Bac philo 2012

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Re: Bac philo 2012

par lmx » mar. 26 juin 2012, 15:16

Et donc la philosophie n'implique pas un usage exclusif de la raison, puisque "usage exclusif de la raison" ne veut rien dire.
ce que je voulais dire c'est s'il n'y a pas de place pour autre chose que la "raison". Autrement dit y-a-t-il oui ou non place pour une expérience qui dépasse le cadre l'exercice purement rationnel : contemplation de l'Un chez les platoniciens, saisie intuitive supra intellectuelle de la "durée" chez Bergson, expérience psychologique de l'angoisse chez les existentialistes. Expériences considérés dans ses courants comme authentiquement philosophiques. La philosophie débouche sur une pratique et c'est encore plus vrai chez les existentialistes pour qui la pensée pouvait tendre à devenir un accessoire inutile. Notre BHL national a d'ailleurs parfaitement compris cela.

Personnellement je ne ferme la porte à rien. Si on connaît l'histoire de la pensée, on sait que la façon moderne d'envisager la philosophie comme exercice purement rationnel n'a que quelques siècles, et qu'elle doit d'ailleurs beaucoup aux scolastiques qui ont donné des limites aux domaines théologiques et philosophiques en expliquant que chaque domaine avait sa lumière propre.
Dans l'Antiquité ces strictes séparations n'existent pas. Il est incontestable qu'il y ait chez le philosophe antique une intention spirituelle, ce n'est pas un philosophe de bureau, la philosophie implique un mode de vie.
Qu'est-ce qui distingue Plotin et Proclus de théologiens ? St Augustin est-il philosophe, théologien, à quel moment son discours devient-il philosophique ou théologique ?
Et à l'époque présocratique, les philosophes font usage du mythe et parlent une langue obscure. Aussi, tend-on à remettre en cause la distinction moderne entre pensée mythique obscure et irrationnelle et pensée rationnelle, élevée au "Logos", mais aussi entre la poésie et la philosophie.
Ailleurs, en Inde, en Chine, je ne crois pas que ses distinctions entre théologie et philosophie avec leur objet propre et leur lumière propre existent.
Chez Platon, il y a certes une invitation à la réflexion, mais il y aussi une invitation à une païdéia, à savoir selon l'excellente définition de Heidegger "un acheminement de l'homme vers un retournement de tout son être" et donc à la noesis, à une expérience qui ne peut pas être prouvé et démontré. Une rationalité rigide analytique, purement instrumentale, comme celle qui domine la pensée au début du 20è siècle voit là une raison prisonnière de l'imagination et de la superstition. Vision qui implique une vision assez sottement progressiste de l'histoire.
Ceci dit, je n'adhère pas non plus aux discours postmodernes et relativistes qui font éclater le concept de raison pour montrer qu'il n'y pas une raison mais des rationalités multiples, hétérogènes, forcément toutes aussi légitimes les unes que les autres, ce qui aboutit à la légitimation de tout et de n'importe, du cannibalisme à la sorcellerie. Entre temps, nous sommes passés d'un extrême à un autre : de la croyance en la toute puissance de la raison, en une raison pure, à une vision complètement désenchantée de la raison et au rejet de celle-ci.

Personnellement, je n'ai pas vraiment de point de vue personnel sur la question (j'adhère évidemment à fides et ratio), mais d'un strict point de vue sociologique il n'y a aucune opposition a priori entre croyance et rationalité. Pour moi il est assez clair que le discours philosophique peut aussi intégrer des éléments non-philosophiques dans sa réflexion, qui dépassent la modalité "compréhensive" de la raison, tels que des objets de foi, la croyance en l'Un, la durée etc, et rester authentiquement philosophique et rationnel. Je considère aussi qu'il y a une rationalité interne au discours philosophique ou théologique et qui se manifeste notamment dans la capacité à articuler un discours clair et argumenté, à pouvoir ordonner un discours à des principes qui peuvent être indémontrables. D'ailleurs, les dogmes ne sont pas démontrables, mais peuvent être expliqués et être rendus intelligibles autant que possible.

Re: Bac philo 2012

par gerardh » mar. 26 juin 2012, 12:46

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Bonjour,

Il me semble que le sujet de référence devrait être la compatibilité entre la foi et la raison (plus direct que celle entre la croyance et la raison).



