par Cgs » lun. 22 août 2011, 8:40
Bonjour gerardh,
gerardh a écrit :
Dans mes précédents envois (dont un désapprouvé), j’avais indiqué que pendant longtemps l’Eglise Catholique avait interdit aux fidèles de diffuser, posséder, ou lire l’Ancien et le Nouveau Testaments dans les langues vernaculaires, c'est-à-dire dans des langages qu’ils auraient été susceptibles de comprendre, cela sous peine de diverses sanctions. Pour moi ces messages sont circonstanciels, et je n’aurais pas particulièrement cherché à insister dessus, préférant plutôt présenter des choses positives. Mais vous m’avez adjuré plusieurs fois de vous fournir des sources précises à l’appui de ces messages. Malgré la difficulté de la chose pour moi, qui ne suis ni historien, ni documentaliste, j’ai procédé, dans la mesure de mes moyens à la recherche ci-après de sources. Je vous la soumets.
http://www.regard.eu.org/Sectes/TXT.com ... nique.html (source protestante).
Un auteur (protestant) a aussi traité plusieurs de ces sujets : White, La grande controverse, Notes annexes à l'édition allemande, Advent, p. 708
Concile de Toulouse (1229) : je n’ai pas su trouver les actes de ce concile, à part ses canons finaux, c'est-à-dire les règles qu’il édicte. Ainsi :
Canon 14. Que les laïcs n'aient pas de livres de l'Écriture, sauf le psautier et l'office divin, et que ces livres ne soient pas en langue vulgaire : nous interdisons qu'il soit permis aux laïcs de posséder les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, sauf à qui veut avoir par dévotion le psautier, ou le bréviaire des offices divins, ou les heures de Sainte-Marie. Mais nous interdisons absolument qu'ils aient ces livres traduits en langue vulgaire.
Consulter également : Éd. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, Venise, 1779, 23, col.193-204 ; trad. M. Zerner (Université de Nice).
Vous lisez ces sources sans le contexte historique qui va avec. Comme vous l'a précisé AnneT, l'époque est marquée par de nombreuses hérésies qui menacent les fondements mêmes de la société. Dès lors, il convient que le fidèle ne tombe pas dans ces hérésies. A l'époque, la notion d'imprimatur n'existant pas encore, il convenait de bien contrôler la diffusion de l'Ecriture sacrée pour éviter le n'importe quoi (rappelez-vous que l'imprimerie ne sera inventée que deux siècles plus tard, et qu'au XIIIème siècle, tous les livres étaient recopiés à la main ; imaginez donc la confusion dans une époque qui voit fleurir des sectes et des hérésies dangereuses...). Notez que l'interdiction ne porte pas sur l'Ecriture elle-même (puisque le psautier et l'office divin convient des parties de l'Ecriture), mais sur l'accès aux livres de la Bible qui pouvait se révéler frelaté...
gerardh a écrit :
Concile de Tarragone (1234) : je n’ai pas su trouver les actes de ce concile.
Concile de Constance (1415), notamment à propos de la Bible publiée en anglais par le très érudit prêtre catholique Wycliffe : je n’ai pas su trouver les actes de ce concile
Au concile de Constance (1415), l'archevêque de Cantorbéry Arundel fut contraint de condamner publiquement, à titre posthume, l'influent érudit et prêtre Wycliffe. Voici les termes qu'il employa : "Ce fripon vénéneux, propagateur d'une hérésie damnable, qui a introduit une nouvelle traduction de l'Écriture sainte dans sa langue maternelle ». Source : White, La grande controverse, Notes annexes à l'édition allemande, Advent, p. 708
Manuel de l'histoire de l'Église, par le théologien catholique Jedin, au sujet de Wycliffe. Consulter : Jedin: Kirchengeschichte, Herder, vol. III/2, p. 542
Idem, vous ne citez pas le contexte. Par ailleurs, un archevêque, ce n'est pas toute l'Eglise. Condamner l'Eglise sur des bases aussi particulières, par une spécieuse accumulation de pseudo-preuves anachroniques, n'est pas honnête.
