Y a-t-il des guerres justes ?

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par Jol » dim. 29 avr. 2007, 17:56

le sujet est vieu mais interressant, je ne comprend pas pourquoi tant tergiverser sur le sujet, surtout pour des chrétiens, d'un côté la guerre est interdite, de l'autre toléré etc...
c'est pourtant simple non : Tu ne tueras point.

Je vous l'accorde, catholique comme autres religion l'on bien souvent oublié.(croisades, nuit des longs couteaux...)
Que fait on de ces commandements alors? A quoi servent tout ce que l'église, et le christ aurait dit, si on s'en arrange lorsque ça dérange?
C'est celà que j'ai du mal a comprendre en fait, cette hypocrisie envers la religion, pas caché non car c'est trop voyant, mais ignoré tout simplement.
on fait comme si...

PS : C'est un silence édifiant, merci de confirmer mes propos! :)

par Renaud » mer. 28 juin 2006, 12:34

Ave Maria

Bonjour à tous,

Je n'ai pad trop le temps de m'étendre sur ce sujet. Simplement je signal un auteur d'une très grande importance, c'est même l'un des auteurs français le plus interessants et "vrai" sur ce sujet, il s'agit de
Julien FREUND (1921-1993). J'ai lu de lui: L'Essence du Politique (éd. Sirey 1965 et rééditions) et Sociologie du conflit (éd. PUF 1983). En tapant sur Google: Julien Freund vous aurez des indications et toute sa bibliographie.
J'ai aussi assité à une ou deux conférences de lui. Il était et reste une référence en la matière.
Renaud

par elanor » mar. 27 juin 2006, 11:37

la guerre est licite si c'est la dernière solution pour défendre la vie d'un peuple et qu'il n'y a pas d'autre solution.c'est la légitime défense.mais bien sûr qu'il y a toujours eu des déviations.

par Mespheber » lun. 19 juin 2006, 14:16

[Petite parenthèse sur la loi du talion et les malentendus qui existent couramment sur celui-ci:

Énoncé brut de décoffrage, le fameux "oeil pour oeil, dent pour dent" est assez brutal et invite à une vengeance sans fin. Comme disait Gandhi: "Oeil pour oeil finira par rendre le monde aveugle". ;-)

Or, l'application de cette loi était soumise à un tribunal. Ainsi, vous trouverez dans le livre des Juges une partie des évaluations selon le délit commis et sa rétribution: si, par exemple quelqu'un crevait l'oeil d'un animal, il devait payer une somme déterminée par la loi. On n'allait pas abîmer une deuxième bête qui n'y est pour rien, n'est-ce pas? En ce qui concerne les humains, il en allait de même. La rétribution pouvait aller d'une rémunération à des blâmes parfois sévères... Dans ce sens, Jésus rappelait que toutes ces lois ne sont rien si au-delà de la rétribution, le pardon n'est pas accordé dans son coeur, d'où le "aimez vos ennemis". C'est du moins comme ça que nous pouvons le essentir d'un point de vue judaïque. ;-) ]