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Re: Bac philo 2012

par spk » mar. 26 juin 2012, 12:20

lmx a écrit :Y-a-t-il une raison pure, parfaitement autonome et transparente a elle-même dont l'usage serait susceptible de constituer l'exercice proprement philosophique ? Et la philosophie implique-t-elle l'usage exclusif de la raison ?
Je réponds sans hésiter non aux deux questions. La raison, tout d'abord, doit s'objectiver dans le langage, et il n'existe pas de langue pure, en laquelle le sens serait d'emblée transparent. D'autre part, la raison s'incarne, concrètement, dans un sujet pensant, qui a son histoire, sa culture, etc. On pourrait aussi évoquer le rôle de l'imagination, jamais totalement absente de nos raisonnements.
Et donc la philosophie n'implique pas un usage exclusif de la raison, puisque "usage exclusif de la raison" ne veut rien dire. En revanche, la philosophie n'admet d'autre autorité que celle de la raison, ce qui n'est pas du tout la même chose. Un exemple remarquable : l'un des plus grands livres de la philosophie, le Phèdre de Platon, commence par un badinage, se poursuit par un mythe, et s'achève par une prière. Il n'empêche qu'il est de bout en bout une invitation à réfléchir et à raisonner.
Je suis donc tout à fait d'accord avec vous pour dire que la croyance ne s'oppose pas à la raison parce qu'elle serait potentiellement fausse. On peut de toutes façons raisonner correctement à partir de croyances fausses, vous citez à juste titre l'exemple de la magie. La croyance ne s'oppose à la raison que si elle veut s'y opposer, par crainte de l'examen critique, pour se protéger en quelque sorte. Mais cette attitude trahit aussi un manque de foi.

Re: Bac philo 2012

par lmx » mar. 26 juin 2012, 0:06

C'est un sujet de philosophie, donc qui doit être examiné à la lumière de la raison.
La question est déjà de savoir ce que c'est que la raison ? Ensuite, on peut dire s'il y a quelque chose qui s'oppose à elle. Sujet en effet extrêmement complexe.

Lorsque vous proposez, Anaïsunivers, d'examiner la question au regard de la foi, la difficulté apparaît. C'est un sujet de philosophie, donc qui doit être examiné à la lumière de la raison
Y-a-t-il une raison pure, parfaitement autonome et transparente a elle-même dont l'usage serait susceptible de constituer l'exercice proprement philosophique ? Et la philosophie implique-t-elle l'usage exclusif de la raison ?
La Révélation chrétienne ne peut-elle pas elle faire office d'herméneutique pour analyser des concepts.
Il me semble que vous partez d'une définition étroite et moderne de la raison, c'est-à-dire de la raison (qui signifie calcul en latin) comme pure faculté de lier, de mettre en rapport, et de calculer. C'est une vision solidaire d'une théorie de la connaissance rejetant la valeur de la connaissance sensible, connaissance intuitive, qui était dans la tradition aristotélico-thomiste au départ même de la connaissance.
On voit que cette vision de la raison qui désincarne l'homme, qui l'ampute d'une partie de lui-même, de ses sens, n'est pas sans poser quelques problèmes. De plus, si on souscrit à cette vision de la raison on peut dire que les machines remplissent la fonction de calculer beaucoup mieux que l'homme. C'est pourquoi des penseurs ont trouvé la définition de l'homme "animal rationnel" trop étroite. C'est une vision de la raison qui est devenue tellement étouffante et tellement mutilante qu'elle a malheureusement conduit à un certain rejet de la connaissance conceptuelle.





