par Cinci » dim. 08 juin 2014, 19:47
Je n'avais pas survolé l'ensemble de ce cabinet des horreurs à l'époque. Je veux parler de bon nombre de déclarations spontannées présentes dans ce fil.
Comme ici :
françois67 :
«Cet argent, M. Depardieu ne l'a de très loin pas volé. C'est seulement et uniquement grâce à son travail et talent qu'il l'a gagné. Alors pourquoi devrait-il se laisser spolier par le gouvernement?» (16 décembre 2012)
«M. Depardieu [...] n'est qu'un symbole, un porte-étendard de cette indignation.»
«Car les "riches" dans leur très grande majorité ne sont ni des mafieux, ni des gangsters ou des arnaqueurs: ce sont des personnes qui sont parvenues à faire fructifier leurs capacités et talents, à travailler ardemment. Ils ont tant fait pour la France en créant des emplois, en créant la croissance. Et ils ont eu du succés, ce succés qui maintient encore l'espoir en France pour les millions de personnes qui veulent s'élever de leur condition -voulez-vous donc taxer le succès?-; ces personnes que vous haïssez par une infâme et à peine cachée envie et jalousie, ce sont eux qui ont construit, qui construisent et qui construiront le pays: ils font la France.»
quel président américain a-t'il donc sauvé le pays de la décadence [?]
Versus
Aristote : «un régime où le pouvoir appartient à la richesse, qu'elle soit entre les mains d'une minorité ou d'un plus grand nombre, est nécéssairement une oligarchie; celui où les pauvres gouvernent est une démocratie».
Louis Brandeis (juge, début du XXe siècle, Cour suprême des États-Unis) : «Le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus ancienne et la plus fatale des maladies des républiques. Notre pays peut être le lieu soit d'une démocratie, soit d'une concentration inouïe de la richesse entre quelques mains. Nous ne pouvons avoir les deux en même temps»
Robert Dahl (
Politics, Economics and Welfare, 1976) : «Les analyses qui dépeignent le système politique des États-Unis ou de tout autre pays doté d'une économie de marché comme le lieu d'un antagonisme entre groupes d'intérêts opposés se trompent lourdement en ce qu'ils omettent de tenir compte de la position politique privilégiée des gens d'affaires. Aux États-Unis, on alloue plus de fonds, d'énergie et de puissance organisationnelle à la lutte contre l'égalité qu'à l'atteinte de cet idéal.»
Linda McQuaig :
«On pourrait ajouter que l'impôt (y compris le lourd impôt des riches) a compté parmi ses défenseurs un auteur non moins apprécié des conservateurs,
Adam Smith, fondateur au XVIIIe siècle de l'école classique en économie. Cette affirmation peut paraître surprenante, les nouveaux conservateurs s'étant largement approprié l'héritage du philosophe écossais. Néanmoins, bien qu'ils y soient parvenus, en en martelant des fragments sortis de leur contexte, à faire de ses
Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations leur manifeste pour un capitalisme débridé, Smith s'inquiétait des implications sociales du capitalisme industriel alors en émergence, et en particulier des dangers de l'inégalité.
Tout au long de
La richesse des nations, il n'avait cesse de défendre les droits des travailleurs contre ceux des marchands et des industriels. Il faisait montre de cynisme à l'égard des milieux d'affaires en observant «qu'il est rare que les gens du même métier s'assemblent, même si ce n'est que pour se divertir et s'amuser, sans que la conversation finisse en conspiration contre le public ...». Adam Smith a consacré une bonne partie de son
opus magnum à un exposé sur les meilleures méthodes de perception des impôts, et a exprimé à maintes reprises sa préférence pour un transfert du fardeau fiscal des épaules des pauvres à celles
des riches.
Il rejetait les propos de ceux qui, en son temps, qualifiaient les impôts de marques d'esclavage : «... chaque impôt est pour celui qui le paie une marque, non d'esclavage, mais de liberté. Il dénote, il est vrai, qu'il est soumis au gouvernement, mais aussi que, comme il a quelque propriété, il ne peut pas lui-même être la propriété s'un maître», écrivait-il dans
La richesse des nations.
Franklin D. Roosevelt, discours au Madison Square Garden, NY, 1936 :
«... être gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé».
