@cracboum
. Je vous rejoindrai sur un point :
oui, l'Homme peut être seul avec sa conscience. Quoique, non, je corrige : souvent, en pratique, l'Homme se
sent seul avec sa conscience.
Et cela sans même chercher des situations extrêmes ou des cas limites : rien que dans la vie professionnelle (selon qu'on y exerce des responsabilités), dans la vie familiale :
mon choix est-il bon ? mon attitude est-elle juste ? suis-je motivé réellement par la recherche du bien, du bien qui est un bien autant pour moi que pour mon prochain ?
Et chacun de nous choisit seul, et assume ce choix.
Effectivement,
aucun Magistère ne choisira à votre place.
. Mais c
ela ne signifie pas que la conscience serait "l'instance ultime" décidant ce qui est le bien et ce qui est le mal !
L'instance ultime, Amfortas vous l'a déjà citée :
"Ma conscience ne me reproche rien, mais ce n'est pas pour cela que je suis juste : celui qui me juge, c'est le Seigneur." (1 Co 4)
C'est par votre conscience que vous opérez des choix, que vous devrez assumer en pleine liberté, par votre conscience, éclairée par la raison
et par le magistère, que vous opérez des choix que vous assumerez devant la seule et unique instance ultime.
. Je rejoins donc Amfortas sur sa remarque :
ce n'est pas une question théologique, c'est un problème de compréhension du français.
Il semblerait que vous ayez appliqué vos spéculations théologiques au vocabulaire, et décrété que votre conscience personnelle seule décidait du sens des mots - ce qui pose un peu problème pour mener une discussion, vou svous ne doutez et vous pouvez le constater.
De même que, lorsque vous mettiez en cause la raison, son rôle et sa valeur, vous sembliez bien ne pas vraiment mettre sous ce terme de "raison" ce qu'est vraiment la raison,
de même il semble bien que, cette fois, par le terme de "conscience" vous ne désigniez par réellement la conscience.
. En fait, le problème c'est aussi que
vous demandez "quelle est l'instance ultime ?", sans préciser l'instance de quoi ;
instance : "institution ayant le pouvoir de décider" : mais de décider de l'action à entreprendre, ou de décider ce qui est bien et ce qui est mal ?
Pour reprendre vos exemples :
- qu'une femme choisisse d'avorter son enfant, alors, oui, en pratique, c'est bien sa conscience qui a été
"l'instance ultime" ...de choix. En dernier recours, c'est vous qui opérez votre propre choix, libre. Et personne ne choisit à votre place vos propres actions. C'est vrai.
- mais cela ne signifie pas que l'acte de cette femme ne sera bon ou mauvais que selon ce que sa "conscience" lui aura soufflé ; cela ne signifie pas que les actes que vous commettez sont réellement bons selon la façon dont vous décidez de les considérer : ces actes sont bons ou mauvais
en soi, indépendamment de ce que vous pensez d'eux.
Et qu'un acte soi bon ou mauvais, cela dépend de la direction dans laquelle il pointe, de ce vers quoi il tend - l'instance ultime, alors, l'instance ultime de jugement, c'est Dieu.
Autrement dit, si la conscience est bien l'instance ultime de choix - c'est par la conscience que l'on décide ce qu'il convient de faire -,
mais l'instance ultime de jugement c'est Dieu.
. Le magistère, lui, vient enseigner et éclairer.
Autant éteindre vos phares lorsque vous roulez de nuit sous prétexte que ce n'est pas grâce à eux que vous déciderez ultimement de la route à suivre :
vous voyez bien, là, l'erreur de vocabulaire due à un double sens d'une même expression :
- de fait, si, c'est bien par vos phares allumés que vous saurez quelle route suivre, au fur et à mesure que vous avancerez, puisque si vous ne voyez ni la route ni les panneaux, vous ne saurez pas quelle route suivre.
- de fait aussi, effectivement, ce ne sont pas vos phares qui choisissent à votre place le but de votre route. ça, c'est vous qui l'avez choisi.
- mais ce n'est pas non plus vous qui décidez de la position et de la réalité de votre destination : si vous avez roulé vers Bordeaux, vous aurez beau déclarer vouloir arriver à Strasbourg, vous arriverez à Bordeaux.
. Nous voyons dans vos derniers messages pointer explicitement l'erreur que l'on a déjà soit soupçonné soit relevé dans vos différents propos :
vous proposez de confondre Dieu et votre conscience.
Vous posez votre propre conscience personnelle en juge ultime (alors qu'elle est l'instance ultime dans le choix de l'action, non dans son jugement), vous nous parlez d'un "Dieu présent dans le soi profond" qui finalement permet de valider comme quasi-divin tout jugement et choix de votre conscience personnelle,
de même que vous écartiez tout effort et travail de la raison dans l'éclairage, la direction et le jugement de vos choix personnels - autrement dit vous posez comme absolu l'impression subjective et exigiez d'écarter de vous tout critère de jugement objectif,
et toutes ces idées bien commodes s'articulent très bien entre elles pour étayer un même principe :
la primauté absolue de l'impression subjective, le rejet de tout jugement objectif.
(ou, dit autrement : je suis seul juge ultime de mes choix, je suis au-dessus des raisonnements, de la raison, des jugements et des lois)
Tos vos propos ne pointent que dans ce sens, et ne prennent sens que dans ce cadre. On comprend mieux l'insistance, sans jamais pouvoir l'expliquer ni la justifier, à rejeter et dénigrer le travail et la valeur de la raison : quand on veut s'ériger en seul et unique juge, en se fabriquant un dieu commode que l'on s'arrange pour le confondre avec soi-même,
le concept d'analyse objective, de validité possible d'un jugement objectif porté sur soi, risque de gêner aux entournures et d'être comme un petit caillou pointu dans de confortables pantoufles taillée sur mesures.