par Xavi » ven. 11 mars 2011, 17:17
Les réflexions du pape sur la résurrection du Christ, dans le second tome de son ouvrage sur Jésus de Nazareth, me frappent par l’éclairage qu’elles apportent à la réflexion sur la création de l’homme.
L’audace et le courage du Pape sont extraordinaires. Non seulement, lui, chef de l’Eglise, commence son livre en se mettant sur le même pied qu’un théologien … protestant en relevant une « profonde unité » (p. 7), mais il explique la résurrection du Christ en osant s’écarter d’une opinion de la « plupart des exégètes » (p. 303) pour défendre jusque dans les détails l’historicité concrète de la résurrection du Christ, sans éviter de répondre aux objections avec toutes les nuances nécessaires, d’une manière raisonnée accessible même aux non croyants.
De même que les témoignages sur la résurrection, le récit de la création de l’homme par la Genèse « se présente à nous sous une forme particulièrement complexe, au point de susciter bien des questions » (p. 276).
« Bien sûr, il ne peut y avoir aucune opposition avec ce qui constitue un donné scientifique clair » (p. 281).
Mais, « il existe une autre dimension par rapport à celles que nous connaissons jusqu’à présent. Cela peut-il être en opposition avec la science ? Est-ce que vraiment il ne peut exister que ce qui a existé depuis toujours ? Est-ce que quelque chose d’inattendu, d’inimaginable, quelque chose de nouveau ne peut pas exister ? Si Dieu existe, ne peut-il pas, lui, créer aussi une dimension nouvelle de la réalité humaine ? de la réalité en général ? La création n’est-elle pas, au fond, en attente de cette ultime et plus haute « mutation », de ce saut décisif de qualité ? N’attend-t-elle pas l’unification du fini avec l’infini, l’unification entre l’homme et Dieu, le dépassement de la mort ? » (p. 281).
Comment ne pas penser que cette unification était voulue par Dieu, dès la création ?
Comment ne pas penser à ce surgissement inattendu, inimaginable, qu’a été la création d’un être à l’image de Dieu, d’une âme immortelle dans ce monde matériel : l’homme ?
« Dans l’histoire tout entière de ce qui vit, les débuts des nouveautés sont petits, presqu’invisibles – ils peuvent être ignorés » (p. 281).
De même que la résurrection du Christ, la création d’une âme immortelle dans une nature évoluant depuis des milliards d’années a pu ne se manifester que par des débuts concrets petits, presqu’invisibles, dans un corps façonné au fil des siècles antérieurs.
« Dans la Résurrection de Jésus, une nouvelle possibilité d’être homme a été atteinte, une possibilité qui intéresse tous les hommes et ouvre un avenir, un avenir d’un genre nouveau pour les hommes. » (p. 278), « une résurrection vers une condition définitive et différente, en plein milieu du vieux monde qui continue d’exister – cela n’était pas prévu et donc, de prime abord, ce n’était même pas compréhensible » (p. 279).
Nouveau et incompréhensible pour nous. Mais, n’est-ce pas une possibilité en réalité « retrouvée » ? Une possibilité donnée lors de la création de l’homme, mais perdue lors du péché originel. L’être humain n’a-t-il pas été créé « en plein milieu du vieux monde qui continue d’exister » ?
La résurrection est un fait qu’il nous faut essayer de comprendre. « Maintenant le « fait » était là, et à partir de ce fait, il fallait lire l’Ecriture d’une manière nouvelle » (p. 279).
Ne faut-il pas aussi, pour la création de l’homme, relire sans cesse l’Ecriture d’une manière nouvelle, dans la lumière de l’Evangile, dans celle de l’incarnation et de la résurrection du Christ, sans opposition avec le « donné scientifique clair » ?
De même que pour la création de l’homme, « il nous faut aussi affronter la question concernant la résurrection en tant qu’évènement historique » (p. 309). La résurrection « ouvre l’histoire au delà d’elle-même et crée le définitif. En ce sens, il est vrai que la Résurrection n’est pas un événement historique du même genre que la naissance ou la crucifixion de Jésus. C’est quelque chose de nouveau. Un genre nouveau d’évènement.
Il faut pourtant en même temps, prendre acte du fait que celle-ci n’est pas simplement hors de l’histoire et au-dessus d’elle. En tant qu’éruption hors de l’histoire en la dépassant, la Résurrection commence toutefois dans l’histoire elle-même et elle lui appartient jusqu’à un certain point. » (p. 309-310).
N’en est-il pas de même pour la création de l’homme, pour le péché originel ? N’y a-t-il pas un événement dans le temps et dans l’espace de notre monde concret, mais en même temps une communion originelle avec Dieu qui transcende l’histoire ?