par Exupère » lun. 19 juin 2006, 12:57

Mespheber a écrit : Rien ne m'abuse, je me réfère simplement à Freud pour qui l'enfant est un pervers polymorphe. Toutes les règles qui régissent notre vie sont des principes acquis et la morale n'a rien d'inné.
L'éducation consiste non pas à obéir littéralement aux règles que l'on ne comprend plus, bêtement, tels des pharisiens, mais à comprendre ce qui fait la nécessité de règles, et surtout les fondations transcendantes sur lesquelles on les établit. Ce qui permet aux hommes civilisés de les faire évoluer sans passer par la case chaotique qui est toujours si dramatique pour l'humanité.
Mespheber a écrit : Je ne nie pas la nécessité des règles, je me méfie surtout de tout discours unique.
Vous refusez surtout de nous dire sur quel ordre sont bâties ces règles. D'où sortent donc ces règles qui nous sont si nécessaires?
Mespheber a écrit : Vous parlez de L'ordre moral; Or, il s'agit d'un ordre moral.
En effet, il y en a autant qu'il y a de formes du sacré - ou de religions si vous préférez.
Mespheber a écrit : Tout peuple est libre de choisir le sien.
Oui, mais il lui en faut obligatoirement un. Beaucoup de "peuples" de nos jours n'en ont plus aucun, et ils sont malheureux.
Mespheber a écrit : Non, c'est éventuellement historique mais ce n'est pas une loi immuable.
Malheureusement si: ça s'appelle la crise sacrificielle. Elle débouche toujours sur la fondation d'un ordre nouveau, basée sur un nouveau mythe.
Mespheber a écrit : La venue de Jésus correspond à une évolution du judaïsme. La mise à mal d'une culture peut autant signifier sa décadence que sa régénération.
L'exemple que vous prenez est bien entendu caduque, puisque certains Juifs ont réfusé la varité du Messie et ont préféré perpétuer sans la révolutionner la culture judaïque. La culture judaïque actuelle correspond bien en effet à une évolution, toujours vivante, de celle contemporaine du Christ. Les tabous, le sacré, y sont globalement les mêmes.
Mespheber a écrit : Disons que je suis allergique à toute forme d'académisme, c'est l'artiste qui a parlé avant tout. ;-)
Nous sommes bien loin des débats académiques ici.
Mespheber a écrit : L'expression de fantasmes à-travers les mythes fait aussi partie de la culture et leur censure peut autant être préjudiciable.
Vous n'y êtes pas tout à fait: il se troive que toute culture est fondée sur un "mythe".
Mespheber a écrit : C'est la conception apollinienne de la spiritualité tel que l'a évoqué Nietzche dans Le Théâtre Grec. À celle-ci, s'oppose ou s'ajoute la transe dyonysiaque qui passe par la régénération de l'être par la dissolution de la conscience dans une transe collective. C'est une autre forme de spiritualité, qu'on retrouve dans l'esprit chez les derviches, certaines communautés américaines, dans l'animisme ou tout simplement dans son héritier profane: le Carnaval. Je ne me permettrai paspersonnellement de juger la valeur de l'une au profit de l'autre.
Nietsche a vu parfaitement juste mais n'est pas allé au bout du raisonnement. Tout ordre culturel, fondé sur un mythe, est voué un jour à se dé-contruire, à abolir les différences culturelles, à mettre à nu les mécanismes sacrificiels qui le maintiennent (Tragédie Grecque) pour aller vers une crise sacrificielle. Typiquement dynosiaque, à savoir abolissant les différences pour plonger dans une violence réciproque terrifiante, laquelle ne cessera que par un déchaînement unanime de cette violence sur un bouc-émissaire. Cette "régénération" fondera un nouvel ordre culturel à partir du mythe fondateur - le meurtre collectif du bouc-émissaire. L'ordre est mythique mais le meurtre, lui, fut bien réel.

Oui, le Carnaval est un lointain dérive d'un rite qui, comme tous les rites, visait à reproduire cette crise sacrificielle pour mieux la soigner par la religion et le strict respect de l'ordre culturel qui s'ensuivait.

Vu froidement on pourrait dire que l'Occident a un mythe fondateur: la mort du Christ. Que de cette mort à découlé un ordre culturel spectaculaire et parfaitement singulier dans l'Histoire de l'humanité. Que depuis 3 siècles au moins a été entrepris l'entreprise de démysthification de l'Occident et qu'aujourd'hui - en Europe en particulier - l'oeuvre démysthificatrice est achevée. Mais c'est avec horreur que les principaux artisans de cette oeuvre sacrilège (au sens premier) - philosophes des "Lumières", humanistes athées, marxistes, psychanalystes - constatent à la suite d'un Jacques Derrida ou d'un René Girard que maintenant que ce mythe est abattu, tout s'écroule. L'idée même de culture est en train de mourir, la violence terrible entre les hommes repointe le bout de son nez et le chaos, par l'impossibilité même dans laquelle nous nous trouvons de juger, est devant nous.

Un certain nombre de personnes, même en Europe décadente, même dans la république française, honte pour l'Humanité, pensent pourtant que ce "mythe fondateur de l'Occident" n'est pas un mythe, cette fois. Nous pensons que c'est la Vérité et une analyse poussée de l'Histoire de ces mythes tend à confirmer cette certitude. Nous sommes les Chrétiens.

