Merci pour ce post Archi. Il permettra de mettre certaines choses au point.
celui de l'abbé Stéphane) conçoit l'ésotérisme de cette façon (pour l'avoir lu, je pense qu'on trouvera bien plus facilement une doctrine chrétienne profonde en étudiant directement les Pères grecs...)
Effectivement il n'y a rien de "transcendant". Il vaut mieux lire l'Essai sur la théologie de l'Eglise d'Orient de Vladimir Lossky par exemple , les ouvrages sur la prière du coeur, sur l'icône, aller donc plutôt à la source que de voir des doctrines chrétiennes reconstruites par des auteurs hétérodoxes ; la reconstruction n'apportant au final rien de bien élevé.
il vaut mieux lire les pères de l'Eglise et les écrivains orthodoxes si on veut redécouvrir l'extra ordinaire richesse de la théologie patristique et de la profondeur du dogme chrétien. L'étude de St Thomas qui n'est en rien inférieur à la pensée orientale, n'est pas de trop non plus.
Le livre de l'Abbé n'amènera que confusion et l'impression fausse que la clef du christianisme se trouve dans les doctrines orientales (qui ne sont pas toutes d'une très grande élévation ...).
La thèse sous-jacente du livre de l'abbé qui est une des thèses les plus importante, sinon la thèse majeure de ce courant ésotérique" est celle de l'unité transcendante des religions, thèse qui a des conséquences grave pour le christianisme, celui-ci, devant, pour être interprété en accord avec les autres religions, être mutilé et finalement appauvri.
Thèse dans laquelle le coté intérieur des religions est la "religion" même, les religions ne différant alors que par leur aspect contingent et transitoire. Il faut se poser la question de savoir comment définir ce qui est intérieur et transitoire dans le christianisme, quid en effet du Christ et de la Trinité ? Eh bien , ce sera en fonctionnant par comparaison, par exemple tout ce qui est intérieur à une doctrine ésotérique et qui se retrouve dans l'autre forme la religion éternelle proprement dit. Ainsi les religions ont toute le même noyau qui forme leur partie ésotérique et éternelle.
Mais comme on ne retrouve de Trinité nulle part ailleurs (même s'il y a des ternaires un peu partout mais qui ne correspondent qu'a des attributs seulement), alors la Trinité ne fait pas partie du côté intérieur éternellement révélé, d'où il faut conclure, selon cette thèse, que le dogme Trinitaire résulte soit d'une mauvaise interprétation, soit n'est qu'une approche inférieure du divin (le Christ n'est qu'un avatara et le christianisme la religion de la dévotion à un avatara comme peut l'être n'importe quel sous courant hindou), approche alors inférieure à celle toute 'intellectuelle' qu'a le platonisme ou le Vedânta par exemple, Vedânta (école d'interprétation de la révélation hindoue) qui jouit d'un prestige extraordinaire et auquel un auteur catholique inspiré par Guénon a déjà tenté de soumettre la Trinité pour finalement pas grand chose sinon un appauvrissement du mystère trinitaire ... Bref, on essaye de soumettre le mystère Trinitaire, mystère central du christianisme, mystère qui révèle la profondeur du divin, à une vision parménidienne très rationnelle, et somme toute simpliste, du divin.
Le Christ est la pierre d'achoppement : on est avec lui ou contre lui. La Trinité ne peut souffrir d'aucun accommodement et d'aucune réduction pour plaire au monde, d'autant que nous sommes dans une époque de relativisme et de nivellement par le bas où l'on se sent obligé de mettre les religions et les doctrines les plus vulgaires au même niveau que le christianisme.
De plus, la thèse outre qu'elle mutile le christianisme mène à l'indifférentisme, au relativisme, aussi je me demande si l'abbé qui déconseille le changement de "forme" dans son livre aurait accepté de baptisé un musulman ou un bouddhiste.
Mais à un relativisme tournant au profit des religions orientales (et souvent de l'islam soit disant plus adapté selon certains guénoniens à notre cycle). Et la thèse mène finalement au syncrétisme pure et simple comme le montre la vie de Schuon qui fut l'un des plus célèbre disciple de Guénon, et ce bien que celui-là -comme son "maitre"- ait formellement condamné le syncrétisme. Sinon du moins, à la pratique de plusieurs religions en même temps ...
