par Un gentil athée » sam. 18 mai 2013, 15:56
Bonjour,
Concernant le soi-disant anthropocentrisme de la vision scientifique (au sens dit "moderne") du monde :
Cette vision ne nie pas le finalisme, elle se contente d'examiner et d'exprimer le monde avec les moyens humains dont nous disposons pour l'examiner et l'exprimer. Par exemple, nul ne nie que le comportement humain soit intentionnel (à part peut-être de très rares ultra-matérialistes). Toutefois, la manière scientifique d'analyser le comportement humain doit faire apparaître des enchaînements — éventuellement complexes — de causes observables et d'effets observables. J'admets que la perception de finalités est naturelle, de même qu'est naturel, également, l'impression que le Soleil tourne autour de la Terre, ou l'impression que les objets solides sont vraiment solides (i.e. sans espace vide). Néanmoins, cette perception est insuffisante à comprendre le monde, voire erronée (l'exemple du géocentrisme ou de l'impression d'absence de vide dans les objets solides prouve que la vérité n'est pas toujours dans la naïveté, mais souvent dans son dépassement). Par exemple, dire que les éléments matériels s'attirent entre eux parce qu'ils s'aiment ne permet aucune prédiction. Dire qu'ils sont attirés en raison d'une force qui s'exprime selon la loi :

,
ça permet des prédictions.
C'est pourquoi la science doit aller au-delà de l'impression bien naturelle de finalité, de même que, dans un autre registre, le Christianisme, avec la Trinité, doit également aller contre l'évidence naturelle selon laquelle un seul Dieu ne peut pas être trois personnes.
Tout n'étant pas tout noir ou tout blanc :
- On peut admettre que ce qui serait observable mais non soumis au déterminisme peut néanmoins donner lieu à une forme de compréhension. Ainsi, la psychologie populaire n'est pas entièrement nulle et non avenue. D'autant qu'elle est une tentative de compréhension de l'esprit humain par quelque chose qui lui est très semblable : un autre esprit humain.
- De même, ce qui ne serait pas observable mais régi par un déterminisme rigoureux peut donner lieu à une appréhension par la raison pure. Ainsi, le modèle du Big Bang est satisfaisant pour la raison même si on ne peut pas entièrement le valider par l'expérience.
- Mais ce qui n'est ni observable ni déterministe, je ne vois pas comment il pourrait faire l'objet d'autre chose que de la croyance ou de la Foi.
Si la Nature, considérée comme un tout, est mue par une intentionnalité, celle-ci, par définition, est extérieure à elle, donc inobservable. On se trouve donc dans le 3ème cas que j'évoque. L'observation de la Nature permet-elle de savoir quel est le but poursuivi ? J'en doute. On pourrait très bien imaginer :
- que nous sommes des cobayes et que l'on souhaite simplement tester nos réactions (il n'y aurait donc pas de Bien et de Mal relativement au respect de la "loi naturelle") ;
- que l'être qui a conçu la Nature nous veut pour co-auteur : ainsi, il serait très intéressé par le fait que l'on détourne sa création pour lui donner un autre sens, un autre but que celui qu'il avait fixé au début ;
- que l'être qui a conçu la Nature s'intéresse surtout aux résultats, et qu'il souhaite nous laisser libre d'utiliser nos fonctions naturelles comme il nous plaira, à partir du moment où le renouvellement des générations s'effectue correctement ;
- etc.
Les sciences (spécialement les sciences cognitives) permettent d'aller jusqu'à analyser notre propension à attribuer de l'intentionnalité, à en démonter les mécanismes, à expliquer leur existence, à montrer les erreurs que cela occasionne (ex. : lorsqu'on attribue, à tort, de l'intentionnalité à ce qui en est manifestement dépourvu, par exemple à des animaux primitifs, des robots, etc.).
