnée les ressources de la terre et sa vie même. A l'origine de la destruction insensée du milieu naturel, il y a une erreur anthropologique, malheureusement répandue à notre époque. L'homme, qui découvre sa capacité de transformer et en un sens de créer le monde par son travail, oublie que cela s'accomplit toujours à partir du premier don originel des choses fait par Dieu. Il croit pouvoir disposer arbitrairement de la terre, en la soumettant sans mesure à sa volonté, comme si elle n'avait pas une forme et une destination antérieures que Dieu lui a données, que l'homme peut développer mais qu'il ne doit pas trahir. Au lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l'oeuvre de la création, l'homme se substitue à Dieu et, ainsi, finit par provoquer la révolte de la nature, plus tyrannisée que gouvernée par lui .
En cela, on remarque avant tout la pauvreté ou la mesquinerie du regard de l'homme, plus animé par le désir de posséder les choses que de les considérer par rapport à la vérité, et qui ne prend pas l'attitude désintéressée, faite de gratuité et de sens esthétique, suscitée par l'émerveillement pour l'être et pour la splendeur qui permet de percevoir dans les choses visibles le message de Dieu invisible qui les a créées. Dans ce domaine, l'humanité d'aujourd'hui doit avoir conscience de ses devoirs et de ses responsabilités envers les générations à venir.
38. En dehors de la destruction irrationnelle du milieu naturel, il faut rappeler ici la destruction encore plus grave du milieu humain, à laquelle on est cependant loin d'accorder l'attention voulue. Alors que l'on se préoccupe à juste titre, même si on est bien loin de ce qui serait nécessaire, de sauvegarder les habitats naturels des différentes espèces animales menacées d'extinction, parce qu'on se rend compte que chacune d'elles apporte sa contribution particulière à l'équilibre général de la terre, on s'engage trop peu dans la sauvegarde des conditions morales d'une " écologie humaine " authentique. Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l'homme qui doit en faire usage dans le respect de l'intention primitive, bonne, dans laquelle elle a été donnée, mais l'homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté. Dans ce contexte, il faut mentionner les problèmes graves posés par l'urbanisation moderne, la nécessité d'un urbanisme soucieux de la vie des personnes, de même que l'attention qu'il convient de porter à une " écologie sociale " du travail.
L'homme reçoit de Dieu sa dignité essentielle et, avec elle, la capacité de transcender toute organisation de la société dans le sens de la vérité et du bien. Toutefois, il est aussi conditionné par la structure sociale dans laquelle il vit, par l'éducation reçue et par son milieu. Ces éléments peuvent faciliter ou entraver sa vie selon la vérité. Les décisions grâce auxquelles se constitue un milieu humain peuvent créer des structures de péché spécifiques qui entravent le plein épanouissement de ceux qu'elles oppriment de différentes manières. Démanteler de telles structures et les remplacer par des formes plus authentiques de convivialité constitue une tâche qui requiert courage et patience .
39. La première structure fondamentale pour une " écologie humaine " est la famille, au sein de laquelle l'homme reçoit des premières notions déterminantes concernant la vérité et le bien, dans laquelle il apprend ce que signifie aimer et être aimé et, par conséquent, ce que veut dire concrètement être une personne. On pense ici à la famille fondée sur le mariage, où le don de soi réciproque de l'homme et de la femme crée un milieu de vie dans lequel l'enfant peut naître et épanouir ses capacités, devenir conscient de sa dignité et se préparer à affronter son destin unique et irremplaçable. Il arrive souvent, au contraire, que l'homme se décourage de réaliser les conditions authentiques de la reproduction humaine, et il est amené à se considérer lui-même et à considérer sa propre vie comme un ensemble de sensations à expérimenter et non comme une oeuvre à accomplir. Il en résulte un manque de liberté qui fait renoncer au devoir de se lier dans la stabilité avec une autre personne et d'engendrer des enfants, ou bien qui amène à considérer ceux-ci comme une de ces nombreuses " choses " que l'on peut avoir ou ne pas avoir, au gré de ses goûts, et qui entrent en concurrence avec d'autres possibilités.