Louis Charbonneau Lassay, l'auteur du "Bestiaire du Christ", qui avait introduit Guénon dans le journal tenu par le père Felix Anizan pour ses compétences en matières de symbolisme s'inquiétait, je cite approximativement, que Guénon soit entrain de théoriser une super religion pour initiés légitimant le changement de "forme" (religion) à tout moment. Charbonneau Lassay, contrairement, à Guénon était attaché à l'Eglise.
Son inquiétude était fondée. Car c'est de fait ce qui a été théorisé. La notion de philosophia perennis (philosophie pérenne/éternelle), cette "super gnose" d'origine adamique dont on retrouve des traces dans toutes les religions a été finalement nettement théorisée par Schuon.
Dans cette optique, et ce que je vais dire répètera un peu ce que j'ai dit dans mon premier paragraphe, seule la "philosophie éternelle" révélée une foi pour toute, est la véritable "religion". Conception analogue à celle du "sanatana dharma" dans l'hindouisme, la loi éternelle, loi que les avataras viennent rétablir quand l'ordre chancelle, un peu comme les prophètes dans l'islam qui n'apportent rien de nouveau et qui se contentent de rétablir ce qui a été fait au commencement, et c'est d'ailleurs pourquoi l'islam a une vision aussi pauvre du Christ.
On constate donc que ce schéma fondamentalement hindou qui s'accorde bien avec l'islam ne laisse pas de place pour une histoire sainte, pas de place pour un Dieu qui se révèle progressivement comme l'annoncent les prophètes de l'AT et comme il se révèlera en profondeur dans le NT.
Il y a ainsi un prophétisme spécifiquement judéo-chrétien (qui n'existe pas dans l'islam) dont il faut absolument prendre compte avant de se laisser enfermer dans ces thèses. C'est en effet le sacrifice rédempteur chrétien qui implique une chute originelle (là où dans l'hindouisme le mal réside dans l'acte créateur lui même qui n'est pas libre), donc une histoire sainte qui s'inscrit véritablement dans l'histoire (et non plus dans une histoire intemporelle), qui la marque de son empreinte. Le sacrifice rédempteur ouvre les cycles temporels, qui étaient destinés, dans la mentalité traditionnelle, à se répéter indéfiniment en se corrompant toutefois et ce jusqu'à leur résorption dans l'Un. Vision qui dans l'hindouisme ne laisse place, à strictement parler, à aucune véritable liberté ; l'acte créateur lui même n'est selon les cosmogonies hindous pas libre et intrinsèquement porteur de mal.
Si on ne peut pas faire sien la vision progressiste et linéaire de l'histoire, la vision hindoue fondée sur un modèle particulier de cosmogonie (qu'on trouve aussi bien en Chine en Mésopotamie et en Egypte) qui n'est pas celui du judéochristianisme n'est pas non plus totalement compatible avec le christianisme.
Je crois que J. Daniélou a d'ailleurs produit une critique de Guénon sur ce point dans son "Essai sur le mystère de l'histoire". On pourra lire aussi le livre du père Louis Bouyer "le rite et l'homme" qui avec sa grande érudition montre en quoi le judéo-christianisme diffère objectivement des cultes anciens notamment sur la difficile question du temps (qui ne s'épuise pas par la simple opposition temps cyclique et temps linéaire).
Ainsi donc, on peut conclure que dans la thèse de Guénon et de Schuon, comme l'explique Borella (qui rejette la thèse), il n'y a rien que le métaphysicien ne sache pas déjà, Dieu ne peut rien lui apprendre. Tout est dans la métaphysique universelle. Aussi, tout ce qui forme la partie éternelle dans la partie ésotérique d'une religion existe dans l'autre. Ce qui n'existe pas dans l'autre étant purement transitoire ou mal interprété comme la Trinité. Dogme qui aurait été incompris par l'Eglise et dont Schuon qui critique le "dogmatisme" de l'Eglise pour pouvoir asservir le christianisme à sa super gnose propose une réinterprétation, assez basse d'ailleurs, que l'abbé expose ... . Que vive donc le dogmatisme de l'Eglise.
On notera là encore que Borella a produit une critique de la "métaphysique universelle" de Schuon en montrant qu'elle n'avait pas les outils conceptuels pour interpréter la Trinité qu'on ne trouve nulle part ailleurs, la révélation christique étant pour un chrétien supérieure à la "philosophie première" et donc à l'ordre adamique.
