par etienne lorant » lun. 02 avr. 2012, 9:55
Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 12,1-11.
Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, celui qu'il avait ressuscité d'entre les morts.
On donna un repas en l'honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était avec Jésus parmi les convives.
Or, Marie avait pris une livre d'un parfum très pur et de très grande valeur ; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu'elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie par l'odeur du parfum.
Judas Iscariote, l'un des disciples, celui qui allait le livrer, dit alors :
« Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d'argent, que l'on aurait données à des pauvres ? »
Il parla ainsi, non parce qu'il se préoccupait des pauvres, mais parce que c'était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait pour lui ce que l'on y mettait.
Jésus lui dit : « Laisse-la ! Il fallait qu'elle garde ce parfum pour le jour de mon ensevelissement.
Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. »
Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là, et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir ce Lazare qu'il avait ressuscité d'entre les morts.
Les chefs des prêtres décidèrent alors de faire mourir aussi Lazare,
parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s'en allaient, et croyaient en Jésus.
Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
C'est de nouveau une très belle lecture, très riche. D'autant plus que ma vie personnelle, intérieure et extérieure, s'y retrouve mêlée cette année. (Mais peut-être est-ce toujours le cas ? Serait-ce qu'en prenant de l'âge, en apprenant à souffrir de l'isolement et des peines du corps dans la solitude, tous les fidèles se rapprochent du cœur de Jésus ?) Je crois que si j'avais dû marcher sur les genoux, je serais tout de même parvenu à l'église pour la messe de ce matin...
Ce qui m'a frappé, aujourd'hui dans ce passage, c'est d'abord le geste de Marie, Marie la silencieuse, Marie l'amoureuse du Seigneur (une des premières !), qui répand un parfum très précieux sur les pieds de Jésus. Elle pousse l'humilité jusqu'à lui laver les pieds avec ses cheveux... Il faut s'arrêter et contempler la scène : une femme qui a de beaux et long cheveux et qui s'en sert pour laver les pieds d'un homme. Ces pieds forcément sales et poussiéreux, calleux et peut-être blessés: il est évident qu'elle devra elle-même se laver ensuite.
Ensuite, la réaction de Judas Iscariote, qui apparaît toujours comme un personnage faible au milieu des autres apôtres.
Avec le temps, mon regard sur lui a changé. Un faible, Judas ? Plutôt un homme pratique, oui ! Je le crois désormais aussi malin que certains hommes politiques qui, au début, sont 'tout feu tout flamme pour la bonne cause', mais à la fin... très corrompus, n'est-ce pas ? Lorsque Judas proteste donc qu'avec un tel parfum, on aurait pu secourir tellement de 'SDF' ... comme sa protestation apparaît comme 'moderne' !
Judas est un voleur qui gère un budget. C'est un banquier, un ministre des finances, un chef de syndicat, un homme pratique qui va sauver le monde sans y perdre sa pension de retraite. C'est l'homme qui va organiser la caravane du 'Télévie !"ou recueillir des fonds pour les enfants du tiers-monde, etc. Judas le traître et le gardien de l'argent commun aura certainement rendu de bons services à des pauvres sur son chemin...
Bref, Judas se plaint. Mais Jésus, qui lit dans les cœurs, dévoile devant tous quelle était l'intention profonde de Marie. Elle avait pressenti que son maître serait jugé, condamné et exécuté. Or, on ne rend pas aux corps des condamnés à mort le même hommage, après l'exécution, que l'on réserve aux personnages publics ! Ou s'imagine-t-on Jésus le crucifié ayant sa tombe au Panthéon ? "Aux grands hommes la patrie reconnaissante" ? Marie s'est montrée ici bien plus proche du Seigneur que Jacques et Jean lorsqu'ils ont envoyé leur mère pour obtenir de Jésus - qui venait d'annoncer sa mort, les deux premières places dans le Royaume à venir !
Dans cet Évangile, il y a le cœur opposé à la raison - et plus précisément: aux jugements. Marie jugée par Judas, Jésus par les pharisiens, Lazare que l'on projette de faire mourir une seconde fois ! Quelle ambiance, comme c'est sombre ! Mais le geste de Marie éclaire cette scène de la lumière de l'Amour. L'amour de Dieu triomphe toujours. "Dieu n'est pas le maître de l'amour, mais Il est l'amour même", écrit Bernanos. Là où Dieu est présent, la Lumière demeure.
Bonne semaine sainte !
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[b]Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 12,1-11.[/b]
[b][i][color=indigo]Six jours avant la Pâque, Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare, celui qu'il avait ressuscité d'entre les morts.