Il faut en revenir à considérer la famille comme le sanctuaire de la vie. En effet, elle est sacrée, elle est le lieu où la vie, don de Dieu, peut être convenablement accueillie et protégée contre les nombreuses attaques auxquelles elle est exposée, le lieu où elle peut se développer suivant les exigences d'une croissance humaine authentique. Contre ce qu'on appelle la culture de la mort, la famille constitue le lieu de la culture de la vie.
Dans ce domaine, le génie de l'homme semble s'employer plus à limiter, à supprimer ou à annuler les sources de la vie, en recourant même à l'avortement, malheureusement très diffusé dans le monde, qu'à défendre et à élargir les possibilités de la vie elle-même. Dans l'encyclique Sollicitudo rei socialis, ont été a dénoncés les campagnes systématiques contre la natalité qui, fondées sur une conception faussée du problème démographique dans un climat de " manque absolu de respect pour la liberté de décision des personnes intéressées ", les soumettent fréquemment " à d'intolérables pressions 3 pour les plier à cette forme nouvelle d'oppression " . Il s'agit de politiques qui étendent leur champ d'action avec des techniques nouvelles jusqu'à parvenir, comme dans une " guerre chimique ", à empoisonner la vie de millions d'êtres humains sans défense.
Ces critiques s'adressent moins à un système économique qu'à un système éthique et culturel. En effet, l'économie n'est qu'un aspect et une dimension dans la complexité de l'activité humaine. Si elle devient un absolu, si la production et la consommation des marchandises finissent par occuper le centre de la vie sociale et deviennent la seule valeur de la société, soumise à aucune autre, il faut en chercher la cause non seulement et non tant dans le système économique lui-même, mais dans le fait que le système socio-culturel, ignorant la dimension éthique et religieuse, s'est affaibli et se réduit alors à la production des biens et des services .
On peut résumer tout cela en réaffirmant, une fois encore, que la liberté économique n'est qu'un élément de la liberté humaine. Quand elle se rend autonome, quand l'homme est considéré plus comme un producteur ou un consommateur de biens que comme un sujet qui produit et consomme pour vivre, alors elle perd sa juste relation avec la personne humaine et finit par l'aliéner et par l'opprimer .
40. L'Etat a le devoir d'assurer la défense et la protection des biens collectifs que sont le milieu naturel et le milieu humain dont la sauvegarde ne peut être obtenue par les seuls mécanismes du marché. Comme, aux temps de l'ancien capitalisme, l'Etat avait le devoir de défendre les droits fondamentaux du travail, de même, avec le nouveau capitalisme, il doit, ainsi que la société, défendre les biens collectifs qui, entre autres, constituent le cadre à l'intérieur duquel il est possible à chacun d'atteindre légitimement ses fins personnelles.
On retrouve ici une nouvelle limite du marché : il y a des besoins collectifs et qualitatifs qui ne peuvent être satisfaits par ses mécanismes ; il y a des nécessités humaines importantes qui échappent à sa logique ; il y a des biens qui, en raison de leur nature, ne peuvent ni ne doivent être vendus ou achetés. Certes, les mécanismes du marché présentent des avantages solides : entre autres, ils aident à mieux utiliser les ressources ; ils favorisent les échanges de produits ; et, surtout, ils placent au centre la volonté et les préférences de la personne, qui, dans un contrat, rencontrent celles d'une autre personne. Toutefois, ils comportent le risque d'une " idolâtrie " du marché qui ignore l'existence des biens qui, par leur nature, ne sont et ne peuvent être de simples marchandises. " (Jean-Paul II, Centesimus Annus).