... quel président américain a-t'il donc sauvé le pays de la décadence - françois67
Réponse :
Theodor Roosevelt, également son cousin Franklin D. ci-dessus. Le premier par ses mesures contre les trusts et les grands cartels (cf. Sherman Act), par ses mesures de réglementation contredisant la vulgate libérale des «barons voleurs», par le fait d'avoir soustrait des pans du domaine publique à l'avidité des spéculateurs, par la création d'agence fédérale de surveillance et de protection des citoyens contre les capitalistes verreux (création de la Food and Drug Administration, en réponse au scandale des abattoires de Chicago cf Upton Sinclair), etc.
Ici un célèbre entrepreneur privé
- [+] Texte masqué
- La police de Chicago n’étant capable de prouver ni ses meurtres, ni ses trafics d’alcool, ni ses rackets, les enquêteurs se concentrèrent donc sur ses dépenses, les comparant méticuleusement à ses revenus déclarés. Les Incorruptibles (The Untouchables) est le surnom donné par la presse américaine à un groupe d'agents du trésor américain (dont le plus célèbre est Eliot Ness) qui luttèrent pour faire respecter la prohibition et finirent après une lutte sans merci à boucler Capone pour fraudes fiscales. Après des centaines d’interrogatoires, il devint clair que ses revenus étaient bien plus importants que ce qui était déclaré. On chiffra ses revenus nets en 1924 et 1929 à 1 035 654 dollars et 84 cents, représentant 215 080,48 dollars d’impôt. On lui laissa une chance de payer, qu'il refusa.
Le 5 juin 1931, il fut donc inculpé pour fraude fiscale, fut jugé le 17 octobre et condamné à 11 ans de prison et 80 000 dollars d’amende. Il fut emprisonné dans une prison du comté de Cook à la prison d’État d’Atlanta, puis en 1934 sur l'île d'Alcatraz, près de San Francisco. En 1939, atteint de syphilis, il fut envoyé à Terminal Island, près de Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Chicago
c'est le grand nom de Ronald W. Reagan. Or comment a-t'il réussi à relever en deux ans une croissance de -2 à 8%? Pas en taxant de partout, non: au contraire, il a allegé drastiquement les impôts sur les entreprises et les personnes fortunées. - françois67
«... rappelons quelques uns de ces «succès» de sept années de reaganomanie : augmentation de 800 % du déficit commercial, de 300 % du déficit budgétaire, de plus de 200 % de la dette fédérale et chute du dollars, la facture de ces gigantesques dysfonctionnement étant en quelque sorte transmise pour paiement aux partenaires de l'OCDE, et en premier lieu à la République fédérale d'Allemagne et au Japon.
L'obligation de maintenir des taux d'intérêt élevés pour garantir la persistance des flux financiers vers la pompe aspirante des déficits américains a, en effet, entraîné la mise en oeuvre par les grands pays industrialisés et le FMI de politiques déflationnistes se traduisant par une double compression de la demande interne (salaires) et externe (pouvoir d'achat des pays en voie de développement) conduisant à une stagnation de la croissance industrielle dans les pays avancés, de même qu'à une impossibilité mathématique pour les pays débiteurs du tiers-monde de faire face à leur endettement.
Dans ce climat général de régression, on notait une brillante exception : L'envolée des marchés boursiers également baptisée «révolution de l'argent» ou triomphe de l'innovation financière [...]»
Source : Bernard Cassen, «Dans la tourmente de l'économie reaganienne», Manière de voir, janvier 2009
Le couronnement ? Le tout aboutira au fameux «lundi noir» du 19 octobre 1987 à Wall Street, le krach de la bourse à New York.
Pendant ce temps, au Canada ...
«Depuis qu'il est arrivé au pouvoir en 1984, le gouvernement conservateur de M. Mulroney a contribué à la baisse du niveau de vie des particuliers et des familles à faible et à moyen revenu ainsi qu'à la détérioration du système de sécurité sociale canadien. Les principales raisons de cette dégradation sont au nombre de quatre : cession au secteur privé de la responsabilité de la croissance économique et de la création d'emploi; compression et modification des programmes sociaux; augmentation des impôts chez les moins riches; et amenuisement des paiements de transfert que le féféral accorde aux provinces pour les aider à financer les programmes sociaux qu'elles administrent.
