par Amfortas » jeu. 06 janv. 2011, 17:31
Juste une petite digression sur l’essence :
L’essence peut aussi être nommée la forma totius, la forme du tout, à ne pas confondre avec la forma partis, la forme de la partie. Car l’essence est la forme de l’espèce, et non la forme individuelle, sauf dans le cas de l’Ange ou espèce et individu sont identiques.
Récemment sur le fil concernant l’âme, nous avions vu que l’écueil du dualisme ne pouvait être évité qu’en affirmant que la forme humaine individuelle, c'est-à-dire l’âme était tirée d’une matière, à la manière dont le sculpteur tire la forme de la statue d’un bloc de pierre.
Eh bien concernant la forme de l’espèce c’est l’inverse qui est vrai : la forme de l’espèce précède l’existence de l’espèce ou dit autrement l’essence précède l’existence.
Alors je sens déjà que tous les existentialistes patentés vont bondir puisqu’en affirmant cela je ne fais que nier le credo existentialiste : « l’existence précède l’essence ».
Je vais donc justifier.
Prémisse 1) : l’existence de deux espèces différentes n’est pas la même. (constat expérimental : avoir une existence de chien ce n’est pas la même chose qu’avoir une existence d’homme)
Prémisse 2) : toute existence présuppose l’existence d’une espèce (constat expérimental : existence d’une espèce de phénomène(s), d’une espèce de planète(s), d’une espèce de couleur(s) etc…, le premier réflexe d’ailleurs vis-à-vis d’un existant est de dire « c’est quoi cette espèce de… »), quand bien même cette espèce se réduirait à un seul individu. Quant à ceux qui m’opposeraient l’existence individuelle à l’existence de l’espèce je leur ferais remarquer qu’expérimentalement on a toujours pu raccrocher un individu à une espèce, et l’on n’a jamais constaté d’individu sans espèce. Par exemple les astronomes ont établi que le soleil est une étoile, il fait partie de l’espèce des étoiles.
Prémisse 3) : toute espèce à une essence, sans quoi l’on ne parlerait plus d’espèce mais de collection d’individus. (exemple : tous les membres de l’espèces humaine ont une essence commune, l’essence humaine, c’est l’essence de l’espèce)
Prémisse 4) : deux espèces différant par leur essence diffèrent entre elles. (l’essence humaine diffère des autres essences animales, et donc l’espèce humaine diffère des autres espèces animales, dit de façon équivalente l’humanité diffère de l’animalité et donc les hommes diffèrent des animaux).
Supposons que dans une espèce A l’existence précède l’essence
Déduction 1) : d’après la prémisse 2) cette existence est celle d’une espèce B.
Déduction 2) : d’après la prémisse 3) cette espèce a une essence, mais puisque nous avons supposé que l’essence de l’espèce A venait après son existence, il ne peut s’agir que d’une autre essence.
Déduction 3) : d’après la prémisse 4) puisque l’essence de l’espèce A diffère de celle de l’espèce B alors l’espèce A diffère de l’espèce B.
Déduction 4) : d’après la prémisse 1), puisque l’espèce A diffère de l’espèce B, alors l’existence de A diffère de l’existence de B
Contradiction : la déduction 4) affirme une différence d’existence alors que nous sommes parti d’une seule et même existence, celle de A.
Conclusion : l’existence ne précède pas l’essence.
L’erreur existentialiste est en fait de considérer l’existence comme une matière modelable à volonté sur laquelle on pourrait appliquer a posteriori n’importe quelle forme.
Or si l’on reprend les prémisses de la démonstration précédente on s’aperçoit que la matière contrairement à l’existence ne satisfait pas aux prémisses :
1) car la matière de deux substances différentes peut être la même.
2) nul besoin de présupposer une substance à la matière (voir la materia prima)
Nous voyons donc les limites de l’analogie entre l’existence et la matière. Notamment le fait que l’existence d’une espèce est spécifique à l’espèce en question, alors que la matière peut être commune à plusieurs substances.
D’autre part est-ce que essence et existence peuvent être concomitantes ? Par une démonstration analogue à précédemment on montre que non. Car supposer ne serait-ce qu’seul instant l’existence d’une espèce séparée de son essence, cela revient à lui attribuer une nouvelle essence et l’on retombe dans le schéma démonstratif précédant.
Il ne reste donc plus aucune alternative et il nous faut conclure que l’essence précède l’existence.
Qu’est-ce donc qui a tellement déplu aux existentialistes dans cette antériorité de l’essence sur l’existence ?
Eh bien c’est que l’essence détermine l’existence.
Or ils ont considéré cette détermination comme une limitation au lieu d’une perfection. Par exemple la nature humaine détermine l’individu à être sexué, à être raisonnable, à être social etc…Et eux ont voulu faire sauter toutes ces déterminations qu’ils voyaient comme autant de limites entravant leur liberté.
Mais en fait, et j’en reviens à la notion de forma totius, l’essence est une forme perfective, elle confère à l’existence un certain niveau de perfection . Et ce n’est que par comparaison avec un niveau de perfection supérieur que la limite apparaît et que l’orgueil chercher à repousser cette limite.
Ainsi l’essence divine n’est en rien limitative de l’existence divine mais est sa perfection. Le chanoine Lallement parle d’ailleurs de pure formalité et non de pure existence, car la pure existence n’est rien, elle n’a aucune perfection, on peut tout autant l’attribuer à une matière informe.