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La prise de conscience de la fragilité de l'environnement pris dans sa globalité est désormais une évidence partagée par tous. Toute véritable action en matière d'environnement ne peut donc être que globale et se doit de concerner tous les acteurs de la vie économique et sociale, acteurs qui sont tous, chacun à sa manière, des acteurs de l'environnement tel qu'il est défini, c'est-à-dire comme l'ensemble des facteurs physiques, chimiques, biologiques, sociaux, esthétiques et autres, constituant le cadre dans lequel un organisme exerce ses activités. Une politique de l'environnement réaliste doit donc concerner tous les citoyens, qu'ils agissent en tant que travailleurs, consommateurs, électeurs, etc.... Il n'est pas nécessaire de se lancer dans de nouvelles politiques ambitieuses, les solutions sont souvent simples et peu coûteuses, même si des efforts sont nécessaires, et même s'il est nécessaire de maintenir des sanctions à l'égard de ceux qui se refusent à respecter leur environnement, c'est-à-dire leur prochain au sens chrétien du terme, leurs voisins, et ... eux-mêmes; celui qui pollue l'air plus que nécessaire doit bien comprendre qu'il est aussi un consommateur de cet air et donc sa propre victime.... Faire passer ce message est fondamental. Bien faire en matière d'environnement ne coûte pas toujours cher, mais il faut faire preuve d'imagination.....
[b]L'économie de marché et l'environnement peuvent êtrecompatibles[/b], mais cela nécessite un renforcement du rôle de l'État comme arbitre de la vie sociale; comme un arbitre de football peut donner un carton jaune ou expulser un joueur, l'État doit pouvoir de manière indépendante et souveraine, sous contrôle de la Justice qui est l'une des composantes de son pouvoir, avertir et sanctionner -parfois très durement- ceux qui ne jouent pas le jeu de l'environnement. Il s'agit en fait d'être des et non pas des comme le sont malheureusement certains mouvements qui, nés d'une bonne volonté et d'un réel besoin, ne sont plus que des machines électorales pour lesquelles l'environnement n'est qu'un alibi. L'environnement est donc un élément fondamental tant de la politique que de l'économie, et il ne doit en aucun cas être un otage, une excuse ou un prétexte à des volontés politiques. N'oublions jamais que l'homme a toujours su s'adapter rapidement à son environnement et à ses modifications ; mais n'oublions pas non plus que cette rapidité même de l'homme à l'adaptation et de perception peut le conduire à sa perte, tout comme elle peut se révéler trop lente face aux dégâts causés à la planète, puisque nous ne vivons pour l'instant que les conséquences des pollutions du milieu du ... XIXème siècle (ce qui laisse augurer de l'avenir si rien n'est fait !) ! Une véritable politique de l'environnement ne doit donc pas se faire contre l'homme, mais elle ne peut pas non plus se faire contre la nature ! L'environnement n'est ni Vert, ni de Gauche, ni de Droite, ni du Centre ... Il appartient à tous. Il est neutre politiquement. Il est au dessus des Partis et des mouvances politiques..... Il est neutre économiquement. Il est au dessus des Écoles et du marché....
Il ne faut enfin pas oublier que [b]toute proclamation d'une société sans déchets, sans risques, sans nuisances n'est que mensonge, ne relève que de la démagogie et de la méconnaissance élémentaire de la nature elle-même[/b]. Le monde n'est pas bon et idyllique par nature; la nature n'est pas un Éden que l'homme chercherait à détruire : elle est cruelle en tous ses éléments qu'ils soient biologiques, climatiques ou géologiques. L'homme n'est pas là pour la dominer comme il le croit au sens matériellement humain, mais bien au sens divin ! il la subit comme tout être vivant... Il peut chercher à la domestiquer, il doit la respecter, mais il ne la maîtrisera jamais car elle est d'une essence autre dont il n'est qu'un produit et qu'un élément, et ce même s'il est le sommet de la Création. L'activité humaine peut détruire la nature et menacer la propre survie de l'espèce humaine, mais la nature elle-même génère des actions qui la conduisent elle-même à sa transformation. L'homme doit surtout veiller à ne pas modifier de manière trop sensible cette autorégulation de la nature, c'est-à-dire qu'il doit être respectueux de l'environnement. les interactions entre l'homme, ses activités, la nature, l'environnement et la santé sont réelles; c'est là le sens de la volonté d'assurer un développement durable, c'est-à-dire de mettre en place de nouvelles façons de penser les actes de production et de consommation, en aucun cas de remettre en cause le progrès. Progrès et nature ne sont pas a priori antinomiques et exclusifs l'un de l'autre; progrès et nature sont complémentaires... La nature elle-même progresse, a progressé et progressera sans l'intervention de l'homme. Renoncer au progrès et au bien-être au motif d'un pseudo-état de nature intemporel et figé n'est qu'une aberration, qu'une dérive d'idée sans aucune conscience des réalités, non seulement de l'homme et de la société, mais aussi de la nature elle-même. Pervertir le rôle de l'homme dans la nature est donc contre-nature, contre Dieu lui-même qui a confié la Terre à l'homme; réfléchir sur les rapports de l'activité humaine à l'environnement est par contre nature, donc relevant du divin. Le rôle d'une politique globale et raisonnée de l'environnement est donc d'assurer l'harmonie entre le progrès humain et la nature, en aucun cas de les opposer, l'homme étant un élément de la nature dont il dépend, ... ce qu'il ne doit jamais oublier !