Encyclique “Qui pluribus” (1846) du Pape Pie IX, dont voici un extrait :
- [+] Texte masqué
- Mais Vous connaissez encore aussi bien, Vénérables Frères, les autres monstruosités de fraudes et d'erreurs par lesquelles les enfants de ce siècle s'efforcent chaque jour de combattre avec acharnement la religion catholique et la divine autorité de l'Eglise, ses lois non moins vénérables ; comment ils voudraient fouler également aux pieds les droits de la puissance sacrée et de l'autorité civile. C'est à ce but que tendent ces criminels complots, contre cette Eglise romaine, siège du bienheureux Pierre, et dans laquelle Jésus-Christ a placé l'indestructible fondement de toute son Eglise. Là tendent toutes ces sociétés secrètes sorties du fond des ténèbres pour ne faire régner partout, dans l'ordre sacré et profane, que les ravages et la mort ; sociétés clandestines si souvent foudroyées par l'anathème des Pontifes romains nos prédécesseurs dans leurs Lettres apostoliques, lesquelles Nous voulons en ce moment même confirmer et très exactement recommander à l'observation par la plénitude de Notre puissance apostolique.
C'est encore le but que se proposent ces perfides sociétés bibliques, lesquelles, renouvelant les artifices odieux des anciens hérétiques, ne cessent de produire contre les règles si sages de l'Eglise, et de répandre parmi les fidèles les moins instruits les livres des saintes écritures traduits en toute espèce de langues vulgaires, et souvent expliquées dans un sens pervers, consacrant à la distribution de ces milliers d'exemplaires des sommes incalculables, les répandant partout gratuitement, afin qu'après avoir rejeté la tradition, la doctrine des Pères et l'autorité de l'Eglise catholique, chacun interprète les oracles divins selon son jugement propre et particulier, e tombe ainsi dans l'abîme des plus effroyables erreurs. Animé d'une juste émulation du zèle et des saints exemples de ses prédécesseurs, Grégoire XVI, de sainte mémoire, et dont Nous avons été constitué le successeur, malgré l'infériorité de Notre mérite, a condamné par ses Lettres apostoliques les mêmes sociétés secrètes que Nous entendons aussi déclarer condamnées et flétries par Nous.
Et vous en déduisez que l'Eglise refuse l'étude biblique au sens général ? Cette déduction est fausse. Vous citez toujours le cas de la prévention de l'hérésie dans un contexte particulier où l'authenticité de l'enseignement de l'Eglise et la diffusion de l'Evangile sont menacées. Cela ne signifie absolument pas que l'Eglise interdit l'étude de la Bible. Pour preuve : l'exégèse existe depuis fort longtemps dans l'Histoire de l'Eglise (certes, elle fut surtout l'apanage des clercs [et pour cause!], mais, comme expliqué plus haut, c'était dans un but préventif).
Encyclique "Quanta Cura", de 1864 du même Pape,à laquelle était annexée une liste de huit hérésies (le Syllabus : Syllabus complectens præciuos nostræ ætatis errores...). Les qualifiant de "peste", le pape y condamnait le communisme, le socialisme, les organisations d'ecclésiastiques libéraux et - incroyable, mais vrai - les sociétés bibliques ! Voici un extrait du Syllabus :
- [+] Texte masqué
- RÉSUMÉ RENFERMANT LES PRINCIPALES ERREURS DE NOTRE TEMPS QUI SONT SIGNALÉES DANS LES ALLOCUTIONS CONSISTORIALES, ENCYCLIQUES ET AUTRES LETTRES APOSTOLIQUES DE N. T. S. P. LE PAPE PIE IX.
Indifférentisme, Latitudinarisme.
XV. Il est libre à chaque homme d'embrasser et de professer la religion qu'il aura réputée vraie d'après la lumière de la raison (8, 26).