On dépasse l'angle philosophique mais un peu de sociologie ne fait pas de mal. Lévy-Bruhl avait soutenu que la pensée ordinaire est une pensée de type "magique", et que seule la pensée scientifique est rationnelle, mais ce dualisme introduit dans la pensée était intenable et il a fini par abandonner sa thèse.
C'est qu'en vérité, même les croyances magiques, fausses, peuvent être dites rationnelles. Une théorie cognitiviste permet de comprendre que de telles croyances sont des conjectures formées à partir d'un savoir acceptable et acceptée. Ce qui revient à dire que le sujet peut avoir des raisons valables, "rationnelles", d'adhérer à telle ou telle idée, alors même qu'elle est fausse sur le plan scientifique.
Il n'y a pas de raison à ce qu'il y ait une explication différente pour rendre compte de la croyance dans la magie dans les sociétés primitives, et de la croyance, dans les sociétés modernes, en des théories qui se sont révélées être fausses. Dans les deux cas, il peut y avoir des raisons à un moment d'y adhérer.
Ainsi, une personne a des raisons fondées à croire qu'il y a des bienfaits à suivre le régime Dukan, étant donné d'une part, le statut de docteur, de "scientifique" du dit Dr Dukan, statut qui laisse raisonnablement la possibilité de croire que ce docteur "sait ce qu'il fait" et qu'il a de bonnes intentions, alors que des études juge ce régime douteux. Ce ne sera pas moins rationnel que le croyance du "primitif" dans l'efficacité causale de tel ou tel rituel alors même que scientifiquement parlant il n'y a aucun lien de causalité constaté.
On prend donc ici partie de dire que l'adhésion à une idée, qu'un sentiment moral, qu'un jugement de valeur, n'est ni l'expression d'un sentiment collectif ni le fruit d'une inculcation comme dans les théories sociologistes à la mode qui ont comme présupposée une vision instrumentale de la raison réservant la rationalité et la vérité pour les sciences dures, mais qu'il y a là un acte qui peut avoir une rationalité propre et qui peut être doté d'une certaine objectivité alors même qu'il n'est pas scientifique.
Le problème des théories dites irrationnelles c'est qu'elles attribuent les "croyances" non vérifiables à des causes occultes : expression d'un désir symbolique, "pensée magique", inconscient, affectivité, inculcation et contrainte de la société, domination, causes qu'on peut appliquer dans tous les cas et dans toutes les situations sans même qu'il y ait besoin d'analyser quoique ce soit, et qui font du sujet humain un pure jouet sans cesse illusionné par des mirages que seul le sociologue peut transcender.
Dans la théorie cognitiviste la raison est extrêmement élargi, et donc on risque aussi de tomber dans le relativisme (ce que veulent précisément éviter les partisans d'une telle forme de sociologie qui cherche à montrer qu'il peut y avoir de l'objectivité dans les valeurs) si on oublie que le but d'une sociologie compréhensive n'est pas de justifier et de défendre des idées et des actions, mais simplement de rendre compte d'un fait social, d'essayer de le rendre intelligible.

"Toute croyance est-elle contraire à la raison?"

Réponse : NON :)

j'aimerais bien savoir ce qu'a écrit Anaisunivers

Re: Bac philo 2012

par spk » lun. 25 juin 2012, 14:29

L'histoire du concept de raison est un sujet passionnant, mais ô combien difficile! La Bible l'ignore-t-elle? Rappelons cependant que "raison" est une traduction possible de "logos". Pour autant, la Bible n'est pas un ouvrage de philosophie.
Et ceci me fournit une piste pour répondre à votre deuxième question. Si les philosophes chrétiens ont éprouvé le besoin de parler de la raison, c'est tout simplement parce qu'ils sont des philosophes, et qu'ils l'ont assumé. C'est l'un des enjeux de notre sujet de bac. Dès lors que certains hommes ambitionnent de rechercher la vérité en se soumettant à la raison, ce qui définit la pratique de la philosophie, trois possibilités : ou bien on les rejette comme de vains orgueilleux, ou bien l'on ne reconnaît comme voie d'accès à la vérité que la raison et l'on rejette l'autorité, ou bien l'on montre que l'on peut concilier la pluralité des approches. Bien entendu, un philosophe chrétien choisira cette troisième possibilité. La première ferait de lui un obscurantiste, la seconde un rationaliste athée ou à la rigueur agnostique.
Mais l'on voit bien que tout n'est pas clair pour autant, en particulier ce qu'est cette fameuse raison et quels sont ses pouvoirs. Raison de plus pour que les philosophes, chrétiens ou non, s'y intéressent.
PaxetBonum, pour ne pas créer du désordre, je propose, puisque vous parlez d'un autre sujet, d'ouvrir un autre topic.

Re: Bac philo 2012

par gerardh » lun. 25 juin 2012, 12:39

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Bonjour spk,

S'agissant du thème de la raison, j'ai constaté qu'il était très peu traité par la Bible. Serait-ce un non-sujet ? Alors pourquoi beaucoup de philosophes, chrétiens notamment, ont éprouvé la besoin de l'aborder ?



