par Cinci » lun. 01 août 2016, 5:03
Juste pour présenter Falardeau en passant : c'est lui qui aura réalisé le film
Le Party. Sur Youtube des amateurs auront glissé l'extrait vers la fin du film, lorsque Lou Babin s'amène pour interpréter une chanson de Richard Desjardins, une chanson absolument magnifique au demeurant.
Falardeau confiait :
Je cherchais une comédienne pour le rôle de la chanteuse dans
Le Party , Une femme qui n'aurait pas l'air en plastique. C'était en février 1989. J'avais écrit le scénario en pensant à Marjo. Elle a refusé en me traitant de tous les noms. Dur coup pour mon amour-propre. Mais en fait une chance qui m'a mené beaucoup plus loin, au delà du cliché Marjo. On a fait des auditions. Poulin donnait la réplique. De son bord, il avait vu une trentaine de comédienne. Rien. Je ne connaissais pas Lou Babin. Après l'audition, Poulin braillait comme un veau tellement il avait été touché. "Cherche plus, c'est elle ta chanteuse ".
Je lui ai donné sa chance. Elle ne l'a pas ratée. En fait, c'est moi qui étais chanceux. Pour moi, pour le film. Pendant une séquence avec Gildor Roy , elle crie son amour. Elle pleure, elle hurle , elle se déchaîne. Pendant une des prises, je me retourne. la maquilleuse pleurait, l'habilleuse pleurait, un électricien de 6 pieds 2 pouces reniflait. Elle a fait pleurer 30 personnes cette fois-là. Une fois, 2 fois, 5 fois, 9 fois. Neuf prises. Chaque fois, elle allait un peu plus loin, C'est ça, Lou Babin.
Au montage, j'ai continué de pleurer chaque fois. Aujourd'hui, je ne pleure plus. Mais je sais que le soir de la première, j'aurai mal une autre fois.
Dans la séquence finale du film, elle chante
Le coeur est un oiseau de Richard Desjardins. Deux cents prisonniers, dans le gymnase qui nouis sert de décor se lèvent pour l'applaudir. Spontanément, j'en interroge quelques uns :"On a toutes la chair de poule." Je pensais être tout seul à frissoner. Alain Dostie à la caméra, est tout à l'envers. Francis Simard, conseiller à la réalisation , me crie, par-dessus le hurlement de 200 gars :"Falardeau, si on touche pas le monde avec ça , y a pu rien à faire. On émigre ailleurs." Elle nous chantait la liberté.
https://www.youtube.com/watch?v=-BZKmbDxvrI
Et de Richard Desjardins :
Je l'ai retrouvé plus tard à Montréal, rue Beaudry . Je lui ai demandé de composer la musique du film
Le Party. Wow! Quel plaisir! Un petit lundi matin gris, après 10 cafés et 30 cigarettes pour s'éclaircir le cerveau, on s'est installés : lui au piano et moi debout, derrière lui. Il s'est mis à chanter
Le coeur est un oiseau, la chanson finale de mon film. J'avais le motton haut dans la gorge, les yeux humides, le coeur gros comme ça. Heureux comme un gamin. Il ne me restait plus qu'à faire des images à la hauteur de ses mots et de sa musique. J'ai essayé.
J'aime bien Desjardins. Dans ce monde aseptisé, cravaté, désodorisé, il reste pour moi un des derniers humains. Des mots et des musiques qui ont du poids, "La pesanteur de la grâce", disait Simone Weil.
Au travers de toutes ces chansons mielleuses pour adolescents attardés, enfin quelque chose. Au travers de toutes ces musiques décoratives pour centre d'achat de banlieue, enfin une lueur, un éclair. Au travers de toutes ces vedettes chromées, shinées, préfabriquées, standardisées, approuvées, marketées. mises en marché, un être humain .
J'aime bien Desjardins, mon frère, mon pareil, Un artiste. Et comme tous les artistes, à côté, en dehors, hors étiquette, en marge. Pas un marginal, mais marginalisé. Car c'est toujours l'autre qui vous repousse dans la marge parce que vous refuser de fitter, de marcher au pas. Pas assez propre pour les haut-parleurs de service. Trop vulgaire pour les champions du bon goût : ceux qui décident du bout des lèvres et du bout des doigts de ce qui est est et de ce qui n'est pas. Desjardins à 1000 milles de toutes modes. Pas assez ceci. Pas assez cela. Trop ceci, trop cela.
C'est ce que j'aime chez Desjardins, les trop et et les pas assez. Je l'aime bien parce qu'il a de choses à dire. Très rare pour l'époque. Et une façon de les dire qui n'appartient qu'à lui. Il a du style. Son style. Il n'est la copie de personne. "
- Pierre Falardeau,
La liberté n'est pas une marque de yogourt, pp. 141-143
Juste pour présenter Falardeau en passant : c'est lui qui aura réalisé le film [i]Le Party.[/i] Sur Youtube des amateurs auront glissé l'extrait vers la fin du film, lorsque Lou Babin s'amène pour interpréter une chanson de Richard Desjardins, une chanson absolument magnifique au demeurant.