Les cinq principes prioritaires découlant du Sommet de Rio constituent les cinq clés de toute politique humaine et raisonnée de l'environnement, et ce sont eux qui doivent piloter toute politique globale de l'environnement. La prise en compte du caractère d'intérêt général de la protection de l'environnement et de l'usage raisonné et raisonnable des ressources naturelles, l'application réaliste du principe pollueur-payeur, le droit du public à l'information, le droit d'agir en justice, le principe de précaution -et son corollaire qu'est le principe de prévention- sont autant d'impératifs qui s'imposent, non seulement aux hommes politiques mais à la société humaine dans sa globalité et dans sa diversité. [b]Les grands principes de l'environnement sont tous des principes chrétiens; ceci est particulièrement évident lorsque l'on médite le commandement d'Amour du prochain que nous a donné le Christ[/b], mais transparaît aussi au fil des[i]Proverbes[/i], et notamment du premier recueil salomonien [Pr 10-21; 22, 1-16], ou encore dans le [i]Deutéronome[/i].
Ces principes s'imposent donc à tous les chrétiens qui ont donc pour devoir sacré de participer par leurs paroles, par leurs actions et dans leur vie à la préservation de la nature et de l'environnement, fruits de la création. En veut-on quelques exemples ?
- précaution: cf. Ep 5, 15 …
- précaution et avantages/charges : Lc 14, 28 …
- responsabilité : Dt 20,19 …
- responsabilité et pollueur-payeur : Jr 2, 23…
- correction par priorité à la source : Mt 7, 3 & 5…
- développement soutenable : Mt 16, 26 ; Jc 2, 14-16…, mais aussi : Jean-Paul II, [i]Sollicitudo Rei Socialis[/i], Éd. Mediaspaul, Paris, 1988, n. 34, pp. 67-68 ; [i]Christifideles Laici[/i], Éd. Mediaspaul, Paris, 1988, n. 43, page 131…
Ces paroles -et bien d'autres encore, notamment celles tirées des Encycliques publiées depuis Jean XXIII- sont à méditer et imposent au chrétien, dans le sens du message de 1971 de Paul VI et des écrits de Jean-Paul II, à repenser leur vie à l'aune de la nature, donc de Dieu, la nature étant la Création elle-même, la Création étant la première manifestation du dessein de Dieu sur le monde et sur l'homme ([i]Catéchisme de l'Église Catholique[/i], Centurion/Cerf/Fleurus-Mame, Paris, 1998, éd. définitive, page 762).
