par Cinci » lun. 25 juin 2012, 17:51
Oui, merci.
- «L'orientaliste allemande Sigrid Hunke (1913-1999) s'est rendue célèbre par un ouvrage parue en France en 1960, Le soleil d'Allah illumine l'Occident, où elle avance la thèse d'un monde occidental corrompu par le judéo-christianisme et qui ne doit sa science, sa civilisation et son art de vivre qu'au monde arabo-musulman. En particulier, rien du Moyen-Âge chrétien ne trouvait grâce à ses yeux, s'il n'avait une origine arabe ou musulmane, réelle ou - le plus souvent - supposée par elle. S. Hunke avait d'ailleurs tendance à fondre les éléments arabes et les éléments musulmans, et à attribuer ainsi à l'islam ce qui venait des arabes chrétiens, des sabéens ou des juifs. Livre touffu [...] il défend la thèse d'un islam civilisateur, pionier, au génie exceptionnel, auquel l'Occident devait tout, philosophie, mathématiques, science expérimentale, tolérance religieuse, etc.
L'ouvrage mériterait d'être étudié page par page tant il déforme les faits, ment par omission, extrapole sans justification et recourt au besoin à la tradition ésotérique. Mais il a été, et continue de l'être, comme le montre une rapide enquête menée sur Internet, un livre de référence qui façonne l'air du temps. Cet ouvrage, qui exalte la supériorité de l'islam sur le christianisme, est dû à une intellectuelle nazie.
A son origine se trouvent en effet les engagements politiques de Sigrid Hunke, qui adhéra au NSDAP le 1er mai 1937 et fut membre active de la section berlinoise de l'association national-socialiste des étudiants dès 1938. Elle suivit à la Humboldt-Université de Berlin les cours de Ludwig Ferdinand Clauss, théoricien racialiste influent et soutint une thèse sous sa direction en 1941, consacrée à l'influence de «modèles étrangers» sur l'homme allemand. A partir de 1940-1941, sa soeur Waltraud et elle participèrent activement aux activités de la Germanitischen Wissenschafteinsatz de la SS et S. Hunke obtint une bourse de l'Institut Ahnenerbe («Héritage des ancêtres»), fondé le 1er juillet 1935 par Heinrich Himmler et W. Darré, et placé sous le patronage des SS et du ministère de l'Agriculture. Bientôt membre de cet institut et collaboratrice de la revue Germanien, elle entretint d'amicale relation avec H. Himmler qui la mit en contact avec le grand mufti de Jérusalem, Al-Husseini, admirateur des nazis. L'Ahnenerbe se voulait un institut scientifique voué, entre autres, à la perpétuation de l'Allemagne éternelle, celle que concevait l'idéologie national-socialiste.
[...]
Animée par une violente hostilité envers le judéo-christianisme, qu'elle accusait d'avoir empoisonné l'Occident, elle a vu dans l'islam son antithèse absolue, alliant énergie martiale et raffinement civilisationnel. Dès lors, son livre devenait un ouvrage politique et non plus scientifique.
Après la guerre, Sigrid Hunke vécut à Bonn et se fit mondialement connaître par son oeuvre au titre éclatant. Elle fut alors admise au Conseil supérieur des affaires islamiques au Caire. Tout au long de sa vie, S. Hunke rejeta l'influence du christianisme, jugé artfremd («étranger à l'espèce allemande») et oriental. Dans la ligne de la pensée national-socialiste, elle prônait le retour aux valeurs de la Germanie païenne et à une identité européenne, à laquelle elle associait l'islam. Cette amie de Himmler, demeure par ses écrits, une figure de proue d'une certaine extrême-gauche.
La fable a séduit. De nos jours, toute une série de propositions non vérifiées, parfois assénées comme autant de vérités d'Évangile, s'engouffrent dans la brèche et expriment la supériorité de la civilisation arabo-musulmane des Abbassides sur l'Europe chrétienne médiévale. Curieusement, la thèse est affirmée sans nuance, à une époque où on proclame l'égalité de chaque culture et de chaque civilisation
[...]
