par Cinci » jeu. 21 mars 2013, 2:35
Bonjour,
J'aimerais juste faire un petit rappel à propos du Saint-Siège, de ce que ça voudrait dire, la signification de cette église romaine, en utilisant quelques passages d'un chapitre ou deux du livre de Tillard.
Il se trouve que je repense encore à cet autre commentateur, vous savez, celui qui faisait valoir (je ne me souviens plus à quel endroit) que le nouveau pape François ne pouvait pas être le 266e successeur de Pierre, attendu que Pierre n'aurait pas été le premier évêque localement. Je pense ensuite à quelques amis comme gérardh (bien oui; entre autres) et qui pourrait lui aussi - sait-on jamais ? - apprendre quelques bribes de nouveauté par la même occasion. Et puis je pense à moi aussi quand j'évoque une situation d'apprentissage. Moi-même, je considère que je n'ai jamais fini d'apprendre bien entendu. Je ne suis pas au-dessus mais à égalité. Il faut pas s'imaginer ...
Or voici donc un peu de matière :
L'Église locale de la «ville», fondée par les apôtres Pierre et Paul
D'où vient à l'église locale de Rome cette primauté au sein de la communion de toutes les églises ? Comment expliquer le noeud de privilèges qui constitue son autorité particulière ? La question se pose à quiconque réfléchit avec quelque profondeur sur le donné traditionnel.
On peut être en effet surpris que le siège le plus important de la chrétienté ne soit pas Jérusalem, et que l'église gardienne des trophées du Seigneur lui-même - la Croix et le Tombeau - n'ait pas eu d'office la potentior principalitas [...] Il faudra attendre le concile de Chalcédoine (en 451) pour que Jérusalem obtienne une authentique juridiction [sur la Palestine] [...] Les Novellae de Justinien, un siècle plus tard, consacreront cet ordre de préséance, l'Église de Rome étant en tête,et son évêque se voyant appelé «le premier de tous les prêtres».
La hiérarchie des églises ne se détermine donc pas en fonction de l'histoire de Jésus mais en fonction de la mission et du témoignage apostolique. Cela relève de l'apostolicité de l'Église. Les grands centres de celle-ci ne sont pas les lieux consacrés par la vie, le ministère et la Pâque du Seigneur, mais les points de la carte du monde où, avec la puissance de l'Esprit, l'Évangile de Dieu s'est enraciné pour rayonner de là dans l'universalité des peuples. L'église locale de Rome est première parmi les églises, non pas parce qu'elle aurait été établie avant les autres mais parce que le martyre en elle de Pierre et de Paul en fait le lieu par excellence du témoignage apostolique.
[...]
L'église locale de Rome tient donc sa grandeur et sa place particulière de son lien spécial avec les très glorieux apôtres Pierre et Paul. De là vient «sa plus puissante origine», sa potentior principalitas. Mais si Pierre et Paul sont ainsi appelés «très glorieux» cela ne peut se référer qu'à leur martyre à Rome. Pour Irénée, la mort en elle de Pierre et de Paul fait de l'église de Rome celle que Dieu a marquée du sceau de l'authenticité apostolique la plus grande, la plus puissante.
Pour bien saisir l'harmonie de la pensée d'Irénée avec la tradition qu'il transmet, il convient de rappeler certains éléments du dossier qu'il assume. Vers 95, dans sa lettre aux Corinthiens, connue d'Irénée, Clément de Rome avait évoqué les deux apôtres :
- Pierre qui, par suite d'une jalousie injuste a supporté tant de souffrances - non pas une ou deux - et qui après avoir rendu ainsi témoignage s'en est allé au séjour de gloire qui lui était dû. Par suite de la jalousie et de la discorde, Paul a montré le prix réservé à la constance. Chargé sept fois de chaînes, exilé, lapidé, devenu un héraut en Orient et en Occident, il a reçu la renommée éclatante que lui méritait sa foi. Après avoir enseigné la justice au monde entier et atteint les bornes de l'Occident, il rendit témoignage devant les gouvernants; c'est ainsi qu'il quitta le monde et s'en alla au séjour de sainteté - illustre modèle de constance.
[/size]
Pierre et Paul se trouvent encore associés, aux environ de l'an 170, dans la lettre de Denys de Corinthe à l'évêque de Rome Soter. Certes, Denys veut souligner que l'église de Rome n'est pas la seule fondée par les apôtres. Mais il s'exprime d'une façon qui reconnaît un poids «plus considérable à l'église de Rome» qu'à celle de Corinthe, et ne sépare pas les deux apôtres dans leur rôle à l'origine de la communauté romaine.