XVI. Les hommes peuvent trouver le chemin du salut éternel et obtenir ce salut éternel dans le culte de n'importe quelle religion (1, 3, 17).
XVII. Tout au moins doit-on avoir bonne confiance dans le salut éternel de tous ceux qui ne vivent pas dans le sein de la véritable Église du Christ (13, 28).
XVIII. Le protestantisme n'est pas autre chose qu'une forme diverse de la même vraie religion chrétienne, forme dans laquelle on peut être agréable à Dieu aussi bien que dans l'Église catholique (5).
Socialisme, Communisme, Sociétés secrètes, Sociétés bibliques, Sociétés clérico-libérales.
Ces sortes de pestes sont à plusieurs reprises frappées de sentences formulées dans les termes les plus graves par l'Encyclique Qui pluribus, du 9 novembre 1846 ; par l'Allocution Quibus quantisque, du 20 avril 1849 ; par l'Encyclique Nostis et Nobiscum, du 8 décembre 1849 ; par l'Allocution Singulari quadam, du 9 décembre 1854 ; par l'Encyclique Quanto conficiamur mœrore, du 10 août 1863.
Idem. C'est le caractère secret et subversif des sociétés secrètes, qui en plus dévoient l'étude biblique, que condamne l'Eglise ; et non l'accès à l'Ecriture ou l'étude de la Bible elle-même.
gerardh a écrit :
Depuis le règne de Léon XIII (1878-1903) 'on parle enfin, dans l'Église catholique, de recherche biblique et de sociétés bibliques.
Encyclique "Providentissimus Deus" de 1893, nous constatons une certaine ouverture à la recherche biblique. Le pape Léon XIII "reconnaît sans réserve la valeur des services rendus à la science biblique par les nouvelles méthodes de recherche; il entend mettre à profit tous les moyens offerts par la science moderne pour mieux faire comprendre les livres saints. – Mais l'Écriture sainte est la Parole de Dieu, elle est donc infaillible ». source : Neuner-Roos: Der Glaube der Kirche, Pustet, p. 82
Le problème, c'est que le sens de cette dernière phrase est aussitôt explicité. L'encyclique souligne en effet: "Toute explication catholique des Écritures doit être puisée dans la richesse de la tradition ecclésiastique ». Source : Neuner-Roos: Der Glaube der Kirche, Pustet, p. 83
Ici, S.S. Léon XIII affirme que l'exégèse et la recherche biblique sont une bonne chose, mais précise immédiatement après dans quel cadre elle doit s'exercer. Donc en fait, la position de l'Eglise ne change pas par rapport au Concile de Toulouse, et tout ce que vous avez cité précédemment. Il est simplement explicité ici l'intérêt renouvelé de l'étude biblique, comme les pères de l'Eglise s'y sont adonnés plusieurs siècles auparavant.
gerardh a écrit :
Voici quelques autres extraits de cette encyclique :
- [+] Texte masqué
- Sur l'étude des textes bibliques - Léon XIII
Nous n’ignorons pas, en effet, vénérables frères, qu’un certain nombre de catholiques, hommes riches en science et en talent, se consacrent avec ardeur à défendre les Livres Saints ou à en propager davantage la connaissance et l’intelligence. Mais, en louant à bon droit leurs travaux et les résultats qu’ils obtiennent, Nous ne pouvons manquer d’exhorter à remplir cette sainte tâche et à mériter le même éloge d’autres hommes dont le talent, la science et la piété promettent, dans cette œuvre, de magnifiques succès.
Nous souhaitons ardemment qu’un plus grand nombre de fidèles entreprennent, comme il convient, la défense des Saintes Lettres et s’y attachent avec constance ; Nous désirons surtout que ceux qui ont été appelés par la grâce de Dieu dans les ordres sacrés mettent de jour en jour un plus grand soin et un plus grand zèle à lire, à méditer et à expliquer
Aussi, l’on ne saurait nier que les Livres Saints sont enveloppés d’une certaine obscurité religieuse, de sorte que nul n’en doit aborder l’étude sans guide.
