par Cinci » dim. 17 nov. 2013, 5:29
(suite)
Quel est le lien entre les doctrines de Luther et la situation psychologique de tous les individus au Moyen Age, à l'exception des riches et des puissants ? Comme nous l'avons vu, l'ancien ordre des choses s'effondrait. L'individu avait perdu la sécurité de la certitude et il était menacé par les nouvelles forces économiques, par les capitalistes et les monopoles; le principe corporatif était remplacé par la compétition; les classes populaires se sentaient de plus en plus exploitées. L'attirance du luthérianisme pour les classes populaires était différente de cette qu'il exerçait sur la classe moyenne. Les pauvres des villes et les paysans encore davantage, étaient dans une situation désespérée. Ils étaient exploités impitoyablement et privés de leurs droits et privilèges traditionnels. Ils développèrent un esprit révolutionnaire qui s'est exprimé dans les insurrections paysannes et les mouvements révolutionnaires dans les villes. L'évangile exprimait clairement leurs espoirs et leurs attentes, comme il l'avait fait pour les esclaves et les travailleurs journaliers au début du christianisme, et il amena le pauvre à chercher la liberté et la justice. dans la mesure du possible, Luther a attaqué l'autorité et mis le mot évangile au coeur de ses enseignements, il a séduit les masses agitées comme les autres mouvements religieux évangéliques l'avaient fait avant lui.
Luther a accepté l'allégeance des paysans et les a même soutenus tant qu'ils n'avaient que de mineurs revendications pour l'amélioration de leur sort mais, dès lors qu'ils se sont attaqué à l'autorité de l'Église, il a rompu leur alliance. [...] En dépit de toutes les difficultés que nous avons décrites plus haut, la classe moyenne, même ses couches les plus basses, avait des privilèges à défendre face aux revendications des pauvres; elle était donc fortement hostile aux mouvements révolutionnaires dont le but était la destruction non seulement des privilèges de l'aristocratie, de l'Église et des monopoles, mais aussi de leurs propres privilèges.
La position de la classe moyenne - entre les très riches et les très pauvres - a rendu ses réactions complexes et, par de nombreux aspects, contradictoires. Ils voulaient maintenir la loi et l'ordre, et pourtant ils étaient eux-mêmes menacés par la montée du capitalisme. Même leurs membres les plus prospères n'étaient ni riches ni puissants, contrairement aux petits groupes de capitalistes. Ils devaient se battre ardemment pour survivre et progresser. Le luxe de la classe riche renforça leur sentiment de petitesse et les remplit d'envie et d'indignation. Dans l'ensemble, la classe moyenne était plus mise en danger qu'aidée par l'effondrement de l'ordre féodal et par la montée du capitalisme.
La représentation luthérienne de l'homme minorait juste ce dilemme. L'homme est libéré de tous les liens qui l'attachent aux autorités spirituelles, mais cette même liberté le laisse seul et angoissé, l'écrase avec le sentiment de sa propre insignifiance et de son impuissance en tant qu'individu. Cet individu libre et isolé est écrasé par l'expérience de son insignifiance personnelle. La théologie de Luther exprime ce sentiment d'impuissance et de doute. La représentation de l'homme qu'il dresse en termes religieux décrit la situation de l'individu au cours de l'évolution sociale et économique. Les membres de la classe moyenne étaient aussi impuissants face aux nouvelles forces économiques qu'ils l'étaient dans la description qu'a faite Luther de la relation de l'homme à Dieu.
Mais Luther a fait plus que simplement mettre en évidence le sentiment d'insignifiance déjà présent au sein des classes sociales auprès desquelles il prêchait, il a offert une solution. L'individu pouvait espérer être acceptable aux yeux de Dieu non seulement en acceptant sa propre insignifiance, mais aussi en s'humiliant à l'extrême, en abandonnant chaque vestige de la volonté personnelle, en renonçant à sa force personnelle et en la dénonçant. La relation de Luther à Dieu était une relation de totale soumission. En termes psychologiques, son idée de la foi signifiait : si vous vous soumettez complètement, si vous acceptez votre insignifiance individuelle, alors le Dieu tout-puissant peut être disposé à vous aimer et à vous sauver. Si vous vous débarrassez de votre individualité propre avec tous ses défauts et ses doutes en faveur d'une modestie extrême, vous vous libérez du sentiment de votre propre néant et vous pouvez participer de la gloire de Dieu. Ainsi, en même temps que Luther libérait les gens de l'autorité de l'Église, il les amenait à se soumettre à une autorité bien plus tyrannique, celle d'un Dieu qui exigeait une soumission complète de l'homme et l'annihilation de l'individu comme la condition essentielle de son salut. La foi de Luther était la conviction d'être aimé à condition de s'abandonner, une solution qui a beaucoup en commun avec le principe de la complète soumission de l'individu à l'État et au «chef».