On peut se demander quelles ont été les conséquences de l'adhésion du gouvernement à ces politiques économiques néo-libérales [...] Selon le Conseil économique du Canada, les emplois crées entre 1984 et 1989 apportent la preuve que le marché du travail tend de façon inquiétante à générer ce que l'on appelle des emplois non-standards, c'est à dire des emplois à temp partiel (moins de trente heures par semaine) ou temporaires (d'une durée inférieure à six mois). Ce sont en général des emplois mal payés et comportant peu d'avantages sociaux, qui contrastent avec ce que l'on a coutume d'appeler un «bon boulot».
On note également la présence dans l'économie canadienne de ce que l'on a désigné sous le terme de «croissance sans création d'emploi». Ternowetsky fait observer que, de 1981 à 1985, le cinq grandes banques à charte canadiennes ont dégagé des profits évalués à 8 455 milliards de dollars, mais qu'elles ont dans le même temps, supprimé 11 119 emplois. On retrouve une tendance similaire dans l'industrie du pétrole où les quatre plus grandes compagnies ont récolté 5 608 milliards de profit entre 1981 et 1984 tout en réduisant leur main-d'oeuvre de 6 987 emplois. Les banques, tout comme les compagnies pétrolières, ont reçu dans l'intervalle des aides financières substantielles de la part du gouvernement, lesquelles se fondaient sur l'hypothèse voulant qu'une telle assistance contribuerait à la création d'emploi.
[...]
Que nous a apporté M. Mulroney ? Certainement pas des emplois, des emplois, des emplois ! Après plus de huit années de pouvoir, il dirigera désormais un pays dont le taux de chômage est à deux chiffres et où les emplois non standards prolifèrent aussi rapidement que les banques de nourriture, les sans logis et les chômeurs de longue durée.
Source : Dennis Guest, Histoire de la sécurité sociale au Canada, 1993, p.336
_____
«...
le maintien du plein-emploi est trop important pour être abandonné au secteur privé» (William H. Beveridge (Lord),
Full Employment in a Free Society, Londres, Allen and Unwin, 1944, p.36)
Je n'avais pas survolé l'ensemble de ce cabinet des horreurs à l'époque. Je veux parler de bon nombre de déclarations spontannées présentes dans ce fil.
Comme ici :
[color=#808000] françois67 :
«Cet argent, M. Depardieu ne l'a de très loin pas volé. [u]C'est seulement et uniquement grâce à son travail[/u] et talent qu'il l'a gagné. Alors pourquoi devrait-il se laisser spolier par le gouvernement?» (16 décembre 2012)
«M. Depardieu [...] n'est qu'un symbole, un porte-étendard de cette indignation.»
«Car les "riches" dans leur très grande majorité ne sont ni des mafieux, ni des gangsters ou des arnaqueurs: ce sont des personnes qui sont parvenues à faire fructifier leurs capacités et talents, à travailler ardemment. Ils ont tant fait pour la France en créant des emplois, en créant la croissance. Et ils ont eu du succés, ce succés qui maintient encore l'espoir en France pour les millions de personnes qui veulent s'élever de leur condition -voulez-vous donc taxer le succès?-; ces personnes que vous haïssez par une infâme et à peine cachée envie et jalousie, ce sont eux qui ont construit, qui construisent et qui construiront le pays: ils font la France.»
quel président américain a-t'il donc sauvé le pays de la décadence [?][/color]
Versus
Aristote : «un régime où le pouvoir appartient à la richesse, qu'elle soit entre les mains d'une minorité ou d'un plus grand nombre, est nécéssairement une oligarchie; celui où les pauvres gouvernent est une démocratie».
Louis Brandeis (juge, début du XXe siècle, Cour suprême des États-Unis) : «Le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus ancienne et la plus fatale des maladies des républiques. Notre pays peut être le lieu soit d'une démocratie, soit d'une concentration inouïe de la richesse entre quelques mains. Nous ne pouvons avoir les deux en même temps»
Robert Dahl ([i]Politics, Economics and Welfare[/i], 1976) : «Les analyses qui dépeignent le système politique des États-Unis ou de tout autre pays doté d'une économie de marché comme le lieu d'un antagonisme entre groupes d'intérêts opposés se trompent lourdement en ce qu'ils omettent de tenir compte de la position politique privilégiée des gens d'affaires. Aux États-Unis, on alloue plus de fonds, d'énergie et de puissance organisationnelle à la lutte contre l'égalité qu'à l'atteinte de cet idéal.»
