par Lys_Sul » ven. 06 mars 2015, 22:34
Livre Philippe le Bel de Jean Favier, page 427 à 429
Peut être un jour y aurait il moins de templiers, mais il y aurait toujours un Temple. En tout cas, l'idée ne pouvait effleure personne, et surtout pas Molay, qu'il pourrait ne plus y avoir de grand maître. La position de Molay, comme celle de Foulque de Villaret, le nouveau grand maître de l'Hôpital, était quelque chose d'assez original, une sorte de synthèse entre la position d'un prince et celle d'un cardinal, à la fois territoriales mais non sans domaine foncier, élu comme un empereur mais absolu comme un roi de France.
Certes Molay avait connu, quelque temps auparavant, de ces difficultés que l'on savait inhérentes au gouvernement de toute communauté ; il avait dû s'expliquer, tant devant le roi, que devant le pape sur certaines pratiques de l'ordre, dont la singularité appelait à la méfiance de l'extérieur. Le grand maitre avait des comptes à rendre au pape, son seul supérieur en ce monde, mais il en rendait peu.
Il n'en devait pas au roi, mais la prudence n'était pas de se fâcher avec un roi dans le royaume de qui se trouvait une bonne part de la fortune territoriale de l'ordre. Les commanderies, ces domaines fonciers dont le temple tirait le plus clair de son revenu en Occident, maintenant que la générosité des fidèles oubliait un peu la Terre Sainte, eussent été en difficulté si les baillis royaux avaient entrepris de les persécuter systématiquement. Face à des officiers mal intentionnés, Molay n'avait même pas ce dont disposait le plus modeste des évêques les plus démunis : l'arme de l’excommunication.
L'ordre était menacé . Tout le monde le savait, et l'on avait plusieurs fois parlé de le supprimer. Mais nul n'y croyait vraiment. Un ordre, c’était impérissable. Il y avait dans le temple, des chevaliers plus lucides que Jacques de Molay. Le visiteur de France, Hugues de Pairaud, qui était un homme courageux et intelligent, interprétait sans doute mieux que son grand maitre les symptômes que l'on percevait et les bruits qui couraient : n'avait il pas, la semaine précédente, déclaré qu'il était bien décidé à défendre sa vie si les menaces qui planaient sur le temple se précisaient ?
La plupart pensaient comme Molay : le danger était écarté. Tout au plus reparlait-on indéfiniment de cette fusion des ordres de la chevalerie en quoi certains, qui n'étaient ni hospitaliers, ni templiers, voyaient la panacée. Dans un mémoire au pape un an plus tôt, Molay avait fait justice de ce vain projet. Pour l'heure, c'est Catherine de Courtenay que l'on portait en Terre. Le temple, lui était bien vivant.
[…]
Dans l'enthousiasme des croisades, le peuple chrétien fut généreux avec les templiers. Rois et papes, princes et prélats rivalisèrent pour les doter. Bien des seigneurs ou des bourgeois assurèrent le salut de leur âme en s'épargnant le voyage de Terre Sainte : leurs donations firent du temple l'un des plus grands seigneurs fonciers d'Occident. A travers toute la Chrétienté d'Europe, les commanderies se multiplièrent. Elles étaient particulièrement nombreuses en France.
Tout le malheur du temple vint de ce que ces revenus étaient en Europe occidentale alors que l'objet des dépenses était à l'Orient. Non seulement l'ordre était riche, mais il avait à transférer ses revenus. Sa raison d'être était en Terre Sainte, mais c'est en France, en Espagne, en Angleterre qu'il lui fallait gérer ses domaines.
[….]
Page 432/433
Les questions sur les ordres, une fusion ? Raymond de Lulle consacrait des pages à ce problème, comme Pierre du Bois en 1306, de cette fusion des ordres l'objet d'un traité dans lequel, il esquissait, à son habitude,la réorganisation de tout un pan de la Chrétienté. Les points essentiels à ce projet, où la valeur et les mœurs des templiers demeuraient hors de cause, étaient l'affermage des biens des ordres situés en Europe et le renvoi en Orient de tous les frères capables de combattre [….]
Molay, lui, était en France, il se présenta rapidement devant le pape et lui remit un mémoire dans lequel il pesait longuement les avantages et les inconvénients de la fusion des ordres. Il y concédait qu'une telle opération créerait un ordre plus fort,et donc capable de mieux défendre..... ses droits droits contre leurs ennemis, les clercs, les prélats, les laïcs. De même la compression des établissements et des administrations permettrai-elle de substantielles économies : où l'on tenait deux hospices, on n'en tiendrait plus qu'un. A lire l'ahurissant mémoire de Molay, on croirait que le nombre de nécessiteux irait aussi diminuant ! Mais le grand maître ne faisait nullement part la moindre allusion à l’efficacité du combat pour les Lieux Saints.