Nous devons vivre l’environnement comme un service de Gloire rendu à Dieu, comme une résonance du [i]Cantique des créatures[/i] et comme une synthèse vivante de la [b]perception de la faiblesse de l'homme face au monde, qui lui a été donné en héritage par Dieu et qu'il donnera lui-même en héritage à ses enfants, et face à Dieu lui-même[/b]. Il suffit parfois de rappeler quelques idées simples, de rappeler ce qu'est le rôle de l'homme dans la nature…
Lorsque l'on évoque les grands principes de l'environnement, il faut enfin toujours éviter les fantasmes, toujours garder à l'esprit et surtout comprendre que nul investissement -à la condition qu'il soit réfléchi et fondé sur des principes clairs- n'est fait à fonds perdus, et surtout que l'approche globale et non plus sectorielle s'impose, d'où le rôle fondamental de l'éducation, non seulement celle des enfants, mais aussi celle des peuples et de leurs dirigeants; cette globalité -qui induit la connaissance et le respect mutuel des diverses sociétés humaines- doit tenir compte des diversités culturelles et économiques existantes -d'où la permanence de l'idée de libre choix et la seule réelle vitalité de la préservation de l'environnement dans les seules sociétés démocratiques-, mais sans jamais oublier que la création, l'irrationnel, l'inattendu et la démesure -comme le rappelle souvent Federico Mayor- sont les caractères qui font l'homme, l'homme dont il ne faut jamais oublier la réalité de la fonction et le pourquoi, l'homme n'étant jamais aussi rationnel qu'une loi ou qu'un territoire. Relisons donc la Déclaration de Venise du 7 mars 1986 -publiée sous l'égide de l’UNESCO, et cessons d'opposer tradition et science, développons une véritable recherche transdisciplinaire et recherchons des modes nouveaux d'éducation, non plus rompant avec le passé, mais assurant la passerelle entre ce même passé et les créations du progrès. Dans tous les cas, l'économie, le droit, l'histoire, la philosophie, la culture ne sont que des éléments d'une réponse globale à la problématique des atteintes à l'environnement...
Dans tous les cas, toute approche de l'environnement ne peut se faire que dans une vision sacrée de la Terre, notre soeur et notre mère comme le rappelait et le rappelle aujourd'hui encore Saint François d'Assise..., Saint François d'Assise dont la simplicité de coeur et l'idée du bonheur devraient nous inspirer, tout comme l'idéal d'amour d'une Thérèse de Lisieux -cet amour qui est tout, qui embrase tous les temps et tous les lieux parce qu'il est éternel, cet amour du prochain qui est le seul commandement que nous ait laissé ésus-Christ-, mais aussi son message d'humilité, doit éclairer nos coeurs au moment de prendre des décisions graves, non pas pour le seul présent, mais aussi pour le futur, pour l'avenir de l'oeuvre de Dieu... Tout cela constitue [b]un message d'optimisme, mais pas d'optimisme béat, mais bien plus espérance toujours renouvelée en Dieu[/b].
Bref, cessons de nous lamenter sur le passé, et, comme nous le demande Jean-Paul II, cessons d'avoir peur ! La vie n'est faite que de leçons du passé ! La vie est comme un tapis roulant où défilent des bougies que nous devons allumer... Cherchons surtout à allumer les bougies qui passent devant nous et cessons de ne regarder que les bougies oubliées ou les bougies à venir; à ne regarder que les bougies de l'avenir, on en oublie celle du présent. Cessons donc de nous lamenter et préoccupons nous du temps présent, laissant les bougies oubliées à la Providence de Dieu..., ce qui ne doit cependant pas nous elmpêcher d'agir, bien au contraire ! [b]Pensons donc correction des erreurs du passé... Pensons donc précaution et prévention au présent pour l'avenir, mais ne soyons pas les esclaves du temps passé, sur lequel on ne peut plus revenir... [/b] N'ayons plus peur ! Osons ! Osons, car comme le dit Yahvé à Salomon :
"[i]Pour toi, si tu marches devant moi..., dans l'innocence du coeur et la droiture, si tu agis selon tout ce que je te commande et si tu observes mes lois et mes ordonnances, je maintiendrai pour toujours ton trône royal (...); mais si vous m'abandonnez, vous et vos fils, si vous n'observez pas les commandements et les lois que je vous ai proposés, (...), ce Temple que j'ai consacré à mon Nom, je le rejetterai de ma présence... [/i]" [1 R 9, 4-7].