Cette gnose affirme donc de fait que ce sont les semences du Verbes qu'on trouve dans toutes les religions qui sont la Vérité même, la Philosophie par laquelle toute forme religieuse doit être interprétée. En effet pour un chrétien la révélation christique a été préparée par les semences du Verbe, voire par des préfigurations, que la révélation Christique achève et complète en donnant son sens véritable.
"choisir la gnose schuonienne c'est renoncer au christianisme" affirme J. Borella qui montre bien que quasiment toutes les conceptions du divin peuvent se rejoindre et être ainsi expliqués à l'aide de concepts platoniciennes, indiennes, juives, islamiques, mais ces notions assez standards accessibles à toute philosophie humaine trouvent leurs limites dès lors qu'il s'agit de la vision chrétienne de Dieu qui révèle la profondeur, la structure du divin qui est fait d'Hypostases, de Personnes divines. C'est pour cette raison que J. Borella affirme contre Schuon que le dogme trinitaire brise le monothéisme exotérique et que l'interpréter à l'aide de ces concepts universels c'est complètement passer à côté de la révélation chrétienne.
J. Borella est donc très loin du professeur américain J. Cutsinger (de confession "orthodoxe" je crois) qui restant un fidèle disciple de Schuon fait sienne la plupart de ses thèses et notamment sa conception dévoyée de la Trinité.
Je ne vois donc pas quelle critique sérieuse on peut faire à Jean Borella si ce n'est d'avoir lu ces auteurs. Je ne crois pas que comme l'abbé Stéphane, il ait fait de ces auteurs pouvant fasciner son magistère. Son mérité, contrairement à d'autres auteurs chrétiens, est d'avoir gardé une distance critique et d'avoir réfuté leurs thèses les plus importantes. On ne sera bien entendu pas forcement d'accord avec tout ce qu'il écrit, mais le reproche de "gnosticisme" qui lui a été fait notamment par des sédévacantistes et des lefebvristes complètement ignorants est totalement infondé.
Aussi donc je ne vois pas ce qui peut lui être reproché si ce n'est d'avoir lu des auteurs non catholiques. Mais dans ce cas il faut jeter l'anathème sur les philosophes modernes comme F Hadjadj ou J-L Marion .
(Pour finir, je dirais personnellement que c'est parce que je n'ai jamais fait miennes les idées majeures de cette "école" qui présentent un danger pour les chrétiens que je me suis senti blessé par certains soupçons dans un autre fil...)
Quant aux prétendues "organisations initiatiques" données en exemple... je n'ai jamais constaté qu'elles apportaient grand-chose aux fondements même du christianisme. Un Joseph de Maistre, qui fut lui-même franc-maçon, disait la même chose.
Bref, il est normal qu'on se mélange les pinceaux en parlant d'"ésotérisme" puisque même chez ceux qui se réclament du terme, voire qui veulent l'exposer de façon systématique, ce qu'il recouvre est loin d'être clair...
Oui, entre "ésotéristes" et "ésotérismes" il y a des divergences de fond. Il me semble d'ailleurs que Guénon n'a pas semblé reconnaitre le rite écossais rectifié (dont J. de Maistre était membre) comme vraiment légitime. C'est pourtant un rite où l'on trouve une doctrine "ésotérique" (d'après notamment les enseignements de Willermoz, et de L-C de St Martin) véritablement secrète et des rites initiatiques prétendument supérieurs aux sacrements, en ce sens qu'ils procureraient la grâce tandis que les sacrements ne donneraient que la possibilité de la recevoir, et uniquement accessible moyennant une initiation parallèle au baptême. Il aurait pu cadrer avec sa vision d'un ésotérisme formel.
Pour ma part, je suis tout à fait disposer à penser que les membres du RER soient sincèrement chrétiens, il semble d'ailleurs que ce soit le seul rite maçonnique où une affiliation à une église chrétienne soit demandée avec donc aussi la croyance en la Trinité et au péché originel. Mais l'idée qu'il y ait pu avoir de rites initiatiques établis par les apôtres et donc par le Christ, ce qui veut dire qu'il existerait une hiérarchie parallèle, n'est pas acceptable et de toute façon pas crédible.