- Dans un tel avertissement, vous aussi avez uni les plantations faites par Pierre et Paul, celle des Romains et des Corinthiens. Car tout deux ont planté dans notre Corinthe et nous ont semblablement instruits; et semblablement, après avoir enseigné ensemble en Italie, ils ont rendu témoignage dans un même temps.
Nous avons déjà cité Tertullien, parlant, à l'époque même d'Irénée et à Carthage, de l'église de Rome comme de «l'heureuse église où les apôtres ont versé toute leur doctrine avec leur sang».(Epist. 75, 2; Saint Cyprien,
Correspondane, tome 2, 293)
[...]
Paul VI est souvent revenu sur la fondation par Pierre et Paul ensemble de l'église locale de Rome. Présentant l'année de la foi, dans l'exhortation apostolique
Petrum et Paulum, il utilisait un langage fort clair : «Pierre et Paul sont les principales colonnes non seulement de l'église particulière de Rome mais de toute la Sainte Église du Dieu vivant, répandue dans le monde entier.»
En 1977, dans la constitution apostolique sur le vicariat de Rome, il réaffirmait le lien entre la ville et le martyre de Pierre et Paul : «C'est ici que par le ministère des apôtres Pierre et Paul a été fondée et constituée cette Église», l'Évangile «annoncé ici par les apôtres Pierre et Paul, fécondé par leur sang et par celui des martyrs, attesté par la vie exemplaire d'innombrables saints et saintes.»
D'Irénée à l'aube de la tradition, à l'église d'aujourd'hui, le fil ne s'est pas rompu qui relie l'autorité ou le prestige du siège de Rome au glorieux témoignage de Pierre et de Paul, inséparable dans la mémoire de l'Église.
Un simple indice mais lourd de signification, est l'acclamation du pape Célestin comme «nouveau Paul» et gardien de la foi par le concile d'Éphèse (451)
Pour avoir été le lieu de l'enseignement de Pierre et de Paul et le théâtre de leur martyre, l'église locale de Rome a donc une autorité particulière, indiscutable, dès qu'il s'agit de la règle de foi remontant au témoignage apostolique. [...] L'importance du martyre comme tel vient de ce qu'il représente le critère suprême de l'authenticité chrétienne, le sceau absolu du témoignage évangélique. Par sa mort, le témoin de la foi entre en communion avec la gloire du Christ Jésus lui-même. En quelque sorte il fait sien le passage par la Croix. Or la mort de Pierre et de Paul - témoignage rendu au Christ dans la ville qui est le centre du monde - conjoint la gloire du martyre et la grandeur de l'apostolat.
[...]
Le sceau que le martyre met à la parole, la consommation du témoignage oral dans le témoignage du sang versé, voilà ce qui «fonde et constitue» l'église de Rome dans sa plus puissante origine, sa plus ferme authenticité apostolique, sa
potentior principalitas. [...] par leur témoignage d'une parole évangélique scellée et glorifiée dans le martyre de la mort glorieuse, les deux apôtres ont donné à l'église de Rome des assises inébranlables d'une qualité particulière. En outre, la présence de leurs trophées - leur corps et leur tombe - rend permanente, dans la mentalité des premiers siècles, leur appartenance à la communauté de Rome. Leur témoignage devient le bien propre de l'Église qui célèbre l'eucharistie sur leur confession.
[...]
Rome est donc bien le siège de Pierre et de Paul. Ils l'ont «fondé». En auraient-ils été les premiers évangélisateurs ? Que Paul n'ait pas été à l'origine de la communauté romaine, il suffit de lire sa lettre aux Romains et les Actes des apôtres pour s'en convaincre (Rm 1,7; 15,28; Ac 28,14) Que Pierre soit venu à Rome, la tradition en ce sens est trop ferme pour qu'on en doute. Mais il est fort peu vraisemblable qu'il ait été le point de départ de l'église de cette ville. Nous n'avons d'ailleurs aucune preuve sérieuse qu'il y ait eut à Rome un évêque, et non un collège de presbytes ou d'épiscopes, avant le milieu du IIe siècle. Il est même difficile de prouver de façon convaincante qu'un des Douze ait été à la tête d'une église locale. On ne commencera que beaucoup plus tard à voir dans les Douzes les «évêques» des premiers centres chrétiens. D'ailleurs, Irénée ne sait rien d'un épiscopat romain de Pierre. Il a soin de préciser que Lin fut le premier évêque après les fondateurs, Pierre et Paul. Cela est capital. Concevoir Pierre comme le premier maillon d'une chaîne d'évêques, dans une vision purement juridique de transmission de pouvoirs, revient à dévaluer son rôle. Celui-ci est unique,
ephapax. Pierre «fonde» l'église romaine parce qu'avec Paul, par son enseignement et son martyre, il en fait ce qu'elle est : l'église témoin de la foi évangélique. Par la même loi qui a voulu qu'un peuple, Israël, soit le peuple choisi et le demeure (Rm 11), une église locale, celle de Rome, devient ainsi
la gardienne du témoignage apostolique suprême. Il se crée selon l'économie même de la réalisation du dessein divin de Dieu depuis Abraham, un lien quasi charnel entre le peuple nouveau et l'église de la ville où siègent Pierre et Paul.