Falardeau confiait :
Je cherchais une comédienne pour le rôle de la chanteuse dans[i] Le Party[/i] , Une femme qui n'aurait pas l'air en plastique. C'était en février 1989. J'avais écrit le scénario en pensant à Marjo. Elle a refusé en me traitant de tous les noms. Dur coup pour mon amour-propre. Mais en fait une chance qui m'a mené beaucoup plus loin, au delà du cliché Marjo. On a fait des auditions. Poulin donnait la réplique. De son bord, il avait vu une trentaine de comédienne. Rien. Je ne connaissais pas Lou Babin. Après l'audition, Poulin braillait comme un veau tellement il avait été touché. "Cherche plus, c'est elle ta chanteuse ".
Je lui ai donné sa chance. Elle ne l'a pas ratée. En fait, c'est moi qui étais chanceux. Pour moi, pour le film. Pendant une séquence avec Gildor Roy , elle crie son amour. Elle pleure, elle hurle , elle se déchaîne. Pendant une des prises, je me retourne. la maquilleuse pleurait, l'habilleuse pleurait, un électricien de 6 pieds 2 pouces reniflait. Elle a fait pleurer 30 personnes cette fois-là. Une fois, 2 fois, 5 fois, 9 fois. Neuf prises. Chaque fois, elle allait un peu plus loin, C'est ça, Lou Babin.
Au montage, j'ai continué de pleurer chaque fois. Aujourd'hui, je ne pleure plus. Mais je sais que le soir de la première, j'aurai mal une autre fois.
Dans la séquence finale du film, elle chante [i]Le coeur est un oiseau[/i] de Richard Desjardins. Deux cents prisonniers, dans le gymnase qui nouis sert de décor se lèvent pour l'applaudir. Spontanément, j'en interroge quelques uns :"On a toutes la chair de poule." Je pensais être tout seul à frissoner. Alain Dostie à la caméra, est tout à l'envers. Francis Simard, conseiller à la réalisation , me crie, par-dessus le hurlement de 200 gars :"Falardeau, si on touche pas le monde avec ça , y a pu rien à faire. On émigre ailleurs." Elle nous chantait la liberté.
https://www.youtube.com/watch?v=-BZKmbDxvrI
Et de Richard Desjardins :
Je l'ai retrouvé plus tard à Montréal, rue Beaudry . Je lui ai demandé de composer la musique du film [i]Le Party[/i]. Wow! Quel plaisir! Un petit lundi matin gris, après 10 cafés et 30 cigarettes pour s'éclaircir le cerveau, on s'est installés : lui au piano et moi debout, derrière lui. Il s'est mis à chanter[i] Le coeur est un oiseau[/i], la chanson finale de mon film. J'avais le motton haut dans la gorge, les yeux humides, le coeur gros comme ça. Heureux comme un gamin. Il ne me restait plus qu'à faire des images à la hauteur de ses mots et de sa musique. J'ai essayé.
J'aime bien Desjardins. Dans ce monde aseptisé, cravaté, désodorisé, il reste pour moi un des derniers humains. Des mots et des musiques qui ont du poids, "La pesanteur de la grâce", disait Simone Weil.
Au travers de toutes ces chansons mielleuses pour adolescents attardés, enfin quelque chose. Au travers de toutes ces musiques décoratives pour centre d'achat de banlieue, enfin une lueur, un éclair. Au travers de toutes ces vedettes chromées, shinées, préfabriquées, standardisées, approuvées, marketées. mises en marché, un être humain .
J'aime bien Desjardins, mon frère, mon pareil, Un artiste. Et comme tous les artistes, à côté, en dehors, hors étiquette, en marge. Pas un marginal, mais marginalisé. Car c'est toujours l'autre qui vous repousse dans la marge parce que vous refuser de fitter, de marcher au pas. Pas assez propre pour les haut-parleurs de service. Trop vulgaire pour les champions du bon goût : ceux qui décident du bout des lèvres et du bout des doigts de ce qui est est et de ce qui n'est pas. Desjardins à 1000 milles de toutes modes. Pas assez ceci. Pas assez cela. Trop ceci, trop cela.
C'est ce que j'aime chez Desjardins, les trop et et les pas assez. Je l'aime bien parce qu'il a de choses à dire. Très rare pour l'époque. Et une façon de les dire qui n'appartient qu'à lui. Il a du style. Son style. Il n'est la copie de personne. "
- Pierre Falardeau, [i]La liberté n'est pas une marque de yogourt[/i], pp. 141-143