Je me permets de vous soumettre cet article du chercheur en psychologie Paul Bloom :
http://www.yale.edu/minddevlab/papers/r ... atural.pdf
Cordialement,
Mikaël
Bonjour,
Concernant le soi-disant anthropocentrisme de la vision scientifique (au sens dit "moderne") du monde :
Cette vision ne nie pas le finalisme, elle se contente d'examiner et d'exprimer le monde avec les moyens humains dont nous disposons pour l'examiner et l'exprimer. Par exemple, nul ne nie que le comportement humain soit intentionnel (à part peut-être de très rares ultra-matérialistes). Toutefois, la manière scientifique d'analyser le comportement humain doit faire apparaître des enchaînements — éventuellement complexes — de causes observables et d'effets observables. J'admets que la perception de finalités est naturelle, de même qu'est naturel, également, l'impression que le Soleil tourne autour de la Terre, ou l'impression que les objets solides sont vraiment solides (i.e. sans espace vide). Néanmoins, cette perception est insuffisante à comprendre le monde, voire erronée (l'exemple du géocentrisme ou de l'impression d'absence de vide dans les objets solides prouve que la vérité n'est pas toujours dans la naïveté, mais souvent dans son dépassement). Par exemple, dire que les éléments matériels s'attirent entre eux parce qu'ils s'aiment ne permet aucune prédiction. Dire qu'ils sont attirés en raison d'une force qui s'exprime selon la loi :
[img]http://upload.wikimedia.org/math/7/5/d/75d334898ab08a1a8bac1f1000ceddfa.png[/img],
ça permet des prédictions.
C'est pourquoi la science doit aller au-delà de l'impression bien naturelle de finalité, de même que, dans un autre registre, le Christianisme, avec la Trinité, doit également aller contre l'évidence naturelle selon laquelle un seul Dieu ne peut pas être trois personnes.
Tout n'étant pas tout noir ou tout blanc :
- On peut admettre que ce qui serait observable mais non soumis au déterminisme peut néanmoins donner lieu à une forme de compréhension. Ainsi, la psychologie populaire n'est pas entièrement nulle et non avenue. D'autant qu'elle est une tentative de compréhension de l'esprit humain par quelque chose qui lui est très semblable : un autre esprit humain.
- De même, ce qui ne serait pas observable mais régi par un déterminisme rigoureux peut donner lieu à une appréhension par la raison pure. Ainsi, le modèle du Big Bang est satisfaisant pour la raison même si on ne peut pas entièrement le valider par l'expérience.
- Mais ce qui n'est ni observable ni déterministe, je ne vois pas comment il pourrait faire l'objet d'autre chose que de la croyance ou de la Foi.
Si la Nature, considérée comme un tout, est mue par une intentionnalité, celle-ci, par définition, est extérieure à elle, donc inobservable. On se trouve donc dans le 3ème cas que j'évoque. L'observation de la Nature permet-elle de savoir quel est le but poursuivi ? J'en doute. On pourrait très bien imaginer :
- que nous sommes des cobayes et que l'on souhaite simplement tester nos réactions (il n'y aurait donc pas de Bien et de Mal relativement au respect de la "loi naturelle") ;
- que l'être qui a conçu la Nature nous veut pour co-auteur : ainsi, il serait très intéressé par le fait que l'on détourne sa création pour lui donner un autre sens, un autre but que celui qu'il avait fixé au début ;
- que l'être qui a conçu la Nature s'intéresse surtout aux résultats, et qu'il souhaite nous laisser libre d'utiliser nos fonctions naturelles comme il nous plaira, à partir du moment où le renouvellement des générations s'effectue correctement ;
- etc.
Les sciences (spécialement les sciences cognitives) permettent d'aller jusqu'à analyser notre propension à attribuer de l'intentionnalité, à en démonter les mécanismes, à expliquer leur existence, à montrer les erreurs que cela occasionne (ex. : lorsqu'on attribue, à tort, de l'intentionnalité à ce qui en est manifestement dépourvu, par exemple à des animaux primitifs, des robots, etc.).
Je me permets de vous soumettre cet article du chercheur en psychologie Paul Bloom :
[url]http://www.yale.edu/minddevlab/papers/religion-is-natural.pdf[/url]
Cordialement,
Mikaël