La résurrection du Christ apporte un éclairage lumineux du fait que, comme la création de l’homme, la réalité de l’évènement n’est pas que terrestre, ni que spirituelle, mais qu’elle est à la fois dans la réalité spirituelle de Dieu qui transcende l’histoire et dans l’histoire.
En effet, « les rencontres avec le Ressuscité sont quelque chose de différent d’évènements intérieurs ou d’expériences mystiques – ce sont des rencontres réelles avec le Vivant qui, d’une manière nouvelle, possède un corps et demeure corporel. Luc le souligne avec beaucoup de force : Jésus n’est pas, comme les disciples le craignaient au premier abord, un « fantôme », un « esprit », mais il a chair et os (cf. 24,36-43) » (p. 303).
« Il est totalement corporel. Et cependant il n’est pas lié aux lois de la corporéité, aux lois de l’espace et du temps. En cette étonnante dialectique entre identité et altérité, entre corporéité réelle et liberté vis-à-vis des liens du corps se manifeste l’essence singulière, mystérieuse de la nouvelle existence du Ressuscité. Les deux choses sont vraies : il est le même – un homme en chair et en os – et il est aussi le Nouveau, celui qui est entré dans un type d’existence différent. » (p. 301).
N’y a-t-il pas ici une description qui pourrait s’appliquer aussi à l’homme créé avant le péché originel ?
« Pour comprendre les mystérieuses apparitions du Ressuscité, les théophanies de l’Ancien Testament peuvent, à mon avis, nous offrir une aide » (p. 301). « Dans le langage mythologique, se manifestent en même temps, d’une part la proximité du Seigneur qui apparaît comme un homme et, d’autre part , son altérité grâce à laquelle il est en dehors des lois de la vie matérielle » (p. 302).
Ce langage mythologique, qui est utilisé par le début de la Genèse pour nous relater par des images l’essentiel de la réalité historique de la création des premiers humains, ne nous présente-t-il pas l’homme créé lui-même dans une telle réalité dialectique ? Présent en ce monde corporel et matériel et, en même temps, en proximité avec Dieu, dominant les lois de la vie matérielle et non soumis à ces lois, à commencer par celle de la mort qui ne cesse de renouveler sans cesse la nature matérielle.
Par sa résurrection, « Jésus n’est pas revenu dans l’existence empirique, soumise à la loi de la mort, mais il vit d’une manière nouvelle dans la communion avec Dieu, soustrait pour toujours à la mort. » (p. 302). « « Ne pas subir la corruption » - cela est précisément la définition de la résurrection » (p. 291).
N’était-ce pas aussi, avant le péché originel, une définition de l’homme créé ? Ne voyons-nous pas ici une description de l’état d’Adam et Eve avant la chute ?
Nous pouvons « considérer la Résurrection comme quasiment une sorte de saut qualitatif radical par lequel s’ouvre une nouvelle dimension de la vie, de l’être homme.
Bien plus, la matière elle-même est transformée en un nouveau genre de réalité. Désormais, avec son propre corps lui-même, l’homme Jésus appartient aussi et totalement à la sphère du divin et de l’éternel » (p. 308).
« dans la résurrection, un saut ontologique a été réalisé. Ce saut concerne l’être en tant que tel et ainsi a été inaugurée une dimension qui nous intéresse tous et qui a créé pour nous tous un nouveau milieu de vie, de l’être avec Dieu » (p. 309).
« Etant donné que nous-mêmes n’avons aucune expérience de ce genre renouvelé et transformé de matérialité et de vie, nous ne devons pas être étonnés du fait que cela dépasse complètement ce que nous pouvons imaginer. » (p. 309).
Ce milieu de vie, cet être avec Dieu, cela ne nous rappelle-t-il pas l’Eden, la communion d’Adam et Eve avec leur Créateur ?
Cette dimension nouvelle de « l’être homme », n’est-ce pas celle-là même que Dieu a donné à l’humanité lorsqu’il a créé, en ce monde matériel, un être radicalement nouveau à son image doté d’une âme immortelle, ayant vocation à vivre éternellement avec lui ? La résurrection du Christ, n’est-ce pas vraiment le salut de l’homme créé ?
La résurrection, c’est tout à fait nouveau pour l’homme pécheur. Car, ici, il y a bien plus qu’au moment de la création de l’homme. Adam a reçu sa qualité ontologique immédiatement par la création même de Dieu. Par la résurrection du Christ, il y a bien plus encore. L’homme qui était perdu reçoit une qualité ontologique qui n’est plus seulement donnée, comme lors de la création, mais qui est offerte à l’homme perdu dans des conditions lui permettant de recevoir lui-même librement, par le moyen de la grâce et de la foi, ce que Dieu lui avait donné par son propre acte créateur mais que l’homme a perdu.
