par archi » jeu. 01 sept. 2011, 21:38
Il faut rappeler que le terme "intégriste", sans la connotation péjorative qu'il a prise, correspond à une tendance théologique et ecclésiale qui s'est formée en opposition à la crise moderniste, celle du Syllabus de Pie IX (on parle aussi de "catholicisme intégral"). On peut y associer la théologie qui avait cours avant le Concile, principalement thomiste, et plus généralement scolastique, et une vision ecclésiologique ultramontaine.
Au Concile, cette tendance a constitué ce qu'on appelait la "minorité conciliaire", dont Mgr Lefebvre était un des représentants les plus actifs.
En général, cette tendance est, historiquement parlant, proche de ce qu'on appelait autrefois le "traditionalisme", opposé à la Révolution française (j'ai du mal à trouver des infos plus précises sur le mouvement mais on y associe habituellement les noms de Bonald et de Joseph de Maistre).
Etant donné le rôle que Mgr Lefebvre a joué après le Concile, à la fois dans la contestation de celui-ci et dans une certaine vision de la liturgie, il n'est donc pas anormal, à la base, de parler d'"intégrisme" ou de "traditionalisme".
Maintenant, même si on trouve les 3 choses ensemble chez Mgr Lefebvre et une partie de ceux qui l'ont suivi, rien n'oblige à associer forcément:
- l'intégrisme en matière ecclésiologique et théologique
- le traditionalisme contre-révolutionnaire
- la "messe en latin" ou l'attachement au missel "de St Pie V".
A vrai dire, de ce que je sais de Mgr Lefebvre, et de la façon de célébrer la liturgie traditionnelle qu'il a laissé à la FSSPX (et par ricochet à ceux du mouvement "traditionaliste" actuel qui sont restés en union avec le Pape), il me semble qu'on peut tout à fait en faire un héritier du Mouvement Liturgique, largement initié par un Dom Guéranger (qui était tout ce qu'il y a de plus ultramontain), où un St Pie X (le pape de la lutte anti-moderniste) a joué un rôle essentiel... mais qui a aussi compris beaucoup de représentants proches de la pensée "conciliaire", dont notre Pape actuel est à son tour l'héritier. Mouvement Liturgique qui est aussi à l'origine de la volonté de réforme liturgique, de l'introduction du vernaculaire, de la notion de participation active...
Il serait donc simpliste de mettre systématiquement l'attachement à la liturgie traditionnelle dans le panier "intégriste" ou même "traditionaliste" (au sens originel de ces termes).
En revanche, on doit l'attacher à la volonté de refaire de la liturgie "la source et le sommet de la vie de l'Eglise", l'endroit où la Révélation n'est pas seulement reportée sur du papier (Ecriture ou documents magistériels) mais assimilée et vécue. Donc c'est bien un attachement à la Tradition avec un grand T, parfois enfouie sous des tonnes de "dévotions" privées.
Soit dit en passant, il y a attachement à la liturgie traditionnelle et attachement à la liturgie traditionnelle. On trouve des partisans affichés de la "bonne vieille" (si j'ose dire) messe basse, celle où on assiste pendant 25 minutes au murmure en latin du prêtre... selon le principe que le laïc n'a rien besoin de comprendre. Autant dire qu'on est là tout à l'opposé du mouvement liturgique! Par contre, l'importance du chant grégorien, l'idée de "prier la messe" plutôt que de "prier à la messe" (expression de St Pie X), mais aussi de "chanter la messe" plutôt que de "chanter à la messe", ce qui implique entre autres l'insistance pour les textes du Propre qui sont trop souvent remplacés par des hymnes quelconques dans les messes "modernes"...
Au contraire, si la réforme liturgique a été lancée par le Mouvement liturgique, on doit hélas constater que le résultat est bien souvent à l'opposé de ce que recherchait ce mouvement. Cf la remarque amère du Père Bouyer, "avant Vatican II la liturgie romaine était un cadavre embaumé, maintenant c'est un cadavre en décomposition" (je cite de mémoire).
Bref, il ne faut pas se contenter des étiquettes qui ne permettent pas de distinguer les différents aspects des choses...