[b]Osons, mais en dignes enfants du Seigneur, libres mais surtout responsables ! [/b]
" [i]37. A côté du problème de la consommation, [/i]la question de l'écologie[i], qui lui est étroitement connexe, inspire autant d'inquiétude. L'homme, saisi par le désir d'avoir et de jouir plus que par celui d'être et de croître, consomme d'une manière excessive et désordonnée les ressources de la terre et sa vie même. A l'origine de la destruction insensée du milieu naturel, il y a une erreur anthropologique, malheureusement répandue à notre époque. L'homme, qui découvre sa capacité de transformer et en un sens de créer le monde par son travail, oublie que cela s'accomplit toujours à partir du premier don originel des choses fait par Dieu. Il croit pouvoir disposer arbitrairement de la terre, en la soumettant sans mesure à sa volonté, comme si elle n'avait pas une forme et une destination antérieures que Dieu lui a données, que l'homme peut développer mais qu'il ne doit pas trahir. Au lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l'oeuvre de la création, l'homme se substitue à Dieu et, ainsi, finit par provoquer la révolte de la nature, plus tyrannisée que gouvernée par lui .
En cela, on remarque avant tout la pauvreté ou la mesquinerie du regard de l'homme, plus animé par le désir de posséder les choses que de les considérer par rapport à la vérité, et qui ne prend pas l'attitude désintéressée, faite de gratuité et de sens esthétique, suscitée par l'émerveillement pour l'être et pour la splendeur qui permet de percevoir dans les choses visibles le message de Dieu invisible qui les a créées. Dans ce domaine, l'humanité d'aujourd'hui doit avoir conscience de ses devoirs et de ses responsabilités envers les générations à venir.
38. En dehors de la destruction irrationnelle du milieu naturel, il faut rappeler ici la destruction encore plus grave du milieu humain, à laquelle on est cependant loin d'accorder l'attention voulue. Alors que l'on se préoccupe à juste titre, même si on est bien loin de ce qui serait nécessaire, de sauvegarder les habitats naturels des différentes espèces animales menacées d'extinction, parce qu'on se rend compte que chacune d'elles apporte sa contribution particulière à l'équilibre général de la terre, on s'engage trop peu dans [/i]la sauvegarde des conditions morales d'une " écologie humaine " authentique[i]. Non seulement la terre a été donnée par Dieu à l'homme qui doit en faire usage dans le respect de l'intention primitive, bonne, dans laquelle elle a été donnée, mais l'homme, lui aussi, est donné par Dieu à lui-même et il doit donc respecter la structure naturelle et morale dont il a été doté. Dans ce contexte, il faut mentionner les problèmes graves posés par l'urbanisation moderne, la nécessité d'un urbanisme soucieux de la vie des personnes, de même que l'attention qu'il convient de porter à une " écologie sociale " du travail.
L'homme reçoit de Dieu sa dignité essentielle et, avec elle, la capacité de transcender toute organisation de la société dans le sens de la vérité et du bien. Toutefois, il est aussi conditionné par la structure sociale dans laquelle il vit, par l'éducation reçue et par son milieu. Ces éléments peuvent faciliter ou entraver sa vie selon la vérité. Les décisions grâce auxquelles se constitue un milieu humain peuvent créer des structures de péché spécifiques qui entravent le plein épanouissement de ceux qu'elles oppriment de différentes manières. Démanteler de telles structures et les remplacer par des formes plus authentiques de convivialité constitue une tâche qui requiert courage et patience .
39. La première structure fondamentale pour une " écologie humaine " est [/i]la famille[i], au sein de laquelle l'homme reçoit des premières notions déterminantes concernant la vérité et le bien, dans laquelle il apprend ce que signifie aimer et être aimé et, par conséquent, ce que veut dire concrètement être une personne. On pense ici à [/i]la famille fondée sur le mariage[i], où le don de soi réciproque de l'homme et de la femme crée un milieu de vie dans lequel l'enfant peut naître et épanouir ses capacités, devenir conscient de sa dignité et se préparer à affronter son destin unique et irremplaçable. Il arrive souvent, au contraire, que l'homme se décourage de réaliser les conditions authentiques de la reproduction humaine, et il est amené à se considérer lui-même et à considérer sa propre vie comme un ensemble de sensations à expérimenter et non comme une oeuvre à accomplir. Il en résulte un manque de liberté qui fait renoncer au devoir de se lier dans la stabilité avec une autre personne et d'engendrer des enfants, ou bien qui amène à considérer ceux-ci comme une de ces nombreuses " choses " que l'on peut avoir ou ne pas avoir, au gré de ses goûts, et qui entrent en concurrence avec d'autres possibilités.