L’insaisissabilité de la résurrection du Christ qui survient dans l’histoire mais qui la transcende d’une manière unique et incomparable à aucun autre événement connu peut ainsi nous aider à comprendre l’insaisissabilité de la création de l’humanité, du surgissement dans le monde matériel d’une créature immortelle.
Le Christ, en ressuscitant, n’a-t-il pas refait en sens inverse le chemin suivi par Adam et Eve ? Ils ont quitté la vie éternelle qui leur était donnée pour se mettre sous l’emprise de la mort. Le Christ est ressorti de la mort par sa résurrection.
Le Christ est venu dans le monde dans la condition de l’homme frappé par le péché originel, il s’est fait péché, lui qui est sans péché, en se faisant homme en tout semblable à nous sauf le péché.
Dans un premier temps, de l’annonciation au matin de Pâques, il a porté, dans sa chair humaine, tout le péché des hommes. Il a vécu et il est mort dans la condition qui est celle de tout homme depuis le péché originel, en portant ainsi le péché de tout homme, lui qui n’a jamais péché, en qui le péché est inconcevable puisqu’il est Dieu lui-même.
Dans un second temps, à partir du matin de Pâques et par sa résurrection, il a pleinement rétabli l’homme tel qu’il était lors de sa création, en pleine communion avec son Créateur, totalement libéré de la mort.
Le Christ, durant sa vie terrestre, nous a montré tout ce qu’un homme peut vivre en communion avec son créateur. Si vous aviez la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : déplace-toi de là et elle le ferait…
Comme notre foi est petite ! Ce n’est pas l’homme créé qui est incapable de miracles extraordinaires pour dominer la création, c’est l’homme pécheur, qui ne suit pas et ne parvient pas à suivre son Dieu, vivant dans une condition terrestre profondément blessée.
Mais, dans la condition qui lui était donnée lors de sa création, la réalité terrestre et spirituelle de l’homme n’était-elle pas plus magnifique encore que notre condition actuelle dans laquelle le Christ s’est incarné et a vécu parmi nous ? N’était-elle pas plutôt comparable à celle que le Christ ressuscité nous a révélée ?
Les réflexions du pape sur la résurrection du Christ, dans le second tome de son ouvrage sur Jésus de Nazareth, me frappent par l’éclairage qu’elles apportent à la réflexion sur la création de l’homme.
L’audace et le courage du Pape sont extraordinaires. Non seulement, lui, chef de l’Eglise, commence son livre en se mettant sur le même pied qu’un théologien … protestant en relevant une « profonde unité » (p. 7), mais il explique la résurrection du Christ en osant s’écarter d’une opinion de la « plupart des exégètes » (p. 303) pour défendre jusque dans les détails l’historicité concrète de la résurrection du Christ, sans éviter de répondre aux objections avec toutes les nuances nécessaires, d’une manière raisonnée accessible même aux non croyants.
De même que les témoignages sur la résurrection, le récit de la création de l’homme par la Genèse « se présente à nous sous une forme particulièrement complexe, au point de susciter bien des questions » (p. 276).
« Bien sûr, il ne peut y avoir aucune opposition avec ce qui constitue un donné scientifique clair » (p. 281).
Mais, « il existe une autre dimension par rapport à celles que nous connaissons jusqu’à présent. Cela peut-il être en opposition avec la science ? Est-ce que vraiment il ne peut exister que ce qui a existé depuis toujours ? Est-ce que quelque chose d’inattendu, d’inimaginable, quelque chose de nouveau ne peut pas exister ? Si Dieu existe, ne peut-il pas, lui, créer aussi une dimension nouvelle de la réalité humaine ? de la réalité en général ? La création n’est-elle pas, au fond, en attente de cette ultime et plus haute « mutation », de ce saut décisif de qualité ? N’attend-t-elle pas l’unification du fini avec l’infini, l’unification entre l’homme et Dieu, le dépassement de la mort ? » (p. 281).
Comment ne pas penser que cette unification était voulue par Dieu, dès la création ?
Comment ne pas penser à ce surgissement inattendu, inimaginable, qu’a été la création d’un être à l’image de Dieu, d’une âme immortelle dans ce monde matériel : l’homme ?
« Dans l’histoire tout entière de ce qui vit, les débuts des nouveautés sont petits, presqu’invisibles – ils peuvent être ignorés » (p. 281).