On s'est avisé récemment, à l'échelle de l'Union européenne, que les manuels scolaires ne rendaient pas justice au rôle décisif tenu par l'islam dans l'éveil de l'Occident. Ainsi, en 2002, le Conseil de l'Europe a publié un long rapport [...] analysant l'évolution des relations entre l'Europe et le monde musulman, l'auteur appelle à une révision des manuels d'histoire jugés coupables de donner une vision caricaturale de l'islam.
La thèse de «la dette européenne» s'insère dans un discours plus général, inséparable d'une certaine conception de l'histoire des civilisations. En parallèle avec l'affirmation de l'infériorité civilisationnelle de l'Europe chrétienne médiévale, se développe en effet une argumentation mettant en cause l'Europe actuelle. L'orientalisme condescendant qui la caractériserait, héritier de la colonisation du XIXe siècle, l'empêcherait de reconnaître sa dette envers les autres civilisations. Cet orientalisme plongerait ses racines jusque dans le passé d'une Europe qui n'a pas compris l'islam, n'en a jamais reconnu sa valeur mais l'a, au contraire, calomnié et agressé en permanence.»
Source : Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel, les racines grecques de l'Europe chrétienne, Paris. Édition du Seuil, 2008, pp. 203-205 (Annexe 1)
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Bonjour,
Moi, je ne connaissais ni Sigrid Hunke ni son ouvrage, pas avant d'avoir lu le livre de Gouguenheim. C'est tout de même assez hallucinant de voir cette correspondance entre la filière nazie et cette mentalité assez prégnante du côté des principaux fonctionnaires de l'Euro, comme cette mentalité anti-chrétienne et pro-islamique. On dirait vraiment qu'un tas de décideurs en Europe auront gobé les thèses des Sigrid Hunke. On réalise que la guerre de propagande n'a pas de fin. L'ouvrage de Hunke a été produit en 1960 !!!
Le livre dont je ferais la promotion est plutôt celui de Gouguenheim, si je devrais faire quelque chose ici. C'est dans ce dernier que se trouve annexé la note sur Sigrid Hunke.
L'intérêt c'est de mieux appréhender le monde dans lequel on se trouve plongé. On peut avoir de la difficulté à comprendre en premier d'où vient cette sorte d'islamophilie ou de détestation de soi (cf. monde occidental chrétien) qui est alors comme un phénomène apparemment assez répandu parmi nos élites dirigeantes. C'est tout de même étonnant. Il est comme une sorte de révolte contre la culture ou la pensée chrétienne, une révolte qui était déjà largement présente avant la dernière guerre et qui n'a pas du tout disparut après. La guerre n'a absolument rien réglé de la question sur le fond.
C'est assez surprenant de voir les correspondances pouvant exister entre techniciens/technocrates du régime de Vichy (alors partisans de la productivité, de la rationnalisation, de la performance ultra, de l'union continentale; comme européistes précoces de naguère) et nos administrateurs de l'Euro 2012; comme entre amateurs de despotisme éclairé d'hier et politiciens philomusulmans d'aujourd'hui, puis tous heureux à la perspective de penser pouvoir reconstruire en Europe même une sorte de califat de Cordoue de leurs rêves («Il nous faut 300 000 islamistes de plus en France !» comme Marat qui exigeait de nouvelles têtes), alors que si jamais quelqu'un ôsa parler d'union européenne un jour, mais on aurait été en droit de s'attendre ensuite à ce que ce fut toujours la civilisation chrétienne qui servi de référent. Mais ce n'est pas cela qui se produit...
Aperçu de l'humus :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Gu%C3%A9non
René Guénon
http://fr.wikipedia.org/wiki/Julius_Evola
Oui, merci.
