Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

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Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par Cinci » mar. 08 juil. 2014, 15:59

Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par Cinci » mar. 08 juil. 2014, 8:22

En aparté ...
  • «... prenons le cas de la santé publique. A la fin du XVIIe siècle, Paris n'avait pas de système d'égout, ses rues étaient de gigantesques latrines pour 500 000 citadins. Les terrasses des Tuileries empestaient tellement que personne n'osait y aller, hormis pour se soulager.

    La structure administrative moderne, alors toute récente, était pour ainsi dire limitée aux maîtres des requêtes. Ancêtres des ombudsmans, ces magistrats écoutaient les plaintes et requêtes adressées au monarque. Richelieu n'avait pas encore commencé à raser les murs de la ville avec l'idée de permettre un contrôle administratif central.

    Cent cinquante ans plus tard, en 1844, la situation n'avait pour ainsi dire pas changée. Sur 912 000 parisiens, 600 000 vivaient dans des taudis. A Montfaucon, au nord de la ville, des transporteurs d'excréments faisaient du porte-à-porte toute la nuit et déchargeaient leurs cargaisons nauséabondes dans de grands marécages débordant de matières fécales. Des hommes passaient leur vie sur ces rives, pataugeant du matin jusqu'au soir en quête de quelque objet qu'ils pourraient vendre. A Lille, vers 1860, dans le quartier ouvrier de Saint-Sauveur, 95 % des enfants mouraient avant d'atteindre l'âge de cinq ans.

    Les célèbres égouts de Paris furent construits sur une longue période dans la deuxième moitié du XIXe siècle. De continuels atermoiements ralentirent l'exécution des travaux. Ils étaient dus en bonne partie à l'opposition farouche des propriétaires fonciers, qui refusaient de débourser la moindre somme pour faire installer des canalisations sanitaires dans leurs immeubles. En quelque sorte, ils s'apparentaient à la nouvelle droite d'aujourd'hui. En 1887, après une lutte publique féroce, le préfet de Paris, Poubelle, imposa à ces mêmes propriétaires les récipients qui portent son nom. Cette intervention gouvernementale sur le droit individuel de jeter ses détritus sur la rue - en réalité le droit de tout propriétaire foncier à ne pas laisser le choix à ses locataires - fit de Poubelle un «cryptosocialiste». En 1900, les propriétaires se battaient toujours contre les obligations qui leur étaient imposées de relier leurs immeubles aux égouts municipaux et de coopérer au ramassage des ordures.

    En 1904, dans le XIe arrondissement, seulement 2 000 des 11 000 immeubles que comptait ce quartier ouvrier avaient un système de canalisation. En 1910, un peu plus de la moitié des immeubles parisiens et 50 % seulement des villes françaises disposaient du tout-à-l'égout.

    Des photographies de Marseille au début du siècle montrent d'énormes amas de détritus et d'excréments en plein milieu des rues. Les épidémies de choléra étaient fréquentes et faisaient des ravages dans la population. En 1954, Saint-Rémy-de-Provence s'équipait à son tour d'égouts; ce fut la dernière ville française à le faire.

    L'installation progressive d'une bureaucratie compétente élimina cette saleté et les maladies. Les autorités publiques s'y employèrent, malgré la résistance des classes moyennes et supérieures. Le marché libre s'opposait à l'hygiène publique. Les riches aussi. Ainsi que les gens civilisés et la plupart des couches sociales cultivées. Voila pourquoi il fallut un siècle pour accomplir ce qui aurait pu être fait en dix ans.

    En termes contemporains, l'économie de marché opposa une résistance farouche et inflexible à l'hygiène publique, à l'eau courante, au ramassage des ordures, ainsi qu'à une amélioration de la santé publique, dans la mesure où il s'agissait d'entreprises non lucratives qui imposaient des contraintes aux libertés individuelles. Ce sont là de simples vérités historiques, oubliées de nos jours.

    En définitive, ce sont les propriétaires eux-mêmes, avec leur incroyable égoïsme, qui ont fait de Marx un chef de file. Si on évita une violente révolution sociale en Europe occidentale et en Amérique à la fin du XIXe siècle, ce fut grâce au dévouement et à la réussite de la classe administrative, qui sauva les biens, les droits et les privilèges de ceux qui s'opposaient aux réformes. Et cela en dépit du fait que ces fonctionnaires étaient fort mal payés, à peine soutenue par la classe politique et très mal vus - ils le sont encore aujourd'hui - par ceux qui contribuent au financement de ces tâches.»

    Source : John Saül, Les bâtards de Voltaire, p. 256

Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par Cinci » mar. 24 juin 2014, 17:11

En quoi les milliardaires nuisent à la démocratie ...

«Dans le bureau de l'homme d'affaire montréalais Léo Kolber, une vieille photo attire l'oeil. On l'y voit dans la fleur de l'âge, bondissant dans les airs, bras dessus bras dessous avec un autre jeune homme. Les deux jeunes hommes sont tout sourire, en particulier Kolber. L'allégresse de ce dernier n'a rien de surprenant. Bien qu'il habite un modeste quartier de Montréal avec sa mère, qui est veuve, il fôlatre joyeusement en compagnie de l'une des personnes les plus riches du monde : Charles Bronfman, héritier de la richissime famille Bronfman. La photo a été prise dans les années 1950 au club de golf Elm Ridge, alors situé à Dorval, aux premiers jours d'une amitié étudiante qui allait durer toute une vie - et qui propulserait Kolber dans les rangs des ultra-riches.

Le cliché est exposé, parmi d'autres photos personnelles chères à Kolber, sur une table du splendide bureau qu'il occupe dans le vaste complexe du holding de la famille Bronfman, la société Claridge. Toujours en forme malgré ses 80 ans passés, l'homme parcourt la pièce pour nous montrer ses photos sur lesquelles il figure en compagnie de premiers ministres et de dignitaires étrangers et de riches personnalités du monde des affaires. «J'ai toujours été dans l'ombre», observe-t-il. Il ne pourrait mieux dire. Kolber est bel et bien un homme de l'ombre, l'intermédiaire qui, circulant en douceur dans les univers interconnectés de l'argent et de la politique, fait en sorte que «les choses se passent».

[...] son cas offre une belle illustration des façons dont les milliardaires exercent le pouvoir politique, c'est à dire dont ils arrivent à définir les enjeux prioritaires dans des domaines cruciaux, contrecarrant au cours du processus les intérêts de la population et nuisant au bon fonctionnement des institutions démocratiques.

Non seulement Leo Kolber est-il devenu le meilleur ami de Charles Bronfman, mais il a vite gagné la confiance du père de celui-ci, le légendaire baron des spiritueux Samuel Bronfman, qui a délégué à ce brillant et ambitieux jeune homme la gestion de la fortune familiale en le nommant président du holding. Kolber a aussi dirigé la société immobilière Cadillac Fairview, longtemps propriété de la riche famille, et siégé aux conseils d'administration de nombreuses autres entreprises liées aux Bronfman. Il a joué un rôle actif dans d'importants marchés conclus par la famille, dont la vente de Cadillac Fairview, à l'occasion de laquelle il a lui-même empoché 100 millions de dollars. [...] comme il l'affirme lui-même, il était «le garçon de course des Bronfman».

Conseiller bénéficiant de tout la confiance des Bronfman, Kolber est aussi devenu leur intermédiaire avec le monde politique. Le fait d'être associé à la famille Bronfman lui a ouvert bien des portes à Ottawa, ce qui lui a permis de cultiver d'étroites relations avec des personnages politiques de haut rang, dont les premier ministre Pierre Elliot Trudeau, Brian Mulroney et Jean Chrétien. Bien que Kolber et les Bronfman aient accordé un soutien financier à Mulroney , ils étaient surtout liés aux libéraux. Kolber se qualifiait lui-même de principal collecteur de fonds du parti libéral, ayant garni ses coffres de millions de dollars, dont une généreuse partie provenait de sa propre poche et de celle des Bronfman. En 1983, Trudeau lui a marqué sa reconnaissance en le nommant sénateur.