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Re: Bac philo 2012

par PaxetBonum » lun. 25 juin 2012, 12:02

spk a écrit : Peut-il exister des désirs naturels? (ES)
Celui-là me laisse de glace.
Y a-t-il des désirs non naturels ?

Re: Bac philo 2012

par spk » lun. 25 juin 2012, 11:56

Alors jouons à réfléchir sur ce sujet. Toute croyance est-elle contraire à la raison?
"Contraire à la raison" n'est pas clair. On peut au moins distinguer un sens "hard" et un sens "soft". Au sens "hard", est contraire à la raison ce qui est absurde, délirant, incohérent, insensé, etc. Je laisse tomber les nuances entre ces termes. La réponse est alors évidente : bien sûr que non! Toute croyance n'est pas débile, pour le dire en style parlé.
Il faut donc expliciter le sens "soft", afin que la question puisse se poser. L'idée est la suivante : la croyance et la raison seraient en contrariété dans la mesure pour faire parler l'une il faut faire taire l'autre. La croyance renoncerait à l'examen critique, qui paraît la menacer. La raison met entre parenthèses toute croyance.
Lorsque vous proposez, Anaïsunivers, d'examiner la question au regard de la foi, la difficulté apparaît. C'est un sujet de philosophie, donc qui doit être examiné à la lumière de la raison. Le regard de la foi serait-il dans un rapport de contrariété avec celui de la raison? Mais la foi ne dit pas cela. Elle dit au contraire que la vérité ne peut être en conflit avec elle-même, qu'il ne peut y avoir une vérité de la foi et une vérité de la raison qui viendrait s'opposer à la première. Donc, du point de vue de la foi elle-même, le point de vue de la raison ne peut être rejeté. Mais si la raison, quant à elle, rejette le point de vue de la foi, nous arrivons alors à une contradiction. Il faudrait donc montrer comment, du point de vue de la raison elle-même, la croyance en général et la foi en particulier peuvent être intégrées à sa recherche.
Je laisse qui le souhaite continuer cette réflexion.

Re: Bac philo 2012

par Anaisunivers » dim. 24 juin 2012, 21:56

Avec le regard de la foi, cela serait bien.
Personnellement, j'ai pris le sujet sur la croyance et la raison (L).

Re: Bac philo 2012

par Olivier C » mer. 20 juin 2012, 13:13

spk a écrit :Ce serait intéressant de prendre des sujets de philosophie proposés aux lycéens comme base de discussion, je trouve.
Tout a fait. Ce pourrait être des sujets de topics très évocateurs.

Re: Bac philo 2012

par spk » mar. 19 juin 2012, 18:52

Les sujets qui manquent ne sont pas mal non plus.
Peut-il exister des désirs naturels? (ES)
La recherche de la vérité peut-elle se passer du doute ?
Faut-il être cultivé pour apprécier une oeuvre d’art ? (ces deux derniers issus des séries technologiques).
Ce serait intéressant de prendre des sujets de philosophie proposés aux lycéens comme base de discussion, je trouve.

Re: Bac philo 2012

par gerardh » mar. 19 juin 2012, 15:03

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Bonjour Fée,

Le sujet de la justice est à la fois un sujet éternel et un sujet d'actualité.



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Re: Bac philo 2012

par Olivier C » lun. 18 juin 2012, 23:32

Fée Violine a écrit :Notamment celui sur la vérité, aussi!
J'aime bien aussi le sujet cherchant à confronter foi et raison.

Re: Bac philo 2012

par Fée Violine » lun. 18 juin 2012, 22:56

qui peuvent tous être traités à la lumière de l'enseignement de l'Eglise,
Notamment celui sur la vérité, aussi!
J'aurais espéré, c'est d'actualité, un sujet sur la justice.
Mais la philosophie doit-elle suivre l'actualité? Il me semble qu'elle s'occupe plutôt de questions éternelles.

Re: Bac philo 2012

par Théophane » lun. 18 juin 2012, 22:17

Même si je n'ai pas de connaissances particulières en philo, je trouve que ce sont des sujets intéressants, et qui peuvent tous être traités à la lumière de l'enseignement de l'Eglise, notamment le travail !

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