De même que la résurrection du Christ, la création d’une âme immortelle dans une nature évoluant depuis des milliards d’années a pu ne se manifester que par des débuts concrets petits, presqu’invisibles, dans un corps façonné au fil des siècles antérieurs.
« Dans la Résurrection de Jésus, une nouvelle possibilité d’être homme a été atteinte, une possibilité qui intéresse tous les hommes et ouvre un avenir, un avenir d’un genre nouveau pour les hommes. » (p. 278), « une résurrection vers une condition définitive et différente, en plein milieu du vieux monde qui continue d’exister – cela n’était pas prévu et donc, de prime abord, ce n’était même pas compréhensible » (p. 279).
Nouveau et incompréhensible pour nous. Mais, n’est-ce pas une possibilité en réalité « retrouvée » ? Une possibilité donnée lors de la création de l’homme, mais perdue lors du péché originel. L’être humain n’a-t-il pas été créé « en plein milieu du vieux monde qui continue d’exister » ?
La résurrection est un fait qu’il nous faut essayer de comprendre. « Maintenant le « fait » était là, et à partir de ce fait, il fallait lire l’Ecriture d’une manière nouvelle » (p. 279).
Ne faut-il pas aussi, pour la création de l’homme, relire sans cesse l’Ecriture d’une manière nouvelle, dans la lumière de l’Evangile, dans celle de l’incarnation et de la résurrection du Christ, sans opposition avec le « donné scientifique clair » ?
De même que pour la création de l’homme, « il nous faut aussi affronter la question concernant la résurrection en tant qu’évènement historique » (p. 309). La résurrection « ouvre l’histoire au delà d’elle-même et crée le définitif. En ce sens, il est vrai que la Résurrection n’est pas un événement historique du même genre que la naissance ou la crucifixion de Jésus. C’est quelque chose de nouveau. Un genre nouveau d’évènement.
Il faut pourtant en même temps, prendre acte du fait que celle-ci n’est pas simplement hors de l’histoire et au-dessus d’elle. En tant qu’éruption hors de l’histoire en la dépassant, la Résurrection commence toutefois dans l’histoire elle-même et elle lui appartient jusqu’à un certain point. » (p. 309-310).
N’en est-il pas de même pour la création de l’homme, pour le péché originel ? N’y a-t-il pas un événement dans le temps et dans l’espace de notre monde concret, mais en même temps une communion originelle avec Dieu qui transcende l’histoire ?
La résurrection du Christ apporte un éclairage lumineux du fait que, comme la création de l’homme, la réalité de l’évènement n’est pas que terrestre, ni que spirituelle, mais qu’elle est à la fois dans la réalité spirituelle de Dieu qui transcende l’histoire et dans l’histoire.
En effet, « les rencontres avec le Ressuscité sont quelque chose de différent d’évènements intérieurs ou d’expériences mystiques – ce sont des rencontres réelles avec le Vivant qui, d’une manière nouvelle, possède un corps et demeure corporel. Luc le souligne avec beaucoup de force : Jésus n’est pas, comme les disciples le craignaient au premier abord, un « fantôme », un « esprit », mais il a chair et os (cf. 24,36-43) » (p. 303).
« Il est totalement corporel. Et cependant il n’est pas lié aux lois de la corporéité, aux lois de l’espace et du temps. En cette étonnante dialectique entre identité et altérité, entre corporéité réelle et liberté vis-à-vis des liens du corps se manifeste l’essence singulière, mystérieuse de la nouvelle existence du Ressuscité. Les deux choses sont vraies : il est le même – un homme en chair et en os – et il est aussi le Nouveau, celui qui est entré dans un type d’existence différent. » (p. 301).
N’y a-t-il pas ici une description qui pourrait s’appliquer aussi à l’homme créé avant le péché originel ?
« Pour comprendre les mystérieuses apparitions du Ressuscité, les théophanies de l’Ancien Testament peuvent, à mon avis, nous offrir une aide » (p. 301). « Dans le langage mythologique, se manifestent en même temps, d’une part la proximité du Seigneur qui apparaît comme un homme et, d’autre part , son altérité grâce à laquelle il est en dehors des lois de la vie matérielle » (p. 302).
Ce langage mythologique, qui est utilisé par le début de la Genèse pour nous relater par des images l’essentiel de la réalité historique de la création des premiers humains, ne nous présente-t-il pas l’homme créé lui-même dans une telle réalité dialectique ? Présent en ce monde corporel et matériel et, en même temps, en proximité avec Dieu, dominant les lois de la vie matérielle et non soumis à ces lois, à commencer par celle de la mort qui ne cesse de renouveler sans cesse la nature matérielle.