Entre autres fonctions, Kolber a occupé la présidence du Comité sénatoriale permanent des banques et du commerce, un rôle qui ne peut que nous intéresser ici.

En 1999, peu de temps après son entrée en fonction, il a amené le Comité à ouvrir une enquête sur l'impôt sur les gains en capital au Canada. En mai 2000, celui-ci a recommandé une importante baisse de cet impôt, une politique qui n'apporterait pas grand-chose à l'immense majorité des Canadiens, qui détenaient peu de titres, mais aiderait considérablement les riches investisseurs et les cadres rémunérés en options d'achat d'actions.

[...]

Kolber était très au fait des moyens sophistiqués qu'emploient les nantis pour diminuer leurs impôts. L'évitement fiscal est certes largement répandu dans les milieux d'affaires, mais les Bronfman, eux, en avaient fait un art. Ils étaient en effet capables de prouesses dignes d'un magicien lorsqu'il s'agissait de faire se volatiliser leurs propres impôts.

[...]

Tout indique aussi que, en 1991, les Bronfman se sont prêtés à un stratagème d'évasion fiscale particulièrement audacieux. Celui-ci n'a été mis au jour que cinq ans plus tard par le vérificateur général du Canada. Bien que l'identité de la riche famille en question n'ait jamais été confirmée, le nom des Bronfman a été mentionné à divers reprises. Les Bronfman ont d'abord nié les allégations, mais au bout d'un certains temps, ils ont cessé leurs démentis [...]

Voici ce qui s'est produit. La famille souhaitait transférer des actifs valant au moins 2 milliards de dollars (des actions de la compagnie Seagram) d'une fiducie établie au Canada à une fiducie établie aux États-Unis. Une telle transaction aurait dû normalement exigé le versement d'un impôt de 700 millions au trésor canadien. La famille a donc présenté une demande de «décision anticipée» à Revenu Canada, une disposition pouvant lui permettre de faire sortir ses actifs du pays sans payer le moindre impôt. En l'absence d'une telle décision, les membres de la famille auraient nagé dans l'incertitude quant à leurs possibilités de bénéficier d'une exonération fiscale.

Mais les autorités ne se sont pas laissé convaincre par sa requête. En décembre 1991, soit neuf mois après la demande initiale, le Comité d'examen des décisions de Revenu Canada a tranché : aucune décison anticipée ne devait être accordée.

Informée de ce refus, la famille n'a pas baisé les bras. Elle a multiplié les entrevues auprès des hauts fonctionnaires du ministère du Revenu ainsi que celui des finances (en dépit de ses pouvoirs étendus, le vérificateur général n'a jamais pu mettre la main sur les procès verbaux de ces entretiens cruciaux). Finalement, deux jours avant Noël, Revenu Canada a fait volte-face en accordant la décision anticipée. La famille allait donc pouvoir transférer ses avoirs aux États-Unis sans payer d'impôt. [ = privation de 700 millions de dollars pour les citoyens]

[...]

Kolber lui-même admet avoir soutenu financièrement, avec les Bronfman, la candidature de Mulroney à la direction du parti conservateur, en 1983. La contribution, qui s'élevait à 100 000 $, a été l'une des plus importantes de la campagne et a marqué un tournant dans la carrière politique du «p'tit gars de Baie Comeau». [''Charles et moi avions discuté de cette contribution, explique Kolber, et nous nous étions entendu sur le fait qu'il s'agissait non seulement d'un choix éclairé mais de la bonne chose à faire. Brian nous plaisait ...'']

Ce généreux coup de pouce ne constitue cependant qu'une partie de ce que Kolber a fait pour aider Mulroney à écarter Joe Clark et à prendre la tête du parti conservateur. L'élément le plus important a été sans doute son rôle dans le ralliement à sa cause d'une fraction du parti qui menaçait de barrer la route à son protégé. Il convient de rappeler brièvement cette histoire [...] parce qu'elle illustre à merveille l'étendue du pouvoir souvent invisible des personnes très riches.

L'affaire met en scène feu Eddie Goodman, collecteur de fonds et homme de l'ombre très puissant, en particulier en Ontario.

Cherchant à récolter des appuis pour déloger Clark, Mulroney se heurte à la résistance d'un bloc de red tories loyaux à Bill Davis, alors premier ministre de l'Ontario. Cheville ouvrière du groupe, Goodman est particulièrement hostile à l'ascension de Mulroney.

A la demande de Mulroney, Kolber intervient alors pour arranger les choses avec Goodman. En tant que fidèle conseiller des Bronfman, il est l'homme de la situation.

Goodman, avocat torontois de la société Cadillac Fairview, a l'habitude de satisfaire aux moindres requêtes de la famille. Kolber se souvient :

  • «Lorsque, à l'époque où je dirigeais Cadillac Fairview, nous avions un problème avec Queen's Park, je pouvais obtenir un rendez-vous avec Bill Davis en cinq minutes si Eddie s'en chargeait.»
Kolber passe donc un coup de fil à Goodman pour lui demander de se rallier à Mulroney ou. à tout le moins, de cesser de s'opposer à sa candidature. Goodman se répand en récriminations contre Mulroney, mais, lorsque son patron l'invite à rencontrer l'aspirant-chef, il accepte immédiatement. [...]

«Voilà mon autre contribution à sa course à la direction, constate Kolber. Aider à ce que Goodman se rallie.»

Une telle contribution ne passe pas inaperçue, en particulier aux yeux d'un personnage comme Mulroney, très à l'aise avec les retours d'ascenseur. Si les Bronfman ont eu un différend avec le fisc alors qu'il était premier ministre, pourquoi Kolber n'aurait-il pas décrocher le téléphone comme il le faisait quand il devait discuter avec Bill Davis d'une question le préoccupant ? »

Source : idem [/color]

Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par Cinci » mar. 24 juin 2014, 16:41

Une savoureuse anecdote qui est révélatrice :

«Quiconque a déjà vu ses affaires scrutées à la loupe par les opiniâtres et pointilleux contrôleurs fiscaux de l'Agence du revenu Canada (ARC) a du être interloqué par le témoignage de l'ancien premier ministre Brian Mulroney, lors de sa comparution devant la commission d'enquête présidée par le juge Jeffrey Oliphant.

L'ensemble de ce témoignage, où Mulroney a tenté d'expliquer pourquoi, peu de temps après avoir quitté ses fonctions en 1993, il avait rencontré l'homme d'affaires allemand Karlheinz Schreiber à quelques reprises dans des chambres d'hôtel et accepté de sa main des paiements en argent comptant de plus de 200 000 dollars, était effectivement déconcertant. L'explication avancée par l'ex-premier ministre, selon laquelle il aurait fourni à Schreiber des services-conseils de calibre international, était vague et non documentée, et mettait en scène des personnes décédée, qui ne pouvaient donc pas la corroborer.

[...]

La commission Oliphant a également mis au jour une intrigue secondaire, tout aussi fascinante, qui concerne les négociations de Mulroney avec les autorités fiscales canadiennes et québécoises. C'est sur cet aspect que nous souhaitons concentrer notre attention.

