par zelie » dim. 19 août 2012, 22:49
Isabelle47 a écrit :A titre personnel, la disponibilité et l'entraide sont souvent incomprises et même considérées comme une forme d'humiliation, même si c'est fait "de bon coeur".
Mais peut-être aussi est-ce une leçon de modestie?
C'est humiliant, je confirme.
A une époque de ma vie, je ne comptais rien, j'étais tranquille, en sécurité.
Puis vint une autre époque, une époque de deux emplois simultanés et de ré-orientation de ma vie.
Aujourd'hui la plupart de mes meubles sont d'occasion ou d'Emmaus, la totalité de ma vaisselle aussi, ma voiture est issue de la compassion d'un ami et ma soeur, bénévole au secours Catholique, me trouve des vêtements... pas beaux, trop grands ou trop courts, pas neufs. (je suis pas non plus affamée, je suis juste... sans marge).
On pourrait en rester là et s'en aigrir. Mais cette condition qui me taraude et m'empêche d'inviter mes collègues de boulot chez moi est aussi une merveilleuse occasion d'expérience de vie; je vis plein de choses que je n'aurais pas vécu si ma vie avait continué dans le cocon hyper-intello-bourgeois qu'était le mien.
Ma vie est devenue un champ d'expériences où je sonde, teste les différentes dimensions de la douleur, de l'humiliation, de la pratique de l'humilité, de l'empathie, de la compassion. C'est un bonheur spirituel âpre voire amer, mais tellement fascinant!!
Pour rien au monde je n'aurais voulu que la douleur ne fasse pas partie de ma vie. Et pourtant la douleur me fait encore tellement peur que pour rien au monde je ne voudrais la revivre, parce que je ne sais pas si j'arriverais à la dépasser une seconde fois.
Alors oui le don humilie, quel qu'il soit, même si on sait qu'il est toujours bien intentionné.
Comme n'importe quelle solution toute faite qu'on vous sert par pitié, et qui tombe tellement à coté pour vous, tellement qu'elle retourne le couteau de la plaie en vous. C'est ahurissant les larmes que peuvent arracher un don quand le donneur, toujours inopportun, est enfin parti et vous laisse seul avec votre rage et votre impuissance, combien l'amertume du coeur remonte jusque dans la bouche.
Mais il faut y faire bonne figure; au donneur parce que son âme a une valeur telle que rien ne justifierait qu'on la choque et la pousse à pécher, ne serait-ce que par dépit. Au don parce que tout don vient de Dieu, qui sait ce qui est le mieux pour notre âme et nous présente toutes choses pour le meilleur de notre âme. Et en ces considérations se trouvera toute consolation, même si les mots n'en rendent aucunement la saveur.
Mon orgueil a encore de beaux jours devant lui... parce que je pense sincèrement qu'il existe des âmes que le don n'humilie pas, des âmes qui ont depuis longtemps dépassé les bêtises dans lesquelles mon esprit se débat... comme les hommes touchés par nos dons à Lourdes, émus et surpris aux larmes.
Quant aux donneurs qu'ils ne baissent jamais les bras; quel que soit le don, il est souvent objectivement plus que nécessaire aux nécessiteux, il faut en faire, car Dieu nous donne en plus pour nous exercer à notre tour à la charité. Et si cela fait grincer des dents les bénéficiaires, cela les mènera aussi sur un chemin qui appartient à Dieu, et qui sert au bien de leurs âmes, qui peut même être parfois le chaînon manquant dans la chronique annoncée de l'avènement de leur désespérance, qui sait? Même si c'est le genre de choses qui ne nous appartient pas de savoir ici-bas, la valeur d'un don, d'un sourire, d'un service, d'une oreille, d'un temps partagé, n'est jamais négligeable.
[quote="Isabelle47"]A titre personnel, la disponibilité et l'entraide sont souvent incomprises et même considérées comme une forme d'humiliation, même si c'est fait "de bon coeur".
Mais peut-être aussi est-ce une leçon de modestie?[/quote]
C'est humiliant, je confirme.
A une époque de ma vie, je ne comptais rien, j'étais tranquille, en sécurité.
Puis vint une autre époque, une époque de deux emplois simultanés et de ré-orientation de ma vie.
Aujourd'hui la plupart de mes meubles sont d'occasion ou d'Emmaus, la totalité de ma vaisselle aussi, ma voiture est issue de la compassion d'un ami et ma soeur, bénévole au secours Catholique, me trouve des vêtements... pas beaux, trop grands ou trop courts, pas neufs. (je suis pas non plus affamée, je suis juste... sans marge).
On pourrait en rester là et s'en aigrir. Mais cette condition qui me taraude et m'empêche d'inviter mes collègues de boulot chez moi est aussi une merveilleuse occasion d'expérience de vie; je vis plein de choses que je n'aurais pas vécu si ma vie avait continué dans le cocon hyper-intello-bourgeois qu'était le mien.
Ma vie est devenue un champ d'expériences où je sonde, teste les différentes dimensions de la douleur, de l'humiliation, de la pratique de l'humilité, de l'empathie, de la compassion. C'est un bonheur spirituel âpre voire amer, mais tellement fascinant!!
Pour rien au monde je n'aurais voulu que la douleur ne fasse pas partie de ma vie. Et pourtant la douleur me fait encore tellement peur que pour rien au monde je ne voudrais la revivre, parce que je ne sais pas si j'arriverais à la dépasser une seconde fois.
Alors oui le don humilie, quel qu'il soit, même si on sait qu'il est toujours bien intentionné.
Comme n'importe quelle solution toute faite qu'on vous sert par pitié, et qui tombe tellement à coté pour vous, tellement qu'elle retourne le couteau de la plaie en vous. C'est ahurissant les larmes que peuvent arracher un don quand le donneur, toujours inopportun, est enfin parti et vous laisse seul avec votre rage et votre impuissance, combien l'amertume du coeur remonte jusque dans la bouche.
Mais il faut y faire bonne figure; au donneur parce que son âme a une valeur telle que rien ne justifierait qu'on la choque et la pousse à pécher, ne serait-ce que par dépit. Au don parce que tout don vient de Dieu, qui sait ce qui est le mieux pour notre âme et nous présente toutes choses pour le meilleur de notre âme. Et en ces considérations se trouvera toute consolation, même si les mots n'en rendent aucunement la saveur.
Mon orgueil a encore de beaux jours devant lui... parce que je pense sincèrement qu'il existe des âmes que le don n'humilie pas, des âmes qui ont depuis longtemps dépassé les bêtises dans lesquelles mon esprit se débat... comme les hommes touchés par nos dons à Lourdes, émus et surpris aux larmes.
Quant aux donneurs qu'ils ne baissent jamais les bras; quel que soit le don, il est souvent objectivement plus que nécessaire aux nécessiteux, il faut en faire, car Dieu nous donne en plus pour nous exercer à notre tour à la charité. Et si cela fait grincer des dents les bénéficiaires, cela les mènera aussi sur un chemin qui appartient à Dieu, et qui sert au bien de leurs âmes, qui peut même être parfois le chaînon manquant dans la chronique annoncée de l'avènement de leur désespérance, qui sait? Même si c'est le genre de choses qui ne nous appartient pas de savoir ici-bas, la valeur d'un don, d'un sourire, d'un service, d'une oreille, d'un temps partagé, n'est jamais négligeable.