Aussi, l’on ne saurait nier que les Livres Là où Dieu a mis ses dons, là doit être cherchée la vérité. Les hommes en qui réside la succession des apôtres expliquent les Écritures sans aucun danger d’erreur, saint Irénée nous l’a déjà enseigné. C’est sa doctrine et celle des autres Pères qu’a adoptée le Concile du Vatican, quand, renouvelant un décret du Concile de Trente sur l’interprétation de la parole divine écrite, il a décidé que, « dans les choses de la foi et des mœurs, tendant à la fixation de la doctrine chrétienne, on doit regarder comme le sens exact de la Sainte Écriture, celui qu’a regardé et que regarde comme tel notre sainte Mère l’Église, à qui il appartient de juger du sens et de l’interprétation des Livres sacrés. Il n’est donc permis à personne d’expliquer l’Écriture d’une façon contraire à cette signification ou encore au consentement unanime des Pères Saints sont enveloppés d’une certaine obscurité religieuse, de sorte que nul n’en doit aborder l’étude sans guide
Le 30 octobre 1902, le pape Léon XIII mit en place une commission biblique "Pour la promotion des sciences bibliques et pour le règlement des questions en suspens ». source : Neuner-Roos: Der Glaube der Kirche, Pustet, p. 90
Idem. J'ai mis en gras les choses fondamentales de cet extrait, que l'on pourrait résumer par : "Nul ne doit expliquer les Ecritures sans être guidé par l'Eglise".
En résumé, gerardh, il ne faut pas lire les sources sans le contexte historique qui va avec, et avec un regard naïf qui prend une phrase et l'extrapole à son envie. Sinon, bien évidemment, on passe à côté.
Cordialement,
Bonjour gerardh,
[quote="gerardh"]
Dans mes précédents envois (dont un désapprouvé), j’avais indiqué que pendant longtemps l’Eglise Catholique avait interdit aux fidèles de diffuser, posséder, ou lire l’Ancien et le Nouveau Testaments dans les langues vernaculaires, c'est-à-dire dans des langages qu’ils auraient été susceptibles de comprendre, cela sous peine de diverses sanctions. Pour moi ces messages sont circonstanciels, et je n’aurais pas particulièrement cherché à insister dessus, préférant plutôt présenter des choses positives. Mais vous m’avez adjuré plusieurs fois de vous fournir des sources précises à l’appui de ces messages. Malgré la difficulté de la chose pour moi, qui ne suis ni historien, ni documentaliste, j’ai procédé, dans la mesure de mes moyens à la recherche ci-après de sources. Je vous la soumets.
http://www.regard.eu.org/Sectes/TXT.complet.sectes2/Droit.cannonique.html (source protestante).
Un auteur (protestant) a aussi traité plusieurs de ces sujets : White, La grande controverse, Notes annexes à l'édition allemande, Advent, p. 708
[u]Concile de Toulouse (1229)[/u] : je n’ai pas su trouver les actes de ce concile, à part ses canons finaux, c'est-à-dire les règles qu’il édicte. Ainsi :
Canon 14. Que les laïcs n'aient pas de livres de l'Écriture, sauf le psautier et l'office divin, et que ces livres ne soient pas en langue vulgaire : nous interdisons qu'il soit permis aux laïcs de posséder les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, sauf à qui veut avoir par dévotion le psautier, ou le bréviaire des offices divins, ou les heures de Sainte-Marie. Mais nous interdisons absolument qu'ils aient ces livres traduits en langue vulgaire.
Consulter également : Éd. Mansi, Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, Venise, 1779, 23, col.193-204 ; trad. M. Zerner (Université de Nice).