[color=#004080][list] «L'orientaliste allemande Sigrid Hunke (1913-1999) s'est rendue célèbre par un ouvrage parue en France en 1960, [i]Le soleil d'Allah illumine l'Occident[/i], où elle avance la thèse d'un monde occidental corrompu par le judéo-christianisme et qui ne doit sa science, sa civilisation et son art de vivre qu'au monde arabo-musulman. En particulier, rien du Moyen-Âge chrétien ne trouvait grâce à ses yeux, s'il n'avait une origine arabe ou musulmane, réelle ou - le plus souvent - supposée par elle. S. Hunke avait d'ailleurs tendance à fondre les éléments arabes et les éléments musulmans, et à attribuer ainsi à l'islam ce qui venait des arabes chrétiens, des sabéens ou des juifs. Livre touffu [...] il défend la thèse d'un islam civilisateur, pionier, au génie exceptionnel, auquel l'Occident devait tout, philosophie, mathématiques, science expérimentale, tolérance religieuse, etc.
L'ouvrage mériterait d'être étudié page par page tant il déforme les faits, ment par omission, extrapole sans justification et recourt au besoin à la tradition ésotérique. Mais il a été, et continue de l'être, comme le montre une rapide enquête menée sur Internet, [u]un livre de référence qui façonne l'air du temps[/u]. Cet ouvrage, qui exalte la supériorité de l'islam sur le christianisme, est dû à une intellectuelle nazie.
A son origine se trouvent en effet les engagements politiques de Sigrid Hunke, qui adhéra au NSDAP le 1er mai 1937 et fut membre active de la section berlinoise de l'association national-socialiste des étudiants dès 1938. Elle suivit à la Humboldt-Université de Berlin les cours de Ludwig Ferdinand Clauss, théoricien racialiste influent et soutint une thèse sous sa direction en 1941, consacrée à l'influence de «modèles étrangers» sur l'homme allemand. A partir de 1940-1941, sa soeur Waltraud et elle participèrent activement aux activités de la [i]Germanitischen Wissenschafteinsatz[/i] de la SS et S. Hunke obtint une bourse de l'Institut Ahnenerbe («Héritage des ancêtres»), fondé le 1er juillet 1935 par Heinrich Himmler et W. Darré, et placé sous le patronage des SS et du ministère de l'Agriculture. Bientôt membre de cet institut et collaboratrice de la revue [i]Germanie[/i]n, elle entretint d'amicale relation avec H. Himmler qui la mit en contact avec le grand mufti de Jérusalem, Al-Husseini, admirateur des nazis. L'Ahnenerbe se voulait un institut scientifique voué, entre autres, à la perpétuation de l'Allemagne éternelle, celle que concevait l'idéologie national-socialiste.
[...]
Animée par une violente hostilité envers le judéo-christianisme, qu'elle accusait d'avoir empoisonné l'Occident, elle a vu dans l'islam son antithèse absolue, alliant énergie martiale et raffinement civilisationnel. Dès lors, son livre devenait un ouvrage politique et non plus scientifique.
Après la guerre, Sigrid Hunke vécut à Bonn et se fit mondialement connaître par son oeuvre au titre éclatant. Elle fut alors admise au Conseil supérieur des affaires islamiques au Caire. Tout au long de sa vie, S. Hunke rejeta l'influence du christianisme, jugé [i]artfremd[/i] («étranger à l'espèce allemande») et [i]oriental[/i]. Dans la ligne de la pensée national-socialiste, elle prônait le retour aux valeurs de la Germanie païenne et à une identité européenne, à laquelle elle associait l'islam. Cette amie de Himmler, demeure par ses écrits, une figure de proue d'une certaine extrême-gauche.
La fable a séduit. De nos jours, toute une série de propositions non vérifiées, parfois assénées comme autant de vérités d'Évangile, s'engouffrent dans la brèche et expriment la supériorité de la civilisation arabo-musulmane des Abbassides sur l'Europe chrétienne médiévale. Curieusement, la thèse est affirmée sans nuance, à une époque où on proclame l'égalité de chaque culture et de chaque civilisation
[...]