Dans son témoignage, Mulroney a déclaré avoir accepté 225 000 dollars en coupures de 1 000 dollars de la part de Schreiber lors de rencontres dans des chambres d'hôtels de Montréal et de New-York. Il a déposé cet argent dans un coffre-fort à sa résidence de Montréal et dans un coffret de sûreté d'une banque de New-York. Il n'a pas consigné ces paiements dans ses archives personnelles, n'en a pas informé ses comptables et ne les a déclarés au fisc que six ans plus tard. A ce moment, Schreiber faisait l'objet en Allemagne d'une enquête approfondie relative à des allégations de corruption, de fraude et d'évasion fiscale, et ses relations avec Mulroney s'étaient dégradées.

L'ex-premier ministre avait donc des raisons de craindre que les paiements effectués par l'homme d'affaires ne soient révélés, ce qui l'aurait rendu vulnérable à des poursuites pour évasion fiscale.

Quoi qu'il en soit, Mulroney a choisi de procéder à une «divulgation volontaire» au fisc. Ses avocats sont parvenus à négocier avec l'ARC et Revenu Québec une entente en vertu de laquelle il s'est vu autorisé à ne payer l'impôt que sur la moitié des sommes si tardivement déclarées, et ce, sans être assujéti à la moindre pénalité.

Cette affaire soulève toutes sortes de questions intéressantes. On enseigne aux Canadiens que la loi les oblige à déclarer l'ensemble de leurs revenus, chaque année, et que tout manquement est sanctioné par d'importantes pénalités, voire par une poursuite criminelle. Alors comment Mulroney a-t-il pu bénéficier d'un tel accommodement, soit d'être imposé à taux réduit, de ne pas devoir payer de pénalité et d'éviter une poursuite ?

[...]

On pourrait être tenté de conclure que les autorités fiscales ont fait preuve de favoritisme à l'égard d'un ancien premier ministre. Mais les divulgations volontaires se font dans l'anonymat : les avocats-fiscalistes transmettent la déclaration de leur client au fisc pour vérification sans révéler son nom.

Donc, si la règle a été appliquée, on peut supposer que les fonctionnaires de l'ARC et de Revenu Québec ne savaient pas qu'ils avaient affaire à un ex-premier ministre lorsqu'ils ont proposé une offre de réglement assorti de conditions très avantageuses et pour ce qui avait toutes les apparences d'un cas grave d'évasion fiscale.

Détail intéressant : en vertu des lois fiscales canadiennes et québécoises, les contribuables faisant déjà l'objet d'un enquête pour évasion fiscale ou ayant omis de déclarer des revenus provenant d'individus visés par une enquête de ce type (cf Schreiber) ne peuvent se prévaloir des privilèges associés à la divulgation volontaire. En 1999, au moment où Mulroney a effectué sa divulgation, Schreiber était déjà sous la loupe du fisc allemand pour évasion fiscale, ce qui aurait dû disqualifier l'ancien premier ministre canadien.

On peut donc présumer que ce traitement de faveur n'avait rien d'une marque de courtoisie à l'égard d'un ancien premier ministre.

Il s'agit plutôt d'un exemple typique de la façon dont les autorités canadiennes et québécoises gèrent les dossiers des riches contribuables qui, au mépris de la loi, omettent de déclarer l'ensemble de leurs revenus. Bien que l'identité de Mulroney ne leur ait pas été révélée, les fonctionnaires du fisc, constatant les sommes en jeu et le prestige des avocats chargés de l'affaire, savaient nécéssairement qu'ils étaient en présence d'une personne bien nantie. Cette intrigue secondaire à saveur fiscale de l'affaire Mulroney-Schreiber offre donc, chose rare, un aperçu de la grande clémence des autorités canadiennes à l'égard des riches qui cherchent à éviter l'impôt.»

Source : Linda McQuaig et Neil Brooks, Comment les ultra-riches ..., p.175

Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par aur15 » dim. 15 juin 2014, 9:49

Les ultra riches devraient méditer la parabole du riche issue des évangiles.
Ils s'offrent peut être un paradis sur terre, mais ils ne seront pas éternel et risque de le payer de l'autre coté...

Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par Cinci » ven. 13 juin 2014, 4:28

(Le dernier message était du bonbon - car même dans un sujet sérieux l'on peut bien se distraire un peu)


Reprenons :

«L'évasion fiscale des riches est une industrie florissante qui se livre à des pratiques légales et illégales. Sa dimension légale est le fait d'un essaim de groupes de réflexion, de lobbyistes et de firmes de relation publique qui défendent le principe d'une fiscalité allégée pour les riches auprès des gouvernements, des parlements, de la population. A ce bras idéologique s'ajoute une armée d'avocats et de comptables fiscalistes ayant pour mission de gérer les affaires et de minimiser le fardeau fiscal de leur clientèle. Toutes ces activités, grâce auxquelles les riches économisent chaque année des milliards de dollars (privant ainsi les gouvernement de ces sommes), sont parfaitement légales.

Cependant, une part considérable des affaires menées par cette industrie est assimilable à des pratiques illégales, qui consistent surtout à dissimuler des sommes d'argent au fisc en les confiant à des banques offshore.

On estime que plus du tiers de la fortune des High Netwoth Value Individuals [on disait «les gros» à l'époque d'Émile Zola], soit une somme dont le total oscille entre 8 000 et 10 000 milliards de dollars, est accumulé dans des pays comme les paradis fiscaux bien connus que sont les îles Caïmans, les îles Anglo-Normandes, la Suisse et le Liechtenstein [...] Si l'on se fie à la taille de l'industrie des paradis fiscaux et à l'ampleur des sommes qui lui sont confiées, on peut présumer que les rangs des nantis comptent un grand nombre d'escrocs, dont pratiquement aucun n'a déjà fait l'objet d'accusation.»

Source : L.McQuaig et N.Brooks, Comment les riches nuisent ..., p. 166



Le genre de fait divers à assimiler entre la brioche et le café, daté du 11 juin 2014 :

  • Lise Watier talonnée par le fisc
    Des millions à la Barbade et
    en Alberta pour sauver de
    l'impôt

    Un haut cadre de la Financière Banque Nationale impliqué


    «Guy Côté, actuel premier vice-président à la Financière Banque Nationale Gestion de patrimoine, est nommé par Revenu Canada parmi les architectes de la stratégie financière de la Fiducie Lise Watier. Il est le gendre de Serge Rocheleau (le mari de Lise Watier), selon les documents. Et toujours selon les documents, il aurait agi comme «conseiller en investissement» d'Omega Trust. Il ne nous a pas rappelés.

    Comme Apple

    Un avocat albertain du cabinet Field LLP qui agit comme fiduciaire d'Omega Trust, Roy D. Boetgger, a de son côté jugé normal et courant le montage de la Barbade. «C'est juste de la bonne planification successorale». Apple fait la même chose.

    La compagnie informatique aurait éviter de payer 74 milliards $ U.S. en impôts aux États-Unis entre 2009 et 2012 grâce à des filiales offshore, selon une enquête d'une commission parlementaire du Sénat américain. [...]»

    Watier ciblée par le fisc

    «[...] Le montage financier en cause est tout à fait légal, selon Mme Watier. Il a été réalisé sur les recommandations de ses conseillers à l'époque. [...]

    Ce sont des strutures fiscales du genre qui expliquent entre autres pourquoi des Canadiens ont réalisé en 2012, des investissements privés de 60 milliards $ dans ce micro-État. [...]

    Organisme de charité ?

    Omega Trust a aussi nommé comme ses bénéficiaires officiels des organismes de charité. Mme Watier n'a pas pu nous donner le nom de ces organismes en entrevue. ''Omega Trust n'a jamais distribué un sou de ses revenus aux organismes de charité qui étaient ses seuls bénéficiaires jusqu'au 11 juin 2009'', allègue le fisc.