En Christ,
Ex

par Mespheber » lun. 19 juin 2006, 12:30

Exupère a écrit :La morale résulte d'un ensemble de règles? Curieux qu'un humain puisse penser cela car c'est en fait exactement l'inverse: les règles résultent d'une morale. Ne vous laissez pas abuser par cette époque chaotique.
Rien ne m'abuse, je me réfère simplement à Freud pour qui l'enfant est un pervers polymorphe. Toutes les règles qui régissent notre vie sont des principes acquis et la morale n'a rien d'inné.
Exupère a écrit :Il faut bien pourtant les mêmes règles (lois) pour tous si l'on veut pouvoir vivre ensemble. Vous tournez donc en rond.
Je ne nie pas la nécessité des règles, je me méfie surtout de tout discours unique. Vous parlez de L'ordre moral; Or, il s'agit d'un ordre moral. Tout peuple est libre de choisir le sien.
Exupère a écrit : :) vous êtes comique... ça n'est pas "jamais", c'est "toujours". Toute culture impose un ordre, et lorsque cet ordre est mis à mal cette culture entre en décadence. C'est mathématique.
Non, c'est éventuellement historique mais ce n'est pas une loi immuable. La venue de Jésus correspond à une évolution du judaïsme. La mise à mal d'une culture peut autant signifier sa décadence que sa régénération.
Exupère a écrit :Mais elle repose sur certains tabous et les transgresser est interdit sous peine de détruire cette culture - pour en fonder une nouvelle, bien entendu.
Disons que je suis allergique à toute forme d'académisme, c'est l'artiste qui a parlé avant tout. ;-) L'expression de fantasmes à-travers les mythes fait aussi partie de la culture et leur censure peut autant être préjudiciable.
Exupère a écrit :Mais tout dans notre être tend vers l'ordre, vers le mieux. L'être humain n'est pas fait pour vivre chaotiquement, soumis aux seules forces naturelles. On peut tout à fait accepter le fait que le chaos sur cette terre a une fonction régénératrice tout en réalisant que le principe de l'humanité est de chercher à échapper à ce chaos. Le seul moyen d'y arriver étant une forme ou une autre de transcendance.
C'est la conception apollinienne de la spiritualité tel que l'a évoqué Nietzche dans Le Théâtre Grec. À celle-ci, s'oppose ou s'ajoute la transe dyonysiaque qui passe par la régénération de l'être par la dissolution de la conscience dans une transe collective. C'est une autre forme de spiritualité, qu'on retrouve dans l'esprit chez les derviches, certaines communautés américaines, dans l'animisme ou tout simplement dans son héritier profane: le Carnaval. Je ne me permettrai paspersonnellement de juger la valeur de l'une au profit de l'autre.

Et nous sommes vachement loin du débat initial. :lol:

par Exupère » lun. 19 juin 2006, 12:06

Mespheber a écrit : Houlà! C'est interpréter bien librement mes propos! Je ne fais que rapporter l'origine étymologique d'un concept. :lol:
C'est le smilie qui m'a mis sur la voie.
Mespheber a écrit : Ensuite, "ordre moral" me semble un pléonasme puisque la morale résulte nécessairement d'un ensemble de règles.
La morale résulte d'un ensemble de règles? Curieux qu'un humain puisse penser cela car c'est en fait exactement l'inverse: les règles résultent d'une morale. Ne vous laissez pas abuser par cette époque chaotique.
Mespheber a écrit : C'est un peu faire du beurre avec du beurre, quoi. Il faut une morale, l'être humain est un être moral, mais de là à vouloir la même morale pour tous, il y a un monde.
Il faut bien pourtant les mêmes règles (lois) pour tous si l'on veut pouvoir vivre ensemble. Vous tournez donc en rond.
Mespheber a écrit : Ordre culturel? Jamais!
:) vous êtes comique... ça n'est pas "jamais", c'est "toujours". Toute culture impose un ordre, et lorsque cet ordre est mis à mal cette culture entre en décadence. C'est mathématique.
Mespheber a écrit : La culture est vivante, elle évolue et doit rester libre de choisir les formes d'expressions que l'on lui prête.
Mais elle repose sur certains tabous et les transgresser est interdit sous peine de détruire cette culture - pour en fonder une nouvelle, bien entendu.
Mespheber a écrit : Sur l'opposition de la loi et du chaos, je vous renvoie aux principes de Maïmonide qui ne voit pas le vivant comme une évolution du Chaos primordial vers un Ordre universel, proposant les manifestations du Chaos comme un phénomène régressif, mais comme deux forces en tension permanente et dont l'équilibre relatif est manifeste pour exister. Le chaos est une source fondamentale de la création, de même que la terre l'est pour les plantes.
Mais tout dans notre être tend vers l'ordre, vers le mieux. L'être humain n'est pas fait pour vivre chaotiquement, soumis aux seules forces naturelles. On peut tout à fait accepter le fait que le chaos sur cette terre a une fonction régénératrice tout en réalisant que le principe de l'humanité est de chercher à échapper à ce chaos. Le seul moyen d'y arriver étant une forme ou une autre de transcendance.