Livre Philippe le Bel de Jean Favier, page 427 à 429
[quote]Peut être un jour y aurait il moins de templiers, mais il y aurait toujours un Temple. En tout cas, l'idée ne pouvait effleure personne, et surtout pas Molay, qu'il pourrait ne plus y avoir de grand maître. La position de Molay, comme celle de Foulque de Villaret, le nouveau grand maître de l'Hôpital, était quelque chose d'assez original, une sorte de synthèse entre la position d'un prince et celle d'un cardinal, à la fois territoriales mais non sans domaine foncier, élu comme un empereur mais absolu comme un roi de France.
Certes Molay avait connu, quelque temps auparavant, de ces difficultés que l'on savait inhérentes au gouvernement de toute communauté ; il avait dû s'expliquer, tant devant le roi, que devant le pape sur certaines pratiques de l'ordre, dont la singularité appelait à la méfiance de l'extérieur. Le grand maitre avait des comptes à rendre au pape, son seul supérieur en ce monde, mais il en rendait peu.
Il n'en devait pas au roi, mais la prudence n'était pas de se fâcher avec un roi dans le royaume de qui se trouvait une bonne part de la fortune territoriale de l'ordre. Les commanderies, ces domaines fonciers dont le temple tirait le plus clair de son revenu en Occident, maintenant que la générosité des fidèles oubliait un peu la Terre Sainte, eussent été en difficulté si les baillis royaux avaient entrepris de les persécuter systématiquement. Face à des officiers mal intentionnés, Molay n'avait même pas ce dont disposait le plus modeste des évêques les plus démunis : l'arme de l’excommunication.
L'ordre était menacé . Tout le monde le savait, et l'on avait plusieurs fois parlé de le supprimer. Mais nul n'y croyait vraiment. Un ordre, c’était impérissable. Il y avait dans le temple, des chevaliers plus lucides que Jacques de Molay. Le visiteur de France, Hugues de Pairaud, qui était un homme courageux et intelligent, interprétait sans doute mieux que son grand maitre les symptômes que l'on percevait et les bruits qui couraient : n'avait il pas, la semaine précédente, déclaré qu'il était bien décidé à défendre sa vie si les menaces qui planaient sur le temple se précisaient ?
La plupart pensaient comme Molay : le danger était écarté. Tout au plus reparlait-on indéfiniment de cette fusion des ordres de la chevalerie en quoi certains, qui n'étaient ni hospitaliers, ni templiers, voyaient la panacée. Dans un mémoire au pape un an plus tôt, Molay avait fait justice de ce vain projet. Pour l'heure, c'est Catherine de Courtenay que l'on portait en Terre. Le temple, lui était bien vivant.[/quote]
[…]
[quote]Dans l'enthousiasme des croisades, le peuple chrétien fut généreux avec les templiers. Rois et papes, princes et prélats rivalisèrent pour les doter. Bien des seigneurs ou des bourgeois assurèrent le salut de leur âme en s'épargnant le voyage de Terre Sainte : leurs donations firent du temple l'un des plus grands seigneurs fonciers d'Occident. A travers toute la Chrétienté d'Europe, les commanderies se multiplièrent. Elles étaient particulièrement nombreuses en France.
Tout le malheur du temple vint de ce que ces revenus étaient en Europe occidentale alors que l'objet des dépenses était à l'Orient. Non seulement l'ordre était riche, mais il avait à transférer ses revenus. Sa raison d'être était en Terre Sainte, mais c'est en France, en Espagne, en Angleterre qu'il lui fallait gérer ses domaines.
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Page 432/433
[quote]Les questions sur les ordres, une fusion ? Raymond de Lulle consacrait des pages à ce problème, comme Pierre du Bois en 1306, de cette fusion des ordres l'objet d'un traité dans lequel, il esquissait, à son habitude,la réorganisation de tout un pan de la Chrétienté. Les points essentiels à ce projet, où la valeur et les mœurs des templiers demeuraient hors de cause, étaient l'affermage des biens des ordres situés en Europe et le renvoi en Orient de tous les frères capables de combattre [….]
Molay, lui, était en France, il se présenta rapidement devant le pape et lui remit un mémoire dans lequel il pesait longuement les avantages et les inconvénients de la fusion des ordres. Il y concédait qu'une telle opération créerait un ordre plus fort,et donc capable de mieux défendre..... ses droits droits contre leurs ennemis, les clercs, les prélats, les laïcs. De même la compression des établissements et des administrations permettrai-elle de substantielles économies : où l'on tenait deux hospices, on n'en tiendrait plus qu'un. A lire l'ahurissant mémoire de Molay, on croirait que le nombre de nécessiteux irait aussi diminuant ! Mais le grand maître ne faisait nullement part la moindre allusion à l’efficacité du combat pour les Lieux Saints.[/quote]