    Selon l'avocat en fiscalité Martin Raymond, de De Grandpré Chait, cette cause peut ouvrir la porte à plus grand. [...]»

    Source : Le journal de Montréal, mercredi le 11 juin 2014, p.2-3
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Réglementation mondiale

«La déréglementation [Reagan-Bush] a joué un rôle crucial dans la crise de 2008; il faudra un nouvel ensemble de réglementation pour empêcher qu'il y ait d'autres crises et rétablir la confiance dans les banques. Au cours de la préparation de la deuxième réunion du G-20, au début de l'année 2009, on s'est demandé dans certains cercles ce qui était le plus important : une stimulation coordonnée au niveau mondial ou une réglementation coordonnée ? La réponse est évidente : il faut les deux. Si la réglementation n'est pas partout, il y aura évasion réglementaire : les activités financières iront dans le pays le moins réglementé.

[...]

Sans surprise, les mesures apparemment les plus énergiques prises par le G-20 ont visé des pays qui n'étaient pas présents à la réunion - les États dit ''non-coopératifs'', des endroits comme les îles Caïmans, qui sont des centres d'évasion fiscale et réglementaire depuis des années. Leur existence n'a rien d'une faille accidentelle. Les Américains et les Européens fortunés - et les banques qui les représentent - voulaient un refuge sûr, à l'abri du type d'examen que subiraient leurs activités dans leur pays; régulateurs et législateurs leur en ont donné l'autorisation. Les exigences adressées par le G-20 à ces paradis fiscaux, si elles sont un pas dans la bonne direction, étaient suffisamment légères pour que, presque immédiatement, l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) les retire tous de sa «liste noire».

[...]

Sans échange d'information régulier et complet, les autorités fiscales d'un pays ne savent pas ce qui, ou qui, échappe à leurs filets. Pour les pays en développement, il y a un problème encore plus important : la corruption. Des dictateurs corrompus prennent le large avec des milliards, qu'ils planquent non seulement dans des banques offshore, mais aussi dans certains des principaux centres financiers du monde, Londres compris. On a raison de reprocher aux pays en développement de ne pas combattre davantage la corruption, mais ils ont raison de reprocher aux pays les plus avancés de la faciliter en offrant aux hommes d'État corrompus des refuges sûrs, et à leur argent des comptes bancaires secrets.

Source : Joseph E. Stiglitz, Le triomphe de la cupidité, New-York, 2010, p.390

Joseph E. Stiglitz est l'un des économistes les plus influents et les plus écoutés du monde. Il est aussi l'un des rares à nous mettre en garde depuis plusieurs années contre le fanatisme du marché et la financiarisation de l'économie. Prix Nobel en 2001, il est également l'auteur de La Grande Désillusion (Fayard, 2002) et de Quand le capitalisme perd la tête (Fayard, 2003)




Le problème :

Les vraies questions sont : que doit faire l'État ? jusqu'où doit-il aller ? et comment doit-il s'y prendre ?

«Tout jeu a ses règles et ses arbitres, et le jeu économique ne fait pas exception. L'un des rôles cruciaux de l'État est d'écrire les règles et fournir les arbitres. Les règles sont les lois qui gouvernement l'économie de marché. Les arbitres comprennent les autorités de contrôle et les juges qui aident à faire appliquer et interpréter les lois. [...]

La société doit être sûre que les règles sont fixées équitablement et que les arbitres sont justes. En Amérique, trop de règles ont été établies par et pour les professionnels de la finance, et les arbitres se sont montré partiaux. On ne peut donc s'étonner du déséquilibre des résultats. Il y avait d'autres réactions possibles, dont les chances de succès étaient au moins égales mais qui mettaient moins en danger le contribuable : il suffisait que l'État joue selon les règles, au lieu de bifurquer à mi-parcours vers une stratégie de libéralité inouïe au bénéfice du secteur financier.

En fin de compte, le seul barrage contre ces abus est le processus démocratique. Mais ses chances de succès dépendront des réformes de contributions de campagnes et de l'organisation même des élections. Certains clichés restent vrais : qui paie le flûtiste, choisit la musique. Le secteur financier a payé les flûtistes des deux partis et il a choisi la musique. Pouvons-nous espérer, nous les citoyens, que des lois seront votés pour démanteler les banques-trop-grandes-pour-faire-faillites si ces dernières restent des contributrices de campagnes trop-grandes-pour-être-ignorées ?

1. Si l'État exigeait que les chaînes de télévison et les stations de radio mettent gratuitement du temps d'antenne à la disposition des candidats, les financements de campagne seraient moins nécéssaires. Et avec le système australien du vote obligatoire, on a moins besoin de dépenser pour aller «chercher le vote».
2. Des données de la Commission électorale fédérale compilées par le Center for Responsive Politics ont révélé que les comités d'action politique des sociétés financières et d'investissement et leurs salariés ont donné 156 millions de dollars en contribution politique durant le cycle électoral de 2008. Goldman Sachs, Citigroup, JPMorgan, Chase, Bank of America et Credit Suisse ont donné 22,7 millions de dollars et dépensé 25 millions supplémentaires en lobbyisme pendant cette période. Le représentant Collin C. Peterson, président du Comité de l'agriculture de la Chambre des représentants, qui supervise normalement les transactions sur les marchés à terme (parce que les transactions à terme portaient à l'origine sur les denrées agricoles) le dit sans détour : «Ici, les banques font la loi. Je vais vous dire quel est le problème : elles donnent trois fois plus d'argent que le premier des plus grands groupes de pression.»

Gretchen Morgenson et Don Van Natta Jr, «Even in Crisis, Banks Dig in for Battle Against Regulation», New York Times, 1er juin 2009, cité dans J. E. Stiglitz, Le triomphe de la cupidité, 2010

Ibid., p. 375

Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par Cinci » mer. 04 juin 2014, 15:31

En guise de complément :

Ada Lovelace,
l'exaltation des
sciences

La fille de Lord Byron aurait inventé le premier programme informatique.


«Londres, juin 1833. Charles Babbage, étoile montante de la recherche scientifique, a organisé l'exposition d'une collection d'étranges mécanismes. A l'écart de la foule, une jeune fille et une machine se font face. Elle, c'est Ada Lovelace, héritière du plus scandaleux des écrivains britanniques, le poète romantique lord Byron (1788-1824), mort depuis dix ans. L'accumulation de rouages et de cylindres en face d'elle, c'est la «machine à différences» inventée par Babbage pour réaliser des séries de calculs mathématiques complexes.

Ada n'a que dix-neuf ans, mais, déjà, la jeune fille au regard sombre discute mathématiques avec l'éminent Babbage, de vingt ans son aîné. Curieux tableau, en cette époque victorienne où il est rare de voir une femme s'intéresser aux sciences ! Ada Lovelace est une exception. Sa mère, lady Anne Isabella Byron, dite Annabella, née Milbanke en 1792, l'a poussée à étudier les mathématiques. Lady Byron est persuadée que sur le destin de sa fille plane l'ombre malfaisante de son démon de père. Elle considère que la science est le seul remède à cet héritage.

Le bel aristocrate qu'Annabella avait épousé par amour, malgré ses dettes, sa supposée liaison incestueuse avec sa demi-soeur et son goût pour les hommes, s'est révélé à la hauteur de sa réputation sulfureuse. Leur mariage est un enfer, scandé de coups, d'insultes et de viols conjuguaux.