Ainsi s'explique le poids d'autorité de l'église locale de Rome au sein même de la communion des églises. Poids de foi plus que de pouvoirs, d'exemplarité du témoignage plus que de juridictions. Elle sera donc appelée à exercer une influence, dans un monde où les communications demeuront longtemps précaires. Communauté chrétienne dans la nouvelle Babylone, elle deviendra comme «la mémoire» de la présence du salut en plein péché du monde, toute marquée par l'authenticité éminente du témoignage qu'elle a mission de garder.
A lire l'histoire complexe des relations entre les églises des premiers siècles, alors que les traditions ne sont pas encore fixées, on découvre que l'axe principal autour duquel rayonne cette influence de l'église romaine est la fonction de «pierre de touche» à laquelle on se réfère en cas de problème litigieux ou de point de repère. La pierre de touche permet de reconnaître ou de juger de la valeur d'une chose, et ici de la doctrine. On se trouve ici dans le registre du signe, du
mémorial. L'Église de Rome est celle qui rappelle la grande et glorieuse confession de la foi apostolique dont elle a été le lieu et demeure la gardienne. Aussi garantit-elle l'authenticité de l'appartenance au Christ : se trouver en communion avec elle revient à être relié à la confession glorieuse des deux apôtres de la foi et par là au Seigneur.
J.M. Tillard,
L'évêque de Rome, p. 100-114[/color]
Bonjour,
J'aimerais juste faire un petit rappel à propos du Saint-Siège, de ce que ça voudrait dire, la signification de cette église romaine, en utilisant quelques passages d'un chapitre ou deux du livre de Tillard.
Il se trouve que je repense encore à cet autre commentateur, vous savez, celui qui faisait valoir (je ne me souviens plus à quel endroit) que le nouveau pape François ne pouvait pas être le 266e successeur de Pierre, attendu que Pierre n'aurait pas été le premier évêque localement. Je pense ensuite à quelques amis comme gérardh (bien oui; entre autres) et qui pourrait lui aussi - sait-on jamais ? - apprendre quelques bribes de nouveauté par la même occasion. Et puis je pense à moi aussi quand j'évoque une situation d'apprentissage. Moi-même, je considère que je n'ai jamais fini d'apprendre bien entendu. Je ne suis pas au-dessus mais à égalité. Il faut pas s'imaginer ...
Or voici donc un peu de matière :
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[b]L'Église locale de la «ville», fondée par les apôtres Pierre et Paul[/b]
D'où vient à l'église locale de Rome cette primauté au sein de la communion de toutes les églises ? Comment expliquer le noeud de privilèges qui constitue son autorité particulière ? La question se pose à quiconque réfléchit avec quelque profondeur sur le donné traditionnel.
On peut être en effet surpris que le siège le plus important de la chrétienté ne soit pas Jérusalem, et que l'église gardienne des trophées du Seigneur lui-même - la Croix et le Tombeau - n'ait pas eu d'office la [i]potentior principalitas[/i] [...] Il faudra attendre le concile de Chalcédoine (en 451) pour que Jérusalem obtienne une authentique juridiction [sur la Palestine] [...] Les [i]Novellae[/i] de Justinien, un siècle plus tard, consacreront cet ordre de préséance, l'Église de Rome étant en tête,et son évêque se voyant appelé «le premier de tous les prêtres».
La hiérarchie des églises ne se détermine donc pas en fonction de l'histoire de Jésus mais en fonction de la mission et du témoignage apostolique. Cela relève de l'apostolicité de l'Église. Les grands centres de celle-ci ne sont pas les lieux consacrés par la vie, le ministère et la Pâque du Seigneur, mais les points de la carte du monde où, avec la puissance de l'Esprit, l'Évangile de Dieu s'est enraciné pour rayonner de là dans l'universalité des peuples. L'église locale de Rome est première parmi les églises, non pas parce qu'elle aurait été établie avant les autres mais parce que le martyre en elle de Pierre et de Paul en fait le lieu par excellence du témoignage apostolique.