[/quote]
Vous lisez ces sources sans le contexte historique qui va avec. Comme vous l'a précisé AnneT, l'époque est marquée par de nombreuses hérésies qui menacent les fondements mêmes de la société. Dès lors, il convient que le fidèle ne tombe pas dans ces hérésies. A l'époque, la notion d'imprimatur n'existant pas encore, il convenait de bien contrôler la diffusion de l'Ecriture sacrée pour éviter le n'importe quoi (rappelez-vous que l'imprimerie ne sera inventée que deux siècles plus tard, et qu'au XIIIème siècle, tous les livres étaient recopiés à la main ; imaginez donc la confusion dans une époque qui voit fleurir des sectes et des hérésies dangereuses...). Notez que l'interdiction ne porte pas sur l'Ecriture elle-même (puisque le psautier et l'office divin convient des parties de l'Ecriture), mais sur l'accès aux livres de la Bible qui pouvait se révéler frelaté...
[quote="gerardh"]
[u]Concile de Tarragone (1234)[/u] : je n’ai pas su trouver les actes de ce concile.
[u]Concile de Constance (1415), [/u]notamment à propos de la Bible publiée en anglais par le très érudit prêtre catholique Wycliffe : je n’ai pas su trouver les actes de ce concile
Au concile de Constance (1415), l'archevêque de Cantorbéry Arundel fut contraint de condamner publiquement, à titre posthume, l'influent érudit et prêtre Wycliffe. Voici les termes qu'il employa : "Ce fripon vénéneux, propagateur d'une hérésie damnable, qui a introduit une nouvelle traduction de l'Écriture sainte dans sa langue maternelle ». Source : White, La grande controverse, Notes annexes à l'édition allemande, Advent, p. 708
[u]Manuel de l'histoire de l'Église[/u], par le théologien catholique Jedin, au sujet de Wycliffe. Consulter : Jedin: Kirchengeschichte, Herder, vol. III/2, p. 542
[/quote]
Idem, vous ne citez pas le contexte. Par ailleurs, un archevêque, ce n'est pas toute l'Eglise. Condamner l'Eglise sur des bases aussi particulières, par une spécieuse accumulation de pseudo-preuves anachroniques, n'est pas honnête.
[quote]
[u]Encyclique “Qui pluribus”[/u] (1846) du Pape Pie IX, dont voici un extrait :
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[spoiler]Mais Vous connaissez encore aussi bien, Vénérables Frères, les autres monstruosités de fraudes et d'erreurs par lesquelles les enfants de ce siècle s'efforcent chaque jour de combattre avec acharnement la religion catholique et la divine autorité de l'Eglise, ses lois non moins vénérables ; comment ils voudraient fouler également aux pieds les droits de la puissance sacrée et de l'autorité civile. C'est à ce but que tendent ces criminels complots, contre cette Eglise romaine, siège du bienheureux Pierre, et dans laquelle Jésus-Christ a placé l'indestructible fondement de toute son Eglise. Là tendent toutes ces sociétés secrètes sorties du fond des ténèbres pour ne faire régner partout, dans l'ordre sacré et profane, que les ravages et la mort ; sociétés clandestines si souvent foudroyées par l'anathème des Pontifes romains nos prédécesseurs dans leurs Lettres apostoliques, lesquelles Nous voulons en ce moment même confirmer et très exactement recommander à l'observation par la plénitude de Notre puissance apostolique.