Merci pour ce post Archi. Il permettra de mettre certaines choses au point.
[quote]celui de l'abbé Stéphane) conçoit l'ésotérisme de cette façon (pour l'avoir lu, je pense qu'on trouvera bien plus facilement une doctrine chrétienne profonde en étudiant directement les Pères grecs...)[/quote]
Effectivement il n'y a rien de "transcendant". Il vaut mieux lire l'Essai sur la théologie de l'Eglise d'Orient de Vladimir Lossky par exemple , les ouvrages sur la prière du coeur, sur l'icône, aller donc plutôt à la source que de voir des doctrines chrétiennes reconstruites par des auteurs hétérodoxes ; la reconstruction n'apportant au final rien de bien élevé.
il vaut mieux lire les pères de l'Eglise et les écrivains orthodoxes si on veut redécouvrir l'extra ordinaire richesse de la théologie patristique et de la profondeur du dogme chrétien. L'étude de St Thomas qui n'est en rien inférieur à la pensée orientale, n'est pas de trop non plus.
Le livre de l'Abbé n'amènera que confusion et l'impression fausse que la clef du christianisme se trouve dans les doctrines orientales (qui ne sont pas toutes d'une très grande élévation ...).
La thèse sous-jacente du livre de l'abbé qui est une des thèses les plus importante, sinon la thèse majeure de ce courant ésotérique" est celle de l'unité transcendante des religions, thèse qui a des conséquences grave pour le christianisme, celui-ci, devant, pour être interprété en accord avec les autres religions, être mutilé et finalement appauvri.
Thèse dans laquelle le coté intérieur des religions est la "religion" même, les religions ne différant alors que par leur aspect contingent et transitoire. Il faut se poser la question de savoir comment définir ce qui est intérieur et transitoire dans le christianisme, quid en effet du Christ et de la Trinité ? Eh bien , ce sera en fonctionnant par comparaison, par exemple tout ce qui est intérieur à une doctrine ésotérique et qui se retrouve dans l'autre forme la religion éternelle proprement dit. Ainsi les religions ont toute le même noyau qui forme leur partie ésotérique et éternelle.
Mais comme on ne retrouve de Trinité nulle part ailleurs (même s'il y a des ternaires un peu partout mais qui ne correspondent qu'a des attributs seulement), alors la Trinité ne fait pas partie du côté intérieur éternellement révélé, d'où il faut conclure, selon cette thèse, que le dogme Trinitaire résulte soit d'une mauvaise interprétation, soit n'est qu'une approche inférieure du divin (le Christ n'est qu'un avatara et le christianisme la religion de la dévotion à un avatara comme peut l'être n'importe quel sous courant hindou), approche alors inférieure à celle toute 'intellectuelle' qu'a le platonisme ou le Vedânta par exemple, Vedânta (école d'interprétation de la révélation hindoue) qui jouit d'un prestige extraordinaire et auquel un auteur catholique inspiré par Guénon a déjà tenté de soumettre la Trinité pour finalement pas grand chose sinon un appauvrissement du mystère trinitaire ... Bref, on essaye de soumettre le mystère Trinitaire, mystère central du christianisme, mystère qui révèle la profondeur du divin, à une vision parménidienne très rationnelle, et somme toute simpliste, du divin.
Le Christ est la pierre d'achoppement : on est avec lui ou contre lui. La Trinité ne peut souffrir d'aucun accommodement et d'aucune réduction pour plaire au monde, d'autant que nous sommes dans une époque de relativisme et de nivellement par le bas où l'on se sent obligé de mettre les religions et les doctrines les plus vulgaires au même niveau que le christianisme.
De plus, la thèse outre qu'elle mutile le christianisme mène à l'indifférentisme, au relativisme, aussi je me demande si l'abbé qui déconseille le changement de "forme" dans son livre aurait accepté de baptisé un musulman ou un bouddhiste.
Mais à un relativisme tournant au profit des religions orientales (et souvent de l'islam soit disant plus adapté selon certains guénoniens à notre cycle). Et la thèse mène finalement au syncrétisme pure et simple comme le montre la vie de Schuon qui fut l'un des plus célèbre disciple de Guénon, et ce bien que celui-là -comme son "maitre"- ait formellement condamné le syncrétisme. Sinon du moins, à la pratique de plusieurs religions en même temps ...