In Xto,
archi.
Il faut rappeler que le terme "intégriste", sans la connotation péjorative qu'il a prise, correspond à une tendance théologique et ecclésiale qui s'est formée en opposition à la crise moderniste, celle du Syllabus de Pie IX (on parle aussi de "catholicisme intégral"). On peut y associer la théologie qui avait cours avant le Concile, principalement thomiste, et plus généralement scolastique, et une vision ecclésiologique ultramontaine.
Au Concile, cette tendance a constitué ce qu'on appelait la "minorité conciliaire", dont Mgr Lefebvre était un des représentants les plus actifs.
En général, cette tendance est, historiquement parlant, proche de ce qu'on appelait autrefois le "traditionalisme", opposé à la Révolution française (j'ai du mal à trouver des infos plus précises sur le mouvement mais on y associe habituellement les noms de Bonald et de Joseph de Maistre).
Etant donné le rôle que Mgr Lefebvre a joué après le Concile, à la fois dans la contestation de celui-ci et dans une certaine vision de la liturgie, il n'est donc pas anormal, à la base, de parler d'"intégrisme" ou de "traditionalisme".
Maintenant, même si on trouve les 3 choses ensemble chez Mgr Lefebvre et une partie de ceux qui l'ont suivi, rien n'oblige à associer forcément:
- l'intégrisme en matière ecclésiologique et théologique
- le traditionalisme contre-révolutionnaire
- la "messe en latin" ou l'attachement au missel "de St Pie V".
A vrai dire, de ce que je sais de Mgr Lefebvre, et de la façon de célébrer la liturgie traditionnelle qu'il a laissé à la FSSPX (et par ricochet à ceux du mouvement "traditionaliste" actuel qui sont restés en union avec le Pape), il me semble qu'on peut tout à fait en faire un héritier du Mouvement Liturgique, largement initié par un Dom Guéranger (qui était tout ce qu'il y a de plus ultramontain), où un St Pie X (le pape de la lutte anti-moderniste) a joué un rôle essentiel... mais qui a aussi compris beaucoup de représentants proches de la pensée "conciliaire", dont notre Pape actuel est à son tour l'héritier. Mouvement Liturgique qui est aussi à l'origine de la volonté de réforme liturgique, de l'introduction du vernaculaire, de la notion de participation active...
Il serait donc simpliste de mettre systématiquement l'attachement à la liturgie traditionnelle dans le panier "intégriste" ou même "traditionaliste" (au sens originel de ces termes).
En revanche, on doit l'attacher à la volonté de refaire de la liturgie "la source et le sommet de la vie de l'Eglise", l'endroit où la Révélation n'est pas seulement reportée sur du papier (Ecriture ou documents magistériels) mais assimilée et [u]vécue[/u]. Donc c'est bien un attachement à la Tradition avec un grand T, parfois enfouie sous des tonnes de "dévotions" privées.
Soit dit en passant, il y a attachement à la liturgie traditionnelle et attachement à la liturgie traditionnelle. On trouve des partisans affichés de la "bonne vieille" (si j'ose dire) messe basse, celle où on assiste pendant 25 minutes au murmure en latin du prêtre... selon le principe que le laïc n'a rien besoin de comprendre. Autant dire qu'on est là tout à l'opposé du mouvement liturgique! Par contre, l'importance du chant grégorien, l'idée de "prier la messe" plutôt que de "prier à la messe" (expression de St Pie X), mais aussi de "chanter la messe" plutôt que de "chanter à la messe", ce qui implique entre autres l'insistance pour les textes du Propre qui sont trop souvent remplacés par des hymnes quelconques dans les messes "modernes"...
Au contraire, si la réforme liturgique a été lancée par le Mouvement liturgique, on doit hélas constater que le résultat est bien souvent à l'opposé de ce que recherchait ce mouvement. Cf la remarque amère du Père Bouyer, "avant Vatican II la liturgie romaine était un cadavre embaumé, maintenant c'est un cadavre en décomposition" (je cite de mémoire).
Bref, il ne faut pas se contenter des étiquettes qui ne permettent pas de distinguer les différents aspects des choses...
In Xto,
archi.