Ex

par Mespheber » lun. 19 juin 2006, 11:05

Exupère a écrit :Content de lire que vous êtes opposé au chaos, et donc favorable à un ordre culturel et moral. Dont acte.

Ex
Houlà! C'est interpréter bien librement mes propos! Je ne fais que rapporter l'origine étymologique d'un concept. :lol:

Ensuite, "ordre moral" me semble un pléonasme puisque la morale résulte nécessairement d'un ensemble de règles. C'est un peu faire du beurre avec du beurre, quoi. Il faut une morale, l'être humain est un être moral, mais de là à vouloir la même morale pour tous, il y a un monde.

Ordre culturel? Jamais! La culture est vivante, elle évolue et doit rester libre de choisir les formes d'expressions que l'on lui prête. Sur l'opposition de la loi et du chaos, je vous renvoie aux principes de Maïmonide qui ne voit pas le vivant comme une évolution du Chaos primordial vers un Ordre universel, proposant les manifestations du Chaos comme un phénomène régressif, mais comme deux forces en tension permanente et dont l'équilibre relatif est manifeste pour exister. Le chaos est une source fondamentale de la création, de même que la terre l'est pour les plantes.

par Exupère » lun. 19 juin 2006, 10:28

Mespheber a écrit : Plus simplement, le mot "guerre" vient du germain guera qui signifie chaos. À bon entendeur, salut. :cool:
Content de lire que vous êtes opposé au chaos, et donc favorable à un ordre culturel et moral. Dont acte.

Ex

par Mespheber » dim. 18 juin 2006, 20:45

Plus simplement, le mot "guerre" vient du germain guera qui signifie chaos. À bon entendeur, salut. :cool:

par Exupère » ven. 26 août 2005, 11:38

Bonjour,

La "Guerre Sainte" du point de vue Chrétien me semble être un contre-sens, une aberration. Son royaume n'étant pas de ce monde, faire prendre partie à Dieu dans nos conflits humains est blasphématoire.

En revanche, la Morale Chrétienne doit s'interroger sur la nécéssité temporelle, humaine, d'avoir parfois recours à la violence. Soit notre religion est totalement non-violente, et alors la question morale est réglée. Soit le recours à la violence peut-être justifiable moralement, et il faut alors en discuter.

Je penche bien évidemment pour la seconde solution. Le Seigneur ne nous a pas créés pour nous soustraire aux viscicitudes et aux malheurs du monde - ça n'aurait aucune logique, cela sous-entendrait qu'Il ne serait pas Tout-Puissant. Nous sommes pêcheurs, mais avons reçu la Lumière des Prophètes et surtout du Fils pour répandre le Bien. A nous de suivre la Lumière et d'affronter les problèmes temporels de notre époque.

Cordialement
Ex

par VexillumRegis » sam. 07 mai 2005, 12:21

Extrait d'un texte de Jacques Maritain paru dans la NRF de juillet 1937 (en pleine guerre d'Espagne, donc) :

[align=justify]"C'est un sacrilège horrible de massacrer des prêtres - fussent-ils fascistes, ce sont des ministres du Christ - en haine de la religion ; et c'est un autre sacrilège, horrible aussi, de massacrer des pauvres - fussent-ils marxistes, c'est le peuple du Christ - au nom de la religion. C'est un sacrilège patent de brûler les églises et les images saintes, parfois dans une aveugle fureur, parfois, comme à Barcelone, avec une froide méthode anarchiste et dans un esprit de système enragé ; et c'est un autre sacrilège - à forme religieuse - d'affubler des soldats musulmans d'images du Sacré-Coeur pour qu'ils tuent saintement des fils de chrétiens, et de prétendre enrôler Dieu dans les passions d'une lutte où l'adversaire est regardé comme indigne de tout respect et de toute pitié. C'est un sacrilège de profaner les lieux saints et le Saint-Sacrement, de pourchasser tout ce qui est consacré à Dieu, de déshonorer et torturer des religieuses, d'exhumer des cadavres pour les livrer à la dérision, comme on l'a vu dans les jours de ténèbres qui ont immédiatement suivi le déclenchement de la guerre ; et c'est un sacrilège de fusiller, comme à Badajoz, des centaines d'homme en fêtant l'Assomption, ou d'anéantir sous des bombes d'avions, comme à Guernica, une ville entière avec ses églises et ses tabernacles, en fauchant à la mitrailleuse les pauvres gens qui fuyaient (...)"