Louis Charbonneau Lassay, l'auteur du "Bestiaire du Christ", qui avait introduit Guénon dans le journal tenu par le père Felix Anizan pour ses compétences en matières de symbolisme s'inquiétait, je cite approximativement, que Guénon soit entrain de théoriser une super religion pour initiés légitimant le changement de "forme" (religion) à tout moment. Charbonneau Lassay, contrairement, à Guénon était attaché à l'Eglise.
Son inquiétude était fondée. Car c'est de fait ce qui a été théorisé. La notion de philosophia perennis (philosophie pérenne/éternelle), cette "super gnose" d'origine adamique dont on retrouve des traces dans toutes les religions a été finalement nettement théorisée par Schuon.
Dans cette optique, et ce que je vais dire répètera un peu ce que j'ai dit dans mon premier paragraphe, seule la "philosophie éternelle" révélée une foi pour toute, est la véritable "religion". Conception analogue à celle du "sanatana dharma" dans l'hindouisme, la loi éternelle, loi que les avataras viennent rétablir quand l'ordre chancelle, un peu comme les prophètes dans l'islam qui n'apportent rien de nouveau et qui se contentent de rétablir ce qui a été fait au commencement, et c'est d'ailleurs pourquoi l'islam a une vision aussi pauvre du Christ.
On constate donc que ce schéma fondamentalement hindou qui s'accorde bien avec l'islam ne laisse pas de place pour une histoire sainte, pas de place pour un Dieu qui se révèle progressivement comme l'annoncent les prophètes de l'AT et comme il se révèlera en profondeur dans le NT.
Il y a ainsi un prophétisme spécifiquement judéo-chrétien (qui n'existe pas dans l'islam) dont il faut absolument prendre compte avant de se laisser enfermer dans ces thèses. C'est en effet le sacrifice rédempteur chrétien qui implique une chute originelle (là où dans l'hindouisme le mal réside dans l'acte créateur lui même qui n'est pas libre), donc une histoire sainte qui s'inscrit véritablement dans l'histoire (et non plus dans une histoire intemporelle), qui la marque de son empreinte. Le sacrifice rédempteur ouvre les cycles temporels, qui étaient destinés, dans la mentalité traditionnelle, à se répéter indéfiniment en se corrompant toutefois et ce jusqu'à leur résorption dans l'Un. Vision qui dans l'hindouisme ne laisse place, à strictement parler, à aucune véritable liberté ; l'acte créateur lui même n'est selon les cosmogonies hindous pas libre et intrinsèquement porteur de mal.
Si on ne peut pas faire sien la vision progressiste et linéaire de l'histoire, la vision hindoue fondée sur un modèle particulier de cosmogonie (qu'on trouve aussi bien en Chine en Mésopotamie et en Egypte) qui n'est pas celui du judéochristianisme n'est pas non plus totalement compatible avec le christianisme.
Je crois que J. Daniélou a d'ailleurs produit une critique de Guénon sur ce point dans son "Essai sur le mystère de l'histoire". On pourra lire aussi le livre du père Louis Bouyer "le rite et l'homme" qui avec sa grande érudition montre en quoi le judéo-christianisme diffère objectivement des cultes anciens notamment sur la difficile question du temps (qui ne s'épuise pas par la simple opposition temps cyclique et temps linéaire).
Ainsi donc, on peut conclure que dans la thèse de Guénon et de Schuon, comme l'explique Borella (qui rejette la thèse), il n'y a rien que le métaphysicien ne sache pas déjà, Dieu ne peut rien lui apprendre. Tout est dans la métaphysique universelle. Aussi, tout ce qui forme la partie éternelle dans la partie ésotérique d'une religion existe dans l'autre. Ce qui n'existe pas dans l'autre étant purement transitoire ou mal interprété comme la Trinité. Dogme qui aurait été incompris par l'Eglise et dont Schuon qui critique le "dogmatisme" de l'Eglise pour pouvoir asservir le christianisme à sa super gnose propose une réinterprétation, assez basse d'ailleurs, que l'abbé expose ... . Que vive donc le dogmatisme de l'Eglise.
On notera là encore que Borella a produit une critique de la "métaphysique universelle" de Schuon en montrant qu'elle n'avait pas les outils conceptuels pour interpréter la Trinité qu'on ne trouve nulle part ailleurs, la révélation christique étant pour un chrétien supérieure à la "philosophie première" et donc à l'ordre adamique.
