par diviacus » jeu. 26 févr. 2015, 9:03
Oui, c’est ce qu’écrit Jules César, plus précisément sur les druides, qui monopolisaient sans doute l’apprentissage de la vie de l’esprit.
Comme le dit P.M. Duval : « Les druides ont ainsi, par leur exclusivisme traditionnel, privé d'avenir leur production intellectuelle (à l'exception du calendrier, qu'ils étaient bien obligés de noter d'abord pour eux-mêmes); et ils ont grandement contribué à la disparition de la science et de la littérature, puisque rien de ce qui était transmis oralement n'a pu survivre à la suppression du clergé druidique… ».
On peut comprendre la « gêne » des druides à écrire leurs textes sacrés. C’est un comportement commun à la plupart des civilisations qui « cachaient », au moins dans un premier temps, leurs formules sacrées (voir les livres sibyllins des Romains, la non-écriture des cultes mithriaques, Pythagore qui fait brûler ses écrits sacrés,…). Les textes sacrés étaient d’abord appris par cœur, leur connaissance réservée aux prêtres, même s’ils connaissent l’écriture.
« Ainsi des Juifs qui dès Abraham, en Mésopotamie, avaient eu des exemples d'écriture sous les yeux, qui en eurent d'autres plus tard en Égypte, et qui cependant se transmirent la Thora oralement jusqu'à la captivité de Babylone. Ainsi des Grecs qui apprirent Homère par coeur pendant des siècles, alors que le minoen linéaire B déchiffré par Michaël Ventris est déjà du grec bien avant la guerre de Troie, alors aussi que les Achéens semblent avoir été en rapport avec les Hittites, qui écrivaient. Ainsi des Hindous, des Tibétains, et de nombreux autres peuples qu'on pourrait citer ici, sans parler des Français eux-mêmes, qui récitaient la Chanson de Roland bien avant qu'elle fût écrite. Ces rapprochements ne livrent toutefois aucunement la raison profonde qui pousse les peuples en gestation à ne vouloir porter les mythes qui les personnalisent nulle part ailleurs que dans leur tête périssable. Il y a là un phénomène inconnu relevant des lois de l'inconscient collectif et du mystère même de l'homme, mystère que César était bien incapable de deviner quand il le trouva au bout de son sabre. » (Aimé Michel)
L’oralité de l’Evangile des premiers temps (thème cher à P.Perrier

) n’est qu’une manifestation de ce comportement.
On comprend moins pourquoi les Gaulois n’ont pas plus utilisé plus tôt l’écriture pour des textes profanes (commerciaux, politiques ou privés) : l’écart est très long entre l’implantation des Grecs à Marseille au début du VIIème siècle av. J.-C., qui y ont implanté l’usage de l’écriture, et une utilisation commune de celle-ci après la romanisation, 6 siècles plus tard. L'oralité était une composante forte de leur culture :
"A la base de cette attitude est la conviction que l'écriture, qui fige la pensée, est inerte, sans âme, sans vie, et risque d'entraîner une mauvaise application des textes, de souffrir du non-discernement des lecteurs, de provoquer des contresens, de permettre la falsification; en outre, l'écriture souffre d'être caduque. Ce pourquoi en Gaule et en Irlande on n'écrivait pas le savoir, pour lui garder sa valeur en lui assurant une transmission orale contrôlée." (G.Dumézil).
Contrairement à d’autres civilisations, les Gaulois n’ont pas adapté un alphabet à leur langue. C’est un signe qu’ils étaient fâchés avec l’écriture.

, malheureusement aux dépens de notre connaissance de leur culture.
Oui, c’est ce qu’écrit Jules César, plus précisément sur les druides, qui monopolisaient sans doute l’apprentissage de la vie de l’esprit.
Comme le dit P.M. Duval : « Les druides ont ainsi, par leur exclusivisme traditionnel, privé d'avenir leur production intellectuelle (à l'exception du calendrier, qu'ils étaient bien obligés de noter d'abord pour eux-mêmes); et ils ont grandement contribué à la disparition de la science et de la littérature, puisque rien de ce qui était transmis oralement n'a pu survivre à la suppression du clergé druidique… ».
On peut comprendre la « gêne » des druides à écrire leurs textes sacrés. C’est un comportement commun à la plupart des civilisations qui « cachaient », au moins dans un premier temps, leurs formules sacrées (voir les livres sibyllins des Romains, la non-écriture des cultes mithriaques, Pythagore qui fait brûler ses écrits sacrés,…). Les textes sacrés étaient d’abord appris par cœur, leur connaissance réservée aux prêtres, même s’ils connaissent l’écriture.
« Ainsi des Juifs qui dès Abraham, en Mésopotamie, avaient eu des exemples d'écriture sous les yeux, qui en eurent d'autres plus tard en Égypte, et qui cependant se transmirent la Thora oralement jusqu'à la captivité de Babylone. Ainsi des Grecs qui apprirent Homère par coeur pendant des siècles, alors que le minoen linéaire B déchiffré par Michaël Ventris est déjà du grec bien avant la guerre de Troie, alors aussi que les Achéens semblent avoir été en rapport avec les Hittites, qui écrivaient. Ainsi des Hindous, des Tibétains, et de nombreux autres peuples qu'on pourrait citer ici, sans parler des Français eux-mêmes, qui récitaient la Chanson de Roland bien avant qu'elle fût écrite. Ces rapprochements ne livrent toutefois aucunement la raison profonde qui pousse les peuples en gestation à ne vouloir porter les mythes qui les personnalisent nulle part ailleurs que dans leur tête périssable. Il y a là un phénomène inconnu relevant des lois de l'inconscient collectif et du mystère même de l'homme, mystère que César était bien incapable de deviner quand il le trouva au bout de son sabre. » (Aimé Michel)
L’oralité de l’Evangile des premiers temps (thème cher à P.Perrier ;) ) n’est qu’une manifestation de ce comportement.
On comprend moins pourquoi les Gaulois n’ont pas plus utilisé plus tôt l’écriture pour des textes profanes (commerciaux, politiques ou privés) : l’écart est très long entre l’implantation des Grecs à Marseille au début du VIIème siècle av. J.-C., qui y ont implanté l’usage de l’écriture, et une utilisation commune de celle-ci après la romanisation, 6 siècles plus tard. L'oralité était une composante forte de leur culture :
"A la base de cette attitude est la conviction que l'écriture, qui fige la pensée, est inerte, sans âme, sans vie, et risque d'entraîner une mauvaise application des textes, de souffrir du non-discernement des lecteurs, de provoquer des contresens, de permettre la falsification; en outre, l'écriture souffre d'être caduque. Ce pourquoi en Gaule et en Irlande on n'écrivait pas le savoir, pour lui garder sa valeur en lui assurant une transmission orale contrôlée." (G.Dumézil).
Contrairement à d’autres civilisations, les Gaulois n’ont pas adapté un alphabet à leur langue. C’est un signe qu’ils étaient fâchés avec l’écriture. :-[, malheureusement aux dépens de notre connaissance de leur culture.