A côté de cette culpabilité partagée, le second argument de l'auteur est plus décisif, qui, par-delà l'Espagne, considérait la notion de "guerre sainte" comme un anachronisme :

"A l'égard des formes de civilisation elles-mêmes sacrales, comme la civilisation des anciens Hébreux, ou la civilisation islamique, ou la civilisation chrétienne du Moyen-Age, la notion de guerre sainte, si difficilement explicable qu'elle soit, pouvait encore avoir un sens. [...] Mais à l'égard des formes de civilisation comme les nôtres, où le temporel est différencié du spirituel et, désormais bien autonome, n'a plus de rôle instrumental à l'égard du sacré, dans ces civilisations de type profane, la notion de guerre sainte perd toute signification. Juste ou injuste, une guerre reste dès lors nécessairement quelque chose de profane et de séculier, non de sacré ; non seulement quelque chose de profane, mais quelque chose d'ouvert au monde des ténèbres et du péché. Et si des valeurs sacrées s'y trouvent engagée, elles ne rendent pas saint ni sacré ce complexe profane ; c'est elles qui sont sécularisées par lui, entraînées dans ses finalités temporelles. La guerre n'en devient pas sainte : elle risque de faire blasphémer ce qui est saint. [...] Qu'on invoque donc, si on la croit juste, la justice de la guerre qu'on fait, qu'on n'invoque pas sa sainteté ! Qu'on tue, si on croit devoir tuer, au nom de l'ordre social ou de la nation ; c'est déjà assez horrible ; qu'on ne tue pas au nom du Christ-Roi, qui n'est pas un chef de guerre, qui est mort pour tous les hommes, et dont le royaume n'est pas de ce monde."[/align]

- VR -

par Charles » ven. 06 mai 2005, 21:33

guelfo a écrit :Il me semble que la guerre juste ne saurait être que défensive dans le sens premier de ce terme (pas de fantaisies du genre "pre-emptive war").

Par ailleurs, la conception moderne de la guerre, soit la guerre totale, qui voit l'état mobiliser toute la population et tâcher d'anéantir complètement l'ennemi, en ce compris les populations civiles, est totalement inacceptable d'un point de vue chrétien et même de droit naturel.

La béatification récente d'un des derniers empereurs d'Autriche-Hongrie (dont le nom m'échappe) qui avait tâché de mettre fin à la guerre de '14 me parait, dans ce contexte, hautement significative.

Tout cela pose d'ailleurs aussi la question intéressante des armes qui seraient par essence illégitime (on se souviendra que l'Eglise avait prohibé l'usage de l'arbalète). A mon avis, toute arme dont l'utilisation est nécessairement indiscriminée est illicite (bombes, mines, etc.)
Guelfo,

je suis d'accord avec ton message mais voudrais apporter une nuance à ce que tu dis de la guerre préventive. A mon avis, ce n'est pas nécessairement une fantaisie, bien au contraire. Par exemple quand on sait qu'on sera attaqué mais que ce n'est qu'une question de délai, délai nécessaire à l'aggresseur pour se préparer de telle sorte à acquérir la supériorité qui lui donnera la victoire, n'est-il pas prudent de l'attaquer avant qu'il ne soit devenu si fort qu'on ne puisse plus se défendre avec succès ? Il me semble que la question d'une guerre préventive contre le III°Reich avait été posée par la Pologne dans les années 30... si l'Allemagne nazie avait été défaite avant qu'elle n'atteigne une supériorité militaire absolue en Europe, les choses auraient été bien différentes : or cette question avait été posée...

par Charles » ven. 06 mai 2005, 13:30

Voir aussi "La morale et la guerre - Actes du XI° Colloque national des Juristes catholiques, 1991"ouvrage collectif sous la direction de Joël-Benoît d'ONORIO chez Téqui et spécialement le chapitre "Le doctrines politiques et religieuses de la guerre juste" par Jean-Luc Chabot.

De la guerre moderne

par FMD » ven. 06 mai 2005, 12:21

[align=justify]Bonjour Guelfo,
guelfo a écrit :Par ailleurs, la conception moderne de la guerre, soit la guerre totale, qui voit l'état mobiliser toute la population et tâcher d'anéantir complètement l'ennemi, en ce compris les populations civiles, est totalement inacceptable d'un point de vue chrétien et même de droit naturel.

C'est juste, qu'en est-il est toutefois des conflits où le déchaînement du Mal nécessite une mobilisation totale pour parvenir à la victoire?
La béatification récente d'un des derniers empereurs d'Autriche-Hongrie (dont le nom m'échappe) qui avait tâché de mettre fin à la guerre de '14 me parait, dans ce contexte, hautement significative.