Linda McQuaig :
«On pourrait ajouter que l'impôt (y compris le lourd impôt des riches) a compté parmi ses défenseurs un auteur non moins apprécié des conservateurs, [b]Adam Smith[/b], fondateur au XVIIIe siècle de l'école classique en économie. Cette affirmation peut paraître surprenante, les nouveaux conservateurs s'étant largement approprié l'héritage du philosophe écossais. Néanmoins, bien qu'ils y soient parvenus, en en martelant des fragments sortis de leur contexte, à faire de ses [i]Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations[/i] leur manifeste pour un capitalisme débridé, Smith s'inquiétait des implications sociales du capitalisme industriel alors en émergence, et en particulier des dangers de l'inégalité.
Tout au long de [i]La richesse des nations[/i], il n'avait cesse de défendre les droits des travailleurs contre ceux des marchands et des industriels. Il faisait montre de cynisme à l'égard des milieux d'affaires en observant «qu'il est rare que les gens du même métier s'assemblent, même si ce n'est que pour se divertir et s'amuser, sans que la conversation finisse en conspiration contre le public ...». Adam Smith a consacré une bonne partie de son [i]opus magnum[/i] à un exposé sur les meilleures méthodes de perception des impôts, et a exprimé à maintes reprises sa préférence pour un transfert du fardeau fiscal des épaules des pauvres à celles [u]des riches[/u].
Il rejetait les propos de ceux qui, en son temps, qualifiaient les impôts de marques d'esclavage : «... chaque impôt est pour celui qui le paie une marque, non d'esclavage, mais de liberté. Il dénote, il est vrai, qu'il est soumis au gouvernement, mais aussi que, comme il a quelque propriété, il ne peut pas lui-même être la propriété s'un maître», écrivait-il dans [i]La richesse des nations[/i].
Franklin D. Roosevelt, discours au Madison Square Garden, NY, 1936 : [color=#FF0000]«... être gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par [size=150]le crime organisé[/size]»[/color].
[quote]... quel président américain a-t'il donc sauvé le pays de la décadence - françois67[/quote]
Réponse : [b]Theodor Roosevelt[/b], également son cousin Franklin D. ci-dessus. Le premier par ses mesures contre les trusts et les grands cartels (cf. Sherman Act), par ses mesures de réglementation contredisant la vulgate libérale des «barons voleurs», par le fait d'avoir soustrait des pans du domaine publique à l'avidité des spéculateurs, par la création d'agence fédérale de surveillance et de protection des citoyens contre les capitalistes verreux (création de la Food and Drug Administration, en réponse au scandale des abattoires de Chicago cf Upton Sinclair), etc.
Ici un célèbre entrepreneur privé
[spoiler]La police de Chicago n’étant capable de prouver ni ses meurtres, ni ses trafics d’alcool, ni ses rackets, les enquêteurs se concentrèrent donc sur ses dépenses, les comparant méticuleusement à ses revenus déclarés. Les Incorruptibles (The Untouchables) est le surnom donné par la presse américaine à un groupe d'agents du trésor américain (dont le plus célèbre est Eliot Ness) qui luttèrent pour faire respecter la prohibition et finirent après une lutte sans merci à boucler Capone [u]pour fraudes fiscales[/u]. Après des centaines d’interrogatoires, il devint clair que ses revenus étaient bien plus importants que ce qui était déclaré. On chiffra ses revenus nets en 1924 et 1929 à 1 035 654 dollars et 84 cents, représentant 215 080,48 dollars d’impôt. On lui laissa une chance de payer, qu'il refusa.
Le 5 juin 1931, il fut donc inculpé pour fraude fiscale, fut jugé le 17 octobre et condamné à 11 ans de prison et 80 000 dollars d’amende. Il fut emprisonné dans une prison du comté de Cook à la prison d’État d’Atlanta, puis en 1934 sur l'île d'Alcatraz, près de San Francisco. En 1939, atteint de syphilis, il fut envoyé à Terminal Island, près de Los Angeles.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Chicago[/spoiler]
[quote]c'est le grand nom de Ronald W. Reagan. Or comment a-t'il réussi à relever en deux ans une croissance de -2 à 8%? Pas en taxant de partout, non: au contraire, il a allegé drastiquement les impôts sur les entreprises et les personnes fortunées. - françois67[/quote]
[color=#004080]«... rappelons quelques uns de ces «succès» de [b]sept années de reaganomanie[/b] : augmentation de 800 % du déficit commercial, de 300 % du déficit budgétaire, de plus de 200 % de la dette fédérale et chute du dollars, la facture de ces gigantesques dysfonctionnement étant en quelque sorte transmise pour paiement aux partenaires de l'OCDE, et en premier lieu à la République fédérale d'Allemagne et au Japon.