[...]
L'église locale de Rome tient donc sa grandeur et sa place particulière de son lien spécial avec les très glorieux apôtres Pierre et Paul. De là vient «sa plus puissante origine», sa [i]potentior principalitas[/i]. Mais si Pierre et Paul sont ainsi appelés «très glorieux» cela ne peut se référer qu'à leur martyre à Rome. Pour Irénée, la mort en elle de Pierre et de Paul fait de l'église de Rome celle que Dieu a marquée du sceau de l'authenticité apostolique la plus grande, la plus puissante.
Pour bien saisir l'harmonie de la pensée d'Irénée avec la tradition qu'il transmet, il convient de rappeler certains éléments du dossier qu'il assume. Vers 95, dans sa lettre aux Corinthiens, connue d'Irénée, Clément de Rome avait évoqué les deux apôtres :
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Pierre qui, par suite d'une jalousie injuste a supporté tant de souffrances - non pas une ou deux - et qui après avoir rendu ainsi témoignage s'en est allé au séjour de gloire qui lui était dû. Par suite de la jalousie et de la discorde, Paul a montré le prix réservé à la constance. Chargé sept fois de chaînes, exilé, lapidé, devenu un héraut en Orient et en Occident, il a reçu la renommée éclatante que lui méritait sa foi. Après avoir enseigné la justice au monde entier et atteint les bornes de l'Occident, il rendit témoignage devant les gouvernants; c'est ainsi qu'il quitta le monde et s'en alla au séjour de sainteté - illustre modèle de constance. [/list][/size]
Pierre et Paul se trouvent encore associés, aux environ de l'an 170, dans la lettre de Denys de Corinthe à l'évêque de Rome Soter. Certes, Denys veut souligner que l'église de Rome n'est pas la seule fondée par les apôtres. Mais il s'exprime d'une façon qui reconnaît un poids «plus considérable à l'église de Rome» qu'à celle de Corinthe, et ne sépare pas les deux apôtres dans leur rôle à l'origine de la communauté romaine.
[size=85][list]Dans un tel avertissement, vous aussi avez uni les plantations faites par Pierre et Paul, celle des Romains et des Corinthiens. Car tout deux ont planté dans notre Corinthe et nous ont semblablement instruits; et semblablement, après avoir enseigné ensemble en Italie, ils ont rendu témoignage dans un même temps. [/list][/size]
Nous avons déjà cité Tertullien, parlant, à l'époque même d'Irénée et à Carthage, de l'église de Rome comme de «l'heureuse église où les apôtres ont versé toute leur doctrine avec leur sang».(Epist. 75, 2; Saint Cyprien, [i]Correspondane[/i], tome 2, 293)
[...]
Paul VI est souvent revenu sur la fondation par Pierre et Paul ensemble de l'église locale de Rome. Présentant l'année de la foi, dans l'exhortation apostolique [i]Petrum et Paulum[/i], il utilisait un langage fort clair : «Pierre et Paul sont les principales colonnes non seulement de l'église particulière de Rome mais de toute la Sainte Église du Dieu vivant, répandue dans le monde entier.»
En 1977, dans la constitution apostolique sur le vicariat de Rome, il réaffirmait le lien entre la ville et le martyre de Pierre et Paul : «C'est ici que par le ministère des apôtres Pierre et Paul a été fondée et constituée cette Église», l'Évangile «annoncé ici par les apôtres Pierre et Paul, fécondé par leur sang et par celui des martyrs, attesté par la vie exemplaire d'innombrables saints et saintes.»
D'Irénée à l'aube de la tradition, à l'église d'aujourd'hui, le fil ne s'est pas rompu qui relie l'autorité ou le prestige du siège de Rome au glorieux témoignage de Pierre et de Paul, inséparable dans la mémoire de l'Église.
Un simple indice mais lourd de signification, est l'acclamation du pape Célestin comme «nouveau Paul» et gardien de la foi par le concile d'Éphèse (451)
Pour avoir été le lieu de l'enseignement de Pierre et de Paul et le théâtre de leur martyre, l'église locale de Rome a donc une autorité particulière, indiscutable, dès qu'il s'agit de la règle de foi remontant au témoignage apostolique. [...] L'importance du martyre comme tel vient de ce qu'il représente le critère suprême de l'authenticité chrétienne, le sceau absolu du témoignage évangélique. Par sa mort, le témoin de la foi entre en communion avec la gloire du Christ Jésus lui-même. En quelque sorte il fait sien le passage par la Croix. Or la mort de Pierre et de Paul - témoignage rendu au Christ dans la ville qui est le centre du monde - conjoint la gloire du martyre et la grandeur de l'apostolat.