En 1816, un an à peine après les noces, la toute jeune mère - Ada est née le 10 décembre 1815 - demande le divorce. Déterminée à obtenir la garde de sa fille, qui échoit alors au père en cas de séparation, Annabella engage une longue bataille juridique contre son mari, qu'elle remporte en menaçant de révéler ses «turpitudes». Byron part pour Venise et meurt en 1824 à Missolonghi, alors qu'il se bat aux côté des partisans de l'indépendance de la Grèce. Ada ne le connaîtra pas. Jusqu'à ses 20 ans, elle n'aura même pas le droit de poser les yeux sur un poème ou un portrait de son père. Sa mère ne jure que par la discipline. Elle confie à Dieu dans son journal intime son absence d'amour maternel.

La pauvre Ada, qu'elle surnomme l'oiseau subit régimes aberrants et saignées à répétition. L'enfant multiplie les crises de nerf. A 15 ans, frappée d'une paralysie des jambes attribuée à sa nervosité, elle n'a le droit de s'asseoir qu'une demi-heure par jour. Prisonnière de son propre corps, elle redouble d'énergie dans l'étude. A 17 ans, guérie, elle est prête à faire son entrée dans le monde. Coup de tonnerre : elle commet la «faute tant redoutée» en s'enfuyant avec l'un de ses professeurs. Rattrapée, sermonnée, elle demande pardon. Mais c'est désormais une certitude : «la fille, ayant héritée de son père plusieurs traits de son caractère, a également recueilli ses tendances» rapporte dans ses mémoires Sophia de Morgan, une amie de la famille. Que fait-on d'un oiseau rebelle ? On le marie. Terrorisée par les révélations qu'on lui a faites sur «sa nature perverse» - sa mère ira jusqu'à lui présenter l'enfant présumée des amours incestueux de Byron et sa demi-soeur -, Ada, épouse docilement en 1835, William King, futur Lord Lovelace, qui lui donne rapidement trois enfants.

Mais la vie conjugale n'intéresse pas Ada. Comme sa mère, elle développe peu de sentiments pour la chair de sa chair, allant jusqu'à exprimer dans son journal intime, le désir d'annihiler sa fille Annabella et «sa grosse figure de pudding». Elle enverra son fils Byron servir dans la flotte britannique à l'adolescence, et confiera son cadet, Ralph, aux bon soins de sa grand-mère dès l'âge de 9 ans.

Hyperactive, elle préfère travailler la harpe et le chant, ambitionne une carrière de musicienne, projet alors inouï pour une aristocrate, puisque cela implique de se montrer en public. Mais les mathématiques l'obsèdent plus que tout. Babbage l'a prise pour élève et elle ne jure que par celui «qui l'a enchantée». Ada se rêve en grande prêtresse de la machine analytique. Elle échange avec Babbage une correspondance fiévreuse, se livrant avec lui à des joutes mathématiques qui le laissent ébloui. En 1842, un mathématicien italien, Luigi F. Menabrea, rédige en français le premier article sur la machine analytique. Ada le traduit en anglais et y ajoute des notes qui, à la publication de l'article en 1843, l'ont presque fait triple de volume. Elle y développe l'idée d'un algorythme permettant de calculer les nombres de Bernoulli, une suite mathématique complexe. Coup de génie : «Grâce à ces travaux, Ada est aujourd'hui considérée comme la première programmeuse informatique de l'histoire», assure Isabelle Cotret, informaticienne et chercheuse en science de l'éducation (1).

[...]

Ada et ses fantômes vont tomber dans l'oubli pendant presque un siècle. Ce n'est qu'en 1953, à l'occasion d'une nouvelle publication de ses oeuvres aux États-Unis, que les scientifiques commencent à s'intéresser à son fameux programme. En 1979, le langage informatique du département de la Défense des États-Unis est nommé Ada en son honneur. La jeune fille en crinoline de l'époque victorienne est désormais considérée comme un modèle par les Geeks et les Hackers du monde entier.»

Source : Élise Lépine, Le point. Référence. La psychanalyse après Freud, numéro 47, septembre-octobre 2013, p.102

___
(1) Auteure de L'informatique a-t-elle un sexe ? hackers, mythe et réalités, L'Harmattan, 2006

Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par Cinci » sam. 31 mai 2014, 23:32

(suite et fin)

Pour raconter l'histoire de l'ordinnateur personnel sous forme de pièce de théâtre, il faudrait créer un drame épique et complexe faisant intervenir une longue liste de personnages. [...] Vers la fin de cette pièce plutôt longue aurait lieu une intrigue secondaire où, en 1980, Gary Kildall partirait en vacances en famille s'imaginant avoir décroché un contrat avec IBM, pour découvrir à son retour, la multinationale en pleine négociation avec Bill Gates pour l'usage, dans le premier ordinnateur personnel destiné au marché de masse, d'une adaptation de son propre système d'exploitation. Ce ne serait d'ailleurs qu'à ce moment, vers la fin du dernier acte, que Gates ferait son apparition. Son personnage plutôt antipathique, écarterait un innovateur nettement plus talentueux que lui (et de surcroit un ami) en cherchant à convaincre IBM d'adopter son système d'exploitation de moindre qualité (ou plutôt celui d'une autre entreprise). On imagine mal, une fois la pièce terminée, Bill Gates avoir droit à un rappel, être salué par une ovation ou, pire encore, partir avec l'ensemble des recettes.

[...]

Tout indique aussi que l'ordinnateur personnel aurait été crée avec ou sans Bill Gates. D'ailleurs, nous l'avons vu, celui-ci n'a jamais vraiment inventé quoi que ce soit; il a plutôt décroché le contrat du siècle avec IBM en écartant Kilgall, qui, dans les faits, en avait élaboré l'ingrédient clé : un système d'exploitation efficace. Par la suite, Gates a continuer d'adapter les innovations d'autres personnes, comme l'interface graphique. Non seulement la révolution de l'ordinnateur personnel aurait-elle tout eu lieu sans lui, mais elle se serait sans doute produite plus tôt, avec des appareils plus perfectionnés.

Par exemple, des innovations comme le mode multitâche, intégré au système d'exploitation de Kilgall, se seraient répandues beaucoup plus rapidement en l'absence de Gates. En Amérique, «l'hégémonie IBM-Microsoft a retardé l'arrivée du mode multitâche de plus de dix ans», constate Harold Evans. Par ailleurs, sans Gates, la révolution de l'ordinnateur personnel aurait peut-être emprunté une voie moins commerciale. Bon nombre de ses pionniers souhaitaient voir les logiciels qu'ils dévelopaient relever du domaine public, à l'abri de la domination des milieux d'affaires. Englebart, par exemple, était mû par l'idée d'utiliser l'ordinnateur avant tout comme outil pour améliorer la capacité de l'humanité à faire face aux problèmes colossaux qui affligent le monde. Malgré le génie de ses innovations, sa vision de l'avenir ne s'est jamais concrétisée, ni d'ailleurs celles de dizaines d'autres précurseurs talentueux, qui aspiraient à créer collectivement des systèmes d'exploitation libre d'accès. Si leurs rêves se sont évanouis, c'est entre autres en raison de la suprématie de Bill Gates.

Source : Linda McQuaig et Neil Brooks, Comment les ultra-riches [...], pp.95-108

Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par Cinci » sam. 31 mai 2014, 23:27

  • (suite)

    En 1955, année de naissance de Bill Gates, la révolution informatique allait bon train, occupant l'esprit de quelque 15 000 enthousiastes voués au développement de ces puissantes machines et à l'extension de leurs fonctions. C'est à ce groupe informel d'informaticiens amateurs et professionnels que le jeune Gates allait se joindre au début des années 1970. Néanmoins, avant même qu'il ait quitté la garderie, une myriade d'innovations avaient préparé le terrain à l'avénement de l'ordinnateur personnel et au rôle qu'il y jouerait. Presque toutes ces avancées ont résulté de recherches financées par le gouvernement et l'armée des États-Unis, et la plupart d'entre elles ayant été le fruit d'un travail d'équipe, la contribution de chaque individu étant souvent difficile à discerner. «Depuis la fin des années 1950, note Essinger, cette façon de faire semblait être la norme en ce qui a trait aux percées dans le domaine de l'informatique : celles-ci découlant de la collaboration et de l'effort conjugué des membres de vastes équipes constituées de chercheurs anonymes plutôt que du génie d'illustres précurseurs.»