(à suivre)
(suite)
[color=#004080]Quel est le lien entre les doctrines de Luther et la situation psychologique de tous les individus au Moyen Age, à l'exception des riches et des puissants ? Comme nous l'avons vu, l'ancien ordre des choses s'effondrait. L'individu avait perdu la sécurité de la certitude et il était menacé par les nouvelles forces économiques, par les capitalistes et les monopoles; le principe corporatif était remplacé par la compétition; les classes populaires se sentaient de plus en plus exploitées. L'attirance du luthérianisme pour les classes populaires était différente de cette qu'il exerçait sur la classe moyenne. Les pauvres des villes et les paysans encore davantage, étaient dans une situation désespérée. Ils étaient exploités impitoyablement et privés de leurs droits et privilèges traditionnels. Ils développèrent un esprit révolutionnaire qui s'est exprimé dans les insurrections paysannes et les mouvements révolutionnaires dans les villes. L'évangile exprimait clairement leurs espoirs et leurs attentes, comme il l'avait fait pour les esclaves et les travailleurs journaliers au début du christianisme, et il amena le pauvre à chercher la liberté et la justice. dans la mesure du possible, Luther a attaqué l'autorité et mis le mot évangile au coeur de ses enseignements, il a séduit les masses agitées comme les autres mouvements religieux évangéliques l'avaient fait avant lui.
Luther a accepté l'allégeance des paysans et les a même soutenus tant qu'ils n'avaient que de mineurs revendications pour l'amélioration de leur sort mais, dès lors qu'ils se sont attaqué à l'autorité de l'Église, il a rompu leur alliance. [...] En dépit de toutes les difficultés que nous avons décrites plus haut, la classe moyenne, même ses couches les plus basses, avait des privilèges à défendre face aux revendications des pauvres; elle était donc fortement hostile aux mouvements révolutionnaires dont le but était la destruction non seulement des privilèges de l'aristocratie, de l'Église et des monopoles, mais aussi de leurs propres privilèges.
La position de la classe moyenne - entre les très riches et les très pauvres - a rendu ses réactions complexes et, par de nombreux aspects, contradictoires. Ils voulaient maintenir la loi et l'ordre, et pourtant ils étaient eux-mêmes menacés par la montée du capitalisme. Même leurs membres les plus prospères n'étaient ni riches ni puissants, contrairement aux petits groupes de capitalistes. Ils devaient se battre ardemment pour survivre et progresser. Le luxe de la classe riche renforça leur sentiment de petitesse et les remplit d'envie et d'indignation. Dans l'ensemble, la classe moyenne était plus mise en danger qu'aidée par l'effondrement de l'ordre féodal et par la montée du capitalisme.
La représentation luthérienne de l'homme minorait juste ce dilemme. L'homme est libéré de tous les liens qui l'attachent aux autorités spirituelles, mais cette même liberté le laisse seul et angoissé, l'écrase avec le sentiment de sa propre insignifiance et de son impuissance en tant qu'individu. Cet individu libre et isolé est écrasé par l'expérience de son insignifiance personnelle. La théologie de Luther exprime ce sentiment d'impuissance et de doute. La représentation de l'homme qu'il dresse en termes religieux décrit la situation de l'individu au cours de l'évolution sociale et économique. Les membres de la classe moyenne étaient aussi impuissants face aux nouvelles forces économiques qu'ils l'étaient dans la description qu'a faite Luther de la relation de l'homme à Dieu.
Mais Luther a fait plus que simplement mettre en évidence le sentiment d'insignifiance déjà présent au sein des classes sociales auprès desquelles il prêchait, [u]il a offert une solution[/u]. L'individu pouvait espérer être acceptable aux yeux de Dieu non seulement en acceptant sa propre insignifiance, mais aussi en s'humiliant à l'extrême, en abandonnant chaque vestige de la volonté personnelle, en renonçant à sa force personnelle et en la dénonçant. La relation de Luther à Dieu était une relation de totale soumission. En termes psychologiques, son idée de la foi signifiait : si vous vous soumettez complètement, si vous acceptez votre insignifiance individuelle, alors le Dieu tout-puissant peut être disposé à vous aimer et à vous sauver. Si vous vous débarrassez de votre individualité propre avec tous ses défauts et ses doutes en faveur d'une modestie extrême, vous vous libérez du sentiment de votre propre néant et vous pouvez participer de la gloire de Dieu. Ainsi, en même temps que Luther libérait les gens de l'autorité de l'Église, il les amenait à se soumettre à une autorité bien plus tyrannique, celle d'un Dieu qui exigeait une soumission complète de l'homme et l'annihilation de l'individu comme la condition essentielle de son salut. La foi de Luther était la conviction d'être aimé à condition de s'abandonner, une solution qui a beaucoup en commun avec le principe de la complète soumission de l'individu à l'État et au «chef». [/color]
(à suivre)