MB a écrit :
S'agissant de la dette des États, les choses sont simples : depuis 1981, les hommes politiques qui se sont succédé à la tête de notre pays ont passé leur temps à dépenser l'argent public dans le cadre de budgets déficitaires, et souvent pas qu'un peu. Leur démarche était consciente : clientélisme de masse.
Après 30 ans, faut pas s'étonner.
(Pour les Etats-Unis, on peut dire la même chose ; en 2000, les comptes publics américains étaient excédentaires ; ils ont été plombés par la politique belliciste de Bush le jeune ; sans l'invasion de l'Irak, ils n'auraient pas tous ces problèmes).
L’irresponsabilité que vous évoquez est une irresponsabilité politique découlant directement du régime démocratique, vous connaissez peut-être la plaisanterie des énarques à ce sujet : « les élus sont des incompétents envoyés au pouvoir par des sots ». Donc c’est tout le procès de la démocratie qu’il reste à faire.
Mais je considère que cette irresponsabilité est générale et qu’elle porte sur toute la vie politique : la législation sur l’avortement est-ce responsable ? l’islamisation de la France est-ce responsable ? l’autoamnistie sur le financement occulte des partis politiques est-ce responsable ? le côté bling-bling est-ce responsable ? l’emploi des forces armées etc...
D’ailleurs cette irresponsabilité est constitutionnelle : un dirigeant n’a pas de compte à rendre à la justice pour son action politique, fût-elle calamiteuse. (et rajoutons que le verdict des urnes n’empêche pas de berner ses électeurs une seconde fois, question d’habileté).
Mais cette irresponsabilité démocratique ne peut en aucun cas être une excuse à une autre irresponsabilité, libérale cette fois, à savoir l’irresponsabilité des marchés.
J’opterais donc pour le procès de la démocratie libérale, c’est à dire cette combinaison politico-économique où l’irresponsabilité politique vient au secours de l’irresponsabilité des marchés et vice versa.
MB a écrit :
La meilleure façon de maintenir sa souveraineté, c'est de gérer les comptes publics de façon responsable. Je deviens de plus en plus circonspect vis-à-vis des marchés financiers, mais de fait, ils ne font que prendre acte de l'irresponsabilité des dirigeants politiques. C'est pas les marchés qui ont commencé !
Vous savez bien que les marchés ont structurellement des fonctionnements aberrants dont la meilleure illustration est celle des anticipations autoréalisatrices : il suffit d’une simple rumeur, même totalement infondée pour que les cours s’effondrent et que des entreprises rentables et responsables se retrouvent en difficulté, une simple rumeur... Quant à la crise des subprimes et autres produits pourris les instituts financiers n’ont pas attendu les politiques pour démarcher des individus dont ils savaient pertinemment qu’ils étaient insolvables, puis après encapsuler ces actifs pourris dans des packages jusqu’au point où même les experts ne savaient plus ce qu’il y avait dedans, c’est comme ça que par la suite les banques américaines ont refilé ces actifs à des banques allemandes, propageant la crise en Europe.
Donc non, ce coup-ci ce sont les financiers qui ont commencé et ce sont les politiques qui sont venus à leur secours en les renflouants sur notre dos ! Egalité totale dans l’irresponsabilité, les politiques comme les marchés jouent avec notre argent et avec nos vies...
Donc entre Madoff et ses montages ponzi et Bush et ses aventures militaires je ne préfère pas choisir, surtout que vue la collusion entre la politique et la finance, les deux sont faits pour s’entendre.
Mais ce qui me paraît dangereux c’est de dire : « Livrons les Etats aux marchés et à leurs rapaces, pour les rendre responsables », parce que ça ne va pas les rendre responsables, ça va les tuer et avec eux les contribuables, et à la place nous aurons une gouvernance politico-financière encore plus irresponsable. Il ne vous aura pas échappé que la frontière entre le milieu politique et celui de la finance est poreuse et que les grands barons de la politique et de la finance se soutiennent mutuellement, que par conséquent ce sont toujours les petits qui trinquent.
Donc oui je vois un danger pour ces petits, car la punition ne retombe pas sur les coupables, mais sur les petits, ce sont eux qui seront livrés corps et âmes aux rapaces de la finance.
Et je vois un cas au moins, mais quel cas !, où il est absolument nécessaire que l’Etat puisse battre monnaie de façon à procéder à des dépenses publiques d’urgence. C’est le cas justement de l’état de nécessité. Lorsqu’il y a des vies en jeu, vous ne vous posez pas la question du montant de la dépense, vous la faites, quoiqu’il arrive, pour sauver des vies.
Imaginez un peu que se présente un état de nécessité, famine, guerre, épidémie etc.. et que la puissance publique se retrouve à la merci des marchés financiers pour quémander les fonds nécessaires à la survie de sa population! Des marchés financiers totalement irresponsables moralement, et dont la survie du peuple dépendrait !