    Néanmoins, certains précurseurs se sont démarqués, le plus important d'entre eux étant Douglas Englebart, ingénieur visonnaire animé par le désir de créer des ordinnateurs capables de résoudre les problèmes urgents auxquels faisait face l'humanité plutôt que d'inventer de simples outils permettant aux employés d'entreprises commerciales de travailler plus vite. Au début des années 1960, grâce au financement de l'armée de l'air des États-Unis, Englebart et son collègue ingénieur Bill English ont inventé certains des dispositifs clés qu'on associe aujourd'hui au micro-ordinnateur, comme la souris. A l'époque, les ordinnateurs étaient certes immensément puissants, mais essentiellement inaccessibles aux êtres humains, à l'exception d'une poignée d'initiés disposant des compétances très pointues en programmation. Englebart et d'autres chercheurs se sont attaqués à ce problème en créant des interfaces permettant d'interagir avec ces puissantes machines : grâce au clavier, à la souris, au moniteur, au menu et aux autres éléments de l'interface graphique, l'utilisateur moyen pourrait donner aisément des consignes à un ordinnateur.

    Ces dispositifs, sans lesquels l'ordinnateur ne serait pas la machine omniprésente et essentielle qu,elle est devenue, ont été développés par Englebart et des dizaines d'autres chercheurs bien avant qu'Apple (et, plus tard, Microsoft) ne les adapte au marché de masse. Dans une interview accordée au magazine Playboy en 1994, Bill Gates a reconnu que l'un des facteurs clés du succès de son entreprise a été son adoption de l'interface graphique, un ensemble d'outils développés non par Microsoft, mais par de nombreuses autres personnes, demeurées dans l'ombre et considérablement moins riches. Englebart, terriblement déçu du virage commercial de la révolution informatique, détenait le brevet sur la souris, mais celui-ci ne lui a jamais permis de toucher de redevances substantielles, le chercheur n'ayant rien fait pour empêcher son expiration en 1987, au moment même où l'ordinnateur personnel amorçait sa conquête du monde.

    (à suivre)

Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par Cinci » sam. 31 mai 2014, 23:20

(suite)

A bien des égards, l'histoire de l'ordinnateur personnel commence en France, au début du XIXe siècle, avec l'invention d'un métier à tisser la soie novateur. Les brocarts aux motifs élaborés alors en vogue étaient fabriqués à l'aide d'un appareil appelé métier à la tire, mais nécéssitait aussi un tissage à bras extrêmement difficile et complexe. Joseph Marie Jacquard, cinquième de neuf enfants d'un maître tisserand de Lyon, a conçu un métier permettant de tisser sans effort manuel. Son invention reposait sur un ensemble de cartes perforées. Celles-ci étaient insérées dans le métier, où elles étaient percutées par des tiges métalliques attachées à chaque fil de la chaîne. Si la tige rencontrait une perforation, un fil de la chaîne était activé; dans le cas contraire, rien ne se passait.Ainsi, les mouvements du métier étaient déterminés par la disposition des trous. En insérant une carte, on se trouvait à programmer le métier afin qu'il exécute lui-même les tâches complexes. Le métier Jacquard, note l'historien de la technologie James Essinger, était une machine d'un calibre et d'une sophistication sans précédent; en fait, au moment où il a été breveté, soit en 1804. Il s'agissait du mécanisme le plus complexe du monde. Sa technologie à base de cartes perforées renfermait le germe de la notion même d'ordinnateur (d'ailleurs, les premiers ordinnateurs sur lesquels Bill Gates a travaillé lorsqu'il était étudiant utilisaient encore des cartes perforées).

Le métier Jacquard n'a pas seulement révolutionné le tissage de la soie [...] il a aussi inspiré la création d'une ambitieuse machine à calculer, aujourd'hui qualifiée d'«ordinnateur de l'ère victorienne». Élaborée par le scientifique et mathématicien britannique Charles Babbage, la machine était une tentative d'application de la technologie des cartes perforées au calcul. [...] Bien connu des cercles littéraires et scientifiques de Londres dans les années 1840, Babbage reconnaissait ouvertement s'inspirer de Jacquard, dont le somptueux portrait, fait d'une tapisserie en soie réalisée sur son métier, ornait sa propre demeure.

L'une des plus grandes frustrations des mathématiciens et des scientifiques du début du XIXe siècle était l'immense difficulté et l'ennui abyssal propres au calcul des tables mathématiques exactes. Les tables astronomiques employées pour étudier le mouvement des étoiles et des planètes étaient préparées lentement et péniblement par des assistants, les compteurs. Babbage souhaitait ainsi créer une machine qui permettrait d'éviter cet interminable processus manuel [...] Sa machine analytique serait même pourvue d'une mémoire, le ''magasin'', et d'un proceseur, le ''moulin''. Babbage a pu construire certaines composantes très sophistiqueés de sa machine, dont il avait dessiné les plans très détaillés, mais il ne réussit jamais à la faire fonctionner. En 2004, soit plus de 150 ans plus tard, des scientifiques ont réalisé, en suivant ses plans à la lettre, un modèle pleinement opérationnel de ce fantastique appareil, qui compte 8 000 pièces et pèse 5 tonnes. Babbage est aujourd'hui considéré comme le père de l'ordinateur.

L'étape suivante a été franchie par l'ingénieur américain Herman Hollerith. Voulant simplifier la tâche colossale que représentait le traitement des données du recensement américain, celui-ci s'était inspiré de la technologie des cartes perforées du métier de Jacquard pour créer un appareil capable de traiter l'information. [...] Mise au service du recensement de 1890, la machine a rendu possible l'automatisation de tout le processus de dénombrement, constitué d'un ensemble de tâches dont l'exécution demandait jusqu'alors deux ans à des centaines de commis. [...] Hollerith a connu un certain succès en adaptant sa machine à statistiques à des usages commerciaux. En 1911, son entreprise a fusionné avec trois autres firmes pour devenir la Computing Tabulating Recording Company qui, en 1924, prendrait le nom d'International Business machine (IBM).

C'est sous la gouverne d'IBM, et en particulier de son énergique président Thomas John Watson, tourné vers les ventes, que la tabulatrice à cartes perforées de Hollerith s'est largement répandue dans le monde des entreprises. En 1930, la firme en offrait un modèle automatique très sophistiqué dont elle en fabriquera environ 1500 exemplaires par an. La Grande Dépression aura plombé ses ventes, mais en 1935, l'adoption de la loi sur la sécurité sociale dans le cadre du New Deal a constitué pour elle un véritable pactole : du jour au lendemain, le gouvernement des États-Unis devait automatiser le traitement des dossiers d'emploi de tout un peuple.

IBM a bénéficié d'un autre coup de pouce de l'État pendant la Seconde Guerre mondiale, obtenant des fonds de l'armée américaine pour des projets spéciaux. Ainsi, en janvier 1943, l'entreprise a produit son premier vrai ordinnateur (la première machine à calculer automatique et numérique) pour la marine. L'appareil était constitué d'un cadre d'acier massif de 15 mètres de long et de 2,5 mètres de haut contenant 800 kilomètres de câbles et 3 millions de fils de raccordement, mais reposait toujours sur la technologie des cartes perforées.