Cette gnose affirme donc de fait que ce sont les semences du Verbes qu'on trouve dans toutes les religions qui sont la Vérité même, la Philosophie par laquelle toute forme religieuse doit être interprétée. En effet pour un chrétien la révélation christique a été préparée par les semences du Verbe, voire par des préfigurations, que la révélation Christique achève et complète en donnant son sens véritable.
"choisir la gnose schuonienne c'est renoncer au christianisme" affirme J. Borella qui montre bien que quasiment toutes les conceptions du divin peuvent se rejoindre et être ainsi expliqués à l'aide de concepts platoniciennes, indiennes, juives, islamiques, mais ces notions assez standards accessibles à toute philosophie humaine trouvent leurs limites dès lors qu'il s'agit de la vision chrétienne de Dieu qui révèle la profondeur, la structure du divin qui est fait d'Hypostases, de Personnes divines. C'est pour cette raison que J. Borella affirme contre Schuon que le dogme trinitaire brise le monothéisme exotérique et que l'interpréter à l'aide de ces concepts universels c'est complètement passer à côté de la révélation chrétienne.
J. Borella est donc très loin du professeur américain J. Cutsinger (de confession "orthodoxe" je crois) qui restant un fidèle disciple de Schuon fait sienne la plupart de ses thèses et notamment sa conception dévoyée de la Trinité.
Je ne vois donc pas quelle critique sérieuse on peut faire à Jean Borella si ce n'est d'avoir lu ces auteurs. Je ne crois pas que comme l'abbé Stéphane, il ait fait de ces auteurs pouvant fasciner son magistère. Son mérité, contrairement à d'autres auteurs chrétiens, est d'avoir gardé une distance critique et d'avoir réfuté leurs thèses les plus importantes. On ne sera bien entendu pas forcement d'accord avec tout ce qu'il écrit, mais le reproche de "gnosticisme" qui lui a été fait notamment par des sédévacantistes et des lefebvristes complètement ignorants est totalement infondé.
Aussi donc je ne vois pas ce qui peut lui être reproché si ce n'est d'avoir lu des auteurs non catholiques. Mais dans ce cas il faut jeter l'anathème sur les philosophes modernes comme F Hadjadj ou J-L Marion .
(Pour finir, je dirais personnellement que c'est parce que je n'ai jamais fait miennes les idées majeures de cette "école" qui présentent un danger pour les chrétiens que je me suis senti blessé par certains soupçons dans un autre fil...)
[quote]
Quant aux prétendues "organisations initiatiques" données en exemple... je n'ai jamais constaté qu'elles apportaient grand-chose aux fondements même du christianisme. Un Joseph de Maistre, qui fut lui-même franc-maçon, disait la même chose.[/quote]
[quote]Bref, il est normal qu'on se mélange les pinceaux en parlant d'"ésotérisme" puisque même chez ceux qui se réclament du terme, voire qui veulent l'exposer de façon systématique, ce qu'il recouvre est loin d'être clair...[/quote]
Oui, entre "ésotéristes" et "ésotérismes" il y a des divergences de fond. Il me semble d'ailleurs que Guénon n'a pas semblé reconnaitre le rite écossais rectifié (dont J. de Maistre était membre) comme vraiment légitime. C'est pourtant un rite où l'on trouve une doctrine "ésotérique" (d'après notamment les enseignements de Willermoz, et de L-C de St Martin) véritablement secrète et des rites initiatiques prétendument supérieurs aux sacrements, en ce sens qu'ils procureraient la grâce tandis que les sacrements ne donneraient que la possibilité de la recevoir, et uniquement accessible moyennant une initiation parallèle au baptême. Il aurait pu cadrer avec sa vision d'un ésotérisme formel.
Pour ma part, je suis tout à fait disposer à penser que les membres du RER soient sincèrement chrétiens, il semble d'ailleurs que ce soit le seul rite maçonnique où une affiliation à une église chrétienne soit demandée avec donc aussi la croyance en la Trinité et au péché originel. Mais l'idée qu'il y ait pu avoir de rites initiatiques établis par les apôtres et donc par le Christ, ce qui veut dire qu'il existerait une hiérarchie parallèle, n'est pas acceptable et de toute façon pas crédible.