C'est encore le but que se proposent ces perfides sociétés bibliques, lesquelles, renouvelant les artifices odieux des anciens hérétiques, ne cessent de produire contre les règles si sages de l'Eglise, et de répandre parmi les fidèles les moins instruits les livres des saintes écritures traduits en toute espèce de langues vulgaires, et souvent expliquées dans un sens pervers, consacrant à la distribution de ces milliers d'exemplaires des sommes incalculables, les répandant partout gratuitement, afin qu'après avoir rejeté la tradition, la doctrine des Pères et l'autorité de l'Eglise catholique, chacun interprète les oracles divins selon son jugement propre et particulier, e tombe ainsi dans l'abîme des plus effroyables erreurs. Animé d'une juste émulation du zèle et des saints exemples de ses prédécesseurs, Grégoire XVI, de sainte mémoire, et dont Nous avons été constitué le successeur, malgré l'infériorité de Notre mérite, a condamné par ses Lettres apostoliques les mêmes sociétés secrètes que Nous entendons aussi déclarer condamnées et flétries par Nous.[/spoiler]
Et vous en déduisez que l'Eglise refuse l'étude biblique au sens général ? Cette déduction est fausse. Vous citez toujours le cas de la prévention de l'hérésie dans un contexte particulier où l'authenticité de l'enseignement de l'Eglise et la diffusion de l'Evangile sont menacées. Cela ne signifie absolument pas que l'Eglise interdit l'étude de la Bible. Pour preuve : l'exégèse existe depuis fort longtemps dans l'Histoire de l'Eglise (certes, elle fut surtout l'apanage des clercs [et pour cause!], mais, comme expliqué plus haut, c'était dans un but préventif).
[quote]
[u]Encyclique "Quanta Cura", [/u]de 1864 du même Pape,à laquelle était annexée une liste de huit hérésies ([u]le Syllabus [/u]: Syllabus complectens præciuos nostræ ætatis errores...). Les qualifiant de "peste", le pape y condamnait le communisme, le socialisme, les organisations d'ecclésiastiques libéraux et - incroyable, mais vrai - les sociétés bibliques ! Voici un extrait du Syllabus :
[/quote]
[spoiler]RÉSUMÉ RENFERMANT LES PRINCIPALES ERREURS DE NOTRE TEMPS QUI SONT SIGNALÉES DANS LES ALLOCUTIONS CONSISTORIALES, ENCYCLIQUES ET AUTRES LETTRES APOSTOLIQUES DE N. T. S. P. LE PAPE PIE IX.
Indifférentisme, Latitudinarisme.
XV. Il est libre à chaque homme d'embrasser et de professer la religion qu'il aura réputée vraie d'après la lumière de la raison (8, 26).
XVI. Les hommes peuvent trouver le chemin du salut éternel et obtenir ce salut éternel dans le culte de n'importe quelle religion (1, 3, 17).
XVII. Tout au moins doit-on avoir bonne confiance dans le salut éternel de tous ceux qui ne vivent pas dans le sein de la véritable Église du Christ (13, 28).
XVIII. Le protestantisme n'est pas autre chose qu'une forme diverse de la même vraie religion chrétienne, forme dans laquelle on peut être agréable à Dieu aussi bien que dans l'Église catholique (5).
Socialisme, Communisme, Sociétés secrètes, Sociétés bibliques, Sociétés clérico-libérales.
Ces sortes de pestes sont à plusieurs reprises frappées de sentences formulées dans les termes les plus graves par l'Encyclique Qui pluribus, du 9 novembre 1846 ; par l'Allocution Quibus quantisque, du 20 avril 1849 ; par l'Encyclique Nostis et Nobiscum, du 8 décembre 1849 ; par l'Allocution Singulari quadam, du 9 décembre 1854 ; par l'Encyclique Quanto conficiamur mœrore, du 10 août 1863.[/spoiler]
Idem. C'est le caractère secret et subversif des sociétés secrètes, qui en plus dévoient l'étude biblique, que condamne l'Eglise ; et non l'accès à l'Ecriture ou l'étude de la Bible elle-même.
[quote="gerardh"]
Depuis le règne de Léon XIII (1878-1903) 'on parle enfin, dans l'Église catholique, de recherche biblique et de sociétés bibliques.