A la fin des années 1940, deux ingénieurs de l'université de Pennsylvanie financée par le gouvernement américain, Eckert et Mauchly, sont parvenus à créer un ordinnateur entièrement électronique pouvant effectuer 5 000 opérations par seconde (en comparaison, celui de la marine n'en effectuait que trois). L'invention du transistor en 1947 a permis aux ordinnateurs de gagner encore plus de puissance, ceux-ci devenant capables d'effectuer 100 000 opérations par seconde. Parallèlement, la taille des appareils diminuait.

(à suivre)

Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par Cinci » sam. 31 mai 2014, 23:10

(suite)

Mais Bill Gates mérite-t-il une telle fortune ?

Bien qu'il soit un fonceur sachant tirer parti de la moindre occasion qui se présente à lui (allant jusqu'à écarter un ami qui, selon toute vraisemblance, aurait dû obtenir le gros contrat), il n'est l'inventeur ni du système d'exploitation ni de l'ordinnateur personnel. On n'en chante pas moins ses louanges pour ces innovations.

[...]

Cependant, la question n'est pas de savoir si c'est Kildall qui aurait dû accumuler 66 milliards [...] comme il s'agit de se demander si quiconque devrait pouvoir amasser une telle fortune en guise de rémunération pour l'invention d'un système d'exploitation développé grâce aux contributions d'une multitude de gens.


La culture véhicule l'idée voulant que les grandes innovations soient le fruit du génie individuel. On tend à considérer l'évolution de la civilisation comme une série de réalisations spectaculaires accomplies par de grands hommes, éludant pour ainsi dire le rôle joué par la société. Cette croyance rend l'accumulation de fortunes colossales acceptables et légitimes. Si Bill Gates était bel et bien le seul responsable d'une invention qui a changé le monde, peut-être la rémunération winner-take-all aurait-il un sens.

Dans les faits, toutefois, Gates (ou Kilgall) n'est qu'un contributeur parmi d'autres. Le micro-ordinnateur n'a pas surgi, achevé, de leur imagination. Bien au contraire, il est le fruit d'une longue série d'innovations technologiques introduites au fil des décennies (et même des siècles !), chacune d'elles ayant permis à la science d'atteindre un point où une nouvelle percée devenait possible, voire inévitable. Penchons-nous un moment sur certains de ses principaux contributeurs.

(à suivre)

Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par Cinci » sam. 31 mai 2014, 16:47

  • «En 1980, cependant, Microsoft a profité d'un énorme coup de chance qui l'a mené à un succès retentissant, en faisant une force dominante de l'industrie informatique.

    Cette année-là, IBM avait mis sur pied un groupe de travail secret, dont le nom de code était Projet Chess, dans le but d'élaborer un ordinnateur personnel destiné au grand public. Élément crucial : la multinationale avait besoin d'un système d'exploitation pour son nouveau micro-ordinnateur. En toute logique, elle aurait dû se tourner vers Kilgall, reconnu comme le chef de file du domaine. «Tout le milieu de l'informatique savait que Kilgall avait crée le CP/M, écrit Harold Evans. Tout le monde, semblait-il, sauf la plus grosse bête de la jungle des ordinnateurs centraux, à qui les ordinnateurs personnels étaient jusque là demeurés invisibles. Curieusement, le groupe de travail d'IBM s'est rendu à Seattle pour rencontrer un acteur secondaire de l'industrie, Bill Gates.

    Gates a accueilli les membres de l'équipe d'IBM avec enthousiasme, mais lorsqu'ils lui ont demandé s'il pouvait leur vendre une licence d'utilisation du système CP/M, il a dû leur expliquer que celui-ci ne lui appartenait pas et les inviter à contacter Kildall, qu'il connaissait personnellement, ayant déjà dîné avec lui et sa femme à leur résidence de Monterrey, en Californie.

    Les gens d'IBM se sont donc envolés vers le sud pour rencontrer Kildall et négocier un contrat de licence avec lui. Bien que celui-ci n'eût pas accepté d'emblée les termes de l'entente qu'on lui proposait, l'entrevue s'est conclue sur une poignée de mains. L'informaticien tenant pour acquis qu'ils étaient parvenu à un accord de principe, est parti en vacances en famille.

    Les membres du Project Chess sont en fait retournés à Seattle, où Gates les a assurés que, cette fois, Microsoft serait en mesure de leur fournir un système d'exploitation répondant à leurs critères. Gates s'est alors empressé d'acquérir les droits sur un autre système d'exploitation, une adaptation du CP/M de Kildall développé par Tim Paterson et produite par une firme de Seattle. A son retour de vacance, une semaine plus tard, Kildall apprenait d'un collègue que Gates était en train de négocier avec IBM. «Bill était un ami; il ne va pas me trahir», a-t-il répondu. Ami ou pas, Gates souhaitait vraiment parvenir à une entente; il s'est donc rendu aux bureaux de IBM à Boca Raton, en Floride, pour déjeûné avec les membres du groupe de travail. La rencontre s'est très bien déroulé. Le chef de projet, Don Estridge, a confié à Gates que le directeur général de la multinationale, John Opel, était enchanté à l'idée que son entreprise fasse affaire avec lui, dont il connaissait personnellement la mère, Mary (tout deux étant membre du conseil d'administration d'United Way of America). Il semblait évident que Bill et sa mère cadraient beaucoup mieux avec la culture d'entreprise d'IBM que le libre-penseur à l'allure de hippie qu'était Gary Kildall.

    Finalement, IBM et Gates ont signé un contrat, et ce, même si le système de Kildall était nettement supérieur à celui de Microsoft. Kildall avait d'ailleurs des années d'avance sur tout le monde dans ce domaine, ayant déjà développé le mode multitâche, fonction qu'IBM et Microsoft n'intégreraient à leurs produits que dix ans plus tard. Selon Evans, Kildall est le véritable initiateur de la révolution du micro-ordinnateur et père du système d'exploitation de l'ordinnateur personnel. C'est bien sûr Gates qui en obtiendrait tout le crédit et qui deviendrait l'homme le plus célèbre, le plus admiré et le plus riche de la planète.»
(à suivre)

Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par Cinci » sam. 31 mai 2014, 16:40

(suite)

En effet, il a eu la chance immense de naître dans une famille aisée, ce qui lui a ouvert des possibilités dont n'aurait assurément pas pu disposer un enfant issu d'une famille à faible revenu. Son père était un brillant avocat de Seattle et son grand-père maternel était un riche banquier. Le jeune Gates a donc pu fréquenter une école privée, Lakeside, où se trouvait un club d'informatique. Lors d'une collecte de fonds effectuée en 1968, les mères des élèves, bien informées, ne se sont pas bornées à recueillir de la menu monnaie pour acheter des chandails de hockey ou des uniformes scolaires. Misant sur l'aisance de la clientèle de l'école, elles ont suffisamment amassé d'argent (et ont étét assez visionnaires) pour doter celle-ci d'un terminal d'ordinnateur d'une valeur de 3 000 dollars. C'est ainsi que Lakeside est devenue l'une des rares écoles secondaires des États-Unis (et sans doute du monde entier) à posséder un terminal d'ordinnateur dans les années 1960. Gates, que l'école n'intéressait guère, a vite pris goût à la technologie et s'est mis à passer son temps libre dans le sous-sol de l'établissement pour s'amuser avec le fascinant appareil.

A la fin des années 1960, la technologie évoluait rapidement. Un projet réalisé au début de la décennie pour le compte de l'armée de l'air américaine, a en particulier permis la création d'ordinnateurs miniatures qu'on pouvait programmer pour traiter des données à l'aide de commandes. Aux machines géantes de l'État et de l'armée allaient ainsi s'ajouter des ordinnateurs personnels utilisables dans la vie quotidienne. Les perspectives étaient fascinantes. Bill Gates, alors agé de 13 ans, avait la chance inouïe de passer de longues - et coûteuses - heures devant un ordinnateur, une technologie qui était à la veille de changer le monde.