Par sa résurrection, « Jésus n’est pas revenu dans l’existence empirique, soumise à la loi de la mort, mais il vit d’une manière nouvelle dans la communion avec Dieu, soustrait pour toujours à la mort. » (p. 302). « « Ne pas subir la corruption » - cela est précisément la définition de la résurrection » (p. 291).
N’était-ce pas aussi, avant le péché originel, une définition de l’homme créé ? Ne voyons-nous pas ici une description de l’état d’Adam et Eve avant la chute ?
Nous pouvons « considérer la Résurrection comme quasiment une sorte de saut qualitatif radical par lequel s’ouvre une nouvelle dimension de la vie, de l’être homme.
Bien plus, la matière elle-même est transformée en un nouveau genre de réalité. Désormais, avec son propre corps lui-même, l’homme Jésus appartient aussi et totalement à la sphère du divin et de l’éternel » (p. 308).
« dans la résurrection, un saut ontologique a été réalisé. Ce saut concerne l’être en tant que tel et ainsi a été inaugurée une dimension qui nous intéresse tous et qui a créé pour nous tous un nouveau milieu de vie, de l’être avec Dieu » (p. 309).
« Etant donné que nous-mêmes n’avons aucune expérience de ce genre renouvelé et transformé de matérialité et de vie, nous ne devons pas être étonnés du fait que cela dépasse complètement ce que nous pouvons imaginer. » (p. 309).
Ce milieu de vie, cet être avec Dieu, cela ne nous rappelle-t-il pas l’Eden, la communion d’Adam et Eve avec leur Créateur ?
Cette dimension nouvelle de « l’être homme », n’est-ce pas celle-là même que Dieu a donné à l’humanité lorsqu’il a créé, en ce monde matériel, un être radicalement nouveau à son image doté d’une âme immortelle, ayant vocation à vivre éternellement avec lui ? La résurrection du Christ, n’est-ce pas vraiment le salut de l’homme créé ?
La résurrection, c’est tout à fait nouveau pour l’homme pécheur. Car, ici, il y a bien plus qu’au moment de la création de l’homme. Adam a reçu sa qualité ontologique immédiatement par la création même de Dieu. Par la résurrection du Christ, il y a bien plus encore. L’homme qui était perdu reçoit une qualité ontologique qui n’est plus seulement donnée, comme lors de la création, mais qui est offerte à l’homme perdu dans des conditions lui permettant de recevoir lui-même librement, par le moyen de la grâce et de la foi, ce que Dieu lui avait donné par son propre acte créateur mais que l’homme a perdu.
L’insaisissabilité de la résurrection du Christ qui survient dans l’histoire mais qui la transcende d’une manière unique et incomparable à aucun autre événement connu peut ainsi nous aider à comprendre l’insaisissabilité de la création de l’humanité, du surgissement dans le monde matériel d’une créature immortelle.
Le Christ, en ressuscitant, n’a-t-il pas refait en sens inverse le chemin suivi par Adam et Eve ? Ils ont quitté la vie éternelle qui leur était donnée pour se mettre sous l’emprise de la mort. Le Christ est ressorti de la mort par sa résurrection.
Le Christ est venu dans le monde dans la condition de l’homme frappé par le péché originel, il s’est fait péché, lui qui est sans péché, en se faisant homme en tout semblable à nous sauf le péché.
Dans un premier temps, de l’annonciation au matin de Pâques, il a porté, dans sa chair humaine, tout le péché des hommes. Il a vécu et il est mort dans la condition qui est celle de tout homme depuis le péché originel, en portant ainsi le péché de tout homme, lui qui n’a jamais péché, en qui le péché est inconcevable puisqu’il est Dieu lui-même.
Dans un second temps, à partir du matin de Pâques et par sa résurrection, il a pleinement rétabli l’homme tel qu’il était lors de sa création, en pleine communion avec son Créateur, totalement libéré de la mort.
Le Christ, durant sa vie terrestre, nous a montré tout ce qu’un homme peut vivre en communion avec son créateur. Si vous aviez la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : déplace-toi de là et elle le ferait…
Comme notre foi est petite ! Ce n’est pas l’homme créé qui est incapable de miracles extraordinaires pour dominer la création, c’est l’homme pécheur, qui ne suit pas et ne parvient pas à suivre son Dieu, vivant dans une condition terrestre profondément blessée.
Mais, dans la condition qui lui était donnée lors de sa création, la réalité terrestre et spirituelle de l’homme n’était-elle pas plus magnifique encore que notre condition actuelle dans laquelle le Christ s’est incarné et a vécu parmi nous ? N’était-elle pas plutôt comparable à celle que le Christ ressuscité nous a révélée ?