On s'est avisé récemment, à l'échelle de l'Union européenne, que les manuels scolaires ne rendaient pas justice au rôle décisif tenu par l'islam dans l'éveil de l'Occident. Ainsi, en 2002, le Conseil de l'Europe a publié un long rapport [...] analysant l'évolution des relations entre l'Europe et le monde musulman, l'auteur appelle à une révision des manuels d'histoire jugés coupables de donner une vision caricaturale de l'islam.
La thèse de «la dette européenne» s'insère dans un discours plus général, inséparable d'une certaine conception de l'histoire des civilisations. En parallèle avec l'affirmation de l'infériorité civilisationnelle de l'Europe chrétienne médiévale, se développe en effet une argumentation mettant en cause l'Europe actuelle. L'orientalisme condescendant qui la caractériserait, héritier de la colonisation du XIXe siècle, l'empêcherait de reconnaître sa dette envers les autres civilisations. Cet orientalisme plongerait ses racines jusque dans le passé d'une Europe qui n'a pas compris l'islam, n'en a jamais reconnu sa valeur mais l'a, au contraire, calomnié et agressé en permanence.»
Source : Sylvain Gouguenheim, [u]Aristote au Mont Saint-Michel, les racines grecques de l'Europe chrétienne[/u], Paris. Édition du Seuil, 2008, pp. 203-205 (Annexe 1) [/list][/color]
Bonjour,
Moi, je ne connaissais ni Sigrid Hunke ni son ouvrage, pas avant d'avoir lu le livre de Gouguenheim. C'est tout de même assez hallucinant de voir cette correspondance entre la filière nazie et cette mentalité assez prégnante du côté des principaux fonctionnaires de l'Euro, comme cette mentalité anti-chrétienne et pro-islamique. On dirait vraiment qu'un tas de décideurs en Europe auront gobé les thèses des Sigrid Hunke. On réalise que la guerre de propagande n'a pas de fin. L'ouvrage de Hunke a été produit en 1960 !!!
Le livre dont je ferais la promotion est plutôt celui de Gouguenheim, si je devrais faire quelque chose ici. C'est dans ce dernier que se trouve annexé la note sur Sigrid Hunke.
L'intérêt c'est de mieux appréhender le monde dans lequel on se trouve plongé. On peut avoir de la difficulté à comprendre en premier d'où vient cette sorte d'islamophilie ou de détestation de soi (cf. monde occidental chrétien) qui est alors comme un phénomène apparemment assez répandu parmi nos élites dirigeantes. C'est tout de même étonnant. Il est comme une sorte de révolte contre la culture ou la pensée chrétienne, une révolte qui était déjà largement présente avant la dernière guerre et qui n'a pas du tout disparut après. La guerre n'a absolument rien réglé de la question sur le fond.
C'est assez surprenant de voir les correspondances pouvant exister entre techniciens/technocrates du régime de Vichy (alors partisans de la productivité, de la rationnalisation, de la performance ultra, de l'union continentale; comme européistes précoces de naguère) et nos administrateurs de l'Euro 2012; comme entre amateurs de despotisme éclairé d'hier et politiciens philomusulmans d'aujourd'hui, puis tous heureux à la perspective de penser pouvoir reconstruire en Europe même une sorte de califat de Cordoue de leurs rêves («Il nous faut 300 000 islamistes de plus en France !» comme Marat qui exigeait de nouvelles têtes), alors que si jamais quelqu'un ôsa parler d'union européenne un jour, mais on aurait été en droit de s'attendre ensuite à ce que ce fut toujours la civilisation chrétienne qui servi de référent. Mais ce n'est pas cela qui se produit...
Aperçu de l'humus :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Gu%C3%A9non
René Guénon
http://fr.wikipedia.org/wiki/Julius_Evola