Au cours des années suivantes, Gates a bénéficié d'un certain nombre de coups de chance qui l'ont grandement aidé à acquérir les bases de cette technologie émergente. La mère d'un des garçons de Lakeside se trouvait à faire partie d'une équipe de programmeur de l'université de l'État de Washington. Avec des collègues, elle avait fondé une petite entreprise de conception de logiciels dont la clientèle était constituée de firmes louant des plages de temps sur l'ordinnateur de l'université. L'équipe à décidé d'inviter les membres du club d'informatique de Lakeside à venir tester les logiciels de l'entreprise après les heures de cours et le week-end, dans ses bureaux.

Gates et ses camarades ont saisi cette occasion d'avoir un meilleur accès, sans frais, à un ordinnateur. Ils ont vite conclu une entente plus avantageuse avec une autre firme de Seattle, Information Services Incorporated (ISI), qui possédait son propre ordinnateur central, auquel elle souhaitait leur donner accès en échange de tests à mener sur des systèmes de paye automatisés. En outre, les garçons de Lakeside ont réalisé qu'ils pouvaient gratuitement utiliser l'ordinnateur de l'université de l'État de Washington pendant la nuit. [...] Le contact de Gates avec ISI s'avérerait déterminant. [...] Au bout de quelques années, il abandonna ses études, puis, en 1975, fonda Microsoft, avec son ancien camarade du Club informatique de Lakeside, Paul Allen.

Au cours des ses premières années d'existence, Microsoft était une entreprise relativement petite (avec quelques dizaines d'employés), mais dynamique, à l'instar de nombreuses firmes du même genre qui oeuvraient dans le secteur alors en émergence des ordinnateurs personnels. A l'époque, le micro-ordinnateur n'était ni très évolué ni très facile à utiliser, et son marché, bien qu'en pleine croissance, était encore limité. Gates connaissait un certain succès dans le domaine, mais n'en était pas un joueur de premier plan. Il figurait loin derrière Gary Kildall, informaticien brillant et novateur, de 13 ans son aîné, qui avait élaboré son propre système d'exploitation. Connu sous le nom de Control Program for Microcomputers (CP/M), il s'agissait alors du système d'exploitation pour micro-ordinnateur le plus répandu.

L'entreprise de Kilgall, Digital Research, en avait vendu des centaines de milliers et engrangeait des recettes mensuelles de plus de 100 000 $ . Le gros des affaires de Microsoft consistait à vendre un langage de programmation compatible avec le CP/M de Kilgall.

(à suivre)

Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par Cinci » sam. 31 mai 2014, 16:34

En quoi Bill Gates ne mérite pas sa fortune

La dernière évaluation de la fortune de Bill Gates établit celle-ci à 66 milliards de dollars. L'une des thèses centrales du présent essai postule que Gates, à l'instar des autres milliardaires, ne «mérite» qu'une fraction de sa fortune. Il va sans dire que, même si celle-ci était considérablement plus petite - quelques milliards seulement, par exemple - l'homme d'affaire serait encore fabuleusement riche, et que la différence pourrait être dépensée de manière à améliorer considérablement la vie de millions de personnes.

Précisons tout d'abord que le verbe mériter et la locution avoir droit à n'ont pas la même signification. Tout indique que Bill Gates a de bons avocats-fiscalistes et n'a donc contrevenu à aucune loi fiscale. S'il était soupçonné d'entorse à quelque loi relative à la fiscalité ou à la propriété, il réglerait la question par la voie juridique adéquate. On peut donc présumer que ses 66 milliards lui reviennent de plein droit. Cependant, une question demeure : mérite-t-il ces 66 milliards ? Celle-ci relève de la morale; elle porte sur ce qu'une société considère comme juste ou non. Gates (ou tout autre individu immensément riche) mérite-t-il vraiment d'être à ce point mieux nanti que quiconque ? Une autre question entre en ligne de compte : une société a-t-elle besoin d'autoriser de telles disparités de revenus et de richesse pour encourager les gens à travailler dur et ainsi assurer une croissance économique dont tout le monde profite ? Commençons par nous demander si la fortune colossale de Bill Gates répond aux critères de base de l'équité.

A maints égards, Gates offre un bon cas type pour juger si les milliardaires méritent leur fortune, car il place la barre très haut. De prime abord, il semble être de ces crésus qui ont plutôt mérité leur sort. Sa richesse n'est pas le fruit d'un simple héritage : il a constitué sa fortune à la sueur de son front, en s'imposant sur le marché. Gates s'est illustré non seulement par ses nombreux talents naturels, mais aussi, de tout évidence, par son travail infatigable, ayant su tirer parti de ses compétences et saisir chaque occasion qui s'est présentée à lui. De plus, son oeuvre phare n'est rien de moins que le système d'exploitation pour ordinnateur personnel, qui compte parmi les innovations du XXe siècle les plus largement utilisées et dont pratiquement plus personne ne pourrait se passer. L'apport de Gates à la société est donc substantiel. Pour couronner le tout, il est devenu un important philanthrope, donnant de fortes sommes non seulement aux salles de concert où les riches se rassemblent, mais aussi à des organismes venant en aide à des personnes dans le besoin, comme les victimes du sida en Afrique. Aussi, nul n'a été surpris lorsque le magazine Times l'a inclus dans sa liste des 100 personnes les plus influentes du XXe siècle et dans le groupe des «bons samaritains» nommés personnalités de l'année en 2005 (avec son épouse Melinda et la vedette rock Bono) Si une personne mérite sa fortune, c'est bien Bill Gates. [...] Sans surprise, il est pratiquement devenu un être de légende, qui sait rendre acceptable l'accumulation de la richesse. Il est en quelque sorte devenu le milliardaire modèle.

Comme dans la plupart des légendes, bien sûr, l'histoire ne s'arrête pas là. Certains observateurs , dont Malcolm Gladwell dans son best-seller Les prodiges, n'ont pas manqué de souligner que la réussite de Bill Gates est tributaire de la chance, ce qui ébranle un peu sa stature héroïque.

(à suivre)

Re: Comment les ultra-riches nuisent à l'économie

par Cinci » sam. 31 mai 2014, 16:28

Je vous présente un livre qui est édité en 2013, non pas en 1890.

Les nombreuses données, études ou références qui se trouvent dedans s'échelonnent sur plusieurs décades, jusqu'en 2010 au moins. Le livre traite justement des ''croyances religieuses'' dans le domaine de l'économie et s'agissant de ceux qui croient toujours que le mieux-être de l'ensemble de la société devrait découler tout naturellement du fait de chouchouter les plus riches (= la pensée économique des Reagan, Thatcher et cie)

Je sais très bien que vous trouverez des tas de commentateurs, des économistes à la pelle qui vont agiter des formules, toutes sortes de chiffres merveilleux pour prétendre que les gens n'auront jamais été si heureux aux États-Unis, en Angleterre et en Nouvelle-Zélande que depuis l'ère des mesures néo-libérales. Vous entendrez dire que ce sont les pauvres ménages qui profitent de ces mesures au détriment des PDG et des banques comme de raison, que les gouvernements de ces pays anglo-saxons n'auront jamais eu moins de déficits que depuis qu'ils auront décidés de détaxer les riches. Et c'est sans doute pourquoi, aussi, l'on entend toujours depuis lors la chanson à l'effet que ces gouvernements auraient désormais trop d'argent dans leurs coffres et ne sauraient plus à quels pauvres distribuer le surplus ^^

- ... pardon ?

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