Juste une petite digression sur l’essence :
L’essence peut aussi être nommée la forma totius, la forme du tout, à ne pas confondre avec la forma partis, la forme de la partie. Car l’essence est la forme de l’espèce, et non la forme individuelle, sauf dans le cas de l’Ange ou espèce et individu sont identiques.
Récemment sur le fil concernant l’âme, nous avions vu que l’écueil du dualisme ne pouvait être évité qu’en affirmant que la forme humaine individuelle, c'est-à-dire l’âme était tirée d’une matière, à la manière dont le sculpteur tire la forme de la statue d’un bloc de pierre.
Eh bien concernant la forme de l’espèce c’est l’inverse qui est vrai : la forme de l’espèce précède l’existence de l’espèce ou dit autrement l’essence précède l’existence.
Alors je sens déjà que tous les existentialistes patentés vont bondir puisqu’en affirmant cela je ne fais que nier le credo existentialiste : « l’existence précède l’essence ».
Je vais donc justifier.
Prémisse 1) : l’existence de deux espèces différentes n’est pas la même. (constat expérimental : avoir une existence de chien ce n’est pas la même chose qu’avoir une existence d’homme)
Prémisse 2) : toute existence présuppose l’existence d’une espèce (constat expérimental : existence d’une espèce de phénomène(s), d’une espèce de planète(s), d’une espèce de couleur(s) etc…, le premier réflexe d’ailleurs vis-à-vis d’un existant est de dire « c’est quoi cette espèce de… »), quand bien même cette espèce se réduirait à un seul individu. Quant à ceux qui m’opposeraient l’existence individuelle à l’existence de l’espèce je leur ferais remarquer qu’expérimentalement on a toujours pu raccrocher un individu à une espèce, et l’on n’a jamais constaté d’individu sans espèce. Par exemple les astronomes ont établi que le soleil est une étoile, il fait partie de l’espèce des étoiles.
Prémisse 3) : toute espèce à une essence, sans quoi l’on ne parlerait plus d’espèce mais de collection d’individus. (exemple : tous les membres de l’espèces humaine ont une essence commune, l’essence humaine, c’est l’essence de l’espèce)
Prémisse 4) : deux espèces différant par leur essence diffèrent entre elles. (l’essence humaine diffère des autres essences animales, et donc l’espèce humaine diffère des autres espèces animales, dit de façon équivalente l’humanité diffère de l’animalité et donc les hommes diffèrent des animaux).
Supposons que dans une espèce A l’existence précède l’essence
Déduction 1) : d’après la prémisse 2) cette existence est celle d’une espèce B.
Déduction 2) : d’après la prémisse 3) cette espèce a une essence, mais puisque nous avons supposé que l’essence de l’espèce A venait après son existence, il ne peut s’agir que d’une autre essence.
Déduction 3) : d’après la prémisse 4) puisque l’essence de l’espèce A diffère de celle de l’espèce B alors l’espèce A diffère de l’espèce B.
Déduction 4) : d’après la prémisse 1), puisque l’espèce A diffère de l’espèce B, alors l’existence de A diffère de l’existence de B
Contradiction : la déduction 4) affirme une différence d’existence alors que nous sommes parti d’une seule et même existence, celle de A.
Conclusion : l’existence ne précède pas l’essence.
L’erreur existentialiste est en fait de considérer l’existence comme une matière modelable à volonté sur laquelle on pourrait appliquer a posteriori n’importe quelle forme.
Or si l’on reprend les prémisses de la démonstration précédente on s’aperçoit que la matière contrairement à l’existence ne satisfait pas aux prémisses :
1) car la matière de deux substances différentes peut être la même.
2) nul besoin de présupposer une substance à la matière (voir la materia prima)
Nous voyons donc les limites de l’analogie entre l’existence et la matière. Notamment le fait que l’existence d’une espèce est spécifique à l’espèce en question, alors que la matière peut être commune à plusieurs substances.
D’autre part est-ce que essence et existence peuvent être concomitantes ? Par une démonstration analogue à précédemment on montre que non. Car supposer ne serait-ce qu’seul instant l’existence d’une espèce séparée de son essence, cela revient à lui attribuer une nouvelle essence et l’on retombe dans le schéma démonstratif précédant.
Il ne reste donc plus aucune alternative et il nous faut conclure que l’essence précède l’existence.
Qu’est-ce donc qui a tellement déplu aux existentialistes dans cette antériorité de l’essence sur l’existence ?
Eh bien c’est que l’essence détermine l’existence.
Or ils ont considéré cette détermination comme une limitation au lieu d’une perfection. Par exemple la nature humaine détermine l’individu à être sexué, à être raisonnable, à être social etc…Et eux ont voulu faire sauter toutes ces déterminations qu’ils voyaient comme autant de limites entravant leur liberté.
Mais en fait, et j’en reviens à la notion de forma totius, l’essence est une forme perfective, elle confère à l’existence un certain niveau de perfection . Et ce n’est que par comparaison avec un niveau de perfection supérieur que la limite apparaît et que l’orgueil chercher à repousser cette limite.
Ainsi l’essence divine n’est en rien limitative de l’existence divine mais est sa perfection. Le chanoine Lallement parle d’ailleurs de pure formalité et non de pure existence, car la pure existence n’est rien, elle n’a aucune perfection, on peut tout autant l’attribuer à une matière informe.