« Aucun homme ne peut plus répondre de cela devant Dieu. Je dois mettre un terme à tout cela, le plus tôt possible. » dit un jour le bienheureux Charles Ier, dernier empereur d'Autriche-Hongrie, à son photographe officiel qui le vit pleurer sur des cadavres carbonisés et mutilés. Passant plus de temps avec de simples soldats en premières lignes qu'avec son État-major, il fut profondément ébranlé par la barbarie de la Première guerre mondiale et tenta ainsi d'engager des négociations de paix secrètes avec la France dès son sacre. Il fut hélas trahi par son entourage et Clemenceau finit par révéler publiquement l'existence de telles négociations, ce qui l'accula à se rétracter pour ne pas mettre son pays en danger vis à vis de l'Allemagne. Il fut finalement contraint à l'abdication et mourut dans la misère aux côtés de Zita, sa jeune épouse, et de ses enfants à Madère en 1922. Ces derniers mots sur son lit de mort furent « Jésus ».
Tout cela pose d'ailleurs aussi la question intéressante des armes qui seraient par essence illégitime (on se souviendra que l'Eglise avait prohibé l'usage de l'arbalète). A mon avis, toute arme dont l'utilisation est nécessairement indiscriminée est illicite (bombes, mines, etc.)
Avec les progrès technologiques, l'Église s'est effectivement posée la question de la légitimité des armes indifférenciées et des armes de destruction massive. Le bienheureux Jean XXIII dit à ce sujet dans la lettre-encyclique Pacem in Terris:
Pacem in Terris de Jean XXIII a écrit :109 - Mais par ailleurs, il Nous est douloureux de voir, dans des pays à l'économie plus développée, les armements redoutables déjà créés et d'autres toujours en voie de création, non sans d'énormes dépenses d'énergie humaine et de ressources matérielles. De là, des charges très lourdes pour les citoyens de ces pays, tandis que d'autres nations manquent de l'aide nécessaire à leur développement économique et social.

110 - On a coutume de justifier les armements en répétant que dans les conjonctures du moment la paix n'est assurée que moyennant l'équilibre des forces armées. Alors, toute augmentation du potentiel militaire en quelque endroit provoque de la part des autres États un redoublement d'efforts dans le même sens. Que si une communauté politique est équipée d'armes atomiques, ce fait détermine les autres à se fournir de moyens similaires d’une égale puissance de destruction.

111 - Et ainsi les populations vivent dans une appréhension continuelle et comme sous la menace d'un épouvantable ouragan, capable de se déchaîner à tout instant. Et non sans raison, puisque l'armement est toujours prêt. Qu'il y ait des hommes au monde pour prendre la responsabilité des massacres et des ruines sans nombre d'une guerre, cela peut paraître incroyable ; pourtant, on est contraint de l'avouer, une surprise, un accident suffiraient à provoquer la conflagration. Mais admettons que la monstruosité même des effets promis à l'usage de l'armement moderne détourne tout le monde d'entrer en guerre ; si on ne met pas un terme aux expériences nucléaires tentées à des fins militaires, elles risquent d'avoir, on peut le craindre, des suites fatales pour la vie sur le globe.

112 - La justice, la sagesse, le sens de l'humanité réclament par conséquent, qu'on arrête la course aux armements ; elles réclament la réduction parallèle et simultanée de l'armement existant dans les divers pays, la proscription de l'arme atomique et enfin le désarmement dûment effectué d'un commun accord et accompagné de contrôles efficaces. « Il faut empêcher à tout prix, proclamait Pie XII, que la guerre mondiale, avec ses ruines économiques et sociales, ses aberrations et ses désordres moraux, déferle une troisième fois sur l’humanité. »

113 - Mais que tous en soient bien convaincus : l'arrêt de l'accroissement du potentiel militaire, la diminution effective des armements et - à plus forte raison - leur suppression, sont choses irréalisables ou presque sans un désarmement intégral qui atteigne aussi les âmes : il faut s'employer unanimement et sincèrement à y faire disparaître la peur et la psychose de guerre. Cela suppose qu'à l'axiome qui veut que la paix résulte de l'équilibre des armements, on substitue le principe que la vraie paix ne peut s'édifier que dans la confiance mutuelle. Nous estimons que c'est là un but qui peut être atteint, car il est à la fois réclamé par la raison, souverainement désirable, et de la plus grande utilité.
In Christo
Franck[/align]

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