L'obligation de maintenir des taux d'intérêt élevés pour garantir la persistance des flux financiers vers la pompe aspirante des déficits américains a, en effet, entraîné la mise en oeuvre par les grands pays industrialisés et le FMI de politiques déflationnistes se traduisant par une double compression de la demande interne (salaires) et externe (pouvoir d'achat des pays en voie de développement) conduisant à une stagnation de la croissance industrielle dans les pays avancés, de même qu'à une impossibilité mathématique pour les pays débiteurs du tiers-monde de faire face à leur endettement.
Dans ce climat général de [u]régression[/u], on notait une brillante exception : L'envolée des marchés boursiers également baptisée «révolution de l'argent» ou triomphe de l'innovation financière [...]»
Source : Bernard Cassen, «Dans la tourmente de l'économie reaganienne», [i]Manière de voir[/i], janvier 2009[/color]
Le couronnement ? Le tout aboutira au fameux «lundi noir» du 19 octobre 1987 à Wall Street, le krach de la bourse à New York.
Pendant ce temps, au Canada ...
[color=#004080]«Depuis qu'il est arrivé au pouvoir en 1984, le gouvernement conservateur de M. Mulroney a contribué à la baisse du niveau de vie des particuliers et des familles à faible et à moyen revenu ainsi qu'à la détérioration du système de sécurité sociale canadien. Les principales raisons de cette dégradation sont au nombre de quatre : cession au secteur privé de la responsabilité de la croissance économique et de la création d'emploi; compression et modification des programmes sociaux; augmentation des impôts chez les moins riches; et amenuisement des paiements de transfert que le féféral accorde aux provinces pour les aider à financer les programmes sociaux qu'elles administrent.
On peut se demander quelles ont été les conséquences de l'adhésion du gouvernement à ces politiques économiques néo-libérales [...] Selon le Conseil économique du Canada, les emplois crées entre 1984 et 1989 apportent la preuve que le marché du travail tend de façon inquiétante à générer ce que l'on appelle [b]des emplois non-standards[/b], c'est à dire des emplois à temp partiel (moins de trente heures par semaine) ou temporaires (d'une durée inférieure à six mois). Ce sont en général des emplois mal payés et comportant peu d'avantages sociaux, qui contrastent avec ce que l'on a coutume d'appeler un «bon boulot».
On note également la présence dans l'économie canadienne de ce que l'on a désigné sous le terme de «croissance sans création d'emploi». Ternowetsky fait observer que, de 1981 à 1985, le cinq grandes banques à charte canadiennes ont dégagé des profits évalués à [b]8 455 milliards de dollars[/b], mais qu'elles ont dans le même temps, supprimé 11 119 emplois. On retrouve une tendance similaire dans l'industrie du pétrole où les quatre plus grandes compagnies ont récolté [b]5 608 milliards de profit[/b] entre 1981 et 1984 tout en réduisant leur main-d'oeuvre de 6 987 emplois. Les banques, tout comme les compagnies pétrolières, ont reçu dans l'intervalle des aides financières substantielles de la part du gouvernement, lesquelles se fondaient sur l'hypothèse voulant qu'une telle assistance contribuerait à la création d'emploi.
[...]
Que nous a apporté M. Mulroney ? Certainement pas [i]des emplois, des emplois, des emplois [/i]! Après plus de huit années de pouvoir, il dirigera désormais un pays dont le taux de chômage est à deux chiffres et où les emplois non standards prolifèrent aussi rapidement que les banques de nourriture, les sans logis et les chômeurs de longue durée.
Source : Dennis Guest, [u]Histoire de la sécurité sociale au Canada[/u], 1993, p.336 [/color]
_____
«... [size=150]le maintien du plein-emploi est trop important pour être abandonné au secteur privé[/size]» (William H. Beveridge (Lord), [i]Full Employment in a Free Society[/i], Londres, Allen and Unwin, 1944, p.36)