[...]
Le sceau que le martyre met à la parole, la consommation du témoignage oral dans le témoignage du sang versé, voilà ce qui «fonde et constitue» l'église de Rome dans sa plus puissante origine, sa plus ferme authenticité apostolique, sa [i]potentior principalitas[/i]. [...] par leur témoignage d'une parole évangélique scellée et glorifiée dans le martyre de la mort glorieuse, les deux apôtres ont donné à l'église de Rome des assises inébranlables d'une qualité particulière. En outre, la présence de leurs trophées - leur corps et leur tombe - rend permanente, dans la mentalité des premiers siècles, leur appartenance à la communauté de Rome. Leur témoignage devient le bien propre de l'Église qui célèbre l'eucharistie sur leur confession.
[...]
Rome est donc bien le siège de Pierre et de Paul. Ils l'ont «fondé». En auraient-ils été les premiers évangélisateurs ? Que Paul n'ait pas été à l'origine de la communauté romaine, il suffit de lire sa lettre aux Romains et les Actes des apôtres pour s'en convaincre (Rm 1,7; 15,28; Ac 28,14) Que Pierre soit venu à Rome, la tradition en ce sens est trop ferme pour qu'on en doute. Mais il est fort peu vraisemblable qu'il ait été le point de départ de l'église de cette ville. Nous n'avons d'ailleurs aucune preuve sérieuse qu'il y ait eut à Rome un évêque, et non un collège de presbytes ou d'épiscopes, avant le milieu du IIe siècle. Il est même difficile de prouver de façon convaincante qu'un des Douze ait été à la tête d'une église locale. On ne commencera que beaucoup plus tard à voir dans les Douzes les «évêques» des premiers centres chrétiens. D'ailleurs, Irénée ne sait rien d'un épiscopat romain de Pierre. Il a soin de préciser que Lin fut le premier évêque après les fondateurs, Pierre et Paul. Cela est capital. Concevoir Pierre comme le premier maillon d'une chaîne d'évêques, dans une vision purement juridique de transmission de pouvoirs, revient à dévaluer son rôle. Celui-ci est unique, [i]ephapax[/i]. Pierre «fonde» l'église romaine parce qu'avec Paul, par son enseignement et son martyre, il en fait ce qu'elle est : l'église témoin de la foi évangélique. Par la même loi qui a voulu qu'un peuple, Israël, soit le peuple choisi et le demeure (Rm 11), une église locale, celle de Rome, devient ainsi [u]la gardienne du témoignage apostolique suprême[/u]. Il se crée selon l'économie même de la réalisation du dessein divin de Dieu depuis Abraham, un lien quasi charnel entre le peuple nouveau et l'église de la ville où siègent Pierre et Paul.
Ainsi s'explique le poids d'autorité de l'église locale de Rome au sein même de la communion des églises. Poids de foi plus que de pouvoirs, d'exemplarité du témoignage plus que de juridictions. Elle sera donc appelée à exercer une influence, dans un monde où les communications demeuront longtemps précaires. Communauté chrétienne dans la nouvelle Babylone, elle deviendra comme «la mémoire» de la présence du salut en plein péché du monde, toute marquée par l'authenticité éminente du témoignage qu'elle a mission de garder.
A lire l'histoire complexe des relations entre les églises des premiers siècles, alors que les traditions ne sont pas encore fixées, on découvre que l'axe principal autour duquel rayonne cette influence de l'église romaine est la fonction de «pierre de touche» à laquelle on se réfère en cas de problème litigieux ou de point de repère. La pierre de touche permet de reconnaître ou de juger de la valeur d'une chose, et ici de la doctrine. On se trouve ici dans le registre du signe, du [i]mémorial[/i]. L'Église de Rome est celle qui rappelle la grande et glorieuse confession de la foi apostolique dont elle a été le lieu et demeure la gardienne. Aussi garantit-elle l'authenticité de l'appartenance au Christ : se trouver en communion avec elle revient à être relié à la confession glorieuse des deux apôtres de la foi et par là au Seigneur.
J.M. Tillard, [i]L'évêque de Rome[/i], p. 100-114[/color]