Il faut en revenir à considérer la famille comme [/i]le sanctuaire de la vie[i]. En effet, elle est sacrée, elle est le lieu où la vie, don de Dieu, peut être convenablement accueillie et protégée contre les nombreuses attaques auxquelles elle est exposée, le lieu où elle peut se développer suivant les exigences d'une croissance humaine authentique. Contre ce qu'on appelle la culture de la mort, la famille constitue le lieu de la culture de la vie.
Dans ce domaine, le génie de l'homme semble s'employer plus à limiter, à supprimer ou à annuler les sources de la vie, en recourant même à l'avortement, malheureusement très diffusé dans le monde, qu'à défendre et à élargir les possibilités de la vie elle-même. Dans l'encyclique [/i]Sollicitudo rei socialis[i], ont été a dénoncés les campagnes systématiques contre la natalité qui, fondées sur une conception faussée du problème démographique dans un climat de " manque absolu de respect pour la liberté de décision des personnes intéressées ", les soumettent fréquemment " à d'intolérables pressions 3 pour les plier à cette forme nouvelle d'oppression " . Il s'agit de politiques qui étendent leur champ d'action avec des techniques nouvelles jusqu'à parvenir, comme dans une " guerre chimique ", à empoisonner la vie de millions d'êtres humains sans défense.
Ces critiques s'adressent moins à un système économique qu'à un système éthique et culturel. En effet, l'économie n'est qu'un aspect et une dimension dans la complexité de l'activité humaine. Si elle devient un absolu, si la production et la consommation des marchandises finissent par occuper le centre de la vie sociale et deviennent la seule valeur de la société, soumise à aucune autre, il faut en chercher la cause non seulement et non tant dans le système économique lui-même, mais dans le fait que le système socio-culturel, ignorant la dimension éthique et religieuse, s'est affaibli et se réduit alors à la production des biens et des services .
On peut résumer tout cela en réaffirmant, une fois encore, que la liberté économique n'est qu'un élément de la liberté humaine. Quand elle se rend autonome, quand l'homme est considéré plus comme un producteur ou un consommateur de biens que comme un sujet qui produit et consomme pour vivre, alors elle perd sa juste relation avec la personne humaine et finit par l'aliéner et par l'opprimer .
40. L'Etat a le devoir d'assurer la défense et la protection des biens collectifs que sont le milieu naturel et le milieu humain dont la sauvegarde ne peut être obtenue par les seuls mécanismes du marché. Comme, aux temps de l'ancien capitalisme, l'Etat avait le devoir de défendre les droits fondamentaux du travail, de même, avec le nouveau capitalisme, il doit, ainsi que la société, [/i]défendre les biens collectifs[i] qui, entre autres, constituent le cadre à l'intérieur duquel il est possible à chacun d'atteindre légitimement ses fins personnelles.
On retrouve ici une nouvelle limite du marché : il y a des besoins collectifs et qualitatifs qui ne peuvent être satisfaits par ses mécanismes ; il y a des nécessités humaines importantes qui échappent à sa logique ; il y a des biens qui, en raison de leur nature, ne peuvent ni ne doivent être vendus ou achetés. Certes, les mécanismes du marché présentent des avantages solides : entre autres, ils aident à mieux utiliser les ressources ; ils favorisent les échanges de produits ; et, surtout, ils placent au centre la volonté et les préférences de la personne, qui, dans un contrat, rencontrent celles d'une autre personne. Toutefois, ils comportent le risque d'une " idolâtrie " du marché qui ignore l'existence des biens qui, par leur nature, ne sont et ne peuvent être de simples marchandises. [/i] " (Jean-Paul II, [i]Centesimus Annus[/i]).