[u]Encyclique "Providentissimus Deus"[/u] de 1893, nous constatons une certaine ouverture à la recherche biblique. Le pape Léon XIII "reconnaît sans réserve la valeur des services rendus à la science biblique par les nouvelles méthodes de recherche; il entend mettre à profit tous les moyens offerts par la science moderne pour mieux faire comprendre les livres saints. – Mais l'Écriture sainte est la Parole de Dieu, elle est donc infaillible ». source : Neuner-Roos: Der Glaube der Kirche, Pustet, p. 82
Le problème, c'est que le sens de cette dernière phrase est aussitôt explicité. L'encyclique souligne en effet: "Toute explication catholique des Écritures doit être puisée dans la richesse de la tradition ecclésiastique ». Source : Neuner-Roos: Der Glaube der Kirche, Pustet, p. 83
[/quote]
Ici, S.S. Léon XIII affirme que l'exégèse et la recherche biblique sont une bonne chose, mais précise immédiatement après dans quel cadre elle doit s'exercer. Donc en fait, la position de l'Eglise ne change pas par rapport au Concile de Toulouse, et tout ce que vous avez cité précédemment. Il est simplement explicité ici l'intérêt renouvelé de l'étude biblique, comme les pères de l'Eglise s'y sont adonnés plusieurs siècles auparavant.
[quote="gerardh"]
Voici quelques autres extraits de cette encyclique :
[spoiler]Sur l'étude des textes bibliques - Léon XIII
Nous n’ignorons pas, en effet, vénérables frères, qu’un certain nombre de catholiques, hommes riches en science et en talent, se consacrent avec ardeur à défendre les Livres Saints ou à en propager davantage la connaissance et l’intelligence. Mais, en louant à bon droit leurs travaux et les résultats qu’ils obtiennent, Nous ne pouvons manquer d’exhorter à remplir cette sainte tâche et à mériter le même éloge d’autres hommes dont le talent, la science et la piété promettent, dans cette œuvre, de magnifiques succès.
Nous souhaitons ardemment qu’un plus grand nombre de fidèles entreprennent, comme il convient, la défense des Saintes Lettres et s’y attachent avec constance ; Nous désirons surtout que ceux qui ont été appelés par la grâce de Dieu dans les ordres sacrés mettent de jour en jour un plus grand soin et un plus grand zèle à lire, à méditer et à expliquer
[b] Aussi, l’on ne saurait nier que les Livres Saints sont enveloppés d’une certaine obscurité religieuse, de sorte que nul n’en doit aborder l’étude sans guide.[/b]
Aussi, l’on ne saurait nier que les Livres Là où Dieu a mis ses dons, là doit être cherchée la vérité. [b]Les hommes en qui réside la succession des apôtres expliquent les Écritures sans aucun danger d’erreur, saint Irénée nous l’a déjà enseigné.[/b] C’est sa doctrine et celle des autres Pères qu’a adoptée le Concile du Vatican, quand, renouvelant un décret du Concile de Trente sur l’interprétation de la parole divine écrite, il a décidé que, « dans les choses de la foi et des mœurs, tendant à la fixation de la doctrine chrétienne, on doit regarder comme le sens exact de la Sainte Écriture, celui qu’a regardé et que regarde comme tel notre sainte Mère l’Église, à qui il appartient de juger du sens et de l’interprétation des Livres sacrés. Il n’est donc permis à personne d’expliquer l’Écriture d’une façon contraire à cette signification ou encore au consentement unanime des Pères Saints sont enveloppés d’une certaine obscurité religieuse, de sorte que nul n’en doit aborder l’étude sans guide[/spoiler]
Le 30 octobre 1902, le pape Léon XIII mit en place une commission biblique "Pour la promotion des sciences bibliques et pour le règlement des questions en suspens ». source : Neuner-Roos: Der Glaube der Kirche, Pustet, p. 90
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Idem. J'ai mis en gras les choses fondamentales de cet extrait, que l'on pourrait résumer par : "Nul ne doit expliquer les Ecritures sans être guidé par l'Eglise".
En résumé, gerardh, il ne faut pas lire les sources sans le contexte historique qui va avec, et avec un regard naïf qui prend une phrase et l'extrapole à son envie. Sinon, bien évidemment, on passe à côté.
Cordialement,