On donna un repas en l'honneur de Jésus. Marthe faisait le service, Lazare était avec Jésus parmi les convives.
Or, Marie avait pris une livre d'un parfum très pur et de très grande valeur ; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu'elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie par l'odeur du parfum.
Judas Iscariote, l'un des disciples, celui qui allait le livrer, dit alors :
« Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d'argent, que l'on aurait données à des pauvres ? »
Il parla ainsi, non parce qu'il se préoccupait des pauvres, mais parce que c'était un voleur : comme il tenait la bourse commune, il prenait pour lui ce que l'on y mettait.
Jésus lui dit : « Laisse-la ! Il fallait qu'elle garde ce parfum pour le jour de mon ensevelissement.
Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. »
Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là, et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir ce Lazare qu'il avait ressuscité d'entre les morts.
Les chefs des prêtres décidèrent alors de faire mourir aussi Lazare,
parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s'en allaient, et croyaient en Jésus.[/color][/i][/b]
[size=9]Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible - © AELF, Paris
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C'est de nouveau une très belle lecture, très riche. D'autant plus que ma vie personnelle, intérieure et extérieure, s'y retrouve mêlée cette année. (Mais peut-être est-ce toujours le cas ? Serait-ce qu'en prenant de l'âge, en apprenant à souffrir de l'isolement et des peines du corps dans la solitude, tous les fidèles se rapprochent du cœur de Jésus ?) Je crois que si j'avais dû marcher sur les genoux, je serais tout de même parvenu à l'église pour la messe de ce matin...
Ce qui m'a frappé, aujourd'hui dans ce passage, c'est d'abord le geste de Marie, Marie la silencieuse, Marie l'amoureuse du Seigneur (une des premières !), qui répand un parfum très précieux sur les pieds de Jésus. Elle pousse l'humilité jusqu'à lui laver les pieds avec ses cheveux... Il faut s'arrêter et contempler la scène : une femme qui a de beaux et long cheveux et qui s'en sert pour laver les pieds d'un homme. Ces pieds forcément sales et poussiéreux, calleux et peut-être blessés: il est évident qu'elle devra elle-même se laver ensuite.
Ensuite, la réaction de Judas Iscariote, qui apparaît toujours comme un personnage faible au milieu des autres apôtres.
Avec le temps, mon regard sur lui a changé. Un faible, Judas ? Plutôt un homme pratique, oui ! Je le crois désormais aussi malin que certains hommes politiques qui, au début, sont 'tout feu tout flamme pour la bonne cause', mais à la fin... très corrompus, n'est-ce pas ? Lorsque Judas proteste donc qu'avec un tel parfum, on aurait pu secourir tellement de 'SDF' ... comme sa protestation apparaît comme 'moderne' !
Judas est un voleur qui gère un budget. C'est un banquier, un ministre des finances, un chef de syndicat, un homme pratique qui va sauver le monde sans y perdre sa pension de retraite. C'est l'homme qui va organiser la caravane du 'Télévie !"ou recueillir des fonds pour les enfants du tiers-monde, etc. Judas le traître et le gardien de l'argent commun aura certainement rendu de bons services à des pauvres sur son chemin...
Bref, Judas se plaint. Mais Jésus, qui lit dans les cœurs, dévoile devant tous quelle était l'intention profonde de Marie. Elle avait pressenti que son maître serait jugé, condamné et exécuté. Or, on ne rend pas aux corps des condamnés à mort le même hommage, après l'exécution, que l'on réserve aux personnages publics ! Ou s'imagine-t-on Jésus le crucifié ayant sa tombe au Panthéon ? "Aux grands hommes la patrie reconnaissante" ? Marie s'est montrée ici bien plus proche du Seigneur que Jacques et Jean lorsqu'ils ont envoyé leur mère pour obtenir de Jésus - qui venait d'annoncer sa mort, les deux premières places dans le Royaume à venir !
Dans cet Évangile, il y a le cœur opposé à la raison - et plus précisément: aux jugements. Marie jugée par Judas, Jésus par les pharisiens, Lazare que l'on projette de faire mourir une seconde fois ! Quelle ambiance, comme c'est sombre ! Mais le geste de Marie éclaire cette scène de la lumière de l'Amour. L'amour de Dieu triomphe toujours. "Dieu n'est pas le maître de l'amour, mais Il est l'amour même", écrit Bernanos. Là où Dieu est présent, la Lumière demeure.
Bonne semaine sainte !
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