Paxetbonum,
D'après ce que j'aurai pu entendre, le frère Candiard ne veut pas idéaliser une sorte de «cohabitation merveilleuse du passé» dans une Cordoue médiévale de rêve. Il présente cette vision comme étant un mythe justement. Il n'ignore pas que l'ordinnaire était moins rose.
Peccator,
Déjà, vous me permettrez de ne pas confondre islamistes et musulmans.
Ah bon ? Une question de définition personnelle alors.
Certes, j'en ferais bien une, moi aussi, de différence, mais plutôt entre les adeptes d'un certain courant par opposition à d'autres. Sinon, je ne vois pas trop l'intérêt de la subtilité qu'il y aurait à tant vouloir s'interdire d'appeler musulman un fondamentaliste wahhabite. «Non, non, il s'agit d'un islamiste.» Hein ? Et puis Khomeiny ? islamiste ou musulman ?
Il serait tellement plus simple de se contenter de parler d'illuminés à l'occasion (de politique aussi), de zélotes sombrant tantôt dans la violence religieuse par rapport à d'autres plus placides. Mais laissons tomber vu que ce n'est pas le sujet.
NON
Je voulais juste vous faire remarquer que, si vous relativiser ce que le Christ a pu dire ou faire, disons en fonction
d'une importance plus grande que devrait revêtir pour vous cette histoire de mort et résurrection d'un homme, vous ne pourrez plus donner prise à une quelconque affaire de raison auprès de musulmans, d'athées, de juifs ou n'importe qui d'autres. En écrivant ce que vous avez écrit, moi j'ai compris que l'échange dont pouvait parler Candiard était vouée à l'inutilité d'abord et avant tout.
Mettez-vous deux secondes dans la peau d'un incroyant. Non mais vous le savez bien, comment pourrait être «bien raisonnable» une histoire de rachat de l'humanité via le supplice du fils de Dieu ? Il ne va pas de soi qu'il puisse être un Dieu en partant, encore bien moins «un homme qui soit Dieu tout en même temps» et ainsi de suite.
Oui, c'est vrai que tout le monde peut développer un système de pensée qui présenterait une sorte de cohérence interne. Une fois admis tel postulat; en supposant que; comme partant de l'idée admise précédemment; quand on considère ensuite que ... et voilà pourquoi votre fille est muette. Le rationalisme est une chose.
Je ne vois pas pourquoi vous vous imaginez aussi que moi je vous demanderais de ranger le dogme de l'Église catholique dans le placard. Bien sûr que non ! Mais je vous fais part de mon observation à l'effet que je ne crois pas beaucoup (euphémisme) à cette efficacité de la raison pour faire admettre à un opposant religieux, en particulier, le bien-fondé de telle conviction catholique (pour trouver de son côté une raison si convaincante à lui être opposable). Peut-être pour une personne qui, en partant, aimerait bien se laisser convaincre. Autrement ?
Le frère Candiard peut faire des remarques intéressantes.
Moi, je penserai à cette autre suggestion de sa part : la cohabitation interreligieuse qui voudrait se fonder sur l'ignorance de la pensée religieuse des autres et qu'il trouve un peu moche. Il souligne que cette dynamique débouche sur la culture de ghetto, l'incompréhension totale et assez souvent la violence en bout de ligne. C'est un peu comme la culture du ''multi'' qu'il remettrait en cause; oui, notre fameux multiculturalisme de légiste et selon lequel toutes les religions se valent, chacun ayant le droit de croire ce qu'il veut. Là-dessus, c'est quand même vrai qu'avec ce permis légal l'on obtient également quelque chose comme des humanités parallèles, des tribus différenciées à la limite. On ne se sort pas de la division.
Dans des États modernes qui se voudraient unifiés c'est un peu gênant. Ici c'est bien moi qui rajoute cette dernière remarque cependant.
Les idées du frère Candiard au sujet de Cordoue valent sûrement pour des royaumes monarchiques traditionnels (ou des empires), lesquels pouvaient souvent s'accommoder d'états de sujétions diverses, de statuts particuliers pour des sous-groupes, des statuts qui mettaient en effet de l'avant les caractéristiques religieuses des gens, tout en permettant ces échanges en question. Le roi pouvait bien faire venir au palais quelques sages mahométans et juste question de s'instruire sur le discours contenu dans le Coran. Qu'est-ce qui empêchait ? Rien.
Enfin
La réflexion que je suis en train de me faire c'est si le débat auquel Candiard aspire n'est réalisable, somme tout, que dans un État politique (pour peu qu'il s'y trouve des philosophes aimant discuter) qui commence par décréter quel doit